‹ La confrérie des pèlerins de Saint-JacquesChapitre 20 sur 35 · Les consoles sur lesquelles ils sont posés · texte numérisé non relu

Les consoles sur lesquelles ils sont posés

6. Un « crucifié ». C'était la représentation traditionnelle de la Passion : Cruxifixus, le Christ en croix, avec Marie et Jean à ses pieds.

7. Probablement deux statuettes de pèlerins représentant Charles, comte

» Item, pour la painne de paindre le couchet et pour cmprenier le pignon que Pierre de Broissieles pourtraist ^ xvj s.

» Item, pour la peinture, du portail, des ymages mestre Gefifroi du Placeis ^ ix 1.

» Item, pour paindre la bannière du pardon. . . . xviij d.

» Somme à Robert cj 1. vij s. viij d. »

Cette série d'articles est donc uniquement relative à un artiste à la fois sculpteur et peintre, Robert de Lannoy ou de Launoy, qui avait commencé par tailler, c'est-à-dire par sculpter quatre des douze apôtres commandés pour l'église de Saint-Jacques. Il est payé pour en avoir peint non pas quatre, mais six. On va voir dans un instant d'où vient cela. Remarquons dès maintenant qu'outre ces six apôtres, Robert de Lannoy avait peint et doré un grand saint Jacques, tellement différent de ses autres statues par la richesse et probablement par la dimension, qu'au lieu de lui valoir 2 5 sols comme les anges, ou 3o comme les apôtres, il lui avait été payé quatre livres.

Je continue en laissant de côté les travaux de maçonnerie d'un certain Pierre de RuUy s'élevant à 104 1. 6 sols.

« Raoul de Heudicourt, suz sa taache de faire toute la taille du grant portail et faire ou dit portail une ymage de saint Jaques en l'escaufiche et une de madame la royne à genoux d'une part devant lui, et la contcsse d'Artois d'autre et les qyatre filles la royne ausi ; faire une table des confrères , faire les tabernacles et les dosses des dictes ymages, faire ou chancel en haut dudit portail une lite d'angelos tout entour ; de quoi il devoit avoir viij xx livres. Preste sur ce...» (Suit le détail des à-compte touchés, montant à 117 liv.)

Voilà des travaux d'une plus grande importance que ceux de Robert de Launoy et parmi lesquels se trouvent, deux saint Jacques, l'un qui figurait à l'extrémité du pignon, l'autre au pied duquel étaient agenouillées la reine Jeanne de Bourgogne,

de Valois, frère de Philippe le Bel, et Jean de Marigny, évêque de Beauvais, qui tous deux jouèrent un grand rôle dans la fondation de l'église et de la confrérie.

1. Pierre de Bruxelles, peinire flamand ou d'origine flamande, qui eut la part principale aux travaux de peinture de Saint-Jacques. Il y avait aussi parmi les principaux constructeurs de Saint-Jacques un artiste anglais nommé David de Coventry.

2. GeofTroi du Plessis, simple notaire apostolique, mais très-riche et trèsimportant personnage, fondateur du collège du Plessis à Paris.

femme de Philippe le Long, avec ses quatre filles Jeanne, Marguerite, Isabelle et Blanche, et la comtesse d'Artois sa mère. C'était certainement là le grand saint Jacques à tunique d'or placé à Tendroit le plus apparent du portail, et dont Robert de Launoy n'avait fait que la peinture. Dans l'article suivant, nous retrouvons les deux apôtres de dimension ordinaire, à cent sous l'un, que Robert n'avait point taillés, mais seulement peints. Leur auteur s'appelait Guillaume de Nouiriche ou de Nourriche.

« Guillaume de Noutriche pour faire deux apostres, c sols pour pièce X 1.

» Pour tailler l'entrepié qui est dessous le grant ymage de saint Jaques et pour tailler iiij entrepiez de iiij apostres en la chapelle, Ix s.

» Item, pour tailler la pierre qui siet du costé le portail, qui est faite en la manière que la royne assist la première pierre et les confrères de costc iiij 1.

» Item, pour un evesque de fust en la semblance mons. de Biauvais ix s. »

On voit avec quel luxe les pèlerins avaient exécuté la pensée ambitieuse de conserver, parle moyen de la sculpture, le souvenir de la cérémonie dans laquelle avait été posée la première pierre de leur édifice et la représentation des principaux personnages présents à cette solennité.

Le saint Jacques de Raoul de Heudicourt était placé vers le sommet dii trumeau du portail, dans une haute niche qui s'élevait jusqu'au haut de la voussure et divisait le tympan en deux parties, où les personnes royales et autres qui avaient concouru à la fondation étaient sculptées dans l'attitude de l'adoration à sa droite et à sa gauche.

Ces sculptures historiques du portail sont des plus regrettables puisqu'elles étaient vraisemblablement des portraits, ou du moins, suivant l'expression de nos comptes, faites « à la semblance » des personnes. Pour mieux encore en consacrer l'importance, la confrérie avait appelé la littérature et la poésie à seconder les beauxarts :

a A Mahiet de Douai, pour faire la légende saint Jaques et qucrre parchemin viij s. vj d.

» A Brisebarre, pour trouver les rimes et les dis de la roinc et de plusieurs autres xxvj s. viij d. »

Ces deux lettrés, Mathieu de Douai et Brisebarre, étaient donc

chargés d'aider au travail des artistes et de leur fournir des matériaux, le premier en leur livrant un texte de Fhistoire de saint Jacques, le second en leur composant des inscriptions en vers et en prose pour les principales scènes à sculpter. Brisebarre est un trouvère fort connu, Pun des continuateurs du roman d'Alexandre, Tauteur des deux poèmes VEscolle de foy^ exécuté en 1327, et le Trésor Nostre-Dame. Il était, aussi bien que Mathieu, natif de la ville de Douai ^

L'article suivant se rapporte à une autre statue de saint Jacques, une statue assise qu'on avait probablement confiée aux mains les plus habiles, car elle occupait dans l'église la place d'honneur.

« A maistre Guillaume de Heudicourt, sa tâche de faire une image de saint Jaques en séant et deux angelos de costé à genouls sur le perron qui est dessus l'autel xxxiij 1. »

Ce haut prix montre qu'il s'agissait d'un ouvrage important. Dans les articles suivants, au contraire, on paye à des artistes de moindre mérite certains détails de sculpture ajoutés à l'ouvrage de confrères plus habiles, à commencer par deux petits anges placés par le sculpteur Jean de Termes aux deux côtés de la tête du saint Jacques qui faisait l'ornement du grand portail construit sur la rue Saint-Denys :

« A Jehan de Thermes, pour faire deux angelotz qui sont en l'escaufiche et rendre tout prest (c'est-à-dire peint et doré). Ix s.

» A maistre Pierre Gaudeer, pour tailler les coulombes qui soustiennent l'image de saint Jacques ^ Ixiiij s.

» Pour une pierre tailliere pour le siège benoit vj s., acheté de Jaquet le Mortellier par Guillaume Piz d'Oé. ... »

L'escaufiche, membre d'architecture qui désigne ici une place d'honneur, paraît être la niche saillante où l'on plaçait une statue, les pieds soutenus par une console et la tête surplombée d'un dais^.

Suivent divers menus ouvrages de maçonnerie et de charpente.

« Item, pour xxiv journées de Regnaudin de Laon et Lorin de

1. M. Paulin Paris a donné quelques renseignements sur Brisebarre, Manuscrits français de la bibliothèque du roi, t. III, p. 102 et t. V, p. 48.

2. On vient de voir que la console supportant le saint Jacques du portail avait pour sujet principal deux colombes sculptées par Pierre Gaudéer.

3. Les comptes de Saint-Jacques nomment ce dais le tabernacle. Voy. ci-après.

Biaumont pour servir les maçons qui assistrcnt les quarreaues dessus les sablières de la chapelle, et pour eschaffauder tout entour, et pour aidier à soudre les tirans, et pour faire l'eschailTaut aus tronpeurs encontre la venue du roy, du sacre; pour chascunc journée xviij d : xxvj s.

D Item, pour aporter trois apostres de pierre de chicz Robert de Launoy, et porter et lever les seur les reprisez, et pour eschaiffauder à mettre les, et pour descendre et relever les dis apostres sur les dictes reprisez Ix s.

» Reugnaudin de Laon .... pour traire hors de l'yaue pierre ' qui estoit afondrée devant le Louvre, et pour charger et amener au dit hospital par deux fois Ix s.

» Pour mettre hors l'ymage de saint Jaques de la nef où il fu taillic et aporter au Louvre où il fu paint xxxj s.

» Pour ceus qui aporterent la dite ymage, à l'ayde des confrères, du Louvre à l'ospital et offrir le où il siet vj 1. iiij s.

» Pour les menestrcz ledit jour xviij s. »

Il s'agit dans ce passage des quatre statues taillées par de Launoy dont on avait précédemment soldé la sculpture, et dont on paye ici le transport et la pose. Cela est évident pour les trois premières, et parfaitement vraisemblable pour la quatrième, celle de saint Jacques, enlevée et transportée en même temps par le même Regnaudin de Laon. Ce fut encore Robert de Launoy qui un peu plus tard, comime on va le voir, sculpta aussi les six derniers apôtres commandés pour Téglise de la confrérie.

Mais remarquons ce détail fourni par le compte sur une statue de saint Jacques sculptée dans un bateau et transportée au Louvre. C'était sans doute la grande statue peinte pour laquelle on avait pris des précautions et à laquelle on rendait un honneur extraordinaire.. On l'avait tirée du bateau toute faite pour la porter au Louvre; là on l'avait habillée, c'est-à-dire peinte, vernie, dorée; puis la confrérie en corps, avec sa bannière^, était venue l'y chercher pour la transporter en procession à sa

1. La pierre employée pour la décoration de l'hôpital était, d'après les comptes de Saint-Jacques, de la pierre de Vcrnon ou de la pierre de Saint- Cloud. — « Colart le quarrier de Saint-CIoust, pour traire en la quarrière de Saint-Cloust qui est le roy, x liv. xvj s. »

2. Landebclon Lambert, pour un cendal de la bannière, Ixiij s.; pour une lance et le fer de lad. banière, iij s. vj d.; pour franges et pour queudre, xiv s. (compte de 1324). — Pour un fannon couvrir de cendal noir, xij d. (éd. i326; cote 225 1).

nouvelle église au bruit joyeux de la musique et des chants*. Il n'y aura pas de témérité, je pense, à supposer d'après ces renseignements, peu abondants mais très-précis, que les organisateurs de la fête, protégée par le gouvernement et partie du Louvre, avaient voulu donner à l'apparition de leur saint patron un caractère mystique en harmonie avec sa légende. L'apôtre voyageur qui des rives du Jourdain passait pour avoir été jusqu'en Espagne, et de là était retourné cueillir la palme du martyre à Jérusalem, faisait une entrée digne de lui en arrivant à Paris par la Seine, en débarquant au port du Louvre et en prenant logis chez le roi avant de se rendre en sa propre demeure.

Bientôt, soit que l'argent ait manqué à cause de l'importance que prirent peu à peu les travaux, soit que l'enthousiasme des Parisiens pour le grand patron des pèlerins se fût un peu refroidi après les premières démonstrations, l'assemblée des apôtres resta incomplète plusieurs années durant et bornée seulement à six personnages. Ce furent quelques générosités privées qui comblèrent cette lacune. On lit dans le compte de l'année 1 326-1 827 l'article suivant, où le prix de chaque statue paraît s'être élevé d'un cinquième depuis le compte de i3i8, mais probablement par une plus-value qui n'est qu'apparente, cinq livres étant le prix de la statue taillée seulement, et six livres le prix de la statue assouvie, c'est-à-dire peinte, dorée et complètement achevée.

« Recepte des dons des apôtres par espécial :

» Premièrement de Guerart de Ronay, mercier de Tournay, pour un apostre vj 1.

» De Jaques des Essars, pour un apostre vj 1.

» De Guillaume Frison, pour Nostre Seigneur qui est au milieu des apostres . . . vij 1.

» De Symon de Petit-Pont et Erambourt, sa famé, pour saint Jehan l'apostre qui est du costé Nostre Seigneur vj 1.

» De Symon Biaudehors, pour un apostre vj 1.

» De maistre Guillaume de Jouy, pour aidier à faire un apostre

xlviij s.

» De mons. Pierre, pour la moitié d'un apostre. . . . Ix s.

» Somme des dons des apostres xlij liv. viij s. »

Un peu plus loin l'on apprend de quelle main ces apôtres

I. « Pour despens des enfans qui chantoient devant saint Jaques quant il fut aporté, xxxj s. » (Compte de 1324.)

complémentaires furent exécutés et quel riche costume leur fut fait.

« A Thevenin Lcgrant, pour faire les tabernacles qui sont dessus les apostres, pour paindrc et pour tout xiij 1. vj s.

» Item, à Robert de Launoy, ymagier, pour les six derreniers apostres taillicr et pour paindrc touz les douze à fleurs de lis d'or Ivj 1.

» Pour les variés qui aidierent à lever les apostres. . iij s. vj d.

» Pour taillicr quatre reprises dessous iiij apostres . . xij s. »

C'est donc Robert de Launoy qu'on voit signaler ainsi dans la série des comptes comme Fauteur de toutes les statues des apôtres sauf deux.

Le nom de Robert de Launoy ou de Lannoy n'a jamais été cité par personne. On connaît seulement Jean de Launoy, vraisemblablement son fils ou son neveu, sculpteur désigné souvent avec Jean de Saint-Romain parmi les habiles artistes du temps de Charles V. J'ai cherché avec soin les traces de cette famille dans les comptes de Saint-Jacques, mais je n^ai trouvé que quelques maigres renseignements sur notre Robert.

Il est d'abord mentionné au mois d'octobre iSig, dans un acte de vente, comme ayant été propriétaire de la maison située à Pangle des rues Saint-Denys et Mauconseil, précisément la première qui fut achetée par la confrérie des pèlerins et abattue par elle pour faire place aux bâtiments de l'église et de Phôpital Saint-Jacques.

On le voit encore employé à la décoration de l'église de Saint- Jacques dans le compte de 1 324-1 325^ et dans celui de 1347- 13482. Lorsque les maîtres et gouverneurs rendent, au siège du 28 juillet i3ô5, leurs comptes de Tannée échue, notre sculpteur y figure comme" défunt et comme ayant laissé à la confrérie un legs modeste^. Il était donc mort au commencement de i365 ou ù la fin de 1364.

1. « Baillé 56 s. à Robert de Launoy, ymagier, pour l'image de nostre Seigneur qui est sur le pignon du portail et pour paindre les deus crois qui sont sus les deux autres pignons de la salle. »

2. Dans le compte de 1347-11148, on trouve parmi les dépenses faites pour la maçonnerie du trésor de la confrérie :

« Item pour un saint Christophle et un saint Michiel qui sont assiz dessus les admortisscmens du trésor, baillié à maistre Robert de Launoy cent sols. »

3. « ...Le feu Robin de Launay ymagier v sous; de feu sire Jaques de

Robert de Launoy n'était probablement pas le plus renommé des sculpteurs qui travaillèrent à l'église des pèlerins, mais il a été certainement le plus heureux, car plusieurs spécimens de son talent existent encore lorsque les œuvres de ses confrères ont entièrement disparu. Notre précieux musée de Thôtel de Cluny conserve cinq de ces statues d'apôtres. Elles sont indiquées en ces termes sur le livret du musée imprimé pour le public :

« Nos X900, 1901, 1902, 1903, 1904. Statues en pierre provenant » de l'ancienne église Saint-Jacques à Paris, rue Saint-Denys. — Ces » statues sont au nombre de cinq ; elles étaient jadis peintes et dorées. » Hauteur i mètre 7 5 c. »

Dans le courant du mois d'avril 1840, une fouille fut faite à Paris, à Tangle des rues Saint-Denys et Mauconseil, au lieu où avaient été les anciens bâtiments de Saint-Jacques démolis en 1808 et sur l'emplacement desquels on se disposait à construire un magasin de nouveautés (qui existe encore); elle mit au jour quatorze statues de pierre et d'autres débris. On ne s'en occupa guère; cependant la Société des Antiquaires de France nomma une commission pour examiner cette découverte. Il fut reconnu' parles savants qui composaient la commission que ces ouvrages représentaient Jésus et ses douze apôtres. Elles étaient de grandeur naturelle et d'un très-beau caractère, mais presque toutes décapitées. On distinguait aisément parmi elles saint Pierre et saint Paul, puis saint Jacques le Majeur assis en costume de pèlerin. Près de ce dernier, l'on croyait reconnaître aussi saint Jean l'Evangéliste, son frère, vêtu de même en pèlerin et portant également au côté une escarcelle à coquilles. Les autres statues ayant perdu et leurs têtes et leurs attributs n'étaient point reconnaissables, bien que l'on pût lire encore sur leurs vêtements des fragments d'inscriptions tirées de l'Écriture Sainte, notamment ces mots : Viri sancti quos elegit Dominus. Une d'elles, plus petite que les autres, n'avait que trois pieds de hauteur, et, vêtue encore en pèlerin, parut à la commission devoir être l'image de la personne qui avait donné les statues et qui, par humilité, se serait fait

Pacy xl s.; de feu Robert Tonin sergent, v s....; de feu Jehan d'Esparnon mercier, xx s. » Etc.

I. Comme on peut le voir dans les Mém. de la Société des Antiquaires de France (t. XV, p. Syo), où se trouve une planche représentant un Saint- Jacques assis, le mieux conservé de tous ces morceaux.

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