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LES APOTRES DE L'EGLISE SUAG0UES4UX- PELERINS SCULPTES EN I3I8 PAR ROBERT DE LANNOY.

LA CONFRÉRIE DE SAfNT-JACQUES AUX PÈLERINS. 35 5

et le commissaire de police intervint pour enjoindre aux propriétaires de la maison de faire disparaître des saints aussi dangereux pour les nombreux passants de ce quartier. Il fut immédiatement obéi; mais afin d'économiser la dépense de temps et d^argent qu'il eût fallu faire pour descendre sans accident ces lourdes sculptures, on les brisa sur place à coups de pic et de marteau, en sorte qu^elles furent, le jour même, pulvérisées sans pitié.

Ne quittons point ce sujet sans nous louer de la bonne fortune que nous ont offerte les comptes abondants et si précis de notre confrérie des pèlerins de Saint-Jacques. L'étude de l'art et des monuments du moyen-âge est sujette à une cause particulière d'obscurité dont les archéologues ont fait souvent de justes plaintes. C'est que, chez nos pères, l'artiste restait un simple ouvrier, fùt-il un ouvrier sublime, et que ses contemporains ne prenaient pas plus le soin de conserver son nom, qu'il ne songeait lui-même à signer ses œuvres. De là résulte que nous ne savons presque jamais à qui attribuer les monuments du moyen-âge, et que si d'autre part les documents écrits nous livrent parfois des renseignements sur un artiste, on n'a presque jamais le moyen de voir les travaux qu'il avait exécutés. C'est donc un bien heureux hasard de pouvoir désigner plusieurs fragments de sculpture du XIV* siècle déposés dans un de nos musées et de pouvoir, en même temps, dire de quelles carrières a été tirée la pierre dont ils furent faits, par qui et combien cette pierre a été vendue, en quelle année l'ouvrage a été taillé, le nom du sculpteur, la somme à lui payée pour son travail ^ , le genre de peinture dont la sculpture avait été revêtue et le prix que cette peinture elle-même avait coûté.

Le lecteur maintenant connaît les noms de quelques-uns des principaux « maçons, ymagiers et peintres » employés à la bâtisse et l'ornementation primitive de l'église de S. Jacques. Comme il fallut souvent réparer, ajouter ou embellir, les comptes de la confrérie sont pleins de noms semblables dont l'énumération formerait un long chapitre. Il n'est pas possible d'entrer ici dans un si

I. Nos comptes monlrent que R. de Launoy reçut 25 livres en !320 et i326 pour les cinq statues qui nous restent. Or, dans les mêmes comptes, la journée du manœuvre ou du maçon quelconque est cotée à raison dhin sol par jour. Si la même journée est aujourd'hui de 5 fr., la livre payée à Robert aurait valu loo fr. de nos jours et les dix statues lui auraient rapporté 5,ooo francs.

abondant détail. Quel intérêt il y aurait pourtant à s'enquérir de tous ces modestes artistes, quel intérêt plus vif encore à voir naître et se former parmi eux de vraies dynasties d'ouvriers, à les suivre travaillant d'abord dans les derniers rangs et les plus infimes, puis dans une honnête médiocrité, et couver sous leur labeur séculaire une somme inconnue de talents cachés, perdus, jusqu'à ce que vienne un moment oti la chaude influence d'un esprit nouveau, celui du xvi'" siècle, par exemple, fasse éclater tout d'un coup la sève et sortir les fleurs. Ainsi l'on se demande avec une curiosité anxieuse combien il a fallu de générations de simples carriers comme ce Raoul Lescot qui avait voiture 5 1 8 charretées de pierre de Saint-Cloud aux maçons de S. Jacques, en i320, et par quelle série d'autres manœuvres du bâtiment, puis d'artistes obscurs, la même famille a dû passer' pour arriver au grand architecte Pierre Lescot, le créateur du Louvre en 1540 ? Des trois premiers auteurs de notre église, Henri de Haussant, Conrart Toussac et Pierre de Bruxelles, le second seul a laissé dans les comptes de la confrérie une trace solide. Haussant, qui dirigea d'abord les travaux, se retira ou mourut de bonne heure; Pierre de Bruxelles ne s'imposait guère par ses talents, car on ne lui épargnait pas de peindre jusqu'à des escaliers en bois et des toitures-; mais Toussac est qualifié « maître de l'œuvre » dès l'an-

1. Dans le compte de iSaS, payements divers faits à Jeban Dallibert, maçon, à Jehan de S,-Clout pour la taille des chapiteaux et à d'autres maçons : Giraumin Qui-doit, Jehan du Lés, Pierre Charles, Jehan de Vitry et Jehan Lescot. — Maison de Henri Lescot, rue aux Prouvaires, charge'e de 10 s. de rente envers S. Jacques (i33o et suiv.). — Legs de 5 sous fait à S. Jacques par Philippe, femme de feu Raoul Lescot (i33S). — C'est par une pure suppositioA que j'admets tous ces Lescots comme étant de la même famille, car je n'ai d'eux ni généalogie ni actes de l'état civil; mais dans une ville du xiv" siècle, même à Paris, je n'hésite pas à considérer comme remontant à une souche unique les gens qui portent le même nom, sauf la preuve contraire.

2. « Mises quant la chapelle fu dédiée par l'evesque de Biauvès : Pour les despens des vj chapelains, de iij clers, son chambellant et iij messagiers, pour despens de bouche ou dons, x liv. xix s.; pour un degré de fust pour l'evesque monter et descendre, xlj s.; pour despecier et refaire l'entrée de lez l'autel par où l'evesque passa, v s. ; à Pierre de Broisselles pour faire les croiz et les paintures, cvj s. » — Voici d'autres ouvrages du même : « Pierre de Broisselles pour pourtraire le pignon de la chapelle dessus l'autel, iiij 1.; item, pour paindre la barrière, xlvj s.; item, pour paindre le clocher de coquilles, vij s. » — « A P. de Broisselles, pour paindre la lite où la légende Mons. Saint Jaques est, xxiv 1. » Tout cola est de i3iS à 13.27.

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née i326 et on voit la confrérie le favoriser, comme tel, d'hommages et de petits présents qui se renouvellent chaque année et se continuent jusqu'à sa mort ^ C'est en 1 335 ou 1 3 36 que cette mort arriva.

Le monument achevé par ses soins nous apparaît, quand nous recueillons çà et là tous les renseignements, comme une grande église à trois nefs, dont le vaisseau central est séparé des bas-côtés par cinq arcades en tiers-point supportées par six piliers et surmontées chacune d'une vaste fenêtre. L'intérieur de l'édifice est entièrement peint ^ et les fenêtres sont garnies de belles verrières de couleur^. Des chapelles sont pratiquées au pourtour des bas-côtés — les deux premières consacrées furent celles de Notre- Dame et de S. Martin'^, — la voûte est en charpente sculptée et surtout coquillée, la coquille du pèlerin étant l'ornement prodigué à toutes les places, à tous les objets •' de la sainte maison et

1. (( A Conrrat Toussac pour quoquiller la hance S. Jaques et pour cinq mantelés pour les serjans du siège de l'an vingt-quatre, xxxiij s. vj d. » — « Baillé à Conrrat Toussac xij s. pour deus mantellés qui demeurèrent. » — « A Conrrat, mestre de l'euvre, pour une robe, iv 1. xvj s. » (i326). — « Pour la robe mestre Conrrat et pour pennes, Ixx s. » (i334). — Reçu « de Jehanne, famé feu Conrrat Toussac, pour le baston de la dédicace, xxxij s. » (28 juin. i336). — Messe dite « pour maistre Conrrat, le maçon, v s. » (1337). — Renier, Pierre et Jacqueline Toussac mentionnés aux services funéraires de l'année i333. — Jehan, fils de Jehan Toussac, lègue à la confrérie, X s.; — « Payé pour une maison et une petite place assiz en la rue de Mauconseil ou costé de l'ospital et aboutissant a ycelui, achetées franchez et quites de touz arrérages de rentes, de fons de terres et de toutes autres redevances, de Marguerite et Marote filles de Jehan Toussac mercier, fils de feu Gille Toussac, pour xlviij 1. p. » (1342). Ajoutez la mention faite ci-dessus, t. I", p. 194.

2. « A Jehan d'Auteul, [pour] paindre lesij autieux, xxxij s.; item, à li pour paindrelachapelle ou les coquilles sont, viij 1.; item, à celui qui a blanchi toute la chapelle, Ixij s.; ...item baillié à Denis de Velly pour purpaindre le lambris de la chapelle, iv 1. x s.; item à Thevenin le Grant pour faire les tabernacles qui sont dessus les apostres, pour paindre et pour tout, xiij 1. vj s. » (1327).

3. « Baillés xxj s. iv d. pour le fer de[s] voirrieres mons. Guill. de Harecourt; iij s. viij d. pour un mason et son aide qui les acit; xij s. pour alongnier le tirant des voirrieres Guillaume Piz-d'Oë » (1324).

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