‹ La confrérie des pèlerins de Saint-JacquesChapitre 3 sur 35 · Art. 3 des statuts. Volume cité, p · texte numérisé non relu

Art. 3 des statuts. Volume cité, p

cinquante prêtres et cinquante bourgeois, et quant aux femmes on résolut de n'en plus admettre aucune à moins que ce ne fût la reine ou quelque si haute dame qu'elle ne pût être repoussée sans scandale. Les femmes élevèrent de pressantes réclamations; elles voulaient être « tenues en bonne dévotion », être assignées à un frère prêtre pour les biens spirituels comme était leur mari pour la vie temporelle, et elles alléguaient qu''entre conjoints « bonne » foi veult que si l'un a du bien, Pautre en doit avoir. » Il fallut se rendre; et par une décision qui fut définitivement confirmée en 1296, la Grande Confrérie de Notre-Dame ouvrit ses rangs à cinquante femmes. Elle se composait donc en somme de cinquante prêtres, cinquante bourgeois et cinquante bourgeoises de Paris ; plus, de sept prêtres et six bourgeois de Saint-Denys, qui s'y étaient glissés on ne sait à quelle époque.

Mais qu'était ce petit nombre de places privilégiées si convoitées et si parcimonieusement accordées, pour les besoins d'une cité comme était déjà Paris ? Par suite de la prospérité commerciale solidement assise par le gouvernement de saint Louis, de la réaction vers le luxe qui succéda peu à peu à l'austère simplicité du pieux roi, de Téveil politique amené par les agitations du règne de Philippe le Bel, il devint nécessaire de contenter la bourgeoisie parisienne en lui donnant un plus large accès aux spectacles favoris de l'époque.

Aussi, de suite après la mort de Philippe le Bel, la confrérie de Saint-Jacques-aux-Pèlerins reçut-elle soudain une extension prodigieuse qui semble n'avoir eu d'autre cause que la nécessité de donner aux Parisiens cette satisfaction.

Cette confrérie des pèlerins de Saint-Jacques, qui fut longtemps si importante, a disparu sans presque nous laisser aucune trace de son ancien éclat. Ses bâtiments, somptueux comme on le verra bientôt, sont aujourd'hui transformés ou détruits; et en fait de souvenirs écrits, tout ce que lui ont consacré les historiens de l'ancien Paris consiste en cinq ou six pages de généralités, auxquelles il faut ajouter un léger fascicule de pièces justificatives publiées par dom Félibien et dom Lobineau'. Les archives de

I. Hist. de la Ville de Paris, t. III, p. SaS-Syi. Voici la liste de ces pièces :

P. 328 : Bulle du pape Jean XXII contenant permission de fonder la cha-

cet établissement étaient cependant de quelque importance. Elles sont aujourd'hui sous la garde de l'administration de l'Assistance publique et, quoique placées dans le plus proche voisinage de l'Hôtel-de-Ville de Paris, elles ont échappé aux funestes incendies de 1871. Mais pour rendre plus clair l'aperçu que nous nous proposons d'en offrir au lecteur, il sera bon de commencer par dire quelques mots de la Confrérie elle-même.

Les anciens historiens de Paris attribuent sans hésiter à Charlemagne la fondation de l'église et de l'hôpital Saint- Jacques. L'empereur des Francs ayant fait en Espagne une expédition mémorable, il était bien naturel que les fidèles regardassent plus tard comme hors de doute qu'il n'avait pu traverser les Pyrénées sans faire un pieux pèlerinage à Compostelle, au tombeau de saint Jacques. D'après les Bollandistes, qui comparent ce conte aux agréables fictions de l'Amadis^, son premier

pelle et l'hôpital de Saint-Jacques; Avignon, 18 juill. i322. 329 : Publication de la bulle par deux commissaires pontificaux, Jean de Marigny, évêque de Beauvais, et GeofFroi du Plessis, notaire apostolique; 1324.

332 : Procuration donnée par la confrérie à Robert la Pie, Simon

Beaudehors, Conrad Toussac et Gilles Hazart pour la gestion générale de ses affaires; 20 fév. 1324.

333 : Accord de la confrérie avec l'église de Saint-Germain-des-Prés

pour le règlement de l'indemnité due à cette dernière à raison de l'érection de la chapelle Saint- Jacques; 6 fév. 1324.

334 : Bulle du pape Jean XXII accordant aux confrères le droit de

présentation aux bénéfices de leur église; Avignon, 21 avril i326. Ibid. Bulle du pape Clément VI confirmative des précédentes; Avignon, 16 fév. 1 343. — Autre confirmation émanée du pape Urbain VIII, 1643. — Arrêt à l'appui, rendu par le Conseil d'Etat en i58o (p. 346). — Autre, 161 3 (p. 347). — Autres, i638 et i658 (p. 349). — Autres, 1654 (p. 357); 1698 (p. 36o).

335 : Transaction entre la confrérie de Saint-Jacques et les chapelains

attachés au service de l'église Saint-Jacques; 6 avril i383. 337 : Procès-verbal d'une élection des maîtres et gouverneurs de la

confrérie de l'Hôpital; 28 juill. i337. — Autre, 1400 (p. 3 14). 339 : Statuts du chapitre de Saint-Jacques-de-1'Hôpital, i338. — Autres

statuts, 1657 (p. 341).

369 : Arrêt du conseil obligeant les chapelains de Saint-Jacques-de-

l'Hôpital à faire résidence et assister au service divin; 1705. 371 : Arrêt du conseil qui déclare les chanoines et chapitre de Saint-

Jacques-de-l'Hôpital déchus de leurs privilèges; 1718. I. a Inter alias fabulas Amadisianis non absimiles » (Acta julii, XXV die; t. VI, p. 32).

auteur serait le faux archevêque Turpin dans un passage de sa chronique où Charlemagne est censé bâtir une église à Paris en l'honneur de saint Jacques. Or l'église de Saint-Jacques-la-Boucherie ne fut élevée qu'au xni* siècle; quant à celle de Saint- Jacques-aux-Pèlerins, on a les dates de sa construction de la manière la plus précise. La première pierre fut posée en iSig.

Mais la confrérie elle-même est plus ancienne. Elle donne déjà des signes marqués de son existence en 1298 et elle remonte plus haut. En 1298 un bourgeois de Paris, nommé Guillaume de Charny, marchand de grains, lui donna 10 s. de rente sur une maison qui lui appartenait, près le pilori des halles, à la condition de faire célébrer après sa mort et celle de sa femme un service anniversaire en leur mémoire dans l'église de Saint- Eustache. L'acte passé par devant l'official de Paris est daté du vendredi après la Sainte-Madelaine, 1298, qui était précisément le jour de la fête de saint Jacques. La confrérie existait donc alors, elle était capable de recevoir des libéralités par acte public', elle avait donc des statuts, des fondés de pouvoir et par conséquent des réunions.

I. L'exact et docte Jaillot {Dict. de Paris, t. II, quartier Saint-Denys, p. 71) et après lui M. Jules de Gaulle {Hist. de Paris, 1843, t. II, p. 441. note 3) ont douté de l'existence des assemblées de la confrérie à cette date, mais voici (un peu abrégée) la pièce qui met le fait hors de doute : « Universis présentes litteras inspecturis,oflicialis curie parisiensis,Salutem in Domino. Noveritis quodcoram nobis personaliter constituti Guillelmus dictus de Charniaco, aveiiarius, et Johanna ejus uxor, cives parisienses, asseruerunt quod ipsi, ex eorum proprio conquestu, habebant et possidebantquandam domum aitam Parisius in hallis par. ante putheum dictum Lori, que quondam fuit Guill. dicti le Bègue, contiguam ex una parte domui dictorum conjugum et ex alia domui prioris et conventus S. Martini de Campis, in qua ad presens Richeudis de Malorespectu morabatur, oneratam annuatim in octo lib. par. annui census, xij denariis minus; super qua siquidem domo dicti conjuges, assensu unanimi, dederunt concesserunt in indiv. coram nobis, donationefacta intervivos. ..,in puram etperpetuamelemosinam confratrieS. Jacobi peregrinorum par. ac confratribus ejusdem, pro anniversario eorumdem conjugum annuatim perpetuo post eorum obitum, a fratribus qui pro tempère fuerunt sollempniter celebrando in ecclesia S. Eustachii par., decem solidos annui census incrementi immédiate percipiendos et levandos post dictas octo libras a dicta confratria seu confratribus... anno m. ce. lxxxxvmi, die veneris post festum B. M, Magdalene. » Et au bas de la pièce est ajouté d'une autre écriture: « Anno Domini m.ccc.xxx. die septima mensis septembris sigillum curie parisiensis litteris presentibus, diu per antea appositum, renovatum fuit seu resigillatum, ideo quia fractura seu disruptum crat» (Archives de la confrérie de Saint-Jacques, cote 4, olim 114).

— igi —

Toutefois jusqu'à l'an 1 3 1 5 la confrérie des pèlerins de Saint- Jacques n'avait été qu'une modeste association, dont les cérémonies se bornaient probablement à la messe annuelle qu'elle, faisait dire le jour de la fête de son patron dans Téglise de Saint-Jacquesla-Boucherie. En i3i5 les choses changèrent tout d'un coup : le roi reconnut à la confrérie le droit de s'assembler et de délibérer pour ses affaires.

Philippe le Bel venait de mourir (29 nov. i3i4). L'avènement de son successeur fut le signal, comme on sait, d'un mouvement contraire au système de compression sévère dont ce souverain très-absolu ne s'était jamais départi. Son fils, Louis le Hutin, et le principal conseiller de ce jeune prince, Charles de Valois, frère du roi défunt, suivirent d'abord ce mouvement et se complurent, pour commencer, à des idées que nous pouvons peut-être, malgré la distance des temps, nommer libérales. Louis X s'empressa de donner satisfaction à une foule de réclamations. Dans la même année, la première de son règne, il accorda à la Normandie, au Languedoc, au bailliage d'Amiens, à la Champagne, à la Bourgogne, à l'Auvergne * des privilèges qui consistaient surtout en garanties pour la noblesse contre l'arbitraire royal et ses exactions. La charte de i3i5 donnée par le même prince à la confrérie de Saint-Jacques fut une satisfaction du même genre accordée aux habitants de Paris. Du moins est-il certain que l'enthousiasme avec lequel les Parisiens l'accueillirent imprima aussitôt à l'association un caractère d'importance qu'elle n'avait pas eu jusque là.

« Le Dieu de paix, dit Louis le Hutin, a envoyé ses apôtres par le monde pour apprendre aux hommes à chérir et garder les liens d'amour et de confraternité, enseignement qui nous engage à autoriser nos sujets à s'unir dans une foi unanime, à sympathiser dans la prière et à se rechercher les uns les autres dans une affection mutuelle. C'est pourquoi nous concédons et avons concédé par ces présentes , à ceux de nos chers habitants de Paris qui, portés par leur dévotion à faire le pèlerinage de Saint-Jacques, ont désiré instituer et organiser une confrérie, la permission, lorsqu'ils auront des actes à faire ou qu'ils voudront traiter des choses regardant leur salut, de se rassembler

I. Voy. le recueil des Ordonn. des rois de France et l'intéressant chap. IV, p. 57-63 de La France sous Philippe le Bel, par M. Boutaric.

en l'honneur du susdit apôtre dans la maison des Quinze-Vingts de Paris afin que, confrères, ils puissent se fournir les uns aux autres l'assistance convenable et briller ainsi en présence de Dieu et des hommes par les bonnes œuvres de la charité fraternelle ; juillet i3i5^ »

On verra bientôt combien fut féconde cette disposition administrative si minime en apparence et quel grand établissement surgit de cette petite liberté, officiellement accordée par le roi à quelques bourgeois de sa capitale, de se réunir pour délibérer au sujet d'un saint honoré hors de France. Peu de temps suffit à ramener la royauté dans son rôle habituel et à lui faire modérer cet élan généreux qu'on a souvent remarqué avec étonnement dans les actes émanés de la couronne pendant les années i3i5 et i3i6. Au mois de février i32o, le roi accorda aussi aux membres d'une confrérie nouvelle, celle de Notre-Dame de Boulogne, près Paris, la permission de se réunir pour discuter leurs affaires et de construire une église, et cela en des termes semblables à ceux dont on s'était servi à l'égard de la confrérie de Saint-Jacques, mais en ajoutant cette clause essentielle qu'aucune réunion de ce genre ne pourrait avoir lieu sans la présence du prévôt de Paris, nous dirions aujourd'hui du préfet de police, ou d'un agent par

I. Cette pièce ne se trouvant ni dans les Ordonnances ni ailleurs que nous sachions, en voici le texte :

Ludovicus, Dei gratia Francorum et Navarre rex,... salutem. Rex pacificus, de salute humani generis curam gerens sollicitam, apostolos suos misit per varia mundi loca docentes invicem caritatem fraternitatis diligi et in benivole fraternitatis- araore persistere, qua doctrina ducimur et moveraur subditis nostris annuere ut, convenientes in unum unanimes, sint in fide, compacientes oratione, amatores fraternitatis mutue per quam Dei misericordiam consequi mereantur. Nos itaque, dilectis civibus nostris parisiensibus qui, dévote mentis aciem causa peregrinationis vel aliter ad beatum Jacobum apostolum dirigentes, ob Dei laudem ipsius apostoli sui honorem instituere seu disponere confratriam voluerunt, per présentes concedimus, in quantum ad nos pertinet, quod, cum habuerint super aliquibus que suarum salutem animarum prospexerint agere vel tractare, ob venerationem predicti apostoli apud Domum Cecorum parisiensium conveniant ut confratres sibi invicem subvenire studeant auxiliis oportunis et sic, ex bonis operibus caritatis fraterne, splendeant apud Dcum et homines, quod ceteri, pios actus eorum considérantes, glorificcnt patrem suum celestem et ad consimilium operum exercitia propensius animentur. Quod ut lirmum et stabile perseveret fecimus nostrum presentibus apponi sigillum. Actum Vicenis, anno M. CGC. XV, mense julii.

lui délégué, mesure nécessaire, dit la pièce, pour éviter tout scandale ^

Si des scandales avaient troublé les premières séances de la confrérie de Saint-Jacques, il n'en est pas resté de trace^, mais on a la preuve qu'elle ne conserva pas longtemps le privilège qu'elle avait eu d'abord de délibérer quand il lui plaisait, et qu'il lui fallut bientôt aussi l'autorisation du gouvernement et la présence d'un délégué de la police pour traiter de ses affaires^. Les confrères de Saint-Jacques n'avaient pas perdu un moment après la mort du feu roi Philippe pour obtenir leur charte d^institution. Munis de cet acte capital, ils mirent le même empressement à recueillir les fonds nécessaires pour leur entreprise et à se rendre acquéreurs des terrains sur lesquels devaient s''élever leur église, qu'au commencement ils appelaient modestement une chapelle, et leur hôpital.

Quatre-vingt-cinq notables de Paris s'obligèrent successivement à contribuer aux dépenses •* et chacun d'eux suivant sa fortune prit un engagement personnel afin de fournir à la confrérie le moyen de justifier qu'elle possédait un capital suffisant pour être autorisée à fonder dans sa chapelle quatre places de chapelains.

Entête de cette liste^ figurait, par l'intermédiaire de sire Jehan

1. Félibien, t. lil, p. 827 : Le roi accorde aux bourgeois de Paris et autres ayant dévotion à N.-D. de Boulogne-sur-Mer la permission de construire

une église « in villa de Menus prope S. Clodoaldum Et cum habuerint

» super aliquibus, que suarum salutem animarum perspexerint, agere vel » tractare, ob reverentiam predicte gloriose Virginis in dicta villa aut in » alio loco Parisius convenire possint... Volumus tamen quod quotiescum- » que insimul voluerint convenire, quod prepositus parisiensis aut depu- » tatus ab eo, pro omni evitando scandalo, ipsorum congregationi presens » intersit... Actum apud Vivarium in Bria. m. ccc. xix, mense februario. »

2. Il ne nous semble pas que ce scandale puisse être l'affluence des faux mendiants ni la rixe particulière dont il est question dans ces deux lignes des comptes de Saint- Jacques pour les années i3i8-i324 : « A Gringalet et » à son compaignon, serjans, pour suivre ceux qui queroient au pardon » faussement, xxx s. »

3. Mandement du roi au prévôt de Paris, du 24 juillet i383, par lequel il permet (pour le lendemain) l'assemblée de la confrérie de Saint-Jacques, quoiqu'il ait précédemment défendu, dit-il, toute assemblée, de confrérie ou autre, en sa bonne ville de Paris. (Archiv. de S. Jacq., cote 177.)

4. L'acte n'en fut régularisé et notarié que le 23 janvier 1324.

5. On avait aussi dressé la liste complète des personnes qui avaient donné leur adhésion ; mais elle ne nous est pas parvenue.

MÉM. I i3

Billouart son fondé de pouvoir, l'oncle du roi, monseigneur Charles de Valois, lequel avait versé les deniers nécessaires à Tachât de 20 livres de rente. Venaient ensuite des nonîs connus pour la plupart dans l'histoire de Pancienne bourgeoisie parisienne : pour 10 1. p. Gietîroy Coquatrix, probablement le même qui avait été nommé, par Philippe le Bel, membre du conseil des finances'; Jacques Coquatrix pour 20 s.; Philippe de Cormeilles, 3 1.; Guillaume Piz d'Oe, de la rue aux Bourdonnois, 3o s.-; Jehan Piz d'Oe, drapier, 20 s.; Jehan Piz d'Oe, dit Biax Oncles, 10 s.; sire Nicolas de Paci^ 4 livres; sire Martin des Essars, 40s.; Nicolas le Loquetier, 40 s.; sire Jehan Gencian, prévôt des marchands'', 40 s.; sire Gietfroy de Damartin, 40 s.; Pierre de Limoges, orbateur, 3o s.; Lorence la Potière d'estain, 27 s.; Guillaume Chevalier, ouvrier de soie, 3o s.; Pierre d'Orléans, drapier, 40 s.; Jehan de Cabour, épicier 20 s.; Conrart et Renier Toussac, chacun 20 s.; Garnier Marcel, drapier, 20 s.; dame Agnès de Compans, 20 s.; Jehan Marcel de la Poterie, 10 s.; Hue le Verrier, 20 s., etc., etc.

Outre ces promesses^, la confrérie représentait une certaine

Page 1