Ce collège était situé rue Saint-Jacques, n* ii
chapellains et aus escuiers dudit mestre Geffroy; item vj sous donnez au portier du dit mestre GefFroy... »
On verra plus tard maître Geoffroy faire don aux pèlerins, en grand seigneur qu'il était, de plusieurs statues pour la décoration du portail de leur église. Quant au procès intenté à la confrérie par les deux paroisses dont l'église projetée devait léser les droits, il se termina par le payement qu'elle fit de 400 1. au chapitre de Saint-Germain et de 200 1. t. au curé de Saint-Eustache^ Ce fut le dernier obstacle contre lequel eurent à lutter les fondateurs. Le souverain pontife leur concéda bientôt une bulle, en date du 21 avril 1326^, qui constituait le droit de l'association quant au spirituel et l'autorisait à nommer d'abord les quatre chapelains qu'on était dès lors en mesure de rétribuer, puis tous les autres bénéficiers que les fidèles voudraient créer ultérieurement dans leur église.
Dix ans ne s'étaient pas écoulés depuis que lés confrères pèlerins de Saint-Jacques avaient obtenu du roi leur reconnaissance officielle, et déjà toutes leurs ambitions étaient réalisées : réunion d'un capital, construction d'une église, nomination d'un clergé, création d'un asile hospitalier pour les pauvres, ouverture et consécration d'un cimetière, enfin organisation d'un cénacle somptueux pour toutes les riches familles bourgeoises de Paris. Quand le plus mince seigneur avait la chapelle de son village pour y goûter dès ce monde les spectacles du paradis, ces parvenus prétendaient avoir, en commun du moins, leur palais religieux, splendide et appartenant à eux seuls,
1. » Pour l'acort fait au doien et chapitre de Saint-Germain-l'Ausserrois pour tout le droit et action que il pooient demander sur le dit hospital, iiij c. 1.; item pour l'acort fait au curé de Saint-Huitasse pour tout le droit et action que il pooient demander sur le dit hospital ij c. 1. t. valant viij" parisis. » (Comptes de Saint-Jacques, 1324.) On a de plus la quittance de Saint-Germain en date du troisième dimanche de carême, i323 (v. s.), c'est-à-dire du 18 mars 1324.
2. Elle est imprimée dans Félibien, p. 334. On lit au compte de 1327 : « Pour copier la bulle ij foiz et autres supplie pour envoyer à court de Rome XXX s. » Pendant longtemps on trouve chaque année un article pour les copies de la bulle et en certaines années il y en a jusqu'à quatre exemplaires.
Le saint Jacques monstier
Qui de nouvel fu fait l'austrier,
Où nul ne va, ne ne repaire,
Fors que cilz qui lez ont fait faire ^
Complètement organisée dès l'année i326, l'institution comprenait dans son vaste ensemble :
1° La confrérie, admettant dans son sein tous les bourgeois et bourgeoises de Paris et des environs qui avaient fait ou promettaient de faire quelque pieux pèlerinage, principalement le pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, qui ordonnaient à l'église de la confrérie un certain nombre de services religieux et qui assistaient à la fête annuelle du saint ou payaient la cotisation due pour y assister. Le Jour de cette fête, c'est-à-dire le 2 5 juillet de chaque année, l'office divin célébré, la confrérie tenait une assemblée solennelle pour élire deux administrateurs de la société après avoir ouï les comptes des deux administrateurs sortant de charge; puis elle se formait en procession, promenait magnifiquement saint Jacques par la ville et rentrait dans son église pour y célébrer un repas auquel prenaient part tous les confrères, hommes et femmes. Après le repas, un bal où se mêlaient pèlerins et pèlerines terminait la fête.
L'assemblée des confrères était propriétaire et souverain maître de l'association et de tout ce qu'elle comprenait, sauf que les dignitaires ecclésiastiques qu'elle s'était adjoints ne relevaient quant à l'exercice de leurs charges que de l'évêque de Paris.
2" La chapelle, nommée chapelle d'abord et bientôt église, de même que les chapelains qui la desservaient ne tardèrent pas à se parer du titre de chanoines. Les chapelains furent primitivement au nombre de quatre. L'un d'eux, supérieur aux autres et recevant un émolument plus considérable, était qualifié de « trésorier ». C'étaient les confrères qui faisaient la présentation aux bénéfices de leur église; mais la nomination du trésorier était faite par l'évêque de Paris et celle des autres chapelains par le trésorier. Le nombre des chapelains augmenta au fur et à mesure qu'augmentèrent Icrs revenus nécessaires à leur entretien. Il y eut dans le courant du xiv^ siècle jusqu'à vingt chapelains, dont les huit premiers s'intitulaient chanoines et étaient tenus de résider dans la maison.
I. Pièce d'environ Tan i325 dans les Églises et monastères de Paris; Aubry, i856, in-i2, p. 41.
3" L'hôpital, destiné à héberger gratuitement chaque nuit les pèlerins en passage à Paris qui se rendaient à Saint-Jacques-de- Compostelle, au Mont-Saint-Michel ou en d'autres lieux vénérés, était administré par un gouverneur et des religieuses qui dépendaient absolument de la confrérie.
Tandis que la confrérie perdait peu à peu de son importance en même temps que de son zèle et que les offices divins fondés à perpétuité par de pieux testateurs y allaient à l'abandon, l'hôpital, grâce à son utilité matérielle, se maintenait dans un état prospère et se trouvait, au xvn® siècle, en possession de tous les biens amassés par la confrérie. Mais les pèlerinages à leur tour étant tombés en désuétude, le refuge des pèlerins de Saint-Jacques, devenu un asile banal, fut confondu avec d'autres établissements du même genre. En 1672 il fut réuni à l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare. Il en fut ensuite séparé, puis réuni de nouveau en 1722, puis séparé encore en vertu d'un arrêt de Tannée 1734. Enfin, le i*'' juillet 1781, les biens de la maison furent attribués à l'hôpital des Enfants-Trouvés.
A la veille de la Révolution qui supprima tant d'institutions d'où la vie s'était depuis longtemps retirée, on lisait dans les Guides de Paris, au sujet de Saint-Jacques-l' Hôpital :
c( Il n'existe plus aujourd'hui du chapitre de cette collégiale que le Trésorier, quatre chapelains, un vicaire-sacristain et quatre enfants de chœur. Ils continuent toujours à célébrer l'office dans cette église. Le Trésor contient différents reliquaires fort riches. Les archives sont conservées dans une salle voûtée parallèle à celle qui servait autrefois de chapitre ^ »
Ces archives, ainsi placées dans une belle salle voûtée de l'église, avaient été conservées par les confrères avec un soin qui fait honneur à l'esprit d'ordre, à la sage ponctualité de l'ancienne bourgeoisie marchande de Paris. C'est ce qui est attesté par les beaux restes que nous avons encore de ce dépôt. En effet il se compose aujourd'hui : premièrement de 23 paquets énormes qui sont le résultat de deux classements successifs. Le premier classement date de l'année 1724, le second fut opéré juste un siècle après; il est de 1823. Or le classificateur de 1823 forma chacun de ces 2 3 paquets en prenant cent articles du classement de 1724
I. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers dans Paris, 2 vol. in-12, 1786, t. I, p. 502.
pour en former un seul en donnant la même cote à un très-grand nombre de pièces du même paquet, au lieu de donner comme avait fait son prédécesseur une cote différente à chaque pièce. Peut-être fut-il conduit à opérer ainsi par le désir de dissimuler les lacunes qui s'étaient produites dans la série des cotes du premier classement dont le nombre s'élevait Jusqu'à la cote 2247; et en effet, en 1724 comme en 1823, manquaient les cotes i et 2, les deux plus anciens articles des archives, et il y a lieu de supposer que, quand cent cotes étaient remplacées par quelques-unes ou même par une seule^, c''est qu'un bon nombre de pièces avaient disparu dans l'intervalle d'un classement à l'autre^. Les 2247 cotes primitives furent réduites en 1823 au nombre de 23o.
L'ensemble de ces documents comprenait les matières suivantes :
D'abord l'autorisation royale de i3i5 et l'acte passé en 1324 sous le scel et l'autorité du prévôt de Paris, par lequel le comte de Valois, et 92 notables parisiens, hommes ou femmes, constituaient le capital nécessaire pour la fondation de l'église et de l'hôpital. — Puis les testaments et donations entre vifs, contenant des libéralités en faveur de la confrérie. — Venaient ensuite les acquisitions de maisons ou de rentes sur des maisons dans Paris; les baux; enfin les acquisitions de biens de campagne. Les procédureç étaient annexées dans tout le cours de la série aux chapitres où elles étaient intervenues. Quelques pièces relatives à des matières diverses se trouvent aussi mêlées au reste suivant leur rang chronologique.
Un inventaire de tous ces actes, dont le nombre est bien supérieur à 2^47, ferait connaître une notable partie du personnel de Paris durant deux siècles; mais force nous est de borner cette revue à ceux qui nous ont paru le plus dignes d'attention.
1. !"■ paquet, cotes 3 à 100 du classement de 1724 = 3 à 79 du classement de 1823. — 2° paq., cotes loi à 200 = 80 à 145. — 3" paq., 201 à 3oo = 146 à i56. — 4* paq., 3oi à 400 = 157, etc.
2. On peut en signaler en eft'et, qui peut-être avaient cette provenance, dans des collections d'amateur. On lit, par exemple, dans le catalogue des archives Joursanvault (n»' 1007 et 1084) : u Rente payée par le duc d'Orléans à l'hôpital Saint-Jacques-aux-Pclcrins fondé à Paris emprès la porte Saint-Denys, 1393. — Autre rente payée à l'église Saint-Jacques-l'Hôpital, 141 6. »
— Testament fait conjointement par Guill. de Charny et sa femme en 1298 ^. — En i323 Jeanne leur fille, « jadis demeurante à Paris, famé à présent de Thomas de Centeny bourgois de Meleun », vendit à la confrérie 10 s. de rente qui restaient lui appartenir sur les bâtiments de l'église et de l'hôpital.
— Testament passé sous l'autorité du chefcier de l'église Saint-Merry, par lequel « Guillelmus dictus de Vertu, tabernarius », lègue à Saint- Jacques la totalité de ses biens, sauf l'usufruit qu'il réserve à Laurence, sa femme, i322.
— Testament par lequel « Guillelmus dictus au Lonc Nez, anglicus » fait différents legs à un grand nombre d'églises de Paris, et ordonne diverses libéralités particulières (notamment : « Aalipdi, uxori Johannis dicti d'Arondel, suum lectum furnitum et unam caldariam cum duobus cacabis ad faciendam servisiam) et lègue le reste de ses biens à S. Jacques à condition de célébrer un service anniversaire le jour de sa mort, 1327.
— Testament de Nicolas le Loquetier et de Jacqueline d'Eaubonne sa femme. « Acta vero fuerunt hec in domo dicti testatoris, sita Parisius ad barram Piz d'Oe, in vico Lotricum, ultra Magnum Pontem » ; 1327. Mêmes dispositions que le précédent.
— Testament de Philippe de Cormeilles, 1329.
Comme ce bourgeois de Paris fut, avec Nicolas le Loquetier et Guillaume Piz d'Oe, l'un des principaux fondateurs et l'un des trois premiers gouverneurs de S. Jacques de l'Hôpital, et que d'ailleurs son testament est particulièrement important par les détails où il entre, nous en reproduisons les dispositions principales. Ce sera un juste spécimen de l'esprit qui animait les riches confrères pèlerins de S. Jacques et aussi de l'excellent style des notaires parisiens :
« A tous cens qui ces lettres verront et orront... Hugues de Crusi, garde de la prévôté de Paris, salut. Nous faisons assavoir que... Phelippes de Cormeilles, mercier et bourgeois de Paris, sain de pensée, estanz en bon propoz et en bonne mémoire, si comme il apparoit, regardans et considerans que les jours en ce siècle de humaine nature sont briefz et que nulle chose n'est si certainne comme de la mort, ne
maiz incertainne de l'eeure d'icelle Premièrement audit nostre
seigneur et créateur et à la glorieuse Vierge sa chière mère il rendi et
commanda l'ame de soi Après il voult, ordena et requist que ses
debtes soient paiées et touz ses torfaiz restabliz et amendez qui pourront estre souffizamment monstrez et prouvez par devant ses exequteurs ci dessouz nommez. Derechief il rateffia, emologua et approuva du tout une grâce mutuèle, jadiz faite souz le seel de la court à l'official de Paris, si comme il apparoit, entre lui et Jehanne sa femme,