CHAPITRE XXIX
Pour arriver à « ranéantissement de l'idée chrétienne )>, la corruption des mœurs est un moyen puissant assurément, mais seulement de second ordre. 11 peut même arriver qu'au lieu de servir ceux qui l'emploient, il se mette à l'encontre ée. leurs desseins. Plus le cloaque devient impur, plus il' presse les âmes qui n'ont point perdu toute noblesse, d'en sortir. Et où se réfugier, sinon dans TEglise, qui fait de la pureté des mœurs l'objet de ses plus vives sollicitudes! N'est-ce point dans la ville la plus corrompue de l'empire romain, à Corinthe, que saint Paul put, en moins de deux ans, fonder l'une de ses plus belles Eglises? Aussi la Haute-Vente tout en favorisant la corruption des mœurs, s'attacha-t-elle >surtout à corrompre les idées. C'est le conseil qUe Weishaupt avait donné précédemment : « Le grand art de rendre . infaillible une révolution quelconque, c'est d'éclairer les peuples, c'est-à-dire amener insensiblement l'opinion publique à désirer, à vouloir, à exiger les changements, qui sont l'objet de la révolution voulue. » Il ajoutait : « Quand l'objet de ce vœu est une Révolution universelle, tous les
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membres de ces sociétés tendant au même Lut, s'app'uyant les uns sur les autres, doivent chercher à dominer invisiblement et sans apparence de moyens violents, non pas sur la partie la plus éminente, ou la moins distinguée d'un seul peuple, mais sur les hommes de tout état, de toute nature, de toute religion. Souffler partout un même esprit; dans le plus grand silence et avec toute l'activité possible, diriger tous les hommes épars sur la surface de la terre vers le même objet. C'est dans l'intimité des sociétés secrètes qu'il faut savoir préparer l'opinion. »
Ce programme est encore suivi point par point. Le vœu des sociétés secrètes est bien toujours une révolution universelle, une révolution qui embrasse le monde entier et qui puisse transformer toutes choses, en les attaquant dans le fondement sur lequel elles reposent, la civilisation : détruire la civilisation chrétienne pour établir sur ses ruines la civilisation humanitaire, la civilisation maçonnique.
Et toujours aussi le moyen employé pour rendre cette révolution infaillible c'est « d'éclairer les peuples. » Les loges ne parlent que d'éclairer, de répandre la lumière. Leur principale occupation, c'est la suggestion. Elles amènent par là insensiblement l'opinion publique à désirer, à votJLOiR, à exiger les changements qui doivent amener la révo^jiition voulue, et la Tendre infaillible.
« C'est dans l'intimité des sociétés secrètes, dit Weishaupt, qu'il faut savoir préparer l'opinion. » C'est là qu'elle est faite avant d'être répandue au dehors.
Il importe donc de voir de près et d'étudier dans ses détails la machine maçonnique montée pour faire l'opinion. Elle est admirable, autant que peut l'être
une chose mauvaise, une chose créée pour prorluire le mal et un tel mal.
Les sophismes révolutionnaires sont d'abord répandus dans les loges sous l'aspect qui les rend séduisants, avec la couleur qui leur donne l'apparence de la vérité devant produire le bien.
Car il ne faut point s'imaginer qu'à la fin du XVIII« siècle, on ait dit dans les loges, aux apprentis et même aux maîtres : vous allez travailler avec nous au renversement de la monarchie, à rexj)ropriation et à l'extermination du clergé et de la noblesse. On leur faisait voir les désordres introduits clans la société par le cours des siècles, et on en faisait désirer la disparition, on leur montrait un idéal de société parfaite dans l'égalité substituée à la hiérarchie. Imbus de ces idées, les maçons se faisaient apôtres, les répandaient dans leur entourage, et chacun contribuait ainsi à faire l'opinion .qui, au moment voulu, devait éclater comme une bombe et causer des ravages analogues.
La secte use toujours du même procédé : la suggestion. Elle suggestionne ses membres, ceux-ci suggestionnent le public, le public suggestionné se prête aux changements voulus par le Pouvoir occulte, si même il ne les exige ou ne les impose par des actes plus ou moins révolutionnaires.
Suggestion! ce mot dit peu de choses j)eut-être à l'esprit du lecteur. La constitution de la maçonnerie est faite tout entière et admirablement faite pour la produire. Ce que nous devons donc étudier maintenant afin de pouvoir nous rendre compte de l'état de corruption intellectuelle auquel notre société est arrivée, c'est la constitution de la Franc-Maçonnerie en vue de la suggestion. Comment elle se recrute, comment elle s'est organisée, comment, par cet orga-
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nisme, elle arrive à répandre les idées qu'elle vout faire prévaloir et les succès que ses suggestions obtiennent dans les diverses classes de la société. On comprendra alors comment une association restreinte à un nombre de personnes relativement minime a pu s'emparer de tous les ressorts de la vie publique, arriver aux résultats que nous voyons et nourrir l'espérance fondée d'arriver aux fins dernières qu'elle s'est proposées il y a au moins deux siècles.