‹ La conjuration antichrétienneChapitre 16 sur 92 · I. - RECRUTEMENT EN SOCIÉTÉ SECRÈTE · texte numérisé non relu

I. - RECRUTEMENT EN SOCIÉTÉ SECRÈTE

C'est chez elle tout d'abord et dans l'esprit de ses membres que la Franc-Maçonnerie opère la corruption des idées. Dès leur entrée en loge, elle s'applique à cette perversion; elle la poursuit dans les initiations successives; elle l'achève par ses suggestions* continues.

Et d'abord, comment se recrute-t-elle ?

Le membre de la Haute-Vente qui se cachait sous le nom de Piccolo-Tigre, va nous en instruire. 11 le fait dans une lettre adressée, le 18 janvier 1822, à une Vente piémontaise qu'il avait créée lui-même de la manière que nous avons dite, en exposant la constitution du carbonarisme.

« Four i^oyager la lumière, il a été jUgé bon et utile de donner le branle à tout ce qui aspire à remuer (1). L'essentiel est d'isoler l'homme de sa

1. Donner Je branle à tout ce qui aspire à remuer! Jamais cette instruction n'a été mieux observée que de nos jouTs, du haut en bas de la société. Ne peut-on point en observer l'effet jusque dans le clergé? N'avons-nous point vu, même dans son sein, se lever des agitateurs et des agités? Savent-ils d'où leur vient « le branle » et à quelles fins? Piccolo-Tigre le dit : « Propager la lumière maçonnique!! » D'autres, plus ouvertement, « l'idée démocratique ».

famille, de lui en faire perdre les mœurs. 11 est assez disposé par la pente de son caractère à fuir les soins du ménage, à courir après des plaisirs faciles et des joies défendues. Il aime les longues causeries du café, l'oisiveté des spectacles. Entraînez-le, soutirez-le, donnez-lui une importance quelconque; apprenez-lui directement à s'ennuyer de ses travaux journaliers, et, par ce manège, après l'avoir séparé de sa femme et de ses enfants, et lui avoir montré combien sont pénibles tous les devoirs, vous lui inculquez le désir d'une autre existence. Quand vous aurez insinué dans quelques âmes le dégoût de la famille, et de la religion, — l'un va presque toujours à la suite de l'autre, — laissez tomber certains mots qui provoqueront le désir d'être affilié à la loge la plus voisine. Cette vanité du citadin ou du bourgeois de s'inféoder à la francmaçonnerie a quelque chose de si universel que je suis toujours en extase devant la stupidité humaine. Je m'étonne de ne pas voir le monde entier frapper à la porte de tous les vénérables, et demander à ces messieurs l'honneur d'être un des ouvriers choisis pour la reconstruction du Temple de Salomon. Le prestige de l'inconnu exerce sur les hommes uno telle puissance, que l'on se prépare avec tremblement aux fantasmagoriques épreuves de l'initiation et du banquet fraternel. Se trouver membre d'une loge, se sentir, en dehors de sa femme et de ses enfants, appelé à garder un secret qu'on ne vous confie jamais, est pour certaines natures une volupté, une ambition. »

La franc-maçonnerie, qui n'est que l'antichambre de sociétés plus secrètes, telles que le carbonarisme, a elle-même des antichambres, où elle recherche les dégoûtés de la famille, les vaniteux, les rebelles, pour les inviter à entrer chez elle.

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La première de ces antichambres, c'est l'école laïque, en prenant ce mot « école » dans un sens large.

Dans son numéro du 30 septembre 1903, La Yérité de Québec a publié ceci :

« Il existe aux Etats-Unis une société secrète qui compte au delà de 200.000 membres, recrutés exclusivement parmi les enfants et les jeunes gens de 14 à 21 ans. Ses ramifications s'étendent au Canada, au Mexique et dans le monde entier. Elle a son rite, son alphabet secret, ses insignes, ses degrés, ses mots de passe, bref tout le bagage des sectes maçonniques. Cette société a pour nom The Corning men of America. Nos collèges classiques, dit la Vérité, nos académies ne sont pas à l'abri du travail fait par ces Corning men pour embaucher leurs élèves. Nous n'exagérons rien. Nous avons en notre possession des documents : certificats d'admission, prospectus, pamphlets, etc., qui ne laissent aucun doute sur le caractère de cette société et la rapidité de ses progrès. De ces documents il résulte que cette société d'enfants et de jeunes gens a pour organisateur et pour parrain un 32® de la maçonnerie, un Old Fellow, un Mystic Shriner. Le « Grand Secretary » avertit l'enfant initié qu'il doit dissimuler avec le plus grand soin tous ses papiers, notamment l'alphabet secret, ne les portant jamais sur lui, les changeant fréquemment de place, etc., etc., et cela sons la foi d'une parole d'honneur, qui équivaut, dit-il, au plus terrible des serments.

» Ailleurs le même secrétaire affirme que les sectes maçonniques mettent gratuitement h la disposition de la C. M. A., leurs salles de réunion. »

N'avons-nous point des associations se.ublables e:i Europe ?

îl est d'autres antichambres.

« Sous le prétexte le plus futile, créez, dit Piccolo- Tigre, ou mieux encore, faites créer par d'autres des associations ayant le commerce, l'industrie^ la musique, les beaux-arts pour objets. Réunissez dans un lieu ou dans un autre vos tribus encore ignorantes ; infiltrez le venin dans les cœurs choisis, infiltrez-le à petites doses et comme par hasard; puis, à la réflexion, vous serez étonné vous-même de votre succès. »

Piccolo recommandait aux membres de la Vente qu'il avait instituée en Piémont, de ne pas hésiter à placer ces associations de musique et autres sous la direction d'ecclésiastiques : « Mettez-les, disait-il, sous la houlette d'un prêtre vertueux, bien noté, mais crédule et facile à tromper. »

Bien plus, il engageait à introduire des francsmaçons recmteurs jusque dans les confréries : « Ne craignez pas de glisser quelques-uns des nôtres au milieu de ces troapeaux (1). Qu'ils étudient avec soin le personnel de ces confréries, et ils verront que peu à peu il n'y manque pas de récoltes à faire. » En effet, en Italie, conUne dans l'Amérique du Sud, les confréries fournirent nombre de francsmaçons, et non de ceux qui firent le moins de mal. Ces recommandations ne doivent point échapper à MM. les ecclésiastiques chargés de la direction des patronages et des cercles, encore moins à ceux qui, d'eux-mêmes ou sous l'influence de certaines suggestions, organisent des sociétés de musique, de gym-

1. Weishaupt avait donné un nom spécial à ceux de sos F. : . appelés à remplir ce rôle. Il les appelait F. : . Insinuants ou Enrôleurs.

« Par le nom de F.:. Insinuant, dit Barruel, il faut entendre ici r Illuminé travaillant à gagner des Frères à son Ordre. Il est des Frères plus spécialement chargés de cet emploi; ce sont ceux qu'on pourrait appeler les apôtres, les missionnaires de l'Ordre ».

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nastique, etc. Ils ne se repentiront jamais de trop de perspicacité et de vigilance sur les idées qui se répandent parmi leurs jeunes gens.

C'est, en général, dans les sociétés laïques que se fait le recmtement des maçons. Le F. • . Bourget, au congrès des Loges du Nord-Ouest à Rouen, engageait ses FF. • . à s'insinuer dans le plus grand nombre possible de sociétés, « toujours et particulièrement dans les patronages laïques, scolaires et de bienfaisance, associations de prévoyance, de secours, de tir, et de gymnastique, et dans tous les groupements où l'idée démocratique (l),a le plus de chance de germer et de se développor. »

Jean Bidegain, dans son livre Le Grand Orient DE France, ses doctrines et ses actes (p. 281), dit aussi : « Chaque loge groupe autour d'elle une multitude de groupes, de sociétés qui sont des succédanés. » Et il montre l'activité que sait déployer le délégué de la Franc-Maçonnerie auprès de ces sociétés : « Le citoyen qui est franc-maçon à dix heures du soir, organisera demain matin, à huit heures, l'Université populaire, délibérera à onze heures à la section de la Ligue des Droits de l'Homme, et tonitruera à deux heures de l'après-midi au groupe de la Libre-pensée. Les Francs-Maçons sont les Maîtres Jacques de la démocratie. »

Au troisième congrès des Loges de l'Est qui a eu lieu en juillet 1882, les maçons ont reçu ces instructions :

« Quand, sous l'inspiration d'une, loge, un noyau de maçons, aidés de tous les amis profanes, ont ainsi créé une société quelconque, ils ne doivent pas en

1. On a déjà pu remarquer que les francs-maçons disent indifféremment : idées démocraticrues ou idées maçonniques; propager les unes, c'est, du moins, ouvrir la voie aux autres.

laisser la direction à des mains profanes. Tout au contraire il faut qu'ils s'efforcent de maintenir dans le comité directeur de cette société créée par eux, un noyau de maçons, qui en restent comme la cheville ouvrière, et qui, tenant la direction de la société entre les mains, continueront à la pousser dans une voie conforme aux aspirations maçonniques.

» Quelle force n'aura pas la maçonnerie sur le monde profane, quand existera autour de chaque loge comme une co'uronne de sociétés, dont les membres dix ou quinze fois plus nombreux que les maçons, recevront des maçons l'inspiration et le but, et uniront leurs efforts aux nôtres pour le grand œuvre que nous poursuivons! (1) ».

Toutefois, au couvent de 1898, le rapporteur de la commission des vœux faisait cette recommandation : « Il ne faut pas laisser voir dans cette œuvre la main de la franc-maçonnerie (2). »

La franc-maçonnerie a donc des émissaires par lesquels non seulement elle recrute s-es nouveaux membres, mais souffle son esprit dans cette multitude d'associations qu'elle a créées ou au sein desquelles elle a pu s'introduire. Par eux, elle leur imprime ses directions et les fait concourir, sans qu'elles s'en doutent, à son plan de déchristianisation. « C'est

1. En 1880, au mois de septembre ou d'octobre, dix ans après l'entrée des Piémontais dans Rome, le Folchetto, dans un article à la louange de la franc-maçonnerie, dit : « Ce serait une suprême injustice de ne pas reconnaître que toutes ces associations (non maçonniques mais maçonnisées) qui n'étaient que des rameaux du grand arbre maçonnique, ont maintenu en vie pendant plusieurs dizaines d'années la pensée italienne (de l'uTiité italienne), et que cette végétation qui a abouti à la sainte entreprise de la rédemption de la patrie, n'a trouvé son aliment nulle part ailleurs que dans les associations ».

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