‹ La conjuration antichrétienneChapitre 18 sur 92 · II. — INITIATIONS · texte numérisé non relu

II. — INITIATIONS

Lorsque la maçonnerie a attiré quelqu'un dans son sein, si elle commençait par lui dévoiler ses doctrines • et lui montrer distinctement le but qu'elle poursuit, le plus souvent elle lui causerait un étonnement et même tin effroi tel, qu'il chercherai!; à s'évader. Elle procède plus prudemment. D'abord, le nourrisson des loges se trouve là dans une atmosphère qu'il ne peut respirer longtemps sans que son âme n'en soit intoxiquée. « Les loges, dit Piccolo-Tigre, discourent sans fin sur les dangers du fanatisme, sur le bonheur de l'égalité sociale et sur les grands principes de la liberté religieuse. Elles ont entre deux festins des anathèmes foudroyants contre l'intolérance et la persécution. »

Les initiations font entrer les aspirants dans l'esprit de la maçonnerie mieux encore que les discours qu'ils entendent.

Le premier but de l'ini.iation est de purifier l'apprenti de toute mentalité chrétienne, s'il en a une. Le compagnon, ainsi revenu à l'état de nature, sans préjugés religieux et sociaux, sera capable, en devenant maUe, de prendre une menta'i é nouvelle.

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L'enfant élevé dans la société chrétienne voit, juge et agit chrétiennement; le maçon né à la lumière du temple verra, jugera et agira maçonniquement. Point n'est besoin de lui suggérer ses actes. Le Maître Parfait, en présence d'un jugement à porter, d'une décision à prendre, jugera et agira d'instinct, suivant les préceptes de la Maçonnerie, pour le bien de l'Ordre; à la discipline chrélienne aura été substitué l'esclavage maçonnique.

Dès les premiers pas qu'ils font dans l'association, elle leur dit qu'elle a un secret pour procurer le bonheur de l'humanité et le souverain bien de ses membres, et qu'ils ne peuvent arriver à la connaissance de ce secret que par des initiations -successives. Ces initiations ' se font par des scènes symboliques savamment graduées. Dans une coiumunication confidentielle adressée, le l^'" mars 1902, par le Grand Collège des Rites, suprême conseil du Grand- Orient de France, aux Conseils Philosophiques et aux Chapitres de la Fédération, il est dit :

« Nos symboles représentent avant tout des procédés d'éduca'ion philosophique, en même temps que des signes de ralliement. Sous des formes matéiielles, ils emblématisent un certain nombre de vérités morales acceptées par tous nos adeptes, et qu'il est bon de leur rappeler incessamment, en s'adressant tout à la fois à leur bon sens et à leur raison...

» Les ateliers supérieurs doivent être, en quelque sorte, comme les écoles normales de l'Ordre; écoles qui doivent se consacrer avant tout à l'étude de la science maçonnique. Leurs membres iront ensuite porter dans les loges ce qu'ils auront appris là. Ils le feront avec tact et prudence (1). »

1. Cette circulaire a été publiée, en entier^ par Bidegain dans son livre, Le Grand-Orient de France, pp. 142-152.

A chacune des initiations, les candidats sont très attentivement observés. Il en est gui s'arrêtent aux apparences extérieures, qui ne cherchent point à se rendre compte de leur signification, à en pénétrer le mystère. Ceux-là sont laissés dans leur simplicité et forment la première assise de la société, à laquelle ils ne laissent pourtant pas de rendre d'importants services.

Ceux dont l'intelligence pénètre au delà du voile des symboles, et qui témoignent que leur esprit s'ouvre aux idées maçonniques, sont invités à monter plus haut.

« Les cérémonies sont symboliques — disait le F. -• . Régnier dans une séance commune des loges, tenue à Lyon, le 3 mai 1882, — pratiquées par des maçons intelligents; leur signification porte ses fruits. » Et dans le discours de clôture du Couvent de 1883 du Grand-Orient de France, le F. • . Blatin disait aussi : « La franc-maçonnerie, dans son symbolisme perfectionné par une longue tradition, et qu'elle peut encore moderniser à son gré sans porter atteinte à son Ordre même, possède la contrepartie salutaire et le contre-poison du symbolisme religieux. »

Ces symboles sont à la fois lumière et ténèbres; ils sont conçus de telle sorte qu'ils éclairent ceux-ci et aveuglent ceux-là. M. Gerbet, depuis évêque de Perpignan, a publié en 1832, dans le Mémorial catholique, les papiers d'un chef des sociétés secrètes, saisis après sa mort, dit-il, « par un personnage haut placé. » Après avoir expliqué ce qu'est la liberté et l'égalité au sens maçonnique, il dit : « Telle est la force de notre doctrine. Mais persuadons-nous bien que nous ne pouvons jamais l'exposer tout à coup au grand jour ni en termes si formels à tout aspirant.

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Un esprit délié pourrait en tirer des consé(juences trop funestes aux intentions qu'elle couvre. Aussi, à peine lui avons-nous fait entendre ces deux mots sacrés : Liberté, Egalité (1), (ju'aussitôt nous devons savoir prévenir ou du moins arrêter le cours de ses réflexions, contre lesquels nos emblèmes et nos hiéroglyphes nous offrent un remède certain, en les employant sur-le-champ pour distraire à propos l'esprit de l'aspirant par la variété des sujets qfu'on lui présente : ressource admirable et fruit de la politique raffinée de notre célèbre auteur (fondateur), trop versé dans la connaissance du cœur humain pour ne nous avoir pas préparé, avec toute l'adresse imaginable, la coupe enchantsresse et mystérieuse que nous devons présenter et faire passer sans cesse dans l'âme de chaque frère, toujours enveloppée et sous une forme inno:ente qui e:i déguise le véritable sens. »

L'auteur distingue ensuite entre les esprits pénétrants, les esprits remuants et les imbéciles. « Nous devons, dit-il, mettre chacune de ces classes au fait de la doctrine, mais non la communiquer à chacun en même temps et de la même manière. Aux premiers, le sens véritable ne tarde pas à se faire connaître. Les seconds ne doivent être amenés à cette haute connaissance que par degrés, par des emblèmes qu'on leur propose à. deviner. Des troisièmes, on n'exige autre chose que de suivre aveuglément et sans réserue, tout en les tenant attachés par la crainte de la violation du serment sacré. »

Ces règles de conduite sont religieusement observées. Après chaque initiation, on donne à l'initié un délai de quinze jours pour préparer l'explica-

1. Voici que reviennent encore ces deux mots qui sont bien, non le secret, mais l'âme de la Franc-Maçonnerie.

tion qti'il doit donner du grade qu'il a reçu, pour découvrir le sens de la cérémonie dont il a été le héros. Quoi qu'il en dise, on le complimente toujours, sans lui faire connaître ce que l'on pense de son explication. S'il n'a pas compris, on le laisse où il est, à moins cependant qu'il ne soit de ceux sur lesquels on a fondé quelque genre d'espérances. Dans ce cas, on le fait passer par de nouvelles épreuves, sous prétexte de ^nouveaux grades à lui conférer, qui désépaissiront peu à peu le voile qui couvre le mystère.

Ces épreuves ont varié avec le temps, avec les obédiences, et aussi avec les .fins plus immédiates que se proposaient les chefs. C'est ce que le F. • . Blatin vient de faire entendre.

A l'hetire actuelle, voici en quoi consiste, au milieu de beaucoup d'autres, l'épreuve fondamentale :

On amène devant tin cercueil le maçon à initier; on fait plus, on le couche lui-même dans le cercueil.

Là, il entend dire qu'il est mort, qu'il est bien mort, qu'il est pourri, que sa chair quitte ses os. Et de peur qu'il ne l'oublie, on lui donne pour mot de passe, qu'il répétera sa vie entière chaque fois qu'il entrera dans une loge, un mot hébreu qui signifie, à ce que l'on dit : La chair quitte les os : Mac-JBenac. Dans un autre rite, on lui donne le mot Mahabone ou Moabon: fils de la putréfaction.

Chaque fois qu'il entrera dans la loge, il fera quelques pas d'aspect bizarre, qui sont le simulacre d'enjamber un cercueil. Cette initiation est celle du grade de maître, celle qui fait le vrai maçon.

Quand les témoins ont déclaré que le nouveau maître est bien mort, qu'il est bien en putréfaction, que sa chair quitte ses os dans le cercueil symbo-

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lique, le président de la loge vient le tirer du cerctieil. On le déclare alors ressuscité, l'appareil funèbre de la loge fait place à des illuminations joyeuses, et on dit au nouveau maître qu'il est, en personne, le maître Hiram ressuscité. Cet Hiram est pour les francs-maçons l'architecte du Temple de Salomon. Ce symbole de la reconstruction du Temple de Salomon — dans son sens dernier, celui qu'on ne révèle jamais publiquement, annonce la reconstitution du peuple juif en nation, mais en nation devenue maîtresse de l'univers.

Or, ce Temple de Salomon ne sera construit, l'Eglise ne lui cédera la place, le Dieu des chrétiens ne sera vaincu qu'à une condition : cette condition, c'est que le monde entier, et tout entier, descende au cercueil symbolique d'Hiram pour y recevoir une vie nouvelle, après la mort absolue, la dissolution définitive de ce que nous voyons être et vivre aujourd'hui.

Le sens social de l'initiation est donc la mise au tombeau du monde chrétien et la résurrection du monde hébreu. Et comme moyen d'atteindre ce but, moyen unique, révélé dans l'initiation même comme étant son enseignement le plus immédiat, le plus transparent : la destruction de tout l'ordre de choses établi sur les principes du christianisrhe.

Le sens personnel est que l'initié mis au cercueil y est bien mort en tant que chrétien, en tant que citoyen du monde où le Christ est connu et adoré. Pas un atome de chair qui tienne encore à la vie selon l'ordre de Dieu, du Dieu .des chrétiens, ne reste en lui. Nous savons de Dieu qu'il est la voie, la vérité et la vie. C'est en ce sens que l'initié est déclaré avoir perdu la vie, aussi réellement que la vie animale a quitté un cadavre dont la chair

se dissout. Le nom hébreu qu'on lui donne en le relevant, en fêtant sa résurrection, révèle le monde nouveau dont il est devenu citoyen, la civilisation nouvelle au triomphe de laquelle il doit se "dévouer.

Celui qui comprend ces choses est marqué pour les arrière-loges, dont le nombre, la composition, et la mission assignée à chacune varient selon les circonstances, la marche de la Révolution, les progrès accomplis dans la construction du Temple.

Les arrière-loges étant ainsi composées, des émissaires leur portent en temps opporfun les directions et les ordres d'un comité central et supérieur, en même, temps qu'ils mettent en rap^^orts constants tous les Grands-Orients. Ces émissaires sont presque tous Juifs. C'est que le peuple juif trouve dans son organisation nationale des facilités pour remplir ce rôle que personne d'autre ne présente. Il a en effet partout ce que le Kabal appelle des facteurs, agents du gouvernement occulte des Israélites s'interposant d'un bout du monde à l'autre pour les ventes et les achats, pour les procès de leurs coreligionnaires, agissant près des administrations pour tout ce qui est de l'intérêt de la race, secondant ou paralysant les projets des gouvernements, etc. Ils sont admirablement propres à être les commis-voyageurs de la Franc-Maçonnerie et de la Révolution. Les papiers de la Haute-Vente nous montrent Piccolo- Tigre à Paris, à Londres, à Vienne, à Berlin; ici il paraît gentilhomme, là banquier, ailleurs négociant, courtier et même petit marchand ambulant; partout commis-voyageur en placement dô haine contre Celui que ses ancêtres crucifièrent.

Bakoumine fait ce portrait du maçon véritablement initié, admis dans les sociétés plus secrètes : « Le

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révolutionnaire est "un homme consacré. Il n'a pas d'intérêts personnels, pas de sentiments, pas d'affaires, pas de préférence, pas de biens, pas même de nom. Tout en lui est absorbé par un intérêt unique et exclusif, par une pensée unique, par une passion unique : la Révolution. Non seulement par ses paroles, non seulement par ses actes, mais encore dans le fond même de son être, il a rompu à jamais avec l'ordre public, avec le monde civilisé tout entier. Froid envers soi-même, il doit l'être aussi envers autrui. Tous les sentiments d'affection, d'amour, de gratitude doivent être étouffés dans son âme par la passion unique et calme de l'œuvre révolutionnaire. Nuit et jour, il doit avoir une pensée unique, poursuivre un seul but : la destruction implacable. Et accomplissant cette œuvre froidement et sans relâche, il doit être prêt à périr et à égorger de ses propres mains quiconque fat obstacle à ses desseins. »

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