‹ La conjuration antichrétienneChapitre 21 sur 92 · V. — SUGGESTIONS ANTITRADITIONALISTES · texte numérisé non relu

V. — SUGGESTIONS ANTITRADITIONALISTES

Par la mise en œuvre d'un organisme conçu et employé avec fane sagesse infernale, le Pouvoir occulte qui préside à la Franc-Maçonnerie, peiït donc jeter dans l'esprit de la multitude, des suggestions favorables à ses desseins, et les répéter sans cesse.

Les principales suggestions lancées dans le public au XVIII*^ siècle furent celle de Végalité qui devait aifranchir les Juifs et les mettre sur le môme pied que nous, Français; et celle de la liberté qui devait susciter la Révolution. Nous en avons parlé dans le livre Vérités sociales et Erreurs démocratiques.

Aujourd'hui, les suggestions de l'humanitarisme, de l'abolition des frontières, soit politiques, soit dogmatiques, tiennent le premier rang. Elles ont pour fin de détruire tout attachement à la patrie et à la religion afin que sur ces ruines puisse s'élever la Jérusalem de nouvel ordre qui doit s'étendre à tout l'univers. Nous en parlerons dans la seconde partie de cet ouvrage.

Ici nous devons nous borner aux suggestions antitraditionalistes semées en France afin de détruire la

nationalité française, car l'altération des traditions françaises dans l'esprit des Fratiçais, est la condition préalable, nécessaire ati succès des desseins de la secte, qui sont, on peut le dire, en toute certitude l'assassinat de la France.

Plus de cinquante ans ont été ainsi employés à suggestionner l'esprit public et à préparer la Révolution; et en voici soixante-dix, employés de même sorte à nous amener à la situation actuella et à ce qtii doit la stiivre. Alors comme aujourd'hui, la secte, avant d'agir, a commencé par ' créer un état d'esprit nouveau fondé sur le mépris et la haine des tra-i^ ditions de la race française : traditions politiques aussi bien que traditions religieuses, les deux racines maîtresses de l'arbre national, comme dit M. Copin- Albancelli. Les détruire par la force était impossible. On y arrive par la suggestion et le mensonge.

A première vue, on est porté à croire qu'une nation ne peut être vaincue que par les armées. C'est une erreur. A côté des blessures qui font couler le sang des veines, il y en a d'autres plus affaiblissantes et plus difficilement curables, celles qui font couler le sang de l'âme. Où est l'âme d'un peuple? dans ses traditions. C'est dans ses origines et dans les traditions qui en ont surgi, qu'ont été et que sont les vraies sources de sa vie. Or, quiconque examine les faits de notre histoire contemporaine peut se convaincre qu'un immense et incessant effort est poursuivi depuis cent soixante ans pour tuer l'âme française par ce procédé : la détacher de ses origines et de ses traditions, en les lui faisant oublier, en lui en inspirant la haine et le mépris.

« Depuis plus d'un siècle, dit M. Gustave Bord dans la préface de son livre, intitulé : La Franc- Maçonnerie en France, des origines à 1815, les his-

toriens et les économistes se demandent comment un pays, foncièrement monarchique et catholique comme la France, a pu brusquement changer d'idéal et de foi... Aucun historien de bonne f ji n'a mÎ3 en doute que l'âme du pays ne fût royaliste et croyante... Il faut qu'un mal plus terrible (que le déficit financier, etc.) ait envahi ce qti'on appelait alors l'opinion publique : le but de cette étude est de prouver que le mal qui devait contaminer le monde entier, n'était pas seulement la Franc-Maçonnerie, mais surtout l'esprit maçonnique, l'esprit maçonnique créé par des suggestions continues et se répandant des loges dans tout le monde profane. »

« Lorsqu'on veut qu'un peuple vive, dit encore M. Bord, on ne détruit pas les sources de sa vie. On n'attaque pas haineusement ses souvenirs. Même dans les cas où il devient nécessaire de choisir entre les différents chemins que peut ouvrir l'avenir, on le fait avec le respect qu'on se doit à soi-même et qu'on doit encore plus aux aïeux par lesquels on existe; on médite pieusement les modifications dont sont susceptibles ces traditions grâce auxquelles ils ont édifié ce qu'ils nous ont transmis. On fait en sorte, non pas de tuer le passé, ni de le déshonorer, mais de le relier aux conditions nouvelles qui peuvent résulter du changement d'âge des nations. Si, au contraire, on veut qu'un peuple meure, rien de plus logique que de le fiapper aux endroits où sont les sources même de ga \ie.

» N'est-elle pas singulièrement impressionnante cette marche de la Maçonnerie, installée au milieu d'un peuple dont elle commence par fermer les yeux et par enivrer la raison; puis qui supprime l'un après l'autre tous les organes de notre vie nationale, en s'attaquant dabord à ceux dont le Pouvoir occulte

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sent la disparition plus urgente pour lui : la Monarchie, tradition nationale politique, force qui maintenait la cohésion dans le corps social, qui coordonnait les efforts en rue de la défense; puis le catholicisme, force ^morale qpii donnait aux âmes le ressort à défaut duquel la meilleure organisation reste inutile, comme serait une machine, même la plus perfectionnée, dans laquelle il n'y aurait point de vapeur. Ces destructions préalables accomplies, l'âme du pays étant endormie, sinon détruite, et ses membres ou disjoints ou paralysés, réduits à l'impuissante défensive, le Pouvoir occulte s'en prend successivement aux idées, désormais sans support, de propriété, de famille, de moralité, qui, à défaut des institutions traditionnelles et des principes fondamentaux préalablement anéantis, distingueraient encore l'homme de la bête. Il veut que soit effacée cette dernière distinction, et il s'y acharne en proclamant qu'il travaille pour la lumière, la justice, la civilisation, le progrès! Il attaque enfin l'idée nationale elle-même, de la façon dont il a attaqué toutes les autres, c'est-à-dire en répandant subrepticement, par fraude et mensonge, dans ses loges, et de là dans le monde profane, les idées qu'il sent nécessaires pour fanatiser les uns, pour engourdir les autres. Notre renoncement à toutes nos traditions, c'est par là que le Pouvoir occulte a résolu de nous tuer, en faisant de nous les artisans de notre ruine. »

Cela commença avec Voltaire et l'école encyclopédique. Ils préparèrent la Révolution par une propagande d'idées.

« Nous avons à craindre, disait Mirabeau à Chamfort, l'opposition de la grande partie de la natioû, qui ne connaît pas nos projets et qui ne serait pas disposée à nous prêter son concours. On lui fera

CORRUPTION DES IDÉES 46i

vouloir et on lui fera dire ce qu'elle n'a jamais pensé. Si elle en doute, on lui répondra comme Crispin au légataire : C'est votre léthargie. La nation est un grand troupeau qui ne songe qu'à paître et qu'avec de bons chiens les bergers mènent à leur gré. Après tout, c'est son bien qu'on veut faire à son insu. Ni son vieux régime, ni son culte, ni ses mœurs, ni toutes ses antiquailles de préjugés ne méritent qu'on les ménage. Tout cela fait honte et pitié à un siècle comme le nôtre et, pour tracer un nouveau plan, il faut faire place nette. »

Grâce à cet empoisonnement des esprits, ils purent arriver à couper la tête au roi et anéantir le culte catholique.

Napoléon se rendant compte des nécessités qui s'imposaient, restaura la tradition religieuse; et voulut* créer un nouveau traditionalisme politique. N'ayant point voulu faire la première de ces choses comme le Pape l'entendait, il ne put réussir la seconde.

Apres la Restauration, tout le travail accompli par la secte était à refaire; il fut repris de même façon. Elle s'attacjiia d'abord au traditionalisme politique. Par le libéralisme et ses hypocrisies, elle parvint à détrôner les Bourbons, à rétablir une République; puis, ne la trouvant point viable, à substituer de nouveau au traditionalisme politique français l'Empire qui en est la contrefaçon. En même temps, l'unité italienne était dressée pour battre en brèche le boulevard du catholicisme, la Papauté; et Napoléon III était sommé de prêter les mains à cet attentat de tous le plus funeste. Et tandis qu'il s'accomplissait, toute ,une série d'assauts étaient donnés chez nous, avec autant de patience que de perfidie, au traditionalisme religieux. On sait ce qu'il en advint.

La France parut se ressaisi- après la guerre, Tin-

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vasion et la Commune, et vouloir échapper à la Franc- Maçonnerie et au Pouvoir occulte par le retour au traditionalisme religieux et politique. C'est ce que marquèrent les élections de 1871. Mais la secte sut semer entre les représentants de la nation des divisions qui firent tout avorter. Le traditionalisme politique fut abattu en 1874 et 1877, et dès ce moment fut conduite lentement, mais sûrement, la guerre au tmditionalisme religieux. Elle commença par l'école neutre, fut poursuivie par l'expulsion des congrégations religieuses; elle en est aujourd'hui à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, en attendant qu'elle puisse anéantir l'Eglise de France.

Tout ce qui a é té tenté depuis 1880 pour faire oublier aux Français ce qu'ils ont été, ce qu'Us sont, ce qu'ils doivent être, a été préparé dans les loges. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à consulter le Bulletin du Grand-Orient. On y voit que tou'es les lois, toutes les mesurçs antireligieuses, antimorales, antisociales, prises par le gouvernement ou fabriquées par le Parlement, ont été discutées et votées dans les ateliers maçonniques plus ou moins longtemps avant de l'être à la Chambre et au Sénat. Lorsque la remarque en fut faite, le Bulletin du Grand-Orient disparut du dépôt légal, cessa d'y être porté, de sorte ,^u'aujourd'hui, il est impossible d'y faire de nouvelles découvertes.

Donc, depuis cent cinquante ans, c'est toujours la même marche inflexiblement poursuivie vers le même but; ce sont toujours les mêmes coups de hache de l'invisible bûcheron en vue de la destruction en France de cette double racine de l'arbre français : le traditionalisme politique et le traditionalisme religieux. Aujourd'hui, l'antitraditionalisma religieux est poussé jusqu'à l'athéisme, dans les écoles

et l'antitradidonalisme politique jusqu'à la démolition de l'idée de Patrie dans l'armée. Ce plan était nié autrefois, il ne l'est plus, car les francs-maçons croient n'avoir plus à se gêner, l'un des deux traditionalismes étant mort, disent-ils, et l'autre mourant. « Il nous plaît de constater que nous ne sommes pas étrangers à cette double ruine, disait en 1902, dans un chant de triomphe, l'aide-bûcheron F.'. Delpech. Au point de vue politique, les francs-maçons ont varié; mais en tout temps la Franc-Maçonnerie a été ferme sur ce principe : guerre à toutes les superstitions, guerre à tous les fanatismes... Le triomphe du Galiléen a duré vingt siècles, il se meurt. » Ce chant de victoire contient un mensonge. Il dit : guerre à toutes les superstitions, à tous les fanatismes; or, il existe une « superstition » et un « fanatisme » que la Maçonnerie n'a jamais combattus : c'est la « superstition » et le «fanatisme » juifs. Pour Israël, contre le « Galiléen »! telle est la formule qui résume le mieux l'œuvre maçonnique. L'autre point de cette déclaration — « Au point de vue politique les francs-maçons ont varié », — demande explication : Oui; la secte a flatté la Restauration, mais pour détourner l'attention de ses manœuvres. Elle a travaillé à l'établissement du pouvoir personnel dans la personne des Napoléons, mais pour se servir d'eux. Et pour ce qui est de nos rois^ elle n'a jamais cessé de porter dans son cœur et d'exécuter, autant que les circonstances le permettaient, ce mot d'ordre qui lui a été donné à l'origine : Lilia pedïbus destrue.

Tout cela, la secte a pu le faire grâce à son action sur l'esprit public par les moyens ci-dessus signalés.

Dans l'ouvrage déjà cité- M. Bord donne le nom

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de « latomisés » aux personnes initiées pu profanes qui sont imprégnées de la doctrine maçonnique. Les Romains appelaient latomies des carrières où l'on renfermait des prisonniers. Les « latomisés » sont donc les captifs de la maçonnerie, ses captifs intellectuels, ceux de l'esprit desquels elle a pris possession. De ces captifs il y en a beaucoup plus dans le monde profane que dans les Loges. Ce sont tous ceux en qui les suggestions maçonniques ont plus ou moins oblitéré l'idéal de nos aïeux, l'idéal qui a fait la France. M. G. Bord fait cette observation qui est aussi patente aujourd'hui qu'avant la Révolution : « Le latomisé fut un perturbateur aussi terrible que l'initié, car sa mentalité était la cause fatale de l'ambiance créée par le dogme égalitaire. La mentalité maçonnique agissait en effet autant sur le latomisé que sur l'initié, et la plupart d'entre eux ne voyaient pas exactement les transformations que la maçonnerie avait produites sur leur intelligence, sur leur volonté et sur leur conscience. Voilà précisément où se trouve la force de la Maçonnerie. Là aussi est le danger qu'elle présente ».

La France avait comme idéal la religion catholique et la royauté traditionnelle. C'est de l'union de ces deux idées et de ces deux faits qu'est née la patrie française; c'est à leur culte qu'elle doit son développement, sa prospérité et sa suprématie sur l'Europe et sur le monde civilisé (1). Hélas! combien elle en est déchue, depuis qu'il s'est trouvé dans son sein une association travaillant constamment, et a^^ec tant de complices hors d'elle, à tarir dans les âmes ces deux sources de la vie nationale!

1. Du huitième au quinzième siècle, il n'y eut, de par le monde, qu'un peuple à l'apogée ; la France. Tout ce qu'il fit alors de grand naquit de la double inspiration religieuse et nationale.

Ces complices, on les trouve jusque dans nos rangs. Pour ce qui est de la tradition religieuse, n'est-ce point chez les catl:oliques que l'Encyclique Fascendi a dû aller chercher et condamner les fauteurs ^u Modernisme? Et que fait le Modernisme? Il s'attaque hypocritement aux racines mêmes du christianisme. Comme le protestant, le moderniste nie l'autorité divine de l'Eglise; comme le rationaliste, le moderniste nie la divinité réelle de Notre Seigneur Jésus- Christ; comme le panthéiste et l'athée, le moderniste nie l'existence réelle d'un Dieu dis'.inct du monde; comme le sceptique, le moderniste refuse à la raison humaine le pouvoir de connaître réellement aucune vérité. Et en niant tout cela, le moderniste garde toute l'apparence, toute la façade, toutes les formules du catholicisme. Aussi Pie X a pu dire : « Les partisans de ces erreurs, il n'y a pas aujourà les chercher parmi les ennemis déclarés; ils se cachent dans le sein même et au cœur de l'Eglise, ennemis d'autant plus redoutables qu'ils le sont moins ouvertement. Nous parlons d'un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l'Eglise. En phalanges serrées, ils donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'œuvre de Jésus-Christ. »

Peut-il y avoir un péril plus grand pour la tradition religieuse et sa conservation dans notre pays que celui qui est ici décrit?

Le péril n'est pas moins grand pour la tradition nationale. Les Francs-Maçons estiment celle-ci morte, tandis qu'ils ne voient encore qu'à l'agonie la tradition religieuse. Ils se trompent. Le catholicisme n'est point mourant même en France; et l'idée mo-

L'Église et le Temple. 30

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narchique n'est point morte. Elle revit.; elle se relève des coups qui lui ont été portés depuis un siècle. Mais la secte n'a point jeté ses armes; elle continue le combat et elle le poursuit là où elle croit qu'il sera plus décisif. C'est pourquoi elle porte l'attaque d'abord dans les écoles. De Maistre a dit que l'histoire, depuis la Réforme, est une conspiration contre la vérité. Cette conspiration est patente dans l'enseignement à tous ses degrés, aussi bien à l'école primaire qtie dans les Lycées et les Universités. Dans l'enquête qui se fait en ce moment sur les livres classiques, on constate un égal acharnement, et contre la vérité religieuse, et contre la vérité historique : à toutes les pages la falsification voulue des faits et des doctrines est faite pour créer dans l'âme des enfants des préjugés indéracinables. C'est la recommandation qui avait été faite à la Haute-Vente : « C'est à la jeunesse qu'il faut aller, c'est elle qu'il faut séduire^ çlle que nous devons entraîner sans qu'elle s'en doute. »

Au sortir des écoles, le jeune homme est saisi par les associations; il est catéchisé par les journaux; il est circonvenu par des apôtres dont il ne croit pas devoir se défier et qui, dans le fait, sont les plus dangereux parce qu'ils se présentent sous un visage religieux et patriotique.

Quel journal, quelle association plus acharnés contre la tradition monarchiste que le Sillon, pour ne citer que lui? (1) Les jeunes catholiques qu'il entraîne par l'amorce d'idées généreuses, mais vagues, imprécises, peuvent-ils se douter qu'en les hypnotisant dans la contemplation de l'idée démocratique,

1. En plusieurs provinces, l'Association de la Jeunesse catholique ne se distingue point assez du Sillon sous ce rapport.

le Sillon fait les affaires de la Maçonnerie? Peuvent-ils se douter que l'idée fondamentale du Sillon est une idée juive, une de ces idées qui sont employées par la secte judéo-maçoimique pour asservir \x France et saper le catholicisme? Ils ne le peuvent, car, dans leurs cercles d'études, on se garde bien de porter leur attention du côté de la secte. Par l'étude sérieuse, approfondie de la question maçonnique, ils verraient ce que la secte se propose, les moyens qu'elle emploie pour arriver à ses fins, les suggestions qu'elle croit utile de répandre pour se donner des collaborateurs parmi « les profanes ». Ils verraient que ces collaborateurs, elle les cherche de préférence parmi eux à raison des qualités naturelles à la jeunesse et des ressources qu'elle présente pour l'apostolat dans le présent et pour les institutions à établir dans l'avenir. Profitant de la simplicité et de la candeur propres à leur âge, elle travaille à faire de leur association une école de dissociation anticatholique aussi bien qu'antifrançaise. N'a-t-on point vu le Sillon s'adjoindre aux insulteurs de Jeanne d'Arc? S'il est une tradition française digne de respect et d'enthousiasme, c'est pourtant bien celle-là. Ne voit-on pas le SMon faire partout alliance avec les protestants, et même avec les Unions chrétiennes dont le but avoué est d'entraîner la jeunesse de tous les pays du monde dans une religiosité 'qui secoue le joug de tout dogme? Les choses semblables s'appellent et la haine de la tradition monarchique devait nécessairement amener après elle au moins l'indifférence dans l'ordre religieux.

Le Pape, les évêques les ont maintes fois avertis pour ce qui regarde la religion; des hommes dignes de toute considération les avertissent peur

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ce qui est de la patrie. Ils ferment obstinément l'oreille, tant la suggestion maçonnique s*est ptiissamment emparée de leur esprit. Combien y en a-t-il parmi eux qui peuvent s'en rendent compte!

Pour qui a étudié la secte maçonnique, q^ui connaît ses visées et les moyens d'action qu'elle s'est donnés, il n'est pas douteux que son influence ne s'exerce parfois, même dans les journaux réputés les meilleurs. A la manière dont sont traitées certaines questions, on sent le souffle, l'inspiration de la secte. S'il est une question urgente entre toutes, c'est bien celle de l'union des catholiques dans une même pensée et dans une même action. Dès les premiers jours de son pontificat, dans sa première Encyclique, notre Saint-Père le Pape Pie X a marqué l'unique terrain sur leqiuel ils peuvent s'entendre et unir leurs efforts. Il s'y est placé lui-même, les invitant à se grouper autour de lui et s'offrant à les diriger. « En face de la guerre impie qui a été soulevée et qui va se poursuivant presque pai'tout contre Dieu... si l'on nous demande une devise traduisant le fond même de notre âme, nous ne donnerons jamais que celle-ci : Restaurer toutes choses dans le Christ... Il en est, et un grand nombre, nous ne l'ignorons pas, qui, poussés par l'amour de la paix, c'est-à-dire de la tranquillité de l'Ordre, s'unissent et se groupent pour former ce qu'ils appellent le parti de V Ordre. Hélas! vaines espérances, peines perdues! De partis d'Ordre capables de rétablir la tranquillité au milieu de la perturbation des choses, il n'y en a qu'un : le Parti de Dieu. » Cette parole devait, ce semble, rallier tous les organes catholiques de publicité. Mais non. Les plus ostentatoirement catholiques ont préféré au Farti de

Dieu, le parti de V Ordre, et à l'action, catholique, l'action libérale! Et lorsque la constitution du Parti de Dieu demande, actuellement, que chacun dans la défense des droits de Dieu, de l'Egliso et des âmes fasse abstraction de ses préférences politiques, ces mêmes journaux « catholiques » ont exigé préalablement à toute entente et à toute action commune, une profession de foi républicaine. Qui ne reconnaîtrait en cela .l'inspiration maçonnique, la suggestion de la secte qui nous a dotés de la république tout en déclarant de vive voix et par ses œuvres que la République n'est autre chose que « la maçonnerie à découvert? » Ce n'est pas à la légère que M. Copin-Albancelli a dit : « Le journal modéré, patriote, religieux même, peut avoir, sans qu'il le sache, son ou ses francs-maçons qui n'y disent que ce qu'ils peuvent dire. S'il n'a pas son ou ses francsmaçons, il a tel et tel de ses rédacteurs qui sont imbibés, grâce à des « influences individuelles soigneusement couvertes », d'esprit maçonnique dilué dans la mesure où il convient pour qu'il soit assimilable dans le milieu où il doit agir. Ces maçonnisants transmettent à leur tour à leurs confrères l'esprit qu'ils ont reçu. Et c'est ainsi que notre presse, même celle d'opposition, est attaquée sur bien des points par des infiltrations maçonniques (1). Il en est de même des ateliers, des salons, des groupes

1. M. Louis Teste a raconté ce gui suit : « Un de nos évêques, aujourd'hui archevêque, étant allé pour je ne sais plus quelle affaire voir à son bureau un de nos confrères, le trouva en compagnie de quelquesuns de ses collaborateurs, qui lui furent aussitôt présentés; mais deux d'entre eux s'étaient déjà précipités pour baiser l'anneau épiscopal, bien qu'à Paris ce ne soit pas l'usage, ce que je constate sans l'apprécier. En sortant, l'évêque dit à la personne qui l'accompagnait : « Ohl il y a là deux bien bons catholiques, MM. Untel et Untell » C'était les deux Juifs qui avaient baisé l'anneau. Je tiens l'anec-

que nous constituons ». On peut dire à coup sûr que tout ce qui est marqué de l'estampille « libéral » vient des Loges par des voies plus ou moins détournées. En tout cas, il fait leurs affaires.

Que conclure?

Le Pouvoir occulte a basé sa domination sur un état d'esprit.

Cet état d'esprit est antitraditionaliste. Antitraditionalisme religietix et antitraditionalisme politique. Il est le résultat des divisions successives opérées chez nous depuis quatre siècles.

Lorsqu'un ouvrier carrier veut briser un bloc de pierre, dit M. Copin-Albancelli, il commence par le séparer en deux morceaux. Il s'attaque ensuite et successivement à l'un et à l'autre de ceux-ci, qu'il subdivise à leur tour. Il continue ainsi, en faisant des morceaux de plus en plus petits, jusqu'à ce qu'ils soient réduits à la dimension qui lui convient.

Tel est le procédé qui a servi à réduire la France à l'état où nous la voyons.

Son adversaire commença par la briser eu deux grands fragments. Ce fut le jour où il réussit à y introduire le protestantisme.

dote de première main et j'en garantis l'authenticité. » A ceux çfui s'étonneraient de ce qui est dit ici, il n'y a qu'à leur mettre sous les yeux la revue maçonnique L'Acacia, numéro de mars 1908, page 235 :

« Pourquoi, quand la Croix aura le monopole incontesté de la direction des catholiq^ues, ne nous en emparerions-nous pas, avec le concours des Juifs, des protestants et du gouvernement, en achetant les actions?

» On balayerait alors toute la rédaction cléricale « pour en substituer une de libres-penseurs malins qui conservetraient d'abord le ton de la maison, puis le changeraient peu à peu. » Faire évoluer un journal sans que les lecteurs s'en doutent, comme un fabricant de chocolat change son cacao, c'est V enfance de l'art. »

Le bloc catholique et monarchiste français, après qu'il eut été réduit par la brisure résultant de l'établissement du protestantisme, fut brisé à nouveau par la philosophie du XVIIL' siècle. L'éclatement fut même alors double : il se produisit dans le sens religieux et dans le sens politique. La Révolution en fut la conséquence et après elle, à la place de ce bloc catholique et monarchiste déjà léduit, il y eut, d'une part, des catholiques et des « philosophes » et, d'autre part, des monarchistes et des républicains.

Survint l'Empire qui fut une tentative de réagglutination due à l'ambition et au génie d'un homme appuyés sur l'instinct de conservation de la nation. Lorsque cet homme tomba, la tâche de la Restauration était devenue bien difficile; car, au lieu du bloc national d'autrefois, il y avait alors en France des catholictues, des protes'.ants, des déistes, des athées, des royalistes, des impérialistes et des républicains. Un nouveau morcellement fut opéré lorsque la branche cadette succéda à la branche aînée : Un parti orléaniste exista dès lors à côté des autres déjà si nombreux.

Depuis lors, le mystérieux ennemi n'a cessé de travailler dans le même sens. Il a frappé sans relâche et sans que personne le vît agir sur les fragments produits par les éclatements successifs de l'ancien bloc français. Si bien que maintenant non seulement il y a en France des catholiques, des protestants, des déistes, des athées, des royalistes, des impérialistes et des républicains, mais encore chacun de ces groupements se trouve subdivisé en un nombre sans cesse grandissant de sous g;oupements. . Regardez partout, à droite, à gauche, chez les croyants et chez les incroyants^ chez les pat iotes

et chez ceux qui ne le sont plus, chez les autoritaires et chez les libéraux, dans tous les milieux, dans tous les camps, à tous les degrés de l'échelle sociale, c'est la guerre incessante, sans cesse renouvelée sous un prétexte ou sous un autre.

Les germes en ont été inoculés aux générations qui ont précédé la nôtre par l'ennemi masqué auquel nous avons affaire et ils nous ont été transmis comme une conséquence inéluctable d'états de choses antérieurs.

A ce déplorable état il n'y a qu'une seule chose à opposer : les doctrines vraies aux doctrines fausses;, une contre-propagande tendajit à remettre en honneur, avec une constance inlassable, les principes de notre race, à créer un esprit opposé à celui que la secte n'a que trop fait prévaloir,

« L'Ancienne France, dit M. Gustave Bord, avait comme idéal la religion catholique et la royauté traditionnelle. C'est de ces deux croyances qu'est née la Patrie française; des doctrines maçonniques ont pu nous la faire oublier momentanément, mais je reste convaincu que la France de demain reprendra ses anciennes traditions ; qUe celles-ci seront d'accord avec les nécessités du monde moderne et que notre pays redeviendra la nation énergique et généreuse qu'elle fut sous ses rois. »

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