VI. - PROPAGANDE PAR LE COLPORTAGE ET PAR LES ÉCOLES
Ainsi donc pour répandre les idées qu'elle a intérêt à faire prévaloir, la Franc-Maçonnerie use tout d'abord « d'influences soigneusement couvertes », influences des hauts initiés sur les vulgaires maçons, influences des maçons sur les sociétés qu'ils ont organisées ou dans lesquelles ils ont pu s'introduire, et par elle et par eux, influences sur l'opinion publiée dans toutes les classes de la société.
Mais pour arriver aux résultats qu'il veut obtenir, le parti occulte ne se contente point de' ces influences.
Dans sa lettre du 18 janvier 1822, Piccolo-Tigre se félicitait des ressources abondantes qu'il tirait de Londres pour la propagande par la brochure et le journal des idées libérales et humanitaires,
« Des offres considérables m'ont été faites. Bientôt nous aurons à Malte une imprimerie à notre disposition (1). Nous pourrons donc avec impunité, à
1. En mars 1763, Voltaire écrivait à Helvétius : « Pour- (pioi les adorateurs de la raison restent-ils dans le silence
coup sûr, et sous le pavillon britannique, répondre d'un bout de l'Italie à l'autre, les livres, brochures, etc., que la' Vente jugera à propos de mettre en circulation ». Le 5 janvier 1846, le même écrivait de Livourne à Nubius : « Nos imprimeries de Suisse sont en bon chemin. Elles produisent des livres tels que nous les désirons; mais c'est un peu cher; j'ai consacré à cette propagande nécessaire une assez forte partie des subsides recueillis. Je vais utiliser le reste dans les légations ».
Maintenant, la secte a ses imprimeries partout, et le colportage de leurs productions est favorisé par les lois.
Ln 1881, la liberté complète du colportage fut greffée sur la liberté complète de l'imprimerie et de la librairie. Los vagabonds, les repris de justice reçurent le droit de répandre les brochures les plus
et dans la crainte? Qui les empêcherait d'avoir chez eux une petite imprimerie et de donner des ouvrages utiles et courts, dont leurs amis seraient les seuls dépositaires?... On oppose ainsi, au Pédagogue chrétien et au Fensez-y bien, de petits livres philosophiques qu'on a soin de répandre partout adroitement. On ne les vend point, on les donne à des personnes affiliées, qui les distribuent à des jeunes gens et à des femmes... »
*Le conseil fut suivi, nous l'avons vu plus haut, et ce fut l'une des choses qui préparèrent le mieux la Révolution. Un M. Leroy, lieutenant des chasses royales, s'écriait en 1789, dans un dîner raconté par Barruel et qui avait lieu chez M. d'Angevilliers, mtendant des bâtiments du roi : « J'étais le secrétaire du comité à qui vous devez cette Révolution et j'en mourrai de douleur et de remords... La plupart de ces livres que vous avez vu paraître depuis longtemps contre la religion, les mœurs et le gouvernement, étaient notre ouvrage, et nous Tes envoyions à des colporteurs qui, les recevant pour rien, les vendaient au plus bas prix... Voilà ce qui a changé ce peuple et l'a conduit au point où vous le voyez aujourd'hui ».
De l'aveu i^e M. Didier, aveu fait à la Chambre des Députés en 1833, le conseil de Piccolo-Tigre, renouvelé de Voltaire en 1822, eut à la Révolution de 1830 la part qu'il avait eue à la Révolution de 1798. (Voir ci-dessus, p.<232).
impies et Les plus immondes. Et cependant, quelques années auparavant, le préfet de police avait établi que le colportage n'employait pas moins de dix à douze mille agents, répandant frauduleusement quinze millions de publications malsaines et honteuses. Ce n'était j)oint assez, on décréta une liberté plus complète. De plus, les auteurs des œuvres ainsi colportées furent glorifiés afin de leur donner plus de crédit auprès du peuple (1).
Ce sont surtout les journaux qui servent à répandre les idées que la secte veut semer dans le public. Les feuilles qui sont à sa dévotion sont légion; elles sont graduées avec un art infernal, pour toutes les classes possibles de lecteurs, afin que chacun, selon le degré où son esprit est parvenu sur la voie de l'erreur, puisse se procurer le périodique atiqUel son esprit puisse s'adapter et marcher de compagnie avec lui. La poésie et le roman, les beaux-arts et les sciences, l'histoire du passé et l'exposé des événements présents, tout sert, dans la mesure qui convient au public auquel s"adresse spécialement telle ou telle feuille, à répandre les idées d'affranchissement intellectuel, moral et religieux qui sont le fond de l'esprit maçonnique.
Les congrès ont bien souvent été employés au même but. C'est de l'existence de la Haute-Vente que date l'impulsion; qui leur est donnée. On sait combien, en ces derniers temps, ils se sont multipliés,
1. Oa vient d'ériger une statue à Eugène Sue et de célébrer son Centenaire; il a été précédé par des réclames bamnmesques en faveur de ses œuvres. Tous les cinq ou six ans, des journaux reprennent ^on Juif Errant, ses Mystères de Paris, en feuilleton; des éditions de livraisons en approvisionnent le marché sans reliche, pour qu'aucune génération ne grandisse sans avoir bu le poison qu'elles contiennent.
SOUS toutes les étiquettes possibles. Il ne fut d'abord question que de congrès scientifiques. Le pape Grégoire XVI s'y opposa avec une inébranlable) fermeté. Il ne put éloigner ce 'fléau de l'Italie, où les princes se laissèrent forcer la main; du moins il en préserva Rome. Les congrès scientifiques furent en Italie en 1845 ce que furent en France, deux ans plus tard, les banquets démocratiqfues. De plus, ils servirent aux esprits aventureux à se connaître, aux affidés à semer leurs idées, à la secte à jeter le discrédit et le mépris sur les dogmes chrétiens.
Mais pour être profonde, pour être tenace, pour être générale, la propagande des idées doit être erttreprise dès le bas âge, dans l'éducation. Dans ses instructions au «Régent», Weishaupt dit : « Il faut pourtant gagner à notre Ordre le commun du peuple : le grand moyen pour cela est l'influence sur les écoles... Vous devez sans cesse voir comment on peut, dans vos provinces, s'emparer de l'éducation publique, du gouvernement ecclésiastiqlie, des chaires d'enseignement et de prédication ». Ecrasez l'ennemi quel qu'il soit, disaient les Instructions aux membres de la Haute-Vente, mais surtout écrasez-lé dans l'œuf. C'est à la jeunesse qu'il faut aller, c'est elle qu'il faut séduire, elle qu'il faut entraîner, sans qu'elle s'en doute... Allez à la jeunesse, et, si c'est possible, jusqu'à l'enfance ».
Ces Instructions n'étaient point de celles que les membres de la Haute-Vente dussent garder pour eux seuls. Ils ne pouvaient, à quarante, endoctriner toute la jeunesse européenne. Elles devaient être transmises de proche en proche, plus ou moins explicites ou voilées, selon le degré d'avancement des
personnes auxquelles on voulait les faire parvenir. Elles étaient particulièrement destinées à ceux qui s'occupent de Tinstruction de la jeunesse, dans les lycées, dans les collèges, dans les écoles et même dans les séminaires. Il n'était point nécessaire que toutes les personnes appelées à cette propagande fussent engagées dans' les liens de la Maçonnerie; il suffisait, il suffit toujours, qu'elles aient l'esprit maçonnique; celles-ci sont même considérées comme les plus. utiles, parce qu'elles inculquent les idées voulues à la jeunesse qui leur est confiée sans se douter du mal qu'elles lui font.
Aux autres, aux initiés, on recommandait une extrême prudence. Elle était plus nécessaire alors qu'aujourd'hui, plus dans les Etats pontificaux que chez nous. Elle était exigée, surtout de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, directement ou indirectement, pouvaient avoir quelque influence sur l'éducation de la noblesse ou du clergé.
Le document publié par Mgr Gerbet, après avoir dit qu'il faut s'efforcer d'entraîner dans le sillon maçonnique les autorités civiles et militaires, les rois et les princes eux-mêmes, ajoute : « et surtout leurs enfants... C'est par des auteurs célèbres, dont la morale s'accorderait avec nos desseins, que nous paralyserons et ébranlerons leur puissance. C'est par d'aussi sages mesures mises à profit avec prudence, et surtouf appliquées à propos à de jeu le? cœurs tiop faibles pour en discerner le vrai but, que nous les amènerons à nous seconder pour le grand œuvre ». C'est ce que l'on n'a cessé de pratiquer. Pour ne citer qu'un exemple, la secte avait réussi à faire admettre conrnie précepteur du prince Rodolphe, héritier présomptif de l'empereur François-Joseph, un apostat, croyons-nous, et pour maîtres des savants.
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comme le naturaliste Brehm, qui ne croyaient ni en Dieu, ni en la vie future. L'on sait comment cet infortuné prince roula jusqu'à l'abîme le plus profond du déshonneur et du désespoir.
Ici encore, nous voyons observées de nos jours les instructions de Weishaupt. Voici celles qui avaient été données à celui dont il avait fait choix pour être gouverneur de l'héritier présomptif de la couronne de Bavière en 1785.
« I. On visera à ce que les connaissances du prince soient étendues, mais non pas profondes. S'attaquer directement au sentiment religieux inné à la jeunesse, serait imprudent; en procédant indirectement, on obtiendra d'excellents résultats. Il suffira de montrer dans renseignement une opposition entre la science et la foi.
» II. L'éducateur étudiera soigneusement le caractère de son élève. Il est deux points surtout au sujet desquels il devra obtenir une connaissance certaine : Quels sont les plaisirs vers lesquels le prince se sent le plus attiré? Quelles sont les passions dominantes dans sa nature? Le gouverneur aura soin de nourrir les penchants et les passions du prince. La jeunesse, légère de sa nature, aime cela, s'en montre reconnaissante et s'attache à ceux qui agissent ainsi avec elle. Mais on évitera de dépasser une certaine mesure, afin d'éviter que la satiété se produise. Il faut maintenir la soif. Les connaissances étendues et superficielles produisent la vanité. On la flattera : la jeunesse inexnérimentée se laisse toujours séduire par des louanges.
» III. Une attention spéciale sera attachée au choix des lectures. On vantera les ouvrages écrits dans l'esprit de la loge comme faisant époque dans la
science, et comme perles littéraires. Quand le public se sera laissé prendre à ces manœuvres, le gouverneur signalera au prince les publications en question comme faisant sensation et dignes d'être lues avec attention.
» IV. Il importe de donner à la jeunesse, de bonne heure, au moyen de la parole et des lectures, un certain intérêt, voire V estime du suicide! On signalera le suicide comme l'acte le plus élevé du courage viril, surtout dans certains cas spéciaux. »
Le prince héritier de Bavière, plus heureux que le prince Rodolphe, fut préservé du sort d'une pareille éducation.
C'est à ces précepteurs surtout que les Instructions recommandent la prudence : « N'ayez jamais pour ces enfants un mot d'impiété ou d'impureté : Maxima debetur puero rêver entia. N'oubliez jamais ces paroles du poète, car elles vous serviront de sauvegarde contre des licences dont il importe essentiellement de s'abstenir dans l'intérêt de la cause. Pour la faire fructifier au seuil de chaque famille, pour vous donner droit d'asile au seuil domestique, vous devez vous présenter avec toutes les apparences de l'homme grave et moral (1). » Il peut paraître étonnant que l'on recommande ici de ne pas dire un mot d'impiété, alors qu'il s'agit « d'anéantir l'idée chrétienne »; mais, nous avons déjà
1. Weishaupt, t. III, p. 35, disait à ses Frères insinuants: « Le Frère insinuant peut avoir tous les vices, mais ne doit, en même temps, jamais se laisser voir que sous le plus parfait extérieur d'honorabilité et de vertu. Il lui est prescrit de s'appliquer « à la perfection extérieure ». II doit voir comment il pourra s'emparer de l'éducation, des chaires d'enseignement, du gouvernement ecclésiastique. Il pourra avoir l'air de remplii* q-uelque fonction en faveur de ces mêmes puissances, dont la destruction doit être son unique objet. »
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vu et l'on verra mieux encore plus loin, par quels mots, par quelles idées qui, de prime-abord paraissent în offensifs, la Maçonnerie parvient à inculquer dans les esprits, à propager dans les masses, à faire régner dans la société ses principes qui sont tout l'opposé des principes chrétiens.
Voici un fait qui montre bien que Voltaire, Weishaupt, Nubius sont toujours fidèlement obéis.
Dans les premiers jours de juin 1892, le correspondant parisien du Courrier de Bruxelles lui communiqua ce qui suit :
« C'était à l'époque où les Chambres siégeaient encore à Versailles et où par conséquent sénateurs, députés, journalistes, habitant Paris, étaient condamnés à des voyages presque quotidiens. Je me trouvais un jour dans un compartiment du train, dit parlementaire, en compagnie de M. Madier de Montjau, de M. et Mme Lockroy, des enfants Hugo, Georges et Jeanne. On parla d'un jeune homme ami des deux familles, dont on dit beaucoup de bien. Comme Mme Lockroy rappelait que cet adolescent avait eu longtemps des idées « réactionnaires et cléricales », Madier l'interrompit : « Oui, oui, mais je lui ai inoculé le virus (1), et maintenant il l'a bien ». Jamais je n'oublierai l'air véritablement infernal avec lequel ces paroles furent prononcées. Toute la haine antireligieuse de Madier' de Montjau apparaissait dans ses yeux, sa voix sifflante, son rictus de fanatique ».
A ce Madier de Montjau le gouvernement maçonnique fit des funérailles aux frais de l'Etat!
Ce n'est plus seulement les fils des princes que les F. • . Insinuants ont mission de corrompre intel-
1. « Inoculer le virus », « infiltrer le venin », ce sont les propres expressions employées dans les Instructions secrètes données aux Quarante de la Haute-Vente.
lectuellement, mais tous les enfants du peuple. Des instructions sont données en ce sens aux instituteurs par les journaux pédagogiques. Qu'il suffise de citer une seule note de VAction scolaire (n» d'octobre 1900). Elle pose cette question : « Comment les maîtres laïques parviendront-ils à détruire l'influence du prêtre? » Elle répond : « Un entretien de quelques minutes avec les enfants qui reviennent de l'église suffirait pour anéantir les ravages causés dans leur intelligence par les leçons du catéchisme. En les interrogeant habilement, le maître saurait chaque fois quel genre de poison le prêtro vient encore d'inoculer à ses victimes, et le remède lui serait aisé à appliquer : ce serait une petite conversation avec toute la classe, se rapportant, sans en avoir l'air, à la leçon du curé et qui montrerait nettement que celui-ci est un menteur effronté ».
Il paraît incroyable que la seçie ait pu concevoir l'espoir d'atteindre même les séminaristes. C'est par une fin de non-recevoir que beaucoup nous ont repoussé, lorsque, dans la Semaine religieuse du diocèse de Cambrai, nous avons jeté un cri d'alarme en présence des tentatives faites récemment auprès des lévites par les missionnaires des idées nouvelles, des idées libérales, démocratiques et humanitaires : journaux, conférences, prédicateurs laïques de retraites sociales aux jeunes ecclésiastiques (1).
1. Dans le livre qu'il a intitulé : A propos de la séparation des Eglises et de VEtat, M. Paul Sabatier, protestant, ex-ministre, dit (pp. 93 et suiv.) : « Parmi tous les spectacles intéressants que nous offr« la vie actuelle, je n'en vois pas de plus grand que celui de la rencontre des jeunes catholiques avec les penseurs libres.
» Une grande crise intellectuelle, religieuse, morale, sociale, se prépare dans beaucoup de consciences. En mesurer l'origine, la profondeur et la portée, ne sera sans' doute ja-
L'Église et le Temple. 31
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Nous parlions en connaissance de cause. Déjà, au XVIIP siècle, Weishaupt disait aux illuminés : « S'il est intéressant pour nous d'avoir les écoles ordinaires, il paraît aussi très important de gagner les séminaires ecclésiastiques et leurs supérieurs. Avec ce monde-là nous avons la principale partie du pays; nous mettons de notre côté les plus grands ennemis de toute innovation (et surtout de la grande innovation voulue par la secte, le retour à la civilisation païenne par le naturalisme et le libéralisme); et, ce qui est par-dessus tout, avec les ecclésiastiques, le peuple et les gens du commun seront entre nos mains ». Ainsi, le grand avantage que Weishaupt trouvait à charmer l'esprit des séminaristes avec les idées de liberté et d'égalité, c'est que les sémina ristes devenus prêtres les répandraient dans le peumais possible. Qui nous raconterait l'histoire du germe de blé duranl sa germination dans le sein de la terre?
» J'ai pourtant pu un instant contempler de tout près cette germination d'une vie nouvelle au sein de la vieille Eglise, et j'en ai gardé un invincible souvenir. C'était il y a quelques mois, chez un professeur de séminaire dont j'étais l'hôte. Le soir un jeune diacre me remet un gros cahier manuscrit, sorte de journal confidentiel où, depuis trois ans, quelques élèves de ce grand séminaire ont écrit leurs préoccupations, leurs angoisses, leur idéal, leurs rêves, leur foi.
» Que se passera-t-il quand la France connaîtra ce nouveau clergé? »
Ce fait, et chacune des paroles qui l'exposent et qui le commentent, parlent assez d'eux-mêmes pour qu'il soit inutile de les relever.
M. Fonsegrive était aussi reçu dans les séminaires et admis à prêcher aux séminaristes le modernisme. M. Harmel, dans les retraites sociales pour lesquelles il convoquait séminaristes et jeunes prêtres au Val-des-Bois, les imbibait de l'esprit démocratique. Les abbés Naudet, Lemire, Garnier, etc., trouvaient aussi les portes des séminaires, grands et petits, tout ouvertes et y semaient à pleines mains leurs idées SUT le passé et sur l'avenir de l'Eglise.
Par quelles « influences soigneusement couvertes » cela a-t-il pu être obtenu?!
pie, les feraient adopter par cette partie de la population qui est trop chrétienne pour que la secte puisse ^atteindre directement.
Au dix-neuvième siècle, nous trouvons l'es mêmes recommandations dans le document publié par Mgr Gerbet : « Il est de la plus grande importance, y ést-il dit, pour le succès de notre sublime projet, et pour en faciliter et mieux assurer l'exécution, de ne rien négliger pour entraîner dans notre ordre les menibres marquants dans le clergé, et tous ceux dont les intérêts seraient en opposition avec notre doctrine. Il faut adroitement, dans leur éducation et sous les formes les plus séduisantes, glisser le germe de nos dogmes et les accoutumer par là, insensiblement et sans qu'ils s'en doutent^ au choc qui doit les anéantir. »
Les instructions données à la Haute-Vente disent à leur tour combien il importe à la secte de gagner l'esprit des séminaristes : « Une fois votre réputation établie dans les collèges, dans les gymnases, dans les universités et dans les séminaires, une fois que vous aurez capté la confiance des professeurs et des étudiants, faites principalement que ceux qui s'engagent dans la 7nilice cléricale aiment à rechercher vos entretiens. Offrez-leur, tout d'abord, des livres inoffensifs, puis peu à peu vous amènerez vos disciples au degré de cuisson voulu... Vous devez avoir l'air d'être simples comme des colombes, mais vous serez prudents comme le serpent ».
En parlant ainsi, en donnant ces conseils et ces ordres, Weishaupt, l'initié que nous révèle Mgr Gerbet et la Vente, ne faisaient que reprendre le procédé qui avait réussi aux Gnostiq'ues, aux Manichéens, puis aux chefs de la Réforme. Toujours, pour entraîner le peuple hors des voies de la vérité et du
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bien, hors de l'Eglise, il a fallu tout d'abord gagner une partie du clergé et surtout séduire la jeunesse cléricale par de généreuses illusions.
Tout en faisant exercer sur les séminaristes cette action directe et personnelle, la Haute-Vente se préoccupait de la direction même des séminaires; elle demandait et faisait demander, dit Crétrneau-Joly, que l'on donnât dans les séminaires une éducation plus appropriée aux besoins du siècle et aux intérêts du pays. Elle se plaignait de voir l'étude des langues anciennes absorber l'attention de la jeunesse cléricale. L'étude de la théologie et celle des belles-lettres devaient être reléguées au second plan. N'avons-nous pas entendu les mêmes plaintes et les mêmes conseils en ces derniers temps?
En 1867, r Univers Israélite (T. V, p. 223) disait compter par-dessus tout sur la direction à donner à l'esprit des jeunes clercs pour changer l'orientation intellectuelle du monde. « Inaugurée par la savante et spéculative Allemagne, la rénovation des études théologiques s'acclimate en France, qui, grâce à son esprit généralisateur et expansif, peut être appelée à faire pour la synthèse religieuse ce qu'elle fit un jour pour la reconstitution civile et politique du monde. Et tout Israélite doit éprouver le désir de coopérer à cette œuvre, où sont engagés NOS intérêts les plus sacrés. »
Par le colportage, la secte s'efforce principalement de corrompre les mœurs. Par l'enseignemeent, elle vise surtout à pervertir les esprits.
Dans les séminaires comme dans les collèges et les ^universités, ce qui lui tient le plus à cœur, c'est d'y faire pénétrer les principes de 89.
Une douloureuse énigme se pose ici : comment
a-t-il pu se faire que la secte ait trouvé des personnages de réputation hautement catholique et tant de revues et de journaux catholiques po^ur présenter au public la « coupe enc"hanteresse et mystérieuse, » qui verse dans les âmes « les grands principes, les immortels principes »? Savent-ils d'où viennent ces principes et à quelle fin ils ont été inventés? Au concile du judaïsme réuni à Leipzig, le 29 juin 1869, sous la présidence du D^ Lazarus de Berlin, le D^ Philips on, de Bonn, appuyé par le grand rabbin de Belgique, M. Astruc, avait conclu, aux applaudissements de tous : « Le synode recou: naît que le développement et la réalisation des principes modernes sont les plus sûres garanties du présent et de l'avewir du judaïsme et de ses membres. Ils sont les conditions les plus énergiquement vitales pour l'existence expansive et le plus haut développement du judaïsme (1). »
1. Voir Les Juifs, le judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, par Gougenot des Mousseaux.
M. Bidegain, dans son livre Le Grand-Orient de France, ses doctrines et ses actes, a publié (pages 261 à 276) une circulaire signée par des Juifs éminents : MM. Henri Aron, membre du Consistoire central des Israélites de France; Dr Dreyfus-Bresac, membre du comité central de VAlUanee Israélite Universelle; Narcisse Leven, président du comité central de l'Alliance Israélite Universelle, et vice-président du Consistoire Israélite de Paris; Salomon Reinach, viceprésident du comité central de V Alliance Israélite Universelle. Le but de cette circulaire, datée du 14 novembre 1902, était doublf : « 1» appeler l'attention sur les élections qui se feront en 1906; et 2o ouvrir une souscription pour les frais de cotte élection et de ses préparatifs. » On y trouvait les mêmes vues que celles exposées ci-dessus, dans YUnivers Israélite : l'égalité quatre-vingt-neuvième devant faire des Juifs les égaux des Français et bientôt leurs maîtres.
« Nous consacrant avant tout à faire triompher la cause de l'égalité de tous les Français devant la loi, nous 'n'avons voulu distinguer qu'entre les adversaires et les partisans des principes de la Révolution. Nous avons combattu
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C'était dire : « Israélites, vous aspirez à la domination universelle; si vous voulez préparer efficacement les voies à celui qui doit vous la procurer, vous n'avez que cette seule chose à faire : vous employer à développer les principes modernes, à les faire 'entrer dans les esprits, sous tous leurs aspects, à en tirer toutes les conséquences qu'ils renferment; puis à les réaliser, c'est-à-dire, à faire que ces conséquences dernières passent de l'ordre des idées, dans l'ordre des faits, par les lois que vous ferez faire et par les mœurs que vous introduirez.
Comment les « principes modernes » peuvent-ils être considérés par les Juifs comme leur préparant les voies à cette domination? Le voici. Grâce à l'égalité civile et l'égalité en toutes choses avec les chrétiens, les Juifs ont vu disparaître la digue qui les avait contenus jusque-là; et alors, à l'égal d'un torrent dévastateur, ils ont fait irruption partout et se sont emparés de tout : des banques, du commerce, de la presse et des charges les plus importantes dans la diplomatie, dans l'administration politique, dans l'armée, dans l'enseignement : tout est tombé entre leurs mains ou dans les mains de ceux qui dépendent d'eux. Et maintenant la société chrétien-
les premiers (aux élections de 1902) de quelque étiquette qu'ils aient pu se couvrir et nous nous sommes efforcés de soutenir les seconds. Gomme nous ne revendiquions pas de privilèges et ne réclamiqns rien en dehors du droit ^commun, nous n'avions eu besoin, pour assurer la défense de nos intérêts, que de leur demander de défendre leurs principes et de travailler, en restant fidèles à eux-mêmes, à la victoire de leurs propres doctrines ». Et plus loin : « Ce qui est surtout de nature à nous rassurer sur l'avenir, c'est que la lutte n'est plus actuellement entre l'antisémitisme et les juifs, mais entre l'antisémitisme et les principes de la Révolution... A supposer même que nos intérêts propres fussent désormais hors d'atteinte, ce serait encore notre devoir, comme fils reconnaissants de la Révolution, de poursuivre l'œuvre commencée ».
ne rencontre dans les principes de 89, dans « les droits de l'homme » qui sont inscrits dans les constitutions des Etats* le plus grand empêchement à secouer le joug juif gui lui est imposé sous le couvert de « la liberté » et de « l'égalité ».
« Quand on s'est aperçu que les Juifs étaient citoyens, a écrit un Juif converti et prêtre catholique, M. l'abbé Lémann, ils étaient déjà en partie les MAITRES. » Crémietix, fondateur de V Alliance Israélite Universelle s'est écrié dans l'une de ses assemblées : « Comme déjà tout est changé pour nous, et en si peu de temps! » Et Disraeli : « Le Juif arrive de nos jours à exercer sur les affaires de l'Europe une influence dont le prodige est saisissant ». Aussi, un publiciste. M.- Kuhn, a-t-il eu raison de dire : « Cette revendication des principes modernes en faveur du Judaïsme est des plus humiliantes pour nos démocrates. »
Si les organisateurs d'associations de la jeunesse chrétienne connaissaient ces choses, la pousseraient-ils avec tant d'ardeur dans les voies de la démocratie? Si les supérieurs des séminaires avaient connu cette déclaration du concile que les rabbins juifs, avaient opposée au concile convoqué par Pie IXy comme suite à la publication du syllàbus, qui démasque les « grands principes » et les poursuit jusque dans leurs dernières conclusions, s'en seraitil trouvé parmi eux qui eussent laissé entrer dans leurs maisons' les publications démocratiques? auraient-ils autorisé chez eux les conférences démocratiques ?
Un rabbin allemand s'est permis cette ironie :
« Ces chrétiens bornés et à courte vue se donnent de la peine pour nous arracher par-ci par-là une âriie et sont heureux comme des rois quand
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ils y ont réussi. Mais ils ne voient pas que nous aussi nous sommes missionnaires et que notre prédication est plus habile et plus fructueuse que la leur. Ils ne comprennent pas que nous marchons contre eux de conquête en conquête. Un peu de temps encore et tous ceux d'entre les chrétiens qui ont véritablement de l'éducation (die Wahrhaft Gebildeten) n'auront plus besoin du Christ et se passeront de lui aussi facilement que n^us. Le temps est proche où la plupart des chrétiens seront retournés à notre enseignement sur Dieu, à notre monothéisme. L'avenir est à nous. Nous convertissons en masse et d'une façon inaperçue. »
Comment et par quoi? Par les principes modernes, par les doctrines démocratiques dont « la réalisation est la plus sûre garantie du présent et de l'avenir du judaïsme. (1) »
M. Bachem a fait récemment au Landtag prussien cette constatation :
« Le judaïsme allemand travaille avec une puissance tellement gigantesque et une persévérance tellement constante à la civilisation et à la science modernes, que le plus grand nombre des chrétiens ( littéralement la plus grande partie du christianisme) sont menés d'une façon consciente ou inconsciente par l'esprit du judaïsme moderne. »
Ce n'est pas seulement en Allemagne que le ju-
1. « Le Messie est venu pour nous le 27 février 1790 avec les Droits de l'homme », a dit l'Israélite Cahen (Relaté dans les Archives Israélites en 1847).
M. le prince Louis de Broglie a conclu une étude sur la question juive au point de vue politique par cette constatation : « ... 30 Entrés dans les sociétés, grâce aux principes modernes, ils sont devenus les adeptes et les propagateurs les plus ardents de ces principes, les membres les plus actifs de la franc-maçonnerie, les fils les plus dévoués de la libre-pensée. »
daïsme travaille au développemenj; et à la réalisation des principes modernes de la civilisation antichrétienne; il s'y emploie bien plus en France. Et d'ailleurs quels sont les pays où ils ne régnent point? Quels sont les esprits qui n'en soient plus ou moins atteints ?
Dans son commentaire de l'Apocalypse, Bossuei dit : « Je regarde dans l'Eglise deux sortes de persécution : la première en son commencement, et sous l'empire romain, où la violence devait prévaloir; la seconde à la fin dos siècles, où sera le règne de la séduction ».
La séduction libérale s'exerce de nos jours sous des formes si cachées et si perfides que ceux qui en sont victimes ne s'en aperçoivent même pas. Elle envahit peu à peu toutes les intelligences dans l'ordre ecclésiastique aussi bien que dans l'ordre laïque, et cela dès les plus jeunes années.
Ce dont nous avons été témoins, ce que nous voyons encore peut nous donner l'intelligence des paroles par lesquelles le divin Sauveur nous a mis en garde contre les séductions des derniers jours : « Il s'élèvera beaucoup de faux prophètes qui en séduiront un grand nombre... Si le Seigneur n'avait pas abrégé ces jours, personne n'eût pu échapper. »