‹ La conjuration antichrétienneChapitre 33 sur 92 · Encyclique Graves de communi · texte numérisé non relu

Encyclique Graves de communi

étouffer définitivement la vérité. Veuille Dieu préserver notre clergé de l'erreur la plus glissante, la plus terrible qui fut jamais ! Le mirage est tel que beaucoup parmi les plus sages ne savent plus où fixer leur esprit. Comment désormais distinguer la branche empoisonnée de la branche de l'Evangile (1)? » « Chaque âge a son hérésie, mais ici Ton enlève le fond même du christianisme, en lui laissant son nom. L'âme éprouve un frisson. L'ennemi du genre humain a trouvé une erreur qui porte le nom de la vérité et qui est capable d'accélérer la fin des temps. » M. de Montalembert ne parlait pas autrement : « Si la contagion socialiste allait envahir jusqu'aux enfants de l'Eglise elle-même, si une portion de notre jeunesse catholique avait le malheur d'ouvrir son esprit et son cœur à ces doctrines fallacieuses, c'est alors vraiment que le mal pourrait sembler irréparable et qu'il ne resterait plus qu'à pleurer sur les ruines d'une société condamnée à mourir dans les étreintes d'une incurable anarchie. »

«c C'est pour un prêtre une trahison, disait encore M. de Saint-Bonnet, que de faire porter la question sociale ailleurs que sur la Foi. »

Il y a une dizaine d'années, dans un numéro de VEclair, daté du 6 juillet, l'abbé Charbonnel, qui n'avait point encore apostasie, écrivait un article intitulé : Le Socialisme chrétien. Il y invoquait l'autorité de saint Paul, de Mgr Ketteler, de Mgr Ireland, de M. le comte de Mun, de l'abbé Hitze. Et il terminait par ces mots :

1 M. Blanc de Saint-Bonnet a fourni lui-même la léponse : « Pour la reconnaître, il reste un signe certain. L'esprit du christianisme se décèle immédiatement : au lieu d'enfler le moi, il en demande le sacrifice ».

« Au dire de Proudhon, la question sociale est » déjà soulevée, mais elle est errante : prêehée au » nom de Dieu, consacrée par la parole du prêtre » elle se répandra avec la rapidité de la foudre. » C'EST CE QUI ARRIVE et l'évolution a été singuliè- » rement prompte de Lamennais à Léon XIIL Qui » disait donc que l'Eglise ne change pas? »

Non, l'Eglise ne change pas, elle dit aujourd'hui ce qu'elle a dit hier, mais ils sont bien dangereux ceux qui essaient de lui faire dire le contraire de ce qu'elle a toujours enseigné et qui, pour cela, se présentent, sous le couvert du Pontificat suprême et de l'infaillibilité doctrinale !

De la persuasion que le christianisme est une doctrine essentiellement démocratique est né le désir de la réconciliation de l'Eglise et du siècle d'abord dans l'ordre politique, puis en tout ordre de choses. Dans la lettre à son clergé sur le concile œcuménique du Vatican (1), le cardinal Régnier disait : « Le catholicisme libéral travaille à faire sortir l'Eglise de ses voies traditionnelles et séculaires., pour la faire entrer dans celles où s'est engagée la société moderne et dont Dieu seul connaît l'issue. »

Les catholiques libéraux se proclament volontiers les fils de la société moderne qu'ils déclarent être « la moins imparfaite, la meilleure des sociétés qui aient jamais existé. » Ils répètent sur tous les tons qu'ils « l'acceptent telle qu'elle est », et que personne ne doit plus songer à réagir contre le courant qu'a créé la Révolution. La langue de la Révolution tie leur fait pas peur, loin de là; ils ont habituellement sur les lèvres les formules des libertés à la mode. Que dis-je? De ces libertés que les papes ont appe-

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