Libres opinions morales et historiques, p
l'idée de république universelle en FRANCE 587
On le voit, ce n'est nullement Hervé qui a inventé l'Hervéisme. Il s'est borné à répéter sur le militarisme et soir l'armée les paroles que les républicains plus ou moins affiliés aux loges n'ont cessé depuis quarante ans d'imprimer dans leurs journaux et de clamer dans leurs meetings.
Dans son ouvrage sur Vidée de Pairie et VHumanitarisme, M. Georges Goyau nous montre Buisson pérorant au Congrès de Lausanne, en 1869. « Il fallait, disait-il, aller dans les villages, y distribuer de petits papiers et de petits livres contre la guerre, contre toutes les livrées, contre le Dieu des armées, contre les conquérants; et sa conclusion fut qu'on ne devait point craindre les poursuites, la prison, « et qu'un jour il faudrait refuser de se soumettre. »
N'est-ce pas là de l'hervéisme en plein? Quand J. Ferry sera ministre de l'Instruction publique, il n'aura rien de plus pressé que d'appeler près de lui ce Buisson et de lui confier la réforme de l'enseignement primaire.
Dans nos désastres, quelques-uns saluaient, semb!et-il, l'acheminement à la réalisation de leur rêve. Le Siècle du 10 juillet 1870, dans un article signé d'Henri Martin, appelait Garibaldi en France et disait : « Garibaldi vaut plus qu'une armée et plus qu'un peuple, car il vient au nom de tous les peuples et il apporte avec lui le droit universel, l'idéal de l'universelle humanité. » Trois mois plus tard, un futur député de Tours, Armand Rivière, escorté d'une délégation, présentait à Garibaldi et à quelques députés républicains d'Espagne, les hommages de la démocratie tourangelle et disait : « Lorsque, républicains français, . italiens, espagnols, nous aurons vaincu l'ennemi commun (non la Prusse, mais
le sacerdoce catholique), nous aurons jeté les fondements de cette grande fédération à laquelle viendront s'associer nos frères les démocrates allemands et qui formera bientôt les Etats-Unis d'Europe. » Et ces garibaldiens, trouvant un drapeau prussien enseveli sous des cadavres, le renvoyaient à l'armée prussienne en disant : « Nous sommes venus pour défendre la République française au nom de la fraternité humaine, dont nous n'avons jamais entendu exclure le peuple allemand (1). »
En avril 1860, Garibaldi, se préparant avec la connivence de l'Angleterre à son expédition en Sicile^ avait été reçu Grand-Maître de la franc-maçonnerie italienne. Ceux qui le recevaient lai dirent : « Dis maintenant avec nous notre serment suprême. » Et il dit : « Je jure de n'avoir d'autre patrie que la patrie universelle; — je jure de combattre à outrance, toujours et partout, les bornes frontières des nations^ les bornes-frontières des champs et des ateliers; et les bornes-frontières des familles. Je jure de renverser, en y sacrifiant ma vie, la borne-frontière où les humanicides ont tracé avec du sang et de la boue le nom de Dieu (2). »
La Commune manifesta les m.êmes sentiments que les Garibaldiens Dans sa proclamation du 28 mars 1871, elle disait aux Prussiens : « Prêchez d'exemple en prouvant la valeur de la liberté, et vous arriverez au but prochain : la République universelle (3) ». Dès la première séance, le 28 mars, Delescluze écrit à la garde nationale : « Votre triomphe sera le saJut
1. Les Etats-Unis d'Europe. Revue publiée par Charles Lemonnier, 1er mars 1877.