Archives Israélites, XIX^ p
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dans le passé des racines qu'il ne faut pas couper et se renouvelant avec une lenteur nécessaire » (1).
Ces pensées sontrelles celles de tous les Juifs de nos jours? Non; nous l'avons dit, les Juifs des contrées orientales sont encore à peu près ce qu'ils étaient il y a des siècles. Mais eux aussi sont ti'availlés. Voici un fait qnii^ montre bien les influences que Y Alliance Israélite sait employer poux amenjer, même dans ces pays, la transforma'ion du judaïsme et préparer l'avenir du genre humain, tel qu'elle le conçoit, le veut 'et l'espère.
Le 10 mars 1908, M. Brice, ministre de France à Addu-Abbeba, écrivit à M. Pichoii, ministre des Affaires étrangères, que le 6 du même mois, M. Roux, consul de France, avait présenlé sur son ordre, à Ménélick, MM. Nahoum et Eherlm. Rendant compte de cette entrevue avec l'empereur, M. Nahoum dit : « Je suis arrivé à parler de la renaissance d'Israël et de la floraison de l'Ethiopie dans les temps modernes. Les Israélites continuent de marcher vers le progrès, grâce à leur organisme vivant qui lest V Alliance, qui, en travaillant dans ce but, travaille aussi pour l'humanité en général. »
On voit ici le gouvernement de la France charger ses représentants d'introduire auprès de l'empereur d'Ethiopie les délégués de V Alliance israélite universelle, afin que ceux-ci puissent l'entretenir de cet « organisme vivant » qui fait marcher Israël, et, en général, l'humanité, vers le progrès.
En Occident, s'il y a des Juifs réformistes, il y a
1. Archives israélites, XX, p. 879, année 1866. Qui no serait frappé de la ressemblance de ce langage avec celui des catholiques modernistes condamnés par Pie X! Nous verrons plus loin qu'il n'y a dans ces deux régions judaïque et cathO''iqxie qu'ui seul et même mouvement d'idées.
aussi les Juifs orthodoxes; mais les premiers sont de beaucoup les plus nombreux et les seconds fléchissent, leur orthodoxie n'est plus, que l'ombre de celle, de leurs frères d'Orient ou de celle de tous les juifs d'autrefois. M. Gougenot des Mousseaux. en donne des preuves nombreuses et frappantes (1).
Cependant, remarquons-le de nouveau, il ne faut pas croire que le juif, parce qu'il renie les croyances de ses pères, n'est plus un juif. Tout en s© libérant de sa foi, le juif conserve et maintient avec un soin jaloux sa nationalité. Les réformistes, aussi bien que les orthodoxes, à qtielque échelon qu'ils se soient arrêtés, brûlent également du zèle de tenir haut et ferme l'étendard national du judaïsme; pas plus ceux-là que ceux-ci n'abandonnent l'idée et l'espoir de soumettre le genre humain tout entier à leur joug. « Vos observances surannées, disent los réformistes aux orthodoxes, empêchent le judaïsme de se faire accepter et nous font ainsi manqu-er un prosélytisme que nous devons exercer, » en vue de cette domination (2).
En 1886, la place de Grand rabbin de France devint vacante. Deux concurrents se présentèrent : Salomon Klein, grand rabbin de Colmar, orthodoxe, et Isidore, grand rabbin de Paris, progressiste. Les Archives Israélites se prononcèrent pour celui-ci, pour cette raison : « Toute candidature qui nous ramener ait à l'ancien système d'étroite casuistique, et qui prétendrait immobiliser les errements talmudiques ferait OBSTACLE A l'avenir DU JUDAÏSME, et doit être écartée » (3). L'avenir du judaïsme, voilà bien ce qui
1. Les juifs, le judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens.