‹ La conjuration antichrétienneChapitre 73 sur 92 · D'AMÉRIQUE LA RELIGION HUMANITAIRE SE RÉPAND EN EUROPE · texte numérisé non relu

D'AMÉRIQUE LA RELIGION HUMANITAIRE SE RÉPAND EN EUROPE

La « Société de culture morale » avait été fondée à New- York par M. Félix Adler, chargé de cours , à l'Université Cornell. Bientôt des sections ou associations semblables furent établies en 1883 à Chicago, en 1885 à Philadelphie, en 1886 à Saint-Louis. D'Amérique, le mouvement se propagea en Europe. M. Fouillée représente la France dans l'organe publié pour toutes ces sociétés, l'International Journal of Ethies, qui fut créé à l'instigation de M. Adler. La société de Londres (1891) fut l'œuvre d'un Américain, M. Stanton Coit. En 1895, une société fut fondée en Autriche, à Vienne, et une en Suisse. Celles de l'empire Allemand furent fondées par Adler luimême, et elles sont au nombre de seize.

Faut-il y rattacher l'association des « cogitants », dont la presse nous a révélé l'existence à l'occasion du congrès qu'ils tinrent à Berlin en juin 1899?

Le but paraît bien le même, c'est de réuniç les « partis de réforme religieuse et sociale », et de « fonder la religion de l'avenir. » Leur président est aussi un Juif. Comme moyens d'atteindre cette fin, le con-

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grès a préconisé, lui aussi, « la libération d8 la contrainte dogmiatique », la création d'une religion affranchie du dogme. Il a 'adopté la résolution que voici :

« Considérant que la vieille foi, par suite de sa contradiction avec la science moderne, est condamnée à disparaître tôt ou tard, le congrès pour l'union des partis de réforme religieuse et sociale exprime le vœu que le gouvernement ne reconnaisse plus à l'avenir l'organisation ecclésiastique traditionnelle (1).

» En second lieu, le congrès invite tous ceux qui pensent librement à donner leur adhésion à la religion de la science et de la conscience progressives, c'est-à-dire à la religion des « cogitants », afin de hâter le triomphe de l'idée correspondant à l'esprit moderne.

» Enfin, lé congrès estime qu'il est nécessaire de faire sans retard de l'agitation en ce sens dans toute l'Allemagne. »

Nous ne savons si les « cogitants » se ramifient dans les autres pays; mais il existe, sur tous les points du monde, une association qui n'en diffère guère : Les Unions chrétiennes des jeunes gens. La Réforme Sociale en a parlé dans son numéro du l^r juillet 1893, dans celui du 16 novembre 1896^ dans celui du 1^^ juillet 1902 et dans celui du 16 février 1903. Ce dernier numéro a publié une communication faite par M. Em. Sautier, secrétaire général de cette association pour la France.

Voici les renseignements que nous trouvons là et ailleurs :

Ces Unions, fondées il y a un demi-siècle, se sont rapidement développées sur toute la surface du globe.

Un employé de commerce, Georges Williams, fonda

1. C'est chose fait on France par la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

la pi^mière Union anglaise en 1844 et fut appelé le « Père des Unions ». Cook fonda l'Union de Paris en 1852. En 1906, l'œuvre comptait en France, cinq mille membres répartis entre 113 Unions. Il y a des Unions paysannes dans le Gard, la Charente et la Vendée, des Unions ouvrières à Roubaix et au Creusot. Les Unions sont fédérées en groupes régionaux, dont les réunions forment l'Alliance française. L'Alliance française n'est qfu'une province de l'Alliance internationale, qtii comptait alors 7.000 Unions comprenant 600.000 jeunes gens.

En 1878, la huitième « conférence universelle », réunie à Genève créa un comité central international qui comprend onze membres. 11 est inspiré lui-même par une Commission délibér'ative composée de vingt et un conseillers, appartenant aux nationalités suivantes : Amérique, Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grande-Bretagae, Hollande, Hongrie, Indes, Italie, Japon, Norvège, Océanie, Russie, Suède et Suisse (1).

L'âme de tout groupement est son secrétaire général, et le lien fédératif entre toutes les Unions est constituée par ces secrétaires. Ils doivent être de 5 « apôti^s adroi's et expérimen'és ». Depuis 1899 les secrétaires généraux échangent en des « conférences » les résultats de leur expérience personnelle (2).

1. L'Alliance universelle des Unions chrétiennes a ainsi dressé sa statistique :

unions membres secrétaires bâtiments valeurs

1907 : 7031 761056 2604 1001 201667821 fr.

1908 : 7835 8(30573 2864 1067 221997140 fr. 2.807 Unions (avec 103.981 membres), ne sont pas ra: tachées à l'Alliance universelle.

En France, l'Alliance compte 125 Unions, 32 groupes indépendants et 15 associations d'étudiants ou de lycéçns. ^ 2. Voir Les cinq premières années des Unions chrétiennes de jeunes gens de France, par Roger Merlin.

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Il y a trois catégories de secrétaires généraux : 1*^ Les secrétaires 'permanents, véritables ministres, qui ont sous leur direction un territoire considérable; 2° Les secrétaires itinérants, visiteurs de groupes, fondateurs de sections nouvelles; 3° Les secrétaires locaux, placés à la tête d'une Union et en faisant leur chose. Une allocation de 6.000 à 15.000 francs les dispense de tout souci d'avenir, en même temps que la haute considération que leur témoigne la Société protestante les entretient dans leur dévouement et les récompense de leurs efforts. Il y a quelques années a été créée à Springfield une véritable Ecole normale, à eux destinée, et où on les prépare à leur futur apostolat. A l'heure actuelle, un huitième des secrétaires d'Unions chrétiennes sort de cette maison et le nombre ira en augmentant. Une autre école a été fondée à Genève, en 1896 et plusieurs en Amérique. Pour ceux qui ne sont point formés dans ces écoles, on les attache comme auxiliaires à l'un de leurs aînés, qui a mission de les former.

On compreaid la puiss^ce d'une telle organisation.

Les Unions favorisent le mélange des classes,^ mais elles associent aussi entre eux les jeunes gens que rapprochent les communautés d'intérêt; de travail ou d'études. C'est ainsi qu'il existe des Unions chrétiennes pour les étudiants, jusque dans les Universités des 'pays d'Extrême-Orient. A Tokio, à Nan-King, à Péking, à Séoul en Corée, à Calcutta, il existe des associations exclusivement composées d'étudiants chinois, japonais, indous ou coréens (1). Il y en a aux

1. VElan, daas son numéro du 1er avril 1901, donnait cette information :

« Les Unions japonaises projettent d'entreprendre Une œuvre spéciale parmi les soldats tant que durera la guerre.

Etats-Unis pour les employés de chemins de fer. En France, elles sont particulièrement établies dans les villes de garnisons, et à chacune de ces Unions est annexée une œuvre militaire que l'on se garde bien de mettre en interdit. La France chrétienne (numéro du 28 janvier 1904) affirme que ces Unions et les œuvres militaires annexées reçoivent, de bienfaiteurs américains, les capitaux qui leur permettent de fonctionner et de faire de la propagande.

Il y a même des Unions chrétiennes de jeunes filles. C'est ce que nous a appris le Chrétien belge, dans son numéro du 4 juin 1904. Il informait que le lundi de la Pentecôte, une centaine d'unionistes s'étaient réunis dans le temple de Charleroi. Un rapport sur la marche de ces Unions qui fut lu, montre, dit ce journal protestant, que cette marche est « réjouissante ». L'assemblée a ensuite applaudi au projet d'une fédération des trois groupes sectionnaires, Hainaut, Brabant, Liège.

Les protestants unitaires ont institué à Genève, en 1900, un Corïiité international et des Conférences universelles.

Après avoir tenu ses congrès œcuméniques à Londres et à Amsterdam, l'Unitarisme a choisi Genève

Lo héros de la bataille de Chemulpo, le oontre-amiral Uriu, a été, pendant deux ans, président de l'Union Chrétienne des Jeunes Gens, pendant qu'il fréquentait l'Ecole navale d'Annapolis aux Etats-Unis. M. Kataoka, qui vient de mourir, était président de la Chambre basse du Parlement japonais et président de l'Union de Tokyo. »

A l'occasion de la guerre, les protestants ont étabH des te7ites unionistes en Mandchourie. La première a été installée à Antoken, vis-à-vis de Wiju. Elle peut contenir deux cents soldats et porte en grands caractères l'inscription Union chrétienne des jeunes gens. Le soir, la môme inscription se lit sur une quantité de lanternes japonaises; quatre grands drapeaux japonais sont déployés dans certaines occasions. Les secrétaires de l'œuvre sont au nombre de trois.

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comme siège de la troisième de ses assemblées, qui s'est tenue en ceftte ville au milieu de septembre 1905. Le nom officiel de l'assemblée était Congres international du Christianisme libéral et progress'f. Le Comité genevois d'organisation estime que «la haute importance d'une réunion pareille dans l'antique cité de Calvin ne saurait échapper à aucune des âmes de la tendance unitaire. Il compte sur le concours dévoué de tous ceux auxquels est chère l'indépendance absolue de la prière religieuse » (1).

Le Christianisme au XX^ siècle, dans son numéro du 17 mars 1904, avait fait savoir qu'une réunion avait eu lieu le vendredi précédent à l'Union de Paris, salle André, à l'effet de prendre les premières mesures pour l'organisation de ce congrès.

Dans un rapport à la jeunesse catholique de Besançan, M. de Montenach a dit : « Les Unions déclarent exister en dehors de toute organisation ecclésiastique et conserver une complète neutralité visà-vis des différentes dénominations ecclésiastiques. »

Nous retrouvons donc ici l'esprit et les tendances de la « Religion américaine », dont tout le credo est la foi au bien » et qui accueille les gens de toute religion comme les gens sans religion.

On s'efforce en ce moment de grouper, sur toute l'étendue du territoire français, la jeunesse catholique. On ne prend peut-être point assez garde aux idées de ceux qui s'introduisent çà et là dans l'Association de la Jeunesse catholique. Pour ce qui est du Sillon, on sait qu'il a contracté avec les « Unions chrétiennes » une union aussi intime qu'indissoluble. Plusieurs de leurs « secrétaires » sont rédacteurs habituels de VEveil démocratique et autres pu-

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