CHAPITRE XLVIIl
Pour annoncer le règne du Messie futur, les prophètes avaient employé des expressions grandioses qui, à première vue, pouvaient éveiller l'idée d'une domination temporelle. A l'époque de Notre-Sei.gn.eux, ces prophéties recevaient généralement des docteurs une interprétation conforme à cette idée : le Messie doit être un roi temporel et sa royauté une domination terrestre. A sa venue, les puissances adverses doivent s'élever contre lui, et leur extermination doit se faire par les armes. On lit dans les Targums de Jonathan sur Isaïe : « Les peuples sont broyés par le Roi messie ». La conséquence de cette lutte victorieuse était, dans la pensée des juifs de ce temps, l'établissement à Jérusalem d'un grand royaume fondé piar Dieu lui-même et qui devait dominer le monde entier. Saint Jérôme (In Joël, III, 8) rappelle ces idées encore en faveur parmi les Israélites de son époque.
Ces idées sur le futur royaume palestinien entrèrent jusque dans le monde païen et furent signalées p^r Tacite (Hist. V, 13) et Suétone (Vespas., 4).
C'est ce qui explique comment à la suite de la
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multiplication des pains, les Galiléens crurent avoir trouvié en Jésus lei Messie temporel qu'ils attenda,ieflit et songèrent à s'emparer de Lui pour le faire roi (Joan. VI, 15). Cest ce qui explique également l'indignation des juifs devant la prétention de Jésus à être le Fils de Dieu, alors qu'il semblait à leur orgueil si méprisable et qu'ils ne voyaient en Lui aucune aptitude à réaliser les aspirations nationales.
La ruine de Jérusalem, leur dispersion dans le monde, ne fit point perdre aux juifs leurs espérances.
Saint Jérôme, qui connaissait à fond les doctrines judjaïques, dans son commentaire sur la prophétie de Dlaniel qui montre la petite pierre se détachant du haut de la montagne pour briser la statne de Nabuchodonosor, écrit : « Les juifs tournent ce passage à leur avantage,, et refusent de reconnaître le Christ dans cette pierre. Elle ne désigne pour eux que le peuple d'Israël devenu tout d'un coup assez fort pour renverser tous les royaumes de la terre et fonder sur leurs ruines, son empire éternel. »
Cette idée, cette espérance, cette conviction d'être la « première aristocratie du monde » et de tirer de là, le droit à l'universelle domination est, a toujours été le centre de toutes leurs pensées. Saint Jérôme vient de nous dire ce qu'ils pensaient d'euxmêmes au IV^ siècle, au XV^, le docte rabbin Abrahanel, ministre des finances, en Espagne et en Portugal, sous Ferdinand le catholique, annonçait dans ses commentaires sur Jérémie (chap. XXX) le prochain avènement et règne du Messie où s'accomplira l'exterminJation des chrétiens et des gentils. Et Reuchlin à lia même époque, disait aussi : « Les juifs attendent avec impatience le bruit des armes, les guerres et la ruine des royaumes. Leur espoir est celui d'un triomphe sembliable à celui de Moïse sur
les Chiananéens et qui serait le prélude d'un glorieux retour à Jénisalem, rétablie dans son antique splendeur. Ces idées sont l'âme des commentaires rabbiniqiies sur les prophètes. Elles ont été traditionnellement transmises et inculquées d'ans l'esprit de cette nation. Et ainsi, de tout temps, les Israélites se sont prép&rés à cet événement, terme suprême des aspirations de la race juive. »
De nos jours, Bernard Lazare a aussi dit de ceux de sa race : « Peuple énergique, vivace, d'un orgueil infini, se considérant comme supérieur aux autres nations, le peuple juif voulut être une puissance. Il avait instinctivement le goût de la domination, puisque par ses origines, par sa religion, par sa qualité de race élue qu'il s'était de tout temps attribuée, il se croyait placé au-dessus de tous. Pour exercer cette autorité, les juifs n'eurent pas le choix des moyens. L'or leur donna un pouvoir que toutes les lois politiques et religieuses leur refusèrent, et c'était le seul qu'ils pouvaient espérer. Détenteurs de l'or, ils devenaient les maîtres de leurs maîtres, ils les dominaient, et c'était aussi Tunique façon de déployer leur énergie, leur activité. »
C'est cet esprit de domination qui les a toujours rendus odieux à tous les peuples. « Ajmd ipsos, dit Tacite (1), fides ohstinata, misericordia in promptu, sed adversus omnes alios hostile odium », et saint Paul dans son Epître aux* Thessaloniciens a dit aussi d'eux : « Et omnibus hominibus adversanlur. »
Un livre qu'ils placent au-dessus de la Bible ellemême a puissamment servi à entretenir cet esprit chez eux, jusqu'à nos jours, le Talmud. M. Auguste Rokling, professeur à l'Université de Prague l'a traduit. Quelques lignes suffiront à en faire connaître