Pline l'Ancien, XXX
5. Nous n'avons pas à fare remarqti.r que les démons ne sont pas les maîtres des âmes, et que, pour répondre aux évocations qui leur sont adressées, ils n'ont, eux, qu'à se présenter en personne sous des noms supposes.
L'Église et le Temple. 47
788 l'agent de la civilisation moderne
On cherche à les revêtir d'une apparence scientifique, ou à les rejeter en bloc dans le domaine de la prestidigil^ition. Assurément il y a des fraudes. Mais, dit le D^ Grasset, il est faux de conclure que tous les médiums fraudent et qu'un médium convaincu de fraude en certains cas fraude nécessairement dans tous les cas.
D'iautre part, les phénomènes spirites ne peuvent pas être reproduits à volonté, ce qui ne permet pas de les classer dans le domaine de la science. On ne peut leur appliquer les procédés habituels et rigoureux du contrôle scientifique. D'abord, il faut un médium (1). De plus quand on a le médium, l'expérience ne réussit pas toujours, il y a un mystère dansi le déterminisme qui multiplie les échecs. « Les phénomènes sont rebelles à la discipline », dit Maxwel. « Dans des conditions identiques, dit Charles Richet, cette incertitude des résultats jette l'incertitude sur la science même. » Cela met entre les faits physiques et les faits spirites, un critérium de distinction tout à fait infaillible. Les premiers son! produits par la nature seule ou par rintervenftion de l'homme qui lui commande en lui obéissant, c'est-à-dire qui obtient ses manifestations par des procédés imités de son action même. Il étudie la vapeur, l'électricité et il les met en œuvre pour sa locomotion ou pour ses messages, en observant strictement leurs habitudes et en canalisant leur cours naturel. Voilà la physique.
Mais si en touchant simplement ,une table, si même
1. Médium, être, homme-milieu. On appelle ainsi la personn:^, homme ou femme qui, dans le spiritisme, est l'intermédiaire entre le monde terrestre et le monde des esprits et sert à leurs manifestations. On appelle médium à matérialisations, celui qui obtient des manifestations corporelles.
en conceviant intérieurement un désir, j'obtiens la présence et lia conversation d'un être intelligent et libre et de plus invisible qui devine mon désir et mia pensée, je vois très clairement que j'ai affaire à un pur esprit (1).
M. Jeanniard du Dot raconte qu'en 1849, les cinq évêques d'une province réunis pour tiaiter différents
1. M. Jacques Brieu, le critique occultiste bien connu du Mercure de France, distingue entre les phénomènes d'ordre purement psychique et d'ordre spirite. Son point de départ est le fait, son but est le fait, son critérium de certitude est le fait. Les faits demeurent tandis que s'effondrent les théories les plus ingénieuses, les systèmes les plus savants.
Ces faits sont-ils 1° Certains? Oui, s'ils sont existants pour tous, savants et ignorants.
2° Hétéronomiques ? Oui, s'ils sont autre chose qu'un jeu de l'imagination, une idée subjective, un rêve, une opinion.
3° Obsen^ables? Oui, s'ils tombent sous nos sens et peuvent être saisis par nos instruments.
5» Irréductibles? Oui, s'ils ne se ijdu'sont pas à d'autres plus simples ressortissant d'une science dôjà existante ou ne sont pas des inductions tirées des faits.
« Les sciences psychiques et le spiritisme proprement dit rossortent ils des sciences avec lesquelles ils présentent le plus de points de contact, la physiologie et la psychologie? Non, car la physiologie et la psychologie ont seulement pour objet d'études les facidtcs de l'esprit et les fonctions du corps à l'état normal; tandis qus les phénomènes qu'étudient le spiritisme et les sciences psychiques sont anormaux, exigent la présence d'un être anormal, un médium.
» La production des phénomènes spirites semble nécessiter l'intervention de forces ou d'êtres intelligents normaux.
» Il sera souvent difficile de discerner si un fait appartient au spiritisme ou aux sciences psychologiques, mais n'en est-il pas de même pour un grand nombre de faits? qui déterminera exactement par exemple, la limite émanant des faits psychologiques et des faits physiologiques?
» La distinct'on des phénomènes psychiques et des faits physiologiques est possible et même légitime, s'il y a un fait caractéristique qui permette de les différencier, si l'intervention de forces ou d'êtres étrangers au monde physique est un fait indestructible, le phénomène est d'ordre spirite, il vient de forces ou d'êtres intelligents inconnus ».
740 i/agent de la civilisation moderne
points de doctrine ou de droit ecclésiastique voulurent se rendre compte, p'ar eux-mêmes, du phénomène des tables tournantes. Quiand ils virent la table tourner, ils y placèrent un chapelet et un bréviaire. La table renversa ces objets avec fureur; puis elle poussa jusqu'à la porte l'évêque du lieu.
La pensée de Satan paraît bien être de se manifester de nos jours p'Ius qu'il ne l'a fait à auoane époque du christianisme; mais sa taciique est de s'abriter derrière la science. Mille savants, mathématiciens, physiciens, chimistes, etc., sont entrés dans ie domaine de l'occulte avec la pensée de le soumettre à leurs expériences et de saisir ses lois. Cette espérance que Satan a fait naître rentre bien dans son dessein qui est, comme nous le verrons dans la dernière partie de cet ouvrage, de ramener l'homme dans l'ordre purement naturel et de l'y enfermer tout en le dominant.
C'est en Amérique, en l'année 1847, que, par la permission de Dieu et par des motifs de sagesse infinie qu'il ne nous est point donné de pénétrer, le prince des ténèbres recommença de nos jours cette longue série de manifestations, qui devaient s'étendre au monde entier et dont le dernier mot est loin d'être dit.
La famille Fox, installée dans une maison de Hyderville, petit village de l'Etat de New-York, reçut en mars la visite d'un esprit qui fit retentir la maison de coups mystérieux. Etonnés d'abord et même terrifiés, les habitants de la maison hantée se laissèrent bientôt aller à la curiosité et interrogèrent. Aux claquements des doigts des jeunes filles répondirent des claquements de doigts. Un premier moyen de communication était établi avec le frappeur qui, par là, se révélait comme un être intelligent.
La famille Fox se transporte à Rochester; l'esprit la suit et conquiert dans cette ville un champ d'opérations plus vaste, un plus grand nombre de témoir.s qui deviennent bientôt des apôtres; car il suit chez eux ceux à qui il s'est manifesté une première fois, et i! multiplie ainsi lo3 théâtres de ses marifestations. Nous n'avons point à dire ici les différentes formes que prennent ces manifestations, ni les différents moyens de communication et de conversation que les esprits ont suggérés successivement à ceux qui se mettaient en communication avec eux; nous voulons seulement suivre le spiritisme dans son extension.
En. 1853, c'est-à-dire six ans après les débuts, cinq cent mille personnes étaient en Amérique en correspondance suivie avec « les âmes des morts », et en rapports entre elles par douze revues ou journaux.
Il y a quelques années, d'après le calcul de M. Babinet, il y avait, rien qu'en Amérique, soixante mille médiums. En 1855, Emma Harding-Button estimait à 12 millions le nombre des adeptes dans la seule Amérique. Un peu plus tard, le juge Edmunds, sénateur et président de la Cour de l'Etat de New- York, accusait trois millions de nouveaux adhérents. Combien sont-ils aujourd'hui? Il n'était pas exagéré de porter, dès 1870, le nombre des spirites du globe à une vingtaine de millions.
« Ce qui a fait l'extraordinaire vogue da spiritisme, observe Jules Bois (1), c'est sa thaumaturgie à proximité, populaire. Tout devient simple. Dieu poar tous à la dose de chacun : Dieu démocrate! »
Les spirites ont des Congrès internationaux : Ils eurent lieu à Bruxelles en 1884, à Barcelone en 1886,