‹ La conjuration de CatilinaChapitre 24 sur 89 · De petit., IX · texte numérisé non relu

De petit., IX

acquis par les services qu'il a rendus, surtout par les affaires qu'il a plaidées. Malheureusement ces amis ne sont pas tous recommandables : la nécessité de se faire des clients d'importance Ta souvent amené à se charger de bien mauvaises causes. Il a enfin les lettrés, qui admirent en lui le plus grand orateur de Rome; parmi eux, des jeunes gens en grand nombre, dont plusieurs portent un nom illustre, et qui tiennent à honneur de passer pour ses disciples. Ils le suivent partout, prêts à exécuter ses ordres, à lui servir de messagers, à le défendre si on Tattaque, Quintus nous apprend que cette sorte déjeune garde, quand elle est bien composée, comme celle dont s'entoure Cicéron, produit un excellent efïet au Champ de Mars, les jours d'élection. La jeunesse semblait se partager entre Catilina et lui. Les plus studieux, les plus honnêtes se rangeaient de son côté ; ils n'étaient pas probablement les plus nombreux. Catilina attirait les autres par ses prodigalités et ses complaisances. Ca'lius hésita longtemps entre les deux. Comme il était à la fois un homme de beaucoup d'esprit et un incorrigible libertin, il allait de l'un à l'autre, selon que l'emportait chez lui le goût des lettres ou Fattrait du plaisir.

Mais n'oublions pas qu'il s'agit du suffrage universel. Ce ne sont pas seulement quelques esprits délicats, une élite de fins lettrés qui décident du succès; il dépend de la foule. Quintus a grand soin de le rappeler à son frère, qui sans doute ne l'oubliait pas. Il lui conseille de s'assurer de la bienveillance

des petites gens des faubourgs, de ne pas négliger les personnages importants des sociétés populaires, de se faire indiquer ceux qui, dans chaque quartier, jouissent de quelque influence auprès de leurs voisins. Il est convaincu que par la facilité de son abord, Tagrément de ses manières et ses complaisances infatigables, Gicéron n'aura pas de peine à les gagner. Il espère bien qu'à Texccption des clients des grandes familles, qui votent comme on leur dit de le faire, ou des factieux, qui attendent le mot d'ordre de leurs chefs, ou enfin de ceux qui vendent leur voix et qui vivent de ce trafic, la population de la ville sera pour lui. Il n'y a pas de doute qu'il compte avant tout sur ceux qu'on appelle les habitués de la tribune [suhrosirani^); comme ils fréquentent le Forum et qu'ils suivent les grandes affaires, ils ont entendu Gicéron défendre les intérêts de Pompée, dans la Manilienne^ plaider pour Gornelius, et il les a ravis par sa parole. On aurait tort de croire (jue cette façon de parler si soignée, si large, si harmonieuse, ne soit faite que pour quelques esprits distingués et ne puisse plaire qu'à ceux qui ont étudié, dans les écoles, les procédés de la rhétorique. Gicéron pensait au contraire que c'est celle qui convient aux foules assemblées, qu'elles ont naturellement peu de goût pour une parole sobre, froide, sèche, faite de déductions et de raisonnements sévères, comme celle que les prétendus Attiques voulaient leur infliger, tandis

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