‹ La conjuration de CatilinaChapitre 7 sur 89 · Sali., CatiL · texte numérisé non relu

Sali., CatiL

était la plus belle du monde, en est devenue la plus misérable et la plus corrompue, ex pulcherruma pessiima ac flagitiosissuma fada est. Pour démontrer qu'elle était alors en pleine décadence, ce qui n'est guère contestable, Salluste s'appuie beaucoup plus sur des considérations morales que sur des raisonnements politiques : on sait que c'est la tendance des historiens anciens. Nous sommes tentés aujourd'hui de la leur reprocher, mais les gens du xvii'' siècle leur en faisaient au contraire beaucoup d'éloges, et ils préféraient Salluste à tous les autres précisément parce que c'est celui où l'on retrouve le plus ces études de mœurs, ces peintures de caractères, ces leçons sur la conduite de la vie, ces réflexions piquantes qu'on peut appliquer à soi-même ou à ses voisins. Saint-Evremond se sent plus de goût pour lui que pour Tacite « parce qu'il donne autant au naturel que l'autre à la politique, et que c'est le talent le plus éminent d'un historien de connaître parfaitement les hommes ». C'est aussi l'opinion du président de Brosses qui trouve « que Tacite attribue les actions de ses personnages à des ressorts détournés ou à des vues imaginaires, tandis que Salluste, plus versé dans la connaissance du cœur humain, trouve dans le tempérament de chacun d'eux les principaux mobiles qui le font presque toujours agir ». Nous ne sommes plus du même sentiment aujourd'hui; nous trouvons que Salluste nous aurait mieux instruits de Tétat de la république à ce moment s'il avait tenu à se montrer historien autant que moraliste, et que

ces deux qualités peuvent se joindre sans se nuire. Pour Salluste, la corruption romaine se résume en deux mots : ambitio et avaritia, c'est-à-dire Tamour du pouvoir et l'amour de l'argent. « C'est de là, dit-il, que tout le mal est venu. » En soi l'ambition ne lui paraît pas un vice; elle lui semble même voisine d'une vertu. Puisqu'il n'était pas permis à un citoyen de se refuser aux fonctions publiques, il devait lui être honorable de les désirer. C'est seulement quand on veut le pouvoir à tout prix, qu'on le cherche par de mauvais moyens, en dehors des routes permises, que l'ambition est criminelle, et il est très vrai de dire qu'alors elle devient une cause de corruption et d'immoralité. « Elle enseigne à mentir, elle habitue à avoir sur la bouche le contraire de ce qu'on a dans le cœur, à prendre pour règle de ses amitiés et de ses haines, non la justice, mais l'intérêt, à ne pas se soucier d'être honnête dans l'âme pourvu qu'on le paraisse ^ » Assurément le tableau est juste; nous savons nous aussi à quoi peut se laisser entraîner l'homme qui veut arriver à tout prix et le trouble que jettent ses artifices et ses manèges dans les relations de la société. Mais il nous semble que les effets d'une ambition effrénée sont bien plus graves dans la vie publique que dans la vie privée, et nous sommes fort étonnés que Salluste n'en ait presque pas parlé. Il est vrai qu'afîn de contenir et pour ainsi dire d'endiguer l'ambition des citoyens, les Romains avaient imaginé

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