I. Asconius, p
•2. Cicéron, Pro Sulla, 29.
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leur tendre la main, comme à l'ordinaire. Non seulement Pison ne fut pas poursuivi, mais on lui accord.i spontanément ce qu'il avait voulu se procurer par un crime; on l'envoya comme proprétcur en Espagne {quaestor pro praetore). C'était un moyen de se débarrasser de lui et d'être désagréable à Pompée dont on le savait l'ennemi. Mais, à son arrivée, il fut tué par les soldats mêmes dont il venait prendre le commandement, ce qui mit tout le monde à l'aise.
Quant à Catilina, il était toujours sous le coup du procès de malversation que la province d'Afrique lui avait intenté. Il faut bien croire que ce procès n'était pas encore jugé au mois de juillet 089, quand so firent les élections consulaires, puisqu'il n'y fut pas candidat. C'est probablement un peu plus tard que l'affaire vint devant les tribunaux •. Les charges étaient accablantes, mais il fut aidé par tout le monde. Hortensius, le grand orateur des aristocrates, se chargea de le défendre. Le jour du jugement, on vil le Forum se remplir des personnages les plus honorables qui venaient rendre témoignage de sa vertu et de son désintéressement. Le consul Torqualus, quo deux fois de suite Catilina avait tenté d'assassinci quelques mois auparavant, fit apporter sa chaise curule et, revêtu de ses ornements consulaires, vini attester par sa présence et ses paroles l'innocence de l'accusé. Catilina avait pris des moyens encore plus
sûrs pour échapper à une condamnation qui semblait inévitable; il avait acheté ses juges, ce qui lui coûta très cher. « 11 est aussi pauvre aujourd'hui, disait-on à Rome, que ses juges l'étaient hier. » Pour plus de sûreté, et afin de disposer à l'indulgence le jeune P. Clodius, son accusateur, il lui avait aussi donné une forte somme d'argent. C'est ainsi qu'en ce moment on trafiquait de tout, que tout se payait à Rome : « Ville à vendre! » disait Jugurtha, qui la connaissait bien.
Catilina fut absous. Il pouvait donc enfin se présenter aux élections du mois de juillet 690 pour être consul l'année suivante. — Mais il allait y rencontrer ('icéron.
1. M. Biicheler, dans la préface <le son édition des lieliquiae Quinli Ciceronis^ pense que le procès a dû être jugé an mois de novembre 689.
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CIIAIMTHE II
Le consulat élail le rôve de tous les Romains qui entraient dans la vie politique, quand ils avaient de l'ambition et se croyaient du talent. Rien ne les empêchait d'y prétendre. En droit, tous les citoyens, à Rome, étaient éli^ibles et électeurs; on n'exigeait d'eux aucune condition de naissance ou de fortune : Terentius Varro, le vaincu de Cannes, sortait d'une boutique de boucher; le père de M. /Emilius Scaurus était marchand de charbon. Il est vrai qu'en réalité tout semblait disposé pour rendre les abords du consulat difficiles. Dans cette longue route des fonctions publiques que les candidats, avant d'y arriver, étaient forcés de suivre, à mesure qu'ils avançaient, le chemin devenait plus étroit. Les questeurs étaient au nombre de vingt; il n'y avait plus que huit préteurs, <|ui devaient se disputer deux places de consuls. Les
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vaincus étaient réduits à recommencer le combat les années suivantes, dans des conditions souvent plus fâcheuses, contre des concurrents nouveaux, dont le nombre augmentait sans cesse, en sorte que la plupart de ces jeunes gens, qui étaient partis avec tani d'ardeur et d'espérance pour la conquête de la dignilô suprême, étaient condamnés d'avance à ne jamais l'atteindre.
Cicéron n'était pas de ceux que semblait menacer cette disgrâce. Depuis sa première candidature, les électeurs lui étaient restés obstinément fidèles. Il avait obtenu du premier coup toutes les fonctions qu'il avait demandées et s'en était acquitté avec honneur. Il était préteur Tannée même où Catilina form.i sa première conjuration, et il avait trouvé le moyen de ne pas s'y compromettre. Cependant, quoiqu'il semblât avoir toutes les chances pour lui, il n'était pas tout à fait rassuré, car il connaissait bien les inconstances du suflVage populaire : il a plusieurs fois comparé les flots des comices, comme il les appelle, à ceux d'une mer agitée et capricieuse, où Ir reflux emporte ce que le flux avait apporté; mais son anxiété devenait plus vive, on le comprend, à mesure que la dernière lutte approchait. Il était naturel qu'elle fût partagée par les siens; on n'ignorait pas que l'honneur qu'il ambitionnait illustrait toute une famille. Son frère, Quintus Cicéron, qui lui était tendrement attaché, et qui d'ailleurs comptait bien profiter de la gloire de son aîné pour sa propre carrière politique, nous avoue qu'il ne cessait de songer
jour et nuit à cette redoutable échéance. Il venait luimême d'être édile et avait pratiqué avec adresse le suflVage universel. 11 eut donc l'idée de mettre son expérience au service de son frère, et lui écrivit une lettre dans laquelle il lui énumérait tout ce que doit faire un candidat qui veut réussir. Ce n'était pas, disait-il, qu'il eût la prétention de lui rien apprendre qu'il ignorât; mais la matière est si compliquée, les obligations si nombreuses, qu'on risque toujours d'oublier quelque chose. Quintus, qu'on aurait pu appeler, comme C. Colta, un artiste en élection*, et qui tenait à mériter ce titre, se piqua au jeu en écrivant, si bien que sa lettre finit par prendre les proportions d'un de ces petits traités sous forme épistolaire (epislolicae quaesliones) ^ qui étaient à la mode en ce temps-là. Il lui parut, quand elle fut achevée, que, (juoique écrite spécialement pour son frère, elle pouvait être utile à d'autres. Il songeait donc à la publier, puisqu'il demandait à Cicéron de la revoir, et il est probable qu'il la fit paraître sous le titre de Commonlanolum pctitionh, ou de De petitione consulatus, qu'elle porte sur les manuscrits, et qu'on pourrait traduire par ces mots : Manuel du candidat.
La lettre contient des observations générales, et d'autres qui ne s'appliquent qu'à la circonstance par-