In amhilione artifex, {De petit., XII
2. M. Biicheler, qui nous a donné une excellente édition de la lettre de Quintus. rappelle à ce propos celle que Varron avait adressée à Pompée pour lui enseigner ce que doit faire le consul quand il préside le Sénat, et^qu'il publia plus lard, comme le fil Quintus, sous la forme d'un petit traité.
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ticulière pour laquelle Quinlus récrivit. Je négligerai les premières, et j'y ai grand regret, car il esl plaisant (le voir comment se comporte î\ chaque épocpic le sulîrage universel, ce qu'il a gardé aujourd'hui de ses anciennes habitudes et ce qu'il en a perdu. Mais cette étude nous entraînerait trop loin; bornons-nous à y chercher dans quelles conditions eut lieu l'élection de Gicéron au consulat.
Quintus paraît, dans toute sa lettre, assuré du succrs final de son frère. Du reste, il en aurait douté qu'il se serait bien gardé de le lui dire. Mais il ne lui caclic pas non plus les obstacles (ju'il lui faudra surmonter. 11 y en a un qui lui paraît plus grave que les autres, ou plutôt c'est le seul qu'il semble redouter. Gicéron est ce qu'on appelle un homme nouveau^ c'est-à-diiv qu'aucun des siens n'a encore occupé à Rome de magistrature publique. La loi a beau proclamer qu'elles sont accessibles à tout le monde, l'habitude, plus forte que la loi, semble les réserver à l'aristocratie. On compte ceux qui en dehors d'elle sont entrés au Sénat; depuis trente ans, il n'y a pas un seul homme nouveau qui ait été consul.
Voilà la difficulté contre laquelle se heurtait Gicéron, et elle était plus grave pour lui que pour les autres. Parmi les hommes nouveaux, il n'y en avail pas qui fût plus désagréable à l'aristocratie. D'abord il avait beaucoup de talent, et elle pouvait craindrt^ qu'une fois établi dans le gouvernement de la république, il ne s'y fît une trop grande place. De plus, c'est un homme d'esprit, qui voit très bien les travers
des autres et ne se gêne pas pour s'en moquer. S'il avait pris devant elle une attitude humble, s'il avait semblé lui demander pardon de son éloquence, de sa j)opularilé, de ses succès, elle aurait pu oublier qu'il n'avait pas d'aïeux; mais au grand tort d'être un roturier, il joignait celui d'avoir la roture impertinente. 11 répondait à la fatuité des grands seigneurs |)ar des plaisanteries cruelles, qui couraient le mondée 11 a eu toute sa vie le travers de ne pas savoir s'abstenir d'un bon mot; il trouvait « qu'il est plus difficile de le retenir sur les lèvres que de garder un charbon ardent sur sa langue ». N'est-ce pas une des raisons (jui ont fait que l'aristocratie n'a jamais été une alliée sûre pour lui? On pardonne quelquefois une trahison, on n'oublie jamais une raillerie. Ge n'est pas seulement Gatilina qui lui reprochait d'être un parvenu ; deux ans après la conjuration, en plein Forum, un de ces patriciens que son courage avait sauvés lui rappelait insolemment son origine'-. Quand il fut condamné à l'exil, il lui parut que le Sénat ne l'avait pas défendu de bon cœur; il soupçonna que, parmi SCS anciens alliés, il y en avait qui n'étaient pas fâchés (pi'il fût parti, et je crois bien qu'il n'avait pas tort. La naissance créait à Gicéron, dans les luttes élec-
1. I*ar exemple quand il se moque de « ces gens heureux à qui toutes les dignités arrivent pendant leur sommeil » (Ferr., V, 10); ou encore iorsqu'en faisant allusion à son élection il « ompare ceux qui sont désignés consuls quand ils sont encore 'lins les langes à ceux qui sont nommés au Champ de Mars, ce qui rappelle le mot amer de Figaro contre les grands seigneurs " qui se sont donnés la peine de naître ».