‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 23 sur 85 · ProSulla · texte numérisé non relu

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torales, une autre infériorité, dont Quintus est préoccupé. Le jeune noble n'a pas besoin de se faire une clientèle. Le jour où il plaide sa première cause, celui où il paraît pour la première fois au Champ de Mars pour demander une fonction publique, il est sûr (|ue des clients viendront en foule le prendre dans son atrium, qu'ils l'accompagneront dans les rues de Rome et le ramèneront jusqu'à sa porte. Ils ne le connaissent pas, ils ne savent de lui que son nom; mais ce nom, ils le respectent, ils le vénèrent : c'est celui sous le patronage duquel, de père en fils, ils sont habitués à se ranger. Or, à Rome, c'est une des premières conditions de succès pour un candidat de ne se montrer jamais en public qu'entouré d'un cortège imposant; on n'a de considération pour lui que s'il traîne la foule à sa suite; il lui faut, dit Quintus, vivre toujours avec la multitude, esse cwn multiludine^. Ces amis qui doivent venir le saluer le matin à son réveil, ces clients qui le suivent et Técoutent au Forum, Cicéron, malheureusement pour lui, ne les a pas trouvés, comme les patriciens, dans l'héritage de sa famille et il a été forcé de se les procurer à luimême. Il y a pris grand'peine. D'abord, il s'est fait le champion de l'ordre des chevaliers, auquel il appartenait par la naissance, et qu'il a toujours soutenu de son autorité et de sa parole. Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont très riches et leur influence est considérable. 11 a aussi pour lui les amis qu'il s'est

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acquis par les services qu'il a rendus, surtout par les afl'aires qu'il a plaidées. Malheureusement ces amis ne sont pas tous recommandables : la nécessité de se faire des clients d'importance l'a souvent amené à se charger de bien mauvaises causes. Il a enfin les lettrés, qui admirent en lui le plus grand orateur de Uome; parmi eux, des jeunes gens en grand nombre, dont plusieurs portent un nom illustre, et qui tiennent à honneur de passer pour ses disciples. Ils le suivent partout, prêts à exécuter ses ordres, à lui servir de messagers, à le défendre si on l'attaque, (Juintus nous apprend que cette sorte déjeune garde, (|uand elle est bien composée, comme celle dont s'entoure Cicéron, produit un excellent efl*et au Champ de Mars, les jours d'élection. La jeunesse semblait se partager entre Catilina et lui. Les plus studieux, les plus honnêtes se rangeaient de son côté; ils n'étaient |)as probablement les plus nombreux. Catilina attirait les autres par ses prodigalités et ses complaisances. Caîlius hésita longtemps entre les deux. Comme il était à la fois un homme de beaucoup d'esprit et un incorrigible libertin, il allait de l'un à l'autre, selon que l'emportait chez lui le goût des lettres ou l'attrait du plaisir.

Mais n'oublions pas qu'il s'agit du suffrage universel. Ce ne sont pas seulement quelques esprits <lélicats, une élite de fins lettrés qui décident du succès; il dépend de la foule. Quintus a grand soin ^le le rappeler à son frère, qui sans doute ne l'oubliait pas. 11 lui conseille de s'assurer de la bienveillance

des petites gens des faubourgs, de ne pas négliger les personnages importants des sociétés populaires, de se faire indiquer ceux qui, dans chaque quartier, jouissent de quelque influence auprès de leurs voisins. Il est convaincu que par la facilité de son abord, Tagrément de ses manières et ses complaisances infatigables, Cicéron n'aura pas de peine à les gagner. Il espère bien qu'à l'exception des clients des grandes familles, qui votent comme on leur dit de le faire, ou des factieux, qui attendent le mot d'ordre de leurs chefs, ou enfin de ceux qui vendent leur voix et qui vivent de ce trafic, la population de la ville sera pour lui. Il n'y a pas de doute qu'il compte avant tout sur ceux qu'on appelle les habitués de la tribune (subrostrani^); comme ils fréquentent le Forum et qu'ils suivent les grandes affaires, ils ont entendu Cicéron défendre les intérêts de Pompée, dans la Manilienne, plaider pour Cornélius, et il les a ravis par sa parole. On aurait tort de croire (jue cette façon de parler si soignée, si large, si harmonieuse, ne soit faite que pour quelques esprits distingués et ne puisse plaire qu'à ceux qui ont étudié, dans les écoles, les procédés de la rhétorique. Cicéron pensait au contraire que c'est celle qui convient aux foules assemblées, qu'elles ont naturellement peu de goût pour une parole sobre, froide, sèche, faite de déductions et de raisonnements sévères, comme celle que les prétendus Attiques voulaient leur infliger, tandis

qu'elles sont sensibles à cette abondance d'idées et de mots, à ces délicatesses d'expression, à cette ampleur de développements qu'on lui reprochait, et que c'est là véritablement l'éloquence populaire. L'expérience que nous faisons des réunions publiques et des mérites par lesquels on y réussit semble bien prouver qu'il a raison.

Parmi les recommandations que Quintus fait à son frère, il y en a une sur laquelle je crois utile d'insister. « Tu dois avoir soin, lui dit-il, de loger dans ton esprit et de conserver dans ta mémoire l'Italie tout entière, comme elle est, avec ses parties et ses divisions, en sorte qu'il ne s'y trouve pas un municipe, une colonie, une préfecture, un endroit quelconque, où tu ne sois assuré de posséder un appui suffisant. Cherche, découvre partout, dans quelque contrée que ce soit, des personnes que tu puisses connaître, attacher à ta cause, soutenir quand elles faiblissent. Demande-leur de se mettre en campagne pour aller te quêter des voix dans leur voisinage et se faire, en ta faveur, de véritables candidats ^ » Quintus pense donc que l'Italie va prendre quelque part à l'élection, et une part qui, on le voit bien, n'est pas négligeable. Ceci n'est-il pas une sorte de nouveauté, qui mérite qu'on y fasse quelque attention?

On sait que les républiques anciennes étaient constituées comme des villes municipales, et combien il leur a été difficile, quand elles se sont étendues par

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