‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 50 sur 85 · Cicéron, Philipp., IV · texte numérisé non relu

Cicéron, Philipp., IV

i36 LA CONJURATION DE CATILINA.

tiennent tous à la haute aristocratie, nous sommes tentés de croire que la conspiration y resta sur ces hauteurs, que les gens du peuple n y prirent aucune part et que c'était proprement un état-major sans soldats. N'oublions pas pourtant que tous ces grands personnages possédaient des clients, des affranchis, des serviteurs, qui se groupaient autour d'eux et dont ils pouvaient faire profiter Catilina. Loin de dédaigner leur appui, nous avons vu qu'il travaillait à les rendre plus nombreux en cherchant à attacher à son parti quelques dames de haut parage, qui tenaient un grand état de maison et disposaient d'un nombreux domestique. Gomme ses projets n'ont pas été exécutés, qu'il n'a pas eu l'occasion de faire appel à leur dévoûment, nous ignorons s'il pouvait compter sur eux et quels services il en aurait tiré. Au dernier moment il s'éleva une contestation entre ses partisans et lui. Comme il était avant tout un soldat et qu'il avait le respect de l'armée, il résistait à ceux qui lui demandaient d'enrôler les esclaves dans ses lésions • il consentait à les appeler aux armes, mais à condition qu'ils feraient bande à part; il les trouvait bons pour mettre le feu à Rome et c'est pour cette besogne surtout qu'il acceptait leur aide.

Quoi qu'il en soit, ni sur le nombre des grands seigneurs qui dirigeaient l'entreprise, ni sur celui des gens qui s'étaient mis à leur service, nous n'avons de renseignements précis. Les historiens, qui nous citent des noms, ne nous donnent aucun chiffre. Mais peut-être après tout est-il assez inutile de chercher à

savoir si ceux qui s'étaient formellement engagés à Catilina étaient nombreux ou non, puisqu'on nous dit que ce qui faisait la force réelle du complot était moins la participation directe de quelques-uns que la connivence secrète de presque tout le monde. Cicéron le fait bien comprendre dans un passage très significatif de la seconde Calilinaire K II veut y faire une énumération aussi complète que possible de ceux qu'il regarde de quelque manière comme des partisans de Catilina; il les divise en six classes qu'il énumère et décrit l'une après l'autre. Mais, quand on regarde de près, on voit bien que de ces six classes il n'y en a que deux ou trois tout au plus qui soient composées de gens véritablement affiliés à la conjuration. Les autres ne la favorisent qu'en cachette; ils sont prêts à s'y associer ouvertement le jour où elle éclatera, et si elle a quelques chances de réussir. A la rigueur, Cicéron a le droit de les dénoncer comme des complices, car Catihna ne tenterait pas son entreprise, s'il ne comptait sur eux; pourtant ce ne sont pas des conjurés véritables : ils n'ont fait aucune promesse, ils ne sont liés par aucun serment; ils attendent que les événements se dessinent. Cette disposition, que Cicéron attribue surtout aux grands seigneurs endettés et aux politiques déçus, Salluste l'étend à tout le peuple. Il affirme « que non seulement les conjurés, mais le peuple entier approuvait les desseins de Catilina, et que, pour peu qu'à la

i. Gic, Catil.y II, 8 et sq.

première rencontre, le résultat parût incertain, la république était perdue* ». Catilina le savait bien; au delà de ses adhérents décidés, des amis qu'il réu^ nissait, la nuit, « dans un endroit retiré de sa maison », il apercevait la foule des autres qu'il savait prêts à le suivre, et c'est ce qui lui donnait tant de confiance. Qu'importait le nombre de ceux qui jetteraient les premières torches, si la multitude, dès qu'elle verrait luire l'incendie, devait accourir à leur aide? C'est un signal qu'on attendait, et il suffisait de quelques gens résolus pour le donner.

C'est là précisément ce qui fait pour Cicéron et le Sénat le danger de la situation. Ils savent que les conspirateurs sont prêts, qu'ils comptent sur la sympathie du plus grand nombre, et qu'une émeute, en quelques heures, peut devenir une révolution : ils ont bien raison d'être effrayés. Leur peur s'accroît de la difficulté où ils sont de se défendre. Contre tous les périls qui les menacent, ils sont désarmés. La loi, qui leur ordonne de veiller à la sécurité de la ville', ne leur en fournit pas les moyens. Rome ne possède pas de garnison; les légions qui reviennent de la guerre sont obligées de rester en dehors de l'enceinte sacrée du pomaerium. C'est à peine si l'on trouve auprès des portes quelques esclaves publics pour les fermer le »oir et les garder, pour faire pendant la nuit quelques patrouilles qui n'empêchent pas les bourgeois d'être assassinés, quand ils rentrent trop tard

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