‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 52 sur 85 · Cicéron, Pro Roscio Amer · texte numérisé non relu

Cicéron, Pro Roscio Amer

2. On peut y joindre, pour être complet, quelques fonctionnaires inférieurs, comme les employés du trésor public {Iribuni aerarii) et les coramis aux écrituies {scriùae), qui, intéressés au maintien de l'ordre, pouvaient à l'occasion prêter main-forte au consul. On verra Cicéron les employer dans la journée du 5 décembre. Il restait enfin une dernière ressource qui consistait à faire prêter le serment militaire à ceux qui avaient l'âge d'être soldats (Dion, XXXVII, 45), c'était l'ébauche d'une garde nationale.

appartenant à une famille distinguée, mais qui s'était déshonoré par toute sorte de crimes et que les censeurs avaient chassé du Sénat pour sa vie scandaleuse. Cet homme n'avait pas moins de légèreté que d'audace; il était incapable de taire ce qu'il avait appris, ou même de dissimuler ses méchantes actions; il ne prenait pas plus de souci de ses paroles que de ses actes. Depuis longtemps il était l'amant de Fulvia, une femme de grande naissance. Mais, comme la gêne où il se trouvait le forçait d'être moins généreux, il en était moins bien reçu. Tout d'un coup elle vit qu'il changeait de ton; il prenait des airs superbes, tantôt lui promettant monts et merveilles, tantôt menaçant de la tuer si elle lui résistait, et se montrant plus arrogant ({u'il ne l'avait jamais été. Fulvia chercha la cause de ce changement extraordinaire, et, quand elle eut découvert que c'était la conjuration, elle comprit le danger que courait la république et ne crut pas devoir garder le silence. Elle raconta ce qu'elle savait et comment elle l'avait appris, sans dire de qui elle le tenait. » Gicéron dut être un des premiers avertis. Il fit de grandes promesses à Fulvia, qui, quoique dise Salluste, avait bien d'autres soucis que le salut de la répubhque; il obtint d'elle qu'il serait prévenu de tous les desseins de Gatilina, et c'est ainsi qu'il parvint à les déjouer. Il s'est félicité à plusieurs reprises de cette heureuse chance et de l'adresse avec laquelle il en a su profiter. Salluste aussi lui en a fait un compliment, le seul peut-être qu'il lui adresse, et qui ressemble un peu à

une ironie : « Pour se tirer des dangers, dit-il, il ne manquait ni d'habileté ni de ruse * ».

Pendant cpie Gatilina s'occupait d'organiser sa conspiration à Home et dans l'Italie, il avait pris une résolution dont nous sommes d'abord un peu étonnés : il s'était décidé, avant de prendre les armes, à essayer encore une fois la fortune d'une élection. Peut-être avait-il tort de mêler ensemble un complot et une candidature, mais on a vu quel était le prestige de la dignité consulaire et que les plus audacieux conspirateurs hésitaient à tenter leur entreprise tant qu'ils n'en avaient pas été revêtus. Gatilina d'ailleurs avait toujours les yeux sur Sylla, qui était son maître et son modèle, et il espérait arriver comme lui par le consulat au pouvoir suprême. Il se mit donc de nouveau sur les rangs aux comices électoraux pour 692.

La lutte était sérieuse et les concurrents redoutables. Nous connaissons parmi eux Servius Sulpicius, le plus grand jurisconsulte de ce temps,

I. Sali., 26. Dniinann (desch. lioms, V, 480) lui est encore moins favorable. Après avoir énuméré tous les espions qu'il eut a son service, il l'appelle sans façon : un mouchard, Kiindschaf ter. Son collègue Antoine, quand ils furent brouillés ensemble, s'était contenté de se moquer un peu de lui parce qu'il rappelait trop souvent qu'il nvait découvert la conjuration, si bien que Cicéron n'osait plus employer le mot comperi (j'ai trouvé) en lui écrivant. {Lettres fam., V, 5.)

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D. Junius Silanus, un honnête homme, sans grand éclat, mais riche et généreux qui, pendant qu'il était édile, avait donné des jeux dont on se souvenait, enfin Licinius Murena, lieutenant de Pompée, dont le père avait servi avec honneur sous Sylla en Asie, et triomphé de Mithridate. Le succès de Silanus paraissait certain : c'était un de ces hommes de second ordre qui n'inquiètent personne. Sulpicius l'emportait par son illustration sur tous ses rivaux, mais il était surtout apprécié des gens instruits et des lettrés, qui lui savaient gré d'avoir essayé d'introduire un peu de philosophie dans le droit romain. Malheureusement c'est un genre de mérite auquel le suffrage universel devait être peu sensible. De plus, on lui reprochait quelques-uns des défauts de sa profession, un respect peut-être trop scrupuleux de la légalité et un esprit de chicane. Il voyait des délits partout et menaçait sans cesse les gens de leur faire des procès. Il obtint que Cicéron, son ami, fît voter une loi nouvelle et plus rigoureuse contre la brigue, quoiqu'il y en eût déjà un très grand nombre qui ne passaient pas pour très douces. Cette loi, qui prit le nom de son auteur (lex Txdlia, de ambitu), aggravait les peines prononcées contre les candidats qui se permettaient de donner des jeux et des festins au peuple, ou payaient les pauvres gens pour leur faire cortège, et, s'ils en étaient convaincus, les condamnait à l'exil. Malgré ces menaces, la loi Tullia ne fut pas plus efficace que les autres, — on n'a pas encore trouvé le moyen de supprimer les fraudes électorales; — elle n'eut d'autre

résultat que de montrer les inquiétudes de Sulpicius et d'éloigner de lui ceux qui ne votent volontiers que pour les candidats qui ont des chances. Murena, au contraire, qui était un soldat, menait la campagne électorale avec plus de rondeur et d'adresse; il devait plaire à la populace par l'ascendant qu'exerce toujours sur elle la décision et la belle humeur. Il est bien probable aussi qu'il avait moins de répugnance à répandre sur ceux qui en avaient besoin quelques libéralités opportunes. Habile à se tenir sur les confins de la loi, il fit donner des jeux et offrir des repas au peuple par ses amis et ses parents; enfin il sut se servir à propos du nom de Pompée, son général, qui était alors très populaire, et du prestige de la guerre d'Orient, qui venait de s'achever d'une manière si glorieuse.

La lutte électorale, dont nous ne connaissons pas tous les incidents, dut être très vive. Gatilina payait d'audace. Soit par une sorte de forfanterie qui lui était naturelle, soit qu'il entrât dans ses vues d'effrayer de plus en plus les peureux, il ne prenait pas la peine de dissimuler ses projets. Dans une séance du Sénat, Caton l'ayant menacé de le traduire devant les tribunaux, il répondit fièrement : « Si l'on essaye de mettre le feu à l'édifice de ma fortune, j'éteindrai l'incendie sous les ruines' ». Vers le même temps

i. Cicéron, Pro Mur., 25. — Sallusle a placé cette réponse de Gatilina à la (in de la séance du 7 novembre, après la première Calilinaire. C'est un artifice de lettré : il a voulu terminer une scène importante par un mot à ellet.

circulèrent des propos violents, pleins de menaces, qu'il aurait tenus dans une réunion des gens de son parti, et qui répandirent Talanno dans Home. Cicéron, qui était parfaitement informé de tout, résolut d'en profiter. C'était justement la veille de l'élection; il demanda qu'elle fût retardée, alléguant sans doute qu'il pourrait être dangereux d'y procéder le lendemain. Le Sénat y consentit avec empressement. Il paraissait plein de bonne volonté, décidé à prendre des mesures énergiques; mais quand, deux jours après, il se réunit de nouveau, ses dispositions n'étaient plus les mômes : la nuit avait porté conseil. Cicéron ayant demandé à Catilina de s'expli(juer sur les paroles qu'on l'accusait d'avoir dites, il ne prit pas la peine de les démentir ou de nier les desseins qu'on lui prêtait, et répondit avec arrogance : « Il y a deux corps, dans la république, l'un qui est faible, avec une tête qui ne vaut pas mieux que lui; l'autre est plein de force, mais il n'a point de tôte. En reconnaissance de ce qu'il a fait pour moi, c'est mon devoir de lui en servir, tant que je vivrai. » Ces provocations furent accueillies par des murmures unanimes, mais personne n'osa proposer de le mettre en jugement, et il sortit avec un air de triomphe '.

On ignore l'époque où se fît l'élection, mais du moment que Catilina n'était pas poursuivi, il n'y avait pas de raison de la reculer indéfiniment ; elle dut avoir lieu au mois d'août ou de septembre*. Cati-

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