Sali
' ..JK^rS^.i al LlZ. .m.\^^
i56 LA CONJURATION DE CATILINA.
mots très significatifs : « Rebuté par les injustices et les affronts, privé du fruit de mes travaux, je me suis fait, selon mon habitude, le défenseur public des misérables' ». Voilà une véritable profession de foi. Elle est expliquée et commentée par quelques propos qu'il avait tenus dans une réunion de ses partisans, et que Gicéron a rapportés. « Les malheureux, disaitil, ne peuvent être fidèlement défendus que par quelqu un qui soit misérable comme eux. Les promesses des gens riches et puissants ne doivent pas inspirer de confiance aux citoyens pauvres et ruinés. 0"e ceux qui veulent réparer leurs pertes et rentrer dans leurs biens tiennent surtout compte, dans celui qui doit les conduire, de ce qu'il a perdu lui-même, de ce qui lui reste, de ce qu'il est capable d'oser. A des misérables, il faut un chef misérable et audacieux, qui marche à leur tête \ >> Cicéron nous dit que ce langage frappa Rome de terreur. Ce n'était pas celui des agitateurs ordinaires, et même ceux qui avaient dit à peu près les mêmes choses les disaient d'un autre ton. En parlant ainsi, Catilina répudie la tradition des Gracques, ces démagogues du grand monde; il se sépare avec éclat de Gésar et de Grassus, qu'il déclare impropres à soutenir la cause populaire; il lient à marquer l'originalité de son œuvre. Il ne s'adresse plus, comme ses prédécesseurs, aux passions politiques : c'est un mouvement social qu'il veut soulever.
i. Sali., 35.