‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 57 sur 85 · Cicéron, Pro Mur · texte numérisé non relu

Cicéron, Pro Mur

Mais qui sont les « misérables », sur lesquels il insiste avec tant de complaisance, et dont il tient à se déclarer le chef? Aujourd'hui, nous ne serions pas en peine pour le dire. L'idée nous viendrait tout de suite (ju'il veut parler de ces gens si nombreux dans notre société, qui vivent péniblement de leur salaire quotidien, ouvriers des ateliers, des fabriques, des manufactures, employés du petit commerce, travailleurs des champs, qui, après avoir été longtemps les opprimés, sont en train de devenir les maîtres, et seront demain peut-être les oppresseurs. Mais n'oublions pas que nous sommes à Rome, où il y a peu de commerce et presque pas d'industrie, que, dans ces pays d'esclavage, où le travail manuel est déconsidéré, parmi ces aristocrates dédaigneux, on se moque volontiers de ces pauvres gens qui restent tout le jour sur leur chaise (sellularii *), en face de leur travail, et font de mauvais soldats. Ge n'est pas pour eux que Gatilina risquerait sa vie. Geux qu'il appelle des « misérables » sont les gens ruinés, sans ressources, qui ont fait des dettes et ne peuvent pas les payer. Gicéron nous dit qu'il n'y en a jamais eu autant à Rome qu'à cette époque ^ ; il s'en trouve à tous les rangs de la société. En bas, sont les victimes de la petite usure, ces paysans qu'on a peu à peu chassés de leur champ, ces colons, à qui l'on a distribué des terres, mais qui n'ont pas su les cultiver, et sont vite devenus la proie des usuriers de village,

Page 1