‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 58 sur 85 · De offic, 11, 24. Voyez aussi Salluste · texte numérisé non relu

De offic, 11, 24. Voyez aussi Salluste

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les plus malhonnôtes et les plus cruels de tous. Manlius s'est fait leur interprète dans cette lettre à Q. Marcius Rex, dont il vient d*ôlre question. Quant à Gatilina, on comprend qu'il s'intéresse surtout aux « misérables » du grand monde, ces blessés de la vie comme Gicéron les appelle, qui ont connu l'opulence, ce qui leur rend la détresse plus pénible. Comme ils ont mené grandement l'existence, qu'ils étaient joueurs, prodigues, débauchés, ils ont eu bientôt fait de dissiper leur patrimoine et de perdre leur crédit. C'est à ceux-là que songe Catilina dans ses discours, et ils l'écoutcnt avec transport parce qu'il leur apporte le moyen de refaire d'un seul coup leur fortune.

Comment espère-t-il y arriver? Il n'a jamais varié dans les moyens qu'il indique. Comme il sait que ceux qui possèdent le pouvoir et la fortune ne se laisseront pas dépouiller sans résister, il ne peut espérer réussir que par la violence. Ses moyens de succès sont l'assassinat et l'incendie. Voici, dans ses détails, le dernier plan qu'il ait imaginé, tel qu'il l'envoyait à ses complices de Rome, par un de ses émissaires, T. Volturcius, qui se fit prendre au pont Mulvius ' . Catilina devait amener ses troupes de Fîpsula» jusque sous les murs de la ville ' ; il en occuperait les portes

1. On verra plus loin comment Volturcius ayant obtenu la promesse de nV'tre pas poursuivi révéla tout au Sénat.

2. 11 y a, à ce propos, une phrase de Sallusle qui n'est pas claire; il y est dit que les conjurés de Rome doivent se mettre en mouvement quand Catilina sera arrivé à Faesulae avec son armée, cum in agrum Faesulaniun cum erevc'Uu venisset (43),

au moment même où les conjurés mettraient le feu à Rome. Tout était préparé et réglé d'avance. L'incendie devait être allumé dans douze quartiers différents, de façon que tout flambât à la fois. Plutarque ajoute qu'on devait tuer tous ceux qui essayeraient de l'éteindre, et, pour leur en ôter le moyen, boucher les prises d'eau. Il était facile de profiter du tumulte et de l'épouvante générale pour frapper les gens dont on voulait se défaire. Chacun avait ses victimes désignées; Céthégus s'était chargé de Cicéron. Pendant ce temps, les soldats de CatiUna arrêteraient ceux qui tenteraient de fuir, en sorte que personne ne pourrait échapper. La besogne ainsi mise en train, les conjurés de l'intérieur se réuniraient à ceux qui entouraient la ville, et tous s'avançant ensemble, la curée commencerait.

Je sais bien que l'atrocité du projet a fait naître des doutes sur sa réalité; on a cru y voir ou bien une invention de l'imagination populaire affolée par la peur, ou quelque manœuvre des ennemis de Catilina qui ont exagéré la faute pour faire excuser la rigueur de la répression. Mais je ne crois pas qu'ici ces hypothèses puissent être acceptées. Non seulement tous les écrivains de Tantiquité rapportent ces projets

mais on savait très bien «lu'il y était déjà depuis quelques jours. Dietsch, dans son édition de Sallusle, propose de lire : in agrum Carsidanum, du nom (l'une ville plus rapprochée de Home, c'est-à-dire quand on saura que Catilina s'est mis en route. Peut-être serait-il plus simple, pour arriver au même sens, de lire cum ex agro Faesulano venisset, c'est-à-dire quand il aura quitté Fœsulœ, qu'il sera en train de se diriger sur Home et qu'il en approchera.

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sinistres et donnent sur eux des détails précis, mais Gicéron les a reprochés à Catilina lui-même en plein Sénat, dans une séance solennelle ', et nous ne voyons pas que Catilina s'en soit défendu. Le lendemain, quand il venait de partir, Gicéron a repris les mômes accusations, en présence de ses complices, qu'il semblait désigner de son geste vengeur : « Je les vois, disait-il, ceux qui ont réclamé pour eux cet horrible ofïice comme un honneur* ». Aurait-il parlé avec tant d'assurance s'il avait craint d'ôtre démenti? Quelques jours plus tard, dans le sénatusconsulte où l'on décrétait des supplications aux dieux à propos de l'afl'aire des Allobroges, Gicéron était remercié solennellement « d'avoir préservé la ville et ses citoyens du massacre et de l'incendie? ». Il semble bien qu'à ce moment personne ne doutût des crimes dont le consul accusait Galilina, et môme ce qu'ils avaient d'excessif et presque de grandiose, et qui a fait naître de nos jours quelques défiances, paraissait convenir tout à fait à celui dont Salluste nous dit « que son Ame vaste nourrissait sans cesse des projets démesurés, incroyables, gigantesques* ». A la vérité, ceux qui se refusent à l'en croire capable répondent qu'il n'était pas homme à commettre des crimes inutiles et qu'ils ont peine à comprendre de quelle utilité ceux-là étaient pour lui. « Gatilina,

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