‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 68 sur 85 · Calil., 1,5 : non jubeo, sed, si me consulis, suadeo · texte numérisé non relu

Calil., 1,5 : non jubeo, sed, si me consulis, suadeo

(|u'à force de le presser de partir on ne lui inspirai, malgré la décision qu'il avait prise, quelque velléité (le rester ' ? Mais puisque Cicéron ne croyait pas pouvoir employer la violence, il était bien obligé de recourir à la persuasion .

Il est vrai qu'il avait un moyen plus facile de sortir d'embarras : il lui suffisait de se taire. Il savait que Catilina était décidé à s'en aller, et que tous ses préparatifs étaient faits, il n'avait donc qu'à le laisser partir. Mais c'est précisément ce qu'il ne voulait pas. 11 fallait qu'il ne partît que dans certaines conditions i\m lui rendraient le retour impossible. S'il paraissait céder à la force, on pouvait croire qu'il était victime d'un abus d'autorité, et il se serait trouvé des gens I)our le plaindre. Au contraire, en partant de luimême, sous les reproches des honnêtes gens, et parce (|u'il sentait bien qu'il ne lui était plus possible de rester, h semblait reconnaître les crimes dont on l'accusait, et il devenait impossible d'en douter puisqu'il les avouait lui-même. De cette façon il ne restait plus d'incrédules et on obtenait ainsi cette unanimité d'opinion qui devait sauver la République. Mais pour y réussir, pour amener ce départ à la fois volontaire et forcé, il fallait que le discours de l'orateur flottât îsans cesse entre la menace et la prière. C'est le caractère de la première Catilinaire, et voilà pourquoi elle

1. Je serais assez tenté de croire que, s'il a vraiment ajouté quelque chose à son discours en le publiant, ce doit être ces adjurations réitérées qui ne nous paraissent pas toujours fort adroites. Il avait intérêt à leur donner plus d'importance pour faire croire qu'il avait eu plus de part à la fuite de Catilina.

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est au premier abord si difficile à comprendre L'embarras de la situation s'y reflète, et cet embarras est tel que Cicéron lui-même, quand, le lendemain, il raconta au peuple ce qui venait de se passer, manquait de termes pour expliquer comment il s'était fait queCatilina fût parti. « Nous l'avons chassé, disait-il, ou, si vous aimez mieux, nous lui avons ouvert les portes, ou, mieux encore, nous l'avons accompagni' de nos paroles pendant qu'il s'en allait '. » La première expression [ejecimus) est évidemment trop forte, el Cicéron s'est défendu lui-môme, un peu plus loin, de l'avoir mis dehors; ce n'est que plus lard qu'il s'en est fait honneur comme d'un titre de gloire. Le second mot (emisimus) est déjà plus juste; on ne lui a pas seulement tenu la porte ouverte, on l'a un peu poussé pour qu'il sortît, comme on faisait aux bêtes qu'on lançait dans l'arène. Mais le dernier [cgredienlem verbis prosecuti sumus) est la vérité môme. Catilina partait; Cicéron l'a accompagné de ses invectives. On ne devait pas le laisser quitter Rome fièrement, la tête haute, comme un de ces généraux de l'ancien temps auquel ses amis faisaient cortège du Capitole aux portes de la ville, lorsqu'il allait prendre le commandement d'une armée. Il fallait qu'au dernier moment une voix éloquente soulevât contre lui l'indignation des honnêtes gens, et qu'il s'en allût le front courbé sous les anathèmes du consul. Tel était le dessein de Cicéron dans sa première Catilinaire, el

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puisqu'il y a réussi, Salluste a bien raison de dire « qu'elle fut utile à la république ».

Pendant le discours de Cicéron, Catilina s'était ressaisi; quand le consul se rassit, il prit la parole pour lui répondre. Il voyait bien que l'assemblée ne lui était pas favorable et qu'il fallait d'abord la ramener. Au lieu de ce ton insolent qu'il avait pris dans la séance où il répondit à Caton, Salluste dit « qu'il baissa les yeux et parla d'une voix suppliante », ce n'était pas son habitude. Mais il n'avait pas les mômes raisons de ménager Cicéron; au contraire, il chercha en le malmenant à flatter les passions aristocratiques de son auditoire. Il parla de la gens Sergia, des services de ses aïeux et des siens et « demanda s'il était possible de croire qu'un patricien, comme lui, issu d'une telle race, eût voulu perdre la république, tandis qu'elle serait sauvée par M. Tullius, un citoyen de la veille, presque un étranger * ». Il voulait continuer sur ce ton, mais on ne le laissa pas poursuivre; les belles paroles du consul résonnaient encore à toutes les oreilles. Il fut interrompu, traité par tout le monde d'ennemi public et sortit furieux de la curie.

Il ne lui restait plus qu'à quitter Rome. On a vu qu'il y était décidé. Il paraît bien pourtant qu'au der-

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