‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 69 sur 85 · IV · texte numérisé non relu

IV

nier moment il hésila, puisqu'on dit « qu'il roulait mille projets dans son esprit ». Il allait jouer la partie suprôme et pouvait se demander si vraiment il avait raison de s'éloigner du Forum et du Sénat et de laisser à d'autres la direction de son entreprise. Mais, d'un autre côté, il voyait que le gouvernement se préparait à la lutte et qu'il allait lever des troupes. Il avait intérêt à le devancer et à mettre sa petite armée en mouvement, avant qu'on eût le temps de réunir des légions. De plus, la scène à laquelle il venait d'assister devait lui donner à réfléchir. Il ne pouvait plus douter du changement qui se faisait dans l'opinion publique. Ses projets commençaient à être connus et condamnés. Le consul et le Sénat avaient, pour la première fois, donné quelques preuves d'énergie : on pouvait s'attendre à tout. Au milieu de la nuit, pendant qu'il écrivait à Catulus pour l'informer de ses résolutions, on vint lui dire qu'on se préparait à l'arrêter *. Il le crut, et se hûta de partir avec quelques fidèles.

L'émotion dut être grande à Rome le lendemain, quand on apprit son départ. Depuis quelques jours, la ville était en train de changer d'aspect. Les précautions prises par le consul, et qu'il se gardait bien de dissimuler, avaient tout d'un coup révélé le danger. Des jouissances d'une longue paix, on se trouvait brusquement jeté dans les terreurs d'une guerre civile. Tout le monde était inquiet, agité. « Les

1. Sali., 35 : plum quum scribere vellem, nuniiatum est vim miki parari»

LES CATILTNAIRES. 187

femmes surtout, pour qui, en raison de la puissance (le la république, les craintes de la guerre étaient chose inconnue, se livraient à une douleur bruyante; elles tendaient les mains au ciel, s'apitoyaient sur leurs enfants, pressaient les passants de questions et s'elïVayaient de tout'. » Quand on vit Catilina sortir (le Rome, personne ne douta plus que les hostilités allaient commencer.

Cicéron en doutait moins que tous les autres. Aussi s'empressa-t-il de prendre les mesures les plus urgentes pour mettre la ville à l'abri d'un coup de main. Avec les hommes dont il disposait, quoiqu'ils fussent peu nombreux, il croyait pouvoir répondre (le la sûreté des rues. Il recommanda plus que jamais aux citoyens de veiller à la défense de leurs maisons. Dès la première heure, les colonies, les municipes (le l'Italie furent prévenus de fermer leurs portes et (le se tenir sur leurs gardes. Ce n'était pas assez ; [)0ur avoir raison de Catilina, il fallait songer à réunir (les forces sérieuses. Par un hasard heureux, il y avait aux portes de Rome deux généraux, Q. Marcius Hex et Q. Metellus Creticus, qui demandaient les lionneurs du triomphe, auxquels ils avaient droit, et qu'on leur contestait. En attendant qu'on les leur accordiit, ils avaient gardé quelques troupes, selon l'usage, pour accompagner leur char triomphal, (|uand on leur permettrait de monter au Capitole. On usa sans retard de ces soldats qu'on avait sous

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