‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 70 sur 85 · Sali · texte numérisé non relu

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la main : Melellus fut envoyé dans TApulie, où les esclaves remuaient, Marcius Rex à Fa-suhe, et môme ce dernier, qui était parti avant la séance du 7 novembre, parvint à y devancer l'arrivée de Gatilina. En même temps, on ordonna des levées autour de Rome, et on décida d'en former une armée, ([ui sérail placée sous le commandement de l'autre consul, Antoine. Les deux préteurs, Q. Pompeius Rufus v[ Q. Metellus Celer, furent envoyés en toute hdte, l'un à Capoue, l'autre dans le Picenum, au pied de l'Apennin. Là, se trouvaient trois légions qui probablemeni surveillaient les mouvements des Gaulois (legiotus rjallkanœ). Melellus reçut l'ordre de les compléter v\ d'empêcher Gatilina de se jeter dans la Gaule cisalpine. Ges mesures étaient habiles et elles devaient avoir un plein succès. Elles font grand honneur aux gens de guerre qui conseillaient Gicéron, età Gicéron lui-même, qui les adopta résolument et les fit exécuter. Il faut reconnaître que cet homme de parole s'esl montré ici un homme d'action.

Gomme il fallait les faire agréer par le Sénat, le Sénat fut immédiatement convoqué •. Mais, afin qu'il n'y eût pas de temps perdu, pendant que les sénateurs se rendaient à la curie, Gicéron réunit le peuple autour de la tribune et prononça ce qu'on appelle la seconde Catilinaire.

1. La convocation du Sénat pouvait se faire très vite. Il était de règle que jamais un sénateur ne s'éloignait de chez lui san^ dire où l'on pourrait le trouver si les huissiers venaient le chercher.

LES CATIUN AIRES. jgg

Ce discours a une grande qualité, la plus grande qu'un discours puisse avoir : il est vivant. C'est du poste le caractère de presque tous ceux que Gicéron a prononcés devant le peuple. Ses harangues sénatoriales ont plus de magnificence, mais elles sont aussi plus froides, plus apprêtées. Quand il parle au peuple, on sent qu'il est tout à fait à son aise, il y met plus de gaîté et d'entrain. II avait bien raison, dans sa polémique avec Brutus, à propos des Attiques, de prétendre qu'il était un orateur populaire.

Gicéron montait à la tribune pour apprendre au peuple ce qui venait de se passer, mais son dessein était surtout de l'empêcher d'en concevoir quelque alarme, et il lui devait être d'autant plus facile de le rassurer qu'en ce moment il avait lui-même une pleine confiance. Gomme il arrive souvent aux timides, il était tenté de croire qu'on supprime un danger quand on l'éloigné. Le départ de Gatilina lui paraît être le salut définitif de la république : aussi sent-on, au début de son discours, sa joie qui déborde. C'est vraiment un chant de triomphe qu'il entonne : exultât, iriumplial oralio moa ; les mots se pressent sur ses lèvres pour dire que l'ennemi public n'est plus à Home : abiit, excessit, evasil, orupit. Il vient à peine d'en sortir, et il lui semble déjà que tout a pris un air nouveau : relevata mihi et recreala respublka videtur. l'our achever de convaincre ceux qui l'écoutent que lo succès est certain, ne suffit-il pas d'opposer les uns aux autres les défenseurs de la république et ses adversaires? Ce parallèle est l'occasion pour lui de

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nous faire de ces peintures où il excelle. Tout le parti de Catilina, avec ses divisions et ses subdivisions, passe devant nos yeux. Le peuple devait trouver un grand plaisir à ces portraits si vivants et sous lesquels il était aisé de mettre des noms propres. Gicéron insiste moins sur l'armée de l'ordre; une courte éniimération lui suffit : il se contente de rappeler qu'elle comprend le Sénat, les chevaliers, le véritable peuple romain, les colonies, les municipes, « la fleur et la force de l'Italie ». S'il n'en dit pas davantage, c'est qu'il n'a pas beaucoup de bien à en dire ; il conserve peu d'illusions sur ses partisans : il sait par expérience qu'on ne les retrouve pas toujours au momeni du danger, qu'ils sont timides, irrésolus, attachés à leur intérêt, qu'ils craignent de se compromettre, qu'ils tiennent surtout à n'être pas troublés dans leur tranquillité. Ce qui prouve qu'il les connaît, c'est qu'à deux reprises, il leur promet qu'il conservera la paix (( sans qu'ils se donnent aucun embarras et que leur repos soit troublé ' ». Ils n'étaient pas gens à sacrifier la régularité de leurs habitudes et de leurs plaisirs au salut de la république.

Une des raisons qui rendaient Cicéron si heureux du départ de Catilina, c'est qu'il lui semblait que désormais il ne pouvait rester de doute sur ses projets. « Enfin, disait-il, nous allons combattre au gran<l jour; le voilà réduit à faire ouvertement son métioi

LES CATIUNAIRES. {Q{

de brigand'. Le but que je me proposais, je l'ai atteint : il n'y a plus personne qui ne soit forcé d'avouer l'existence de la conjuration. » Il se trompait, tout le monde ne fut pas convaincu. Il restait (les gens, — en petit nombre sans doute, — qui aiïectaient de croire, ou de dire, que Catilina n'était pas coupable et qui accusaient le Sénat de l'avoir exilé sans jugement. Ils disaient que cet homme de bien avait accepté sans se plaindre un arrêt injuste, pour ne pas troubler la tranquillité publique ; qu'il n'était pas vrai , comme on le prétendait , qu'il se rendît au camp de Manlius, qu'au lieu d'aller prendre le commandement de troupes révoltées, il se dirigeait tout simplement vers Marseille, c'est-à-dire vers la ville que les grands personnages bannis de Rome choisissaient de préférence pour y passer le temps de leur exil. C'est ce qu'avait prétendu Catilina lui-même en partant, et ce qu'il écrivit à quelques-uns de ses amis, sans doute pour qu'on n'eût pas l'idée de le poursuivre. Cicéron se contentait de répondre qu'il voudrait bien que ce fût vrai, et qu'en bon citoyen, il serait heureux qu'on pût éviter ainsi une guerre civile, mais que malheureusement il n'était que trop sûr de ce que Catilina voulait faire. « Dans trois jours, disail-il, vous saurez où il est allé. » Il était j>arti par la voie Aurélia, qui en effet pouvait mener à Marseille comme à FîcsuIîo. Il semblait s'éloigner à

1. II, Catil. 12 : sine veslro motu^ sine uUo tumiiltu, — 13 rninimo motu^ niillo tumultu,

1. Catil., II, 1 : Ulum ex occulti^ insicliis in npertum latrocinium CQnJecimus,

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regret et marchait lentement. Il s'arrêta môme pendant trois jours à Arretium, chez un ami. De là, il se rendit au camp de Manlius où, renonçant h toute dissimulation, il revôlit les ornements consulaires et se fît précéder par les faisceaux. Le Sénat, en l'apprenant, les déclara, lui et Manlius, ennemis de la patrie : c'était les mettre tous les deux hors la loi.

Le jour de son départ, il se passa un événement qui dut faire une impression profonde dans Rome. Un jeune homme, A. Fulvius, fils d'un sénateur, qu'entraînait sans doute cet empire que Catilina exerçait sur la jeunesse, se mit en roule pour le suivre; mais il fut rejoint par son père, qui le ramena chez lui, le condamna à mourir et le fil exécuter. On n'était plus accoutumé à ces sévérités d'autrefois, et il est probable que beaucoup en furent épouvantés. Salluste, qui a raconté le fait, n'ajoute pas un mol d'éloge ou de blâme. Quelques années plus tard, Virgile, dans le souvenir qu'il donne aux grands Romains de l;i république, ayant à dépeindre le consul Brutus, juge et bourreau de ses enfants, se demande quel jugement la postérité portera sur cette action que les aïeux ont glorifiée. Quant à lui, il ne peut s'empêcher de jeter un cri d'immense pitié :

Infelix! Ulcumque ferenl en facta nrpoteft, Vincet amor palriae! i.

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