‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 7 sur 85 · Sali., CatiL · texte numérisé non relu

Sali., CatiL

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Ce qui achève de montrer que Sallustc, en le composant, avait des préoccupations d'homme de lelfres, c'est le soin qu'il a mis à le bien écrire. Son style n'est pas de ceux qu'on apporte en naissant et qui sont un don de nature. Devenu écrivain à plus de quarante ans, il se l'est lait à lui-même; on y sent le parti pris et l'eflort; tout y est voulu et cherché. On est surtout frappé du contraste qu'il présente avec celui de Cicéron quand on passe brusquement de l'un à l'autre. Les mots d'abord ne sont pas tout à fait les mômes et pris dans le même vocabulaire. Salluste en emploie volontiers qui étaient hors d'usage et qu'il est allé chercher jusque dans les livres du vieux Caton'. A cùté de ceux-là, (|ui lui paraissaient sans doute donner de l'autorité à son langage, il en introduit de plus simples, ou môme de tout à fait vulgaires, pour avoir l'air d'éviter toute élégance d'école. Il n'était pas de ceux (jui cherchent adonner de l'importance à la pensée par le choix des mots qui l'expriment. Il aimait, au contraire, i\ relever les mots par la pensée, et c'est en quoi il me semble qu'il a le mieux réussi. Sa phrase aussi est construite dune manière nouvelle; elle ne ressemble en rien à la période cicéronienne, avec ses compartiments symétriques. Ce

1. C'est de cette manie d'archaïsme qu'on fut d'abord frappé à l'apparition des premiers ouvrages de Salluste. Octave, dans cette lutte d'injures (|u'il échangeait avec Antoine, avant la bataille d'Actium, lui reprochait de faire comme Salluste, et il'aller chercher de vieux mois dans les Origines de Caton (Suétone, Aug., 86). Les ouvrages de Salluste étaient alors dans leur nouveauté.

qu'on y retrouve encore moins, et qui est Tamc même <lu style de Cicéron, c'est le développement, c'est-àdire celte suite de périodes, s'enlraînant l'une l'autre et nous conduisant d'un pas régulier et sûr jusqu'à I entière conclusion du raisonnement. L'allure de Sal lustc est bien différente; il procède par saillies, supprimant les intermédiaires, sous-enlcndant des idées quitte à nous avertir par une conjonction, sed, igitur, etc., que nous avons quelque chose à rétablir Ccst dans ce travail obstiné, minutieux, de Salluste pour écrire autrement que Cicéron, qu'il faut chercher la preuve de son antipathie contre lui, et non pas seulemenl. comme on l'a fait, dans quelques phrases peu gracieuses de son Calilina.

A ce moment, tout semblait se tourner contre la mémoire du grand orateur. Quinlilien nous le dit dans une belle phrase : « Après qu'il eut été victime de la proscription des triumvirs, .ses ennemis, ses envieux, ses rivaux, ceux aussi qui voulaient (latler le gouvernement nouveau, se jetèrent sur lui avec d'autant plus de violence qu'il ne pouvait plus leur répondre^ ... Les amis d'Antoine dénaturaient ses actions dans des pamphlets haineux; Pollion, qui la veille, se disait son élève, l'injuriait en plein Forumau I alalin, on se cachait pour lire ses ouvrages et I on n osait pas prononcer .son nom '. Sa royauté de grand écrivain elle-même paraissait menacée par

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