Horace, Sa/., I, i, CC
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très peu, mais on s'en servait beaucoup, et il fallail bien qu'on s'en servît puisqu'il n'y avait pas à Rome, comme chez nous, d'accusateurs publics. Tu certain L. Tarcjuinius, qu'on avait arrêté sur la roule pendant qu'il allait retrouver Catilina, promit de donner sur la conjuration de nouveaux renseignements, pourvu qu'on l'assurât qu'il ne serait pas poursuivi. Il ajouta quelques détails à ce qu'on savait déjà, et nomma Crassus parmi les conjurés. Mais à peine eut-il prononcé ce nom que des cris d'indignation s'élevèrent de tous les cotés. Crassus avait beaucoup d'amis et d'obligés. Il était le créancier d'une partie de la noble assemblée; il ne pouvail pas être coupable. Il fut donc décidé sans autre recherche que Tarquinius mentait et qu'on le tiendrait en prison jus(|u'à ce qu'il eût dit qui lui avait conseillé ce mensonge *.
Le tour de César vint ensuite. Il fut accusé, dans le Sénat, par Curius, en même temps que Vettius, un dénonciateur de profession, le traduisait devant le questeur Novius Niger. Ils prétendaient tous deux tenir de Catilina lui-même la preuve qu'il était coupable. César ne répondit à Vettius qu'en ameutant le peuple contre lui et le faisant jeter en prison. Mais devant le Sénat, il lui fallut s'expliquer. Il fit appel
4. Salluslc prétend qu'il tenait «le Crassus lui-ni»*;me ijuo c'était à l'instigation de Cicéron (|ue Tarquinius l'avait accusé. 11 est bien possible que Crassus l'ait prétendu et même qu'il ait pu le croire; mais il n'y a aucune raison de penser que ce fut vrai. L'intérêt de Cicéron n'était pas de mêler de grands personnages à l'afTaire,
au témoignage de Cicéron et se défendit si bien que les sénateurs privèrent l'accusateur de la récompense qu'on lui avait promise. A ce propos, Salluste rap- |)orle que Q. Catulus et Cn. Piso essayèrent d'obtenir de Cicéron, par tous les moyens, et même en lui offrant de l'argent", qu'il fît accuser César par les Allobroges ou par quelque autre, et que, ne pouvant l'y décider, ils se chargèrent eux-mêmes de répandre des bruits calomnieux, qu'ils attribuaient à Volturcius ou à d'autres personnes bien informées. Ces bruits habilement colportés finirent par exciter contre César une colère furieuse, si bien que le lendemain, quand il sortit du Sénat, les chevaliers, qui montaient la garde, se jetèrent sur lui et l'auraient tué, s'il n'eût été protégé par le dévouement de ses amis et l'intervention opportune de Cicéron ^.
C'est une question encore aujourd'hui controversée tic savoir si César et Crassus étaient véritablement engagés dans la conjuration. Elle ne me semble pas difficile à résoudre quand on se souvient de la distinction qui a été faite plus haut entre les conspirateurs véritables, ceux qui assistaient aux réunions clandestines et qui étaient au courant de tous les projets, et cette multitude d'ambitieux, de mécontents, qui, sans
1. Ce fait nous paraîtrait fort étrange, si nous ne savions que Catulus avait oITert aussi de l'argent à César pour le décider à se désister de sa candidature au grand pontificat et à lui céder la place. (Plutarque, César, 7.)
2. Suétone prétend même qu'à un moment les chevaliers envaliirent le Sénat et qu'ils vinrent attaquer César jusque sur son siège. (Suét., César, 14.)
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savoir exactement et dans le détail ce que Catilina se proposait de l'aire, favorisaient son entreprise, pensant, quoi qu'il arrivât, y gagner quelque chose, cl Taidaient autant qu'on pouvait le faire sans se trop compromettre. C'étaient deux catégories différentes, et, si l'esprit de parti avait intérêt à les confondre, la justice demande qu'on les sépare. Il est trop évidenl que Crassus n'a jamais été pour la conjuration qu'un de ces adhérents douteux qu'on se gardait bien d'initier à aucun secret important. On lui demandait de l'argent pour le succès des candidatures électorales de Catilina, et il ne refusait pas d'en donner pour être désagréable à l'aristocratie. Mais il changea vite de sentiments quand il sut les projets des conjurés. Lui qui était le banquier des plus grands personnages, qui spéculait sur la vente des immeubles et possédait des quartiers tout entiers de Rome, ne pouvait pas avoir beaucoup de sympathie pour des gens (jui voulaient abolir les dettes et mettre le feu à la ville. Il se tourna brusquement vers Cicéron, auquel, comme on l'a vu, il vint raconter tout ce qu'il savait, et dans la séance du 3 décembre, il vota toutes les mesures qu'on prit contre Lentulus et ses complices. L'aurait-il osé faire avec tant d'assurance, s'il eût pu craindre d'être compromis d'une manière directe dans le complot?
Je n'ai pas plus de doute pour César que pour Crassus, quoiqu'on ait dit; il m'est impossible de me figurer un homme comme lui, avec de si grands desseins et des vues si élevées, qui se range derrière
Catilina, et s'engage dans une entreprise où il n'est question que de pillage, de massacre et d'incendie. C'était l'héritier des Gracques, le vengeur de Marins, il voulait réorganiser la république; comment pouvaitil s'entendre avec des gens qui n'appartenaient à aucun parti et n'avaient dans la tête aucune idée politique? Les raisons que donne Mommsen pour enrôler César dans la conjuration ne me paraissent pas bien solides * ; il fait remarquer qu'il s'est servi dans la suite do quelques conjurés qui survivaient, mais il ne faut pas oublier qu'un homme qui vient faire une révolution n'est pas toujours libre de choisir comme il veut ses associés; il les prend où il les trouve. Il a pris Sittius et P. Sylla, qui étaient de bons hommes de j^uerre, parce qu'il avait besoin d'habiles généraux. 11 a pris Cœlius, un brouillon éloquent, qui pouvait lui être utile dans sa lutte avec le Sénat; en quoi du reste il s'est trompé, car Cœhus, qui ne se fixait nulle part, ne lui est pas resté longtemps fidèle. Mommsen ajoute que César victorieux a réalisé les projets de Catihna, et il cite, pour nous en convaincre, la loi agraire de Rullus. Mais nous avons (l(\jà montré que cette loi avait été inspirée par César; Catilina n'y était pour rien. Quand César la fit voter parle peuple, c'était son bien qu'il reprenait, il n'empruntait pas l'œuvre d'un autre. Suétone dit que lors(jue César connut les dangers que la conjuration faisait courir à la répubhque, il fit comme