Suétone, César
aidé dans ses candidatures. Mais il n'est pas allé plus loin, et s'est bien gardé de rien faire qui pût lui nuire <lans l'avenir. Son ambition même, qui lui conseillait de ménager les conjurés, l'empêchait de se compromettre avec eux. On ne pouvait donc pas dire qu'il était vraiment un des complices de Catilina, et Cicéron, qui le savait bien \ se conduisait en honnête homme, quand il refusait à Catulus de le confondre avec les autres et de profiter de l'occasion pour le perdre en même temps qu'eux.
Mais il s'est conduit surtout en politique avisé; il n'était pas sage, dans un si grand péril, de se mettre trop d'ennemis sur les bras, et surtout des ennemis si redoutables. Les cinq qu'on avait retenus lui créaient déjà beaucoup d'embarras. Le Sénat ayant décidé, dans la séance de la veille, qu'on les garderait prisonniers, on les avait soumis à cette sorte d'emprisonnement qu'on appelait cuslodia libéra^ et qui était en eiTet un mélange de servitude et de liberté. Il consistait à les confier à la garde de quelques personnes de leur connaissance, qui en étaient responsables, et chez lesquels ils attendaient avec plus de patience le moment d'être jugés. De cette façon la prison préventive, qui déplaisait fort aux Romains, se
1. A la vérité, Pliitarque prétend que, dans un discours prononcé après la mort de Crassus et de César, Cicéron les accusait d'avoir fait partie de la conjuration {Crassus, 13). Mais le passage est perdu, et il est probable que Cicéron voulait parler de «elle complicité morale et indirecte qu'on pouvait en effet leur reprocher, mais qui ne permettait pas de les mettre au même rang que les complices véritables.
-1A>1. ■^'jLi~^*'
trouvait adoucie et presque supprimée. Crassus el César étaient du nombre de ceux à qui la garde des conjurés était remise : le Sénat tenait à leur donn(M' une marque publique de sa confiance. On pense bien que cette sorte de surveillance n'était pas très rigoureuse et que les prisonniers pouvaient facilement s'y soustraire ; mais depuis que la peine de mort n'étail presque plus appliquée, ils n'avaient aucun intérêt à s'enfuir, puisqu'ils pouvaient toujours au dernier moment prévenir une sentence trop dure par un exil volontaire. Cette fois pourtant, dans les circonstances graves où l'on se trouvait, les choses pouvaient plus mal tourner qu'à l'ordinaire. Les prévenus et leurs amis s'en inquiétaient. Cethegus faisait dire à ses esclaves et à ses clients, qui étaient ardents et résolus comme lui, de se réunir et de venir en masse donner l'assaut à la maison de Cornificius où il était retenu. Les gens de Lentulus se donnaient aussi beaucoup do mal. On voyait l'un d'eux, qui était une sorte de bas complaisant {leno), qu'il avait préposé à ses plaisirs, entrer dans les boutiques et offrir de l'argent à ceux qui voudraient le suivre. D'autres s'adressaient aux meneurs des sociétés populaires, dont c'était le métier de se faire payer pour exciter des émeutes. Cicéron comprit que, s'il voulait empêcher (ju'on ne fît sauver les prisonniers, il n'avait pas de temps à perdre, el qu'il fallait prendre au plus tùl les dernières mesures. Il convoqua le Sénat pour le lendemain.