‹ La conjuration de Catilina [microform]Chapitre 76 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le 5 décembre, ou, comme disaient les Romains, le jour des nones de décembre de l'année 691, a été une des plus grandes journées parlementaires de Rome. La question qu'on allait débattre ce jour-là devant le Sénat, le droit de punir, est peut-être la plus grave que puisse agiter une assemblée délibérante. Ce fut aussi une journée révolutionnaire; elle rappelle certaines séances de notre Convention nationale, celles où les sections en armes, et venant demander quelques têtes, remplissaient la place du Carrousel, où les cris de la foule pénétraient jusque dans la salle enflammée par les déclamations des orateurs et venaient épouvanter les députés sur leurs bancs. On va voir se produire à Rome quehjue chose de ces scènes violentes.

L'animation était grande depuis qu'on avait découvert la conjuration; mais elle dut redoubler quand on

sul qu'on allait décider du sort des conjurés. De tous les quartiers de la ville on se rendit au Forum, qui était le centre de la vie politique. Gicéron affirme qno celle foule était favorable au Sénat et prèle à lo défendre, et sur ce point Salluste est d'accord avec lui ' ; il prétend que depuis deux jours il s'était produit un revirement complet dans l'opinion publique, et tous les deux raltribuent à la môme cause. Une révolution n'était pas pour effrayer la populace {\o Rome tant qu'elle put croire qu'elle n'avait rien à y perdre, et mOme qu'elle pouvait y gagner. Elle pril peur lorsqu'elle sut qu'au pillage on se proposait (\o joindre l'incendie. Le pillage menace surtout les palais des grands seigneurs, mais l'incendie alleiiil aussi la maison du pauvre, et il tient d'autant plus h sa maison qu'elle contient toute sa fortune. « Tout ce petit monde des artisans, dit Gicéron, est par sa situation môme ami de la tranquillité. La paix alimente leur industrie. Ils ont besoin pour vivre (ju'il leur vienne des acheteurs en grand nombre. Si leurs profits diminuent les jours d'émeute, quand ils sonl forcés de fermer leurs boutiques, que sera-ce lorsqu'elles seront brûlées-? » Voilà pourquoi il pense que la classe des affranchis, aux mains desquels se trouve le commerce de détail, est entièrement dévouée au gouvernement et que môme il n'y a pas un esclave, pour peu que sa condition soit tolérable, qui ne fasse des vœux pour son succès. Il faut bien

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