‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 11 sur 55 · LA FRAXCE EN 17B5 II · texte numérisé non relu

LA FRAXCE EN 17B5 II

fttrant de la mener à l'assaut de quelque habitation de terroriste; Raymond, curé d'AlIeyrac, dans la Drôme, prêtre assermenté qui réunit ses paroissiens au son de In cloche et les conduit sur le passage des diligences pour se livrer au pillage ; Féret, dit Bellerose, qui opère avec lui; Delaur, surnommé Martin Moustache, ancien capitaine aux hussards de Bercheny; Jean-Jacques Avmé, naguère procureur-syndic à Valence et maintenant memhre du Conseil des Cinq-Cents; les frères Rùuche, les frères Bastide, les frères Meillnux, le père Chryeostume, désigné sous le sobriquet de " Capucin boiteux " , et le plus célèbre d'entre ces humbles, le plus connu des populations, autant par sa vaillance que par ce qu'on raconte de ses relations avec les princes, rinlrépide Dominique Allier, frère de Claude Allier, ce cnrê de Chambonas dans l'Ardèche, exécuté à Meiide en septembre 1703, à la suite de l'insurrection de Charrier dans laquelle i) avait figuré (I).

Avec la bande qu'il a recrutée, chacun de ces Choimns, — c'est ainsi qu'on les désigne, — travaille pour son compte, en attendant que les représentants du Roi les appellent, les groupent cl en forment une armée, lis «■ sont partagé le Midi. Sans-Pour opère tour à tour our les bords du Tarn, dans l'Hérault, dans le Gard, où se trouve aussi Bellerose, avec qui il a tenté, deu\ ans avant, d'enlever le général Chàteaiuieuf-ltandon, membre de la Convention, chargé de la piiciticution de

(l) Voir a

1 liEitorjques, B.

LA CONJUHATION DE PICUEGRU

ces contrées. Pris deux fois, par deux fois il s'évade et rentre en campagne. Dominique Allier s'est réservé le Vivarais et le Velay, où il a déjà combfithi et dont il connaît tous les détours. Arrêté peu après le il lliermidor, il a recouvré la liberté à la faveur de la réaction et avant qu'on instruisit son procès. Depuis, il combat, toujours debout, jamais abattu, insaisissable, déjouant par son audace toutes les tentatives faites pour s'emparer de lui, communiquant pur la Haute- Loire avec Lyon où affluent les émigrés.

Les malheurs de cette ville, les misères du siège, les implacables rigueurs qui l'ont suivi, les mitraillades de Fouché, loin d'affaiblir le royalisme de ses habitants, l'ont surexcité aii point de faire paraître aux plus honnêtes comme très légilimes les représailles e.vercées contre les terroristes par des assassins invisibles qui ne se laissent deviner qu'au caractère odieux de leurs forfaits. Lyon est â cette heure le boulevard et le refuge des conspirateurs. Ils s'y meuvent librement. Ils y trouvent des complices jusque dans la municipalité. Imbert-Golomès, l'ancien prévôt des marchands, royaliste convaincu, agent secret de Louis XVlll, est venu s'y établir. C'est par lui que passent les instructions envoyées aux insurgés méridionaux par le général de Précy, qu'à Vérone le prétendant a muni de ses pleins pouvoirs à l'effet do diriger ces mouvements partiels et de les faire concourir au succès de la cau.se. Cest donc de Lyon que Dominique Allier attend des ordres décisifs. En attendant qu'ils arrivent, il s'applique à tenir

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ea haleine les troupes envoyées contre les rebelles. Le maçon Levasseur évolue tie préférence dans l'Aveyron, son pavs. Il met sur les dents les soldats lancés à sa poursuite et trompe Incessamment leur vigilance. Quand ils croient le surprendre aux abords de quelque village perdu dans la montagne, il a déjà gagné d'autres contrées, te Gard ou les rives du Lot. Là. comme partout oii il passe, il signale sa présence parles iucendies, les assassinats, les arrestations de courriers.

Lorsque, à travers l'obscurité des documents de cette époque, on reconstitue les sinistres exploits de ces liomraes de rapiae et de sang, il est impossible de ne pas les considérer comme les pires bandits. On n'en est que plus étonné de surprendre parfois dans les péripéties de leur tragique existence quelque trait où se rérèleat i l'improviste des sentiments généreux et une grandeur d'âme que leurs forfaits ne permettaient pas deiDupçonner. Tel ce maçon Levasseur, le plus redoutable d'entre eux, le plus cruel et le plus entreprenant, <fu'on voit un jour, à la prière d'une famille éplorée, épsi^ner un acquéreur de biens nationaux dont il avait décrété la mort et doubler le prix de cet acte de cléiDence par la magnanimité ave<: laquelle il l'accomplit. On est an lendemain du !> Thermidor et durant la piriode la plus sanglante de la réaction. L'n jeune Cedésiastique de Rodez, prêtre gentilhomme, l'abbé de Curiéres. dont la Terreur a respecté la vie et les bieni, mais à qui ses opinions et sa naissance semblent donner autorité sur quiconque se dit royaliste, est sup-

li LA CONJURATION DE PICHEGHU H

plié d'nlier plaider auprès de Levasscur la clause du iiiullieureux sur lequel cel homme implucable se prépîire à venger le sang versé par les bourreaux.

L'abbé de Giirières ne connaît Levasscur que par sou fanatisme et ses crimes. Suspect lui-même, il s'expose, en allant le trouver, à encourir le soupçon des autorités locales. Il n'hésite pas cependant. Ayant découvert la retraite du brigand dont la tête est mise il prix, il s'y présente un soir. Levasscur est absent. Lorsqu'il arrive quelques instants après, suivi de trois ou quatre de ses compagnons, il enveloppe l'inconnu qui est venu le relancer dans sa tanière d'un regard de dé&ancc et de menace. Mais l'abbé se nomme. Le bandit se métamorphose, devient empressé, cordial; il écoute avec respect la requête qui lui est présentée. Puis, quand le visiteur cesse de parler, il lui répond dans son rude et grossier patois cévenol :

— Monsieur l'abbé, je ne puis refuser à votre caractère, A votre naissance, i\ notre communautêdopinioiis politiques, ce que vous demandez. Mais vous obéissez, laissez-moi vous le dire, à un sentiment plus généreux qu'éclairé. Vous vivez sur les traditions d'un passé qu'on a renversé, d'un ordre social qui n'existe plus. Les formes de la justice que vous respectez encore ne servent qu'à couvrir riniquité. Les dominateurs de la France nona ont ramenés aux lois primitives de la défense naturelle et personnelle. Rien n'a été respecté. Les existences les plus obscures comme les plus hautes ont été troublées par ces hommes, lis ont torturé,

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accagé; ils ont tenu la France sous leurs proscriptions. Et ils s'étonnent aujourd'hui que des gens de cœur usent de représailles! Ces représailles ne sontelles pas légitimes? N'ont'ils pas dit que la résistance à la tyrannie est le plus saint des devoirs? Quand l'autorîlé légitime a succombé, quand un peuple est plongé diins 1 anarchie, quand il n'y a plus d'autre droit que la force, le dernier des citoyens peut y recourir pour défendre ses biens, son foyer, sa vie. Je n'étais qu'un maçon. Mais de ma truelle ils ont fait une épée, dont je me servirai tant qu'ils ne •■'eront pas abat-

L'ubbé de Curiéres est stupéfait d'entendre de tels accents dans une telle bouche. Mais son étonnements'accroil encore lorsque, après une pause, Levasseur reprend :

— Je vais, monsieur, recommencer ma vie aventureuse. Retournez chez vous et rassurez votre protégé. Vons avez sauvé sa télé. Il ne sera plus inquiété. Mais ne comptez pas sur sa reconnaissance. Je le connais mieux que vous. Quant à vos amis de la noblesse, répétez-leur ce qu'ose vous dire ici un homme du peuple, obscur et sans nom, qui préfère la mort à in honte de courber son front devant cette République dont ils attendent humblement le pardon ; c'est que si, au lieu tie fuir leur terre natale pour aller se faire abreuver d''humîliations à l'étranger, ils fussent restés dans leur foyer et eussent donné des chefs à tant de braves gens qui réclamaient en vain leur concours, vingt Vendées

CONJURATION DE PICHKGUU

lyaume, et peul-

Hre la u

auraient surgi as

chie eùl-elle été sauvée.

Cette élévation de senlimeots et de vues n'était pas exceptionnelle dans ces ànies ardentes qu'on pourrait croire A peine dégrossies. Les documenU contemporains en font foi. On la retrouve dans une lettre que, quelques mois plus tard, et justement après la mort de ce même Levasseur qui s'était laissé prendre en tentant un coup de main sur Saint-Chély dans l'Aveyron, les chouans de ce département, découragés par sa disparition, adressaient, en offrant de se soumettre, au général Boisset, commandant les forces militaires qui les poursuivaient,

i. Ne croyez pas, général, lui écrivaient-ils, que c'est la faiblesse ou la crainte qui nous engagent à la démarche que nous faisons aujourd'liui. Nous avons trop souffert pour ne pas mépriser la mort. Nous sommes endurcis au\ peines et aux fatigues; nous avons appris à résister à l'oppression, et nous sommes incapables d'une lâcheté. Mais ce que les plus terribles menaces, ce que les plus violentes mesures qui semblaient devoir nous écraser en un instant n'ont pu faire, nous le faisons aujourd'hui par te pur désir de pacifier cette contrée. En conséquence, nous offrons de rendre les armes et de nous soumettre aux lois de la République, promellant de vivre en bons et Ëdèles citoyens, moyennant une amnistie, dûment accordée par le gouvernement français et dont nous connaîtrons l'existence par la publicité que vous lui ferez donner, si on l'accorde, n

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