PICIIEGHU A L'ARMEE DU RHIN
nciement par la multiplicité de ses conseils; il fait, en un mot, la preuve éclatante des périls auxquels on expose une armée quand on entend la diriger de loin, à cent lieues du théâtre de la guerre.
nn jour, il déclare qu'il ne faut pas hésiter à forcer, du coté dû la Suisse, la ligne de neutralité ; le lendemain, il renonce il celte mesure, qui ne pourrait être exécutée qu'en violation des traités. En revanche, à ces effectifs déjà trop faibles pour nccomplir tout ce qu'il leur demande, il prend brusquement dix mille hommes afin de les envoyer sur les Alpes; il les diminue comme à plaisir, par des congés accordés sur la recommandation de députés à qui il veut plaire ou en y opérant des recrulemcnls pour l'intérieur. •> Cette armée de l'intérieur, écrit le chef du génie Chasseloup, énerve les autres armées, comme Paris cnjjloutît les départements. i>
Le Comité s'étonne que les fournisseurs, à qui sont dues des sommes énormes, ne veuillent pas faire de plus longe crédits. Il considère qu'il faut exiger d'eux qu'ils continuent à pourvoir à tous les besoins. Quant au payement, on verra plus tard. Les représentants en mUsion protestent contre ces instructions arbitraires. Ils sont obligés de n'en tenir aucun compte et de payer leK fournisseurs, sous peine de laisser les troupes mourir de faim.
Le Comité maugrée contre cette transgression de ses ordres. 11 mande à Pichegru, comme (îche de consolatioD : ■ Une fois en pays ennemi, vous saurez bien vous
LA CONJCUATION DE l'ICHEGRU
procurer des ressources... La guerre doit nourrir la guerre. Faire vivre voire armée est votre premier devoir. Si vous êtes en pays ennemi, levez des contributions; si vous êtes en pays neutre, réquisitionnez en payant; si vous êtes en pays ami, procédez par la préemption. « Un envoi de numéraire vaudrait certes mieux que cet exposé de principes, tout au moins inutile en la circonstance, puisque, d'une part, on n'est pas en territoire ennemi, et que, d'autre part, l'argent manque.
Il est vrai que le Comité rappelle qu'il a envoyé des fonds au commissaire ordonnateur en chef de Rhin-el- Mosclle à l'effet d'approvisionner les places : « C'est à vous, citoyen général, à activer son zèle s'il en est besoin et à le diriger d'une manière convenable. » Le malheur est que cetenvoi de fonds consiste en assignats, ce qui ne représente rien ou presque rien, et que le zèle du commissaire ordonnateur en chef est au.ssi impuissant que celui de Pichegru.
Celui-ci se plaint-il de l'insuffisance des fourrages et de leur mauvaise qualité, on lui répond : « Nous avons ordonné d'augmenter la ration des fourrages, Quanta leur qualité, si elle n'est pas bonne, ce que nous apprenons pour la première fois, la faute en estaux agents qui
ni reçus.
les ont procurés et aux commissaires qui lot Il faut dénoncer les uns et les autres, afin qu'ils soient sévèrement punis, w Les dénoncer, les poursuivre, faire des exemples, cela, certes, conjurera dans l'avenir les effets de la fraude, mais ne les réparera pas dans le
PICHEGBU A I/ARMKE DU RHIN 45
présent, sans compter que c'est la presque totalité des fournisseurs qu'il faudrait mettre en accusation, la longue incurie du Comilc et ses complaisances intéressées ayant favorisé l'extension du vol dans des proportions incroyables.
Il eo est ainsi de tout. En paroles, le Comité de Salut public a des remèdes pour tous les maux. En action, il ne remédie à aucun. La misère subsiste, l'indiscipline augmente. A la confiance qui pourrait seule exciter la valeur des soldats ont fait place un découragement, un dégoût dont les chefs de corps ne peuvent avoir raison que par des prodijjes d'énergie.
Lorsque le Directoire succède à la Convention, Pichegru renouvelle ses réclamations et ses plaintes, demande des secours, démontre qu'ils lui sont nécessaires. Le Directoire lui répond par un aveu d'impuissance. Il ne peut rien tirer des autres armées qui sont aussi en détresse : • Le Directoire ne se dissimule pas la crise dans laquelle se trouve l'armée de Rhin-et-MoseI!e. Il a donné au ministre de la guerre l'ordre de lu pourvoit de chevaux, de souliers, de capotes, et en général de tous les objets qu'il peut y avoir il sa disposition. Mais il ne peut se cacher que les bonnes intentions de ce miaistrc se trouvent entravées par une foule d'obstacles accumulés par la pénurie des moyens de tous genres, par la malveillance même et par la cupidité. " Au total, il autorise le général en chef à opérer des réquisitions, ■ en modérant dans l'exécution ce que ces mesures pourraient avoir de dur " . C'est en ces circonstances
qu'a sonné l'heure d'agir et de combattre, et que les généraux Jourdan et Picliegru ont été invités à prendre leurs dispositions pour passer le Rhin, chacun de son coté, ainsi que d'ailleurs ils l'avaient proposé.
A propos de ce passa^^e du Rhin, il n'est pus de dures appréciations que n'aient inspirées aux historiens de la campagne de l'an V les revers de Pichegru. Moins indulgents pour lui que pour Jourdan, qui pourtant ne fut pas plus heureux, ils ont attribué au commandant de l'armée de Rhin-et-Moselle la responsabilité des échecs de l'armée deSambre-et-Meuse. S'inspirant, sans les avoir soumises à un contrùle sévère, des dénonciations de Montgaillard et de Fauche-Borel, ils ont raconté que, durant cette campagne, l'inaction volontaire de Pichegru n'a jamais cédé qu'à des ordres péremptoires, et qu'il n'a combattu que contraint et forcé, c'est-à-dire lorsqu'il ne pouvait faire autrement, à moins d'avouer la trahison à laquelle il était déjà trop résolu. Force est donc de rappeler que c'est lui qui, le premier, avait proposé de franchir le Rhin, de porter la guorre sur le territoire ennemi et de s'y assurer des quartiers d'hiver en éloignant des frontières les Autrichiens et les émigrés. C'est de son propre plan que s'inspirent les instructions qu'il reçoit du Comité.
Ces instructions n'affectent jamais la forme d'un ordre. <> On s'en rapporte à lui, à ses talents, à son dévouement à la patrie pour les movens d'exécution du système offensif, n (7jui]let.)Le 17,cesinstructionsBont renouvelées, dans la même forme. Le 27 août, le Comité
PlCHEGItO A L'ARMEE DD RHIN
> Le I
al JourtJLii
gênerai 1 ennemi conlioue â recevoir journellemeni
que
t des SI
titi haut Rhin, qu'il a déjà un camp considérable vers Dusseldorf, un camp volant vers Mulheim, un autre camp volant en avant de Bonn et un de vingt-cinq mille IiomtneaderriéreNeuwied.etqu'ilreçoitet attend encore (lo nouveaux renforts. L'ennemi ne pouvant Faire tous ces mouvements sans dégarnir la partie qui vous est opposée, vous en profiterez sans doute pour forcer le passage sur uo des points que vous avez choisis. Le Comité ne peut à cet égard que s'en rapporter pleinement A vous, M)it pour agir véritablement, soit pour Faire quelques démoQstratiuns qui puissent inquiéter l'ennemi et le tenir en suspens sur ses véritables points d'attaque, i
Celte lettre témoigne des illusions que se Fait le lUimîté de Salul public lorsqu'il suppose que les Autril'hîeng ne se sont forliSés du côté de l'armée de Sambrcct-Mcuse qu'en s'affaiblissant du coté de l'armée de Khin-et-MoselIe. En même temps qu'il rectifie cette erreur dans sa réponse du :i I aoùl, Fichcgru expose ses raisons et ses projets. Son exposé mérite d'être cité en son entier, parce qu'à la date où le Comité de Salut public en reçoit communication, Pichegru, s'il Faut en croire les dénonciations ultérieures de Montgnillard, a déjà le pied dans la trahison. Si le 19 aoùl, cumme on l'en accuse, il a pris envers les émissaires du prince de Condé de formels engagements, on peut se demander â quels procédés il recourra pour tes tenir, alors que le plan qu'il soumet douze jours plus lard au Comité rend
impraticable celui qui! a promis d'exécuter au pro( de la cause royale.
I' Je ne vous ai pas fait connaitre mon opinion sur le projet d'attaque et de passage aux envirous d'Huaingue parce que, depuis qu'il en a été question, toute tentative est devenue impossible par les dispositions qu'a prises l'ennemi, et notre offensive, sur ce point se trouve convertie en pure défensive nos forces étant moindres que celles qui nous sont opposées et qui montent à soixantequatre mille hommes depuis Rhinfeldcn jusqu'à Rastadt . Le général Wurmser qui les commande a, dit-on, l'ordre de passer le Rhin incessamment, et déjà presque tous ses préparatifs sont faits. On nous menace en même temps d'une invasion du territoire suisse de la part des émigrés. Nous prenons nos mesures en conséquence. J'avais pensé que vos collègues qui étaient à Bâie au moment où l'ennemi a reçu ces renforts vous en auraient fait part. Vous voyez donc, citoyens représentants, que les secours que l'ennemi s'est donnés devant le général Jourdan ne viennent point du haut du Hhin.
» Il n'en est pas moins vrai que le général Jourdan éprouve de très grandes diflicultés pour son passage. J'ai le projet de les diminuer par une diversion sur le centre où l'ennemi s'est singulièrement affaibli. J'ai en conséquence donné des ordres pour faire à Oppenhcim les préparatifs d'un passage qui aura lieu incessamment si nous pouvons nous procurer les chevaux nécessaires pour le Icnnsport de l'équipage de pont; et quand on ne parviendrait qu'à jeter douze ou quinze
PICHEORC A LARMEE DU RHIN 49
nie hommes sur le Darmstadt, il y en aurait assc?. pour s'y maintenir jusqu'à ce que l'ennemi eut détaché des forces de sa droite ou de sa gauche, ce qui remplirait parfaitement le butde la diversion. Nous pourrions d'ailleurs profiter de ce moment pour sommer la place de Hanheim que nous serions dès lors dans le cas de bombarder, d'après les articles de la capitulation de sa tète de pont (I). »
L'avant-veille, le représentant Rewbell, qui se trouve au quartier général de l'armée de Rhin-et-Moselle, a déjà prévenu le Comité du mouvement des Autrichiens et de la position difficile dans laquelle se trouve Pichegru. Ils se sont dégarnis à leur centre pour porter leur effort tout à la fois sur Sambre-et-Meusc et sur le haut Rhin. Ils accumulent surtout leurs forces vers Rhinfelden et Râle, et l'on peut craindre que pour faciliter leurs opérations, ils ne violent le territoire suisse. « Alors le haut Rhin serait entièrement ouvert à l'ennemi, qui attaquerait sur différents points... Il menacerait Huningue, Itrisach et Belfort en même temps. Il flutdoDC du temps  Pichcgru pour résister à de si gnmds efforts, et tout ce qu'il a de disponible maintenimt est du plus exigu. "
De ces citations, il résulte que si Fîchegru hésite Mieore A tenter le passage du Rhin, c'est qu'il ne dis-
fl) Oa paiil M convaincre, par cette leure et le* auÎTinte*, que le plan t»m pcuage i Oppcnbeim luivi d'une marche dam le Darmitadt et de 1« prix de Maahcim fui conçu par PicbefFu et non par le Comilf de S«lai public, comme l'affirme Looia Diane, >ur la foi du m.-iréchal Joui^
^^^ Pichpg
^^H dans U
5fl I.A CO:tjrRAIIO^ DE PiCUBGRU
pose que d'eff«ctik iD&tifBsanU et qu'il sait combien tonl supérieure ceux que l'ennemi a massés sur l'autre rive. Ses bêsitalions, qui lai seront reprochées plus tard et que se* accu^ateors présenteront comme une preuTe de sa trahison, sont si fondées que Jourdan les partage et représente au Comité ■ que Pichegru aura beaucoup de peine à aborder sur la rive droite en présence des forces concentrées devant lui, manquant Je moyens de transport pour ses équipages de pont • .
Aussi les instructions du 0>mîté de Salut public deviennent-elles de moins en moins positives. > Notre désir n'e^t point assez vif pour c|ue nous fessions di? cette opération une instruction militaire ni moins encore un ordre ab^lu. Ëloignés du théâtre de la guerre, ne le connaissant point en détail, ne connaissant ai voi | forces, ni celles de renuemi. ni vos moyens respeetift, ■ nous aurons toujours la sagesse de nous en reposer et sur nos collègues, dont le zèle nous est connu, et sur , des généraux qui ont aussi bien mérité et justifié notre confiance que les généraux Jourdan et Picbegru. °
Plus heureux que Pichegra, mieux placé pour recevoir de Hollande ses équipages de pont et dispsant d'uD effectif plus considérable, Jourdan passe le RhJa le 7 septembre, non loin de Dusseldorf, et s'empare de cette ville. Elle ouvre ses portes à la première sommstion. Mais pour que ce brillant succès porte tous ses fruits, il budrail que, par de sérieuses démonstrations, Picbegru. agissant de son coté, pût retenir l'enoemi dans le Brisgau et l'empêcher de se porter en force j
rter en force j