‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 20 sur 55 · PICHEGRU A L'ARMÉE DU RHIN · texte numérisé non relu

PICHEGRU A L'ARMÉE DU RHIN

fetre Jourdan cju'il veut contraindre à retourner sur la rive gauche. Or, avant même que lui soit parvenue la nouvelle du brillant succès remporté par Jourdau, le Comité de Salut public a été averti par Bâcher, sou agent de Bâie, que les Autrichiens ont amené dans le Brisgaii des renforts considérables sans affaiblir l'armée qu'ils opposent il celle de Sambre-el-Meuse. tjet a^-is est confirmé le l" septembre par Pichegru. 11 faut donc remanier le plan primitif,

« Cette circonstance, mande le Comité à Pichegru à la date du 12, paraissant devoir vous faire renoncera l'offensive dans cette partie, il est instant de la rejeter <;imtre le centre des armées allemandes vers le Mcin et le Necker. Cette diversion utile indiquée par vousmême et pour laquelle vous avez déjà fait vos dispositions, doit être masquée par des préparatifs hostiles dans le haut Rhin et dans les environs d'Hunin^jue. Il importe de faire croire aux Autrichiens que votre projet est toujours d'envahir le Brisgau. h

A la date où cette lettre est écrite, le Comité n'ignore plus les succès de Jourdan sur le Rhin. Il espère que Pichegru aura pu réaliser son projet de passer le fleuve i Oppenheim. d'envahir le pays de Darmsliidt et de couper ainsi toute communication entre la droite des armées alliées et leur centre. » Si cependant ce passage nélait pas encore exécuté, ajoute-t-îl, s'il éprouvait même des difficultés majeures, ou si le succès en paraistâit en quelque sorte incertain, le Comité est d'avis qur »oiis y renonciez pour diriger tous vos moyens d'offen-

CONJOUATION DE PICHEGRO

slve contre Manbeîm. « La lettre s

Tiplète I

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long); développements sur les formes à donner à la sommation qui devra être adressée au commandant de cette place.

Ces insiruclions, on le voit, ne ressemblent en ricD à un ordre. Elles font Pichegru maître de ses décisions et seul juge de la conduite à tenir. Aussitôt qu'il les a reçues, il y répond. « En formant le projet d'un passage du Rliin à Oppenheira, j'avais deux objets en vue, comme je vous l'ai mandé : l'un de faire diversion aux dispositions offensives de l'ennemi sur le haut Rhin; l'autre de satisfaire aux conditions de la capitulation du fort de Manheim, en portant la guerre sur la rive droite, aSn de pouvoir sommer cette place. Le passage que vient d'effectuer l'armée de Sarabrc-et-Meuse vers Dusseldorf remplit à peu près ces deux objets. En conséquence, la sommation va avoir lieu, d'après les principes énoncés dans votre lettre que je viens de recevoir, et je me persuade qu'elle aura tout le succès que l'on en peut attendre. Je ne laisserai pas de continuer les préparati^ qui se font sur Oppenheim. Mais l'exécution sera subordonnée, ainsi que vous le recommandez, aux probabilités du succès, dans le cas où l'ouverture des portes de Manheim ne le rendrait pas inutile. J'arrêterai proiisoircment mon équipage de pont à la hauteur de cette ville jusqu'à la réponse à la sommation, afin d'être à même d en profiter sur-le-champ, s'il y a lieu. Je ferai aussi dans le même temps continuer des démonstrations sur le haut Rhin pour y retenir un

nCHEGRU A L'AHMEE DD RHIN nd nombre de troupes que l'ennemi y a i

grand moment. "

Devnnt cet ensemble imposant de citations et de preuves que nous oserons qualifier de lumineuses, et qui apparniiront avec encore plus d'éclal, au fur et à mesure qu'après avoir réduit à leurs équitables proportions les rapports de Pichegru avec les émissaires de Condé, nous avancerons dans ce rapide récit de la néfaste campagne de 1795, que deviennent les griefs imputés à ce malheureux soldat? Que devient l'affirmation de Montgaillard, qu'un historien de la valeur de Louis Blanc n'a pas craint de prendre à son compte, » que Pichegru ne somma le gouverneur de Manheim lie rendre la place qu'après y avoir été contraint par l'énergique insistance de Merlin de Thionvilie •> ?

Et lesjugements du maréchal Soult, énoncés dans des Mémoires écrits en I81G et publiés seulement en I8â-i, que valent-ils? Blâmant les opérations militaires de Pichegru etconslatant que l'armée de Sambre-et-Meusc, [irivée du concours de l'armée de llhin-et-Mosclle, L-tait dans une situation dangereuse, il déclare « que Pichegru ne fit rien, malgré les instances de Jourdan, et qu'un ne comprenait pas son inaction. Ce n'est que longtemps après, ajoute-t-il, que nous avons eu l'explication. <!

Explication donnée par qui ? Par des hommes allelés aux plus viles besognes, qu'on a vingt fois convaincus de mensonge et dont nous aurons à révéler les innombrables supercheries. Le maréchal Soult n'a eu d'autres

Bft LA CONJURATION DE PICHEGRU H

sources de conviction que ses observations personnelles qui ne sauraient être considérées comme infaillibles, les récils de Monlgaillard et de Fauche-Borel et les papiers de Kltnglin qui ne méritent pas plus de crédit. Au surplus, les accusateurs auraient bien dû se mettre d'accord entre eux. Là où Soult voit des preuves de trahison, Gouvion Saint-Gyr, moins injuste, ne voit que des preuves d'incapacité, auxquelles il enlève d'ailleurs lui-même une partie de leur valeur en établissant que, durant cette campagne, « les retards de Jourdan firent tout manqucru . Il accuse bien Picbegru d'avoir trahi, mais il ne fait dater la trahison que de l'armistice de décembre, alors que Pichegru ne combattait plus et qu'il était résolu à quitter le commandement de l'armée de Rhin-el-Moselle après avoir fait nommer Moreau à sa place. Elle est formelle à cet égard, la déclaration de Gouvion Saînt-Cyr. Elle met en pièces les dires de tous ceux qui ont prétendu que la trahison de Picbegru avait pesé sur les opérations militaires :

u Je ne peux être de l'avis de ces personnes, ne voyant que des fautes là où elles aperçoivent de la trahison. Leur erreur vient, selon moi, de ce qu'elles l'ont supposé un grand homme de guerre incapable de commettre des fautes aussi graves... M'étant trouvé alors en rapport avec lui, ayant été témoin de ses embarras et de ses sollicitudes, ayant pu apprécier plusieurs de ses démarches et juger qu'elles étaient dictées par le désir d'éviter un revers, j'ai tout lieu de croire que la pensée

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de trahir, bien qu'elle fût en son esprit, ne dirigeait point encore ses actions militaires. «

Voîlù qui est formel et ne nous laisse plus qu'à rechercher si Pichegru Fut plus coupable après l'armistice du 3 1 décembre qu'il ne l'avait été avant, et si Gouvion Sainl-Cyr a été fondé à l'incriminer à partir de celte date après l'avoir justifié pour la période antérieure. Nous avons lieu de croire que la suite de ce récit fera la lumière à cet égard.

Quant au maréchal Jourdan, don t la correspondance ne relève contre son camarade aucun motif de suspicion, s'il est vrai, comme le prétend Louis Blanc d'après un manuscrit non encore publié, qu'il se soit rangé parmi les accusateurs de Pichegru, nous ferons remarquer que lorsque deux généraux ayant essuyé des échecs au même moment, sur le même théâtre, l'un des deux cherche à en rejeter la responsabilité Hiir l'autre, il est nécessairement suspect aux yeux de tous les hommes justes et non prévenus. C'est l'opinion qu exprime Barras, à propos des dissentiments qui s'étaient élevés entre ce même Jourdan et Moreau, dans une situation analogue à colle où Jourdan s'était trouvé avec Pichcgru. ■ Jourdan n'a plus là Pichegru pour l'accuser de ses revers. Il faut que ce soit maintenant Moreau. »

Il importe, d'ailleurs, de rappeler que la conduite de .lourdan dans la campagne de l'an V, encore qu'elle ne l'ïil |>as exposé à une accusatioit infamante, a soulevé

1 de nombreuses critiques. A ses partisans accusant

50 I.A CÛNJORATIOS DE PICHEGRU

Picbegru de l'avoir abandonné à ses propres forcée après le passage du Hhin répondent ceux qui lui reprochent â lui-même de n'avoir pas secouru Pichegru après l'avoir mis en péril au mois de novembre en revenant tout à coup sur la rive gaucbe.

H existe sur ce point une vive sortie du représentant du peuple Rivaud se plai[jnant du silence de Jourdan et de son inaction en un moment où Picbegru comptait sur lui. t' .le ne sais si le malheur qui aigrit l'esprit et dispose aux soupçons me fait voir les choses autrement qu'elles sont. Mais il me semble voir dans cette conduite moins de volonté de relever promptementrurmée du Illiin de sa défaite par un secours dont l'effet se serait confondu dans la gloire qu'en aurait acquise cette armée que de la prétention à devenir son libérateur par un coup plus éclatJint. En un mot, je vois des jalousies de métier, des fantaisies de gloire où j'aurais voulu voir plus d'empressement à arrêter les progrés de reiincmi. Je leur pardonne d'avance s'ils viennent promptement. Mais, pour Dieu, que ne viennent-ils, et pourquoi ne donnent-ils pas de leurs nouvelles? Je dois nu général l'ichegru la justice de dire qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour établir entre les deux armées une correspondance suivie cl bien nccessiiire. Cependant, nous ignorons s'ils sont encore de ce monde. «

11 y a du soupçon entre les lignes de cette lettre. Ne ta prenons pas cependant trop au tragique. Mais reconnaissons, puisqu'elle est de nature à soulever tant de doutes, que la mémoire de Pichegru doit en bénéficier,

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