CHAPITRE m
ICHEGRU ET LES ÉUISSAIRES DE CON'UÉ
Nouv»i L, prin.
dea élémsnu de l'accuaslîoo lancée contre Pirhcgru. — loriiDieaU. — Mise en lumière de mullîple« metiiongct. — rIeCondé 'a Mulheim. — Sa conEaDce dam Manlg;<ilhrd. — fcLnIrêe en tcèoe dePauche-Borel, — Sei acolylei. — Trop de gent din> le (ecrel. — I.a corrupondance de Montgalllard. — Fduche- Borel el Courant sa quartier général tle Pîcliei^u. — Une lellre de Condé. — Le programme et la rêtonipense de la Iraliison. — Conlra- (livtïoni det rédu de Faucbe-Borel et lie* réponm allribuéei i Pichc- Dne atteatation de GouTÏon Saint-Cyr. — Démealï que donne iiution U conduite militaire de Pichegru.
or se guider dans les ténèbres où nous entrons, a'a eu jusqu'à ce jour que les dires imprimés de Fauche-Borel et de Moiil^juillard qui, sur un grand nombre de points, se contrcdit^ent. Un peu plus tard, les papiers saisis par Moreau à Oft'enbourg avec les fourgons de Klingtin sembleront les confirmer les uns et les autres. Mais, pour ce qui est des débuts de celte négociation mystérieuse, nous possédons uniquement les affirmations de Faucbe-Borel qui a été avec Antoine Courant le porte-parole de Condé; celles de MontgaiU lard que Condé a chargé de diriger leurs démarches, de lui en rendre compte, qui n'a jamais vu Pichej^ru el De sait rien de leurs relations avec lui que ce qu'il
02 LA CÛNJDRATIDN DE PICHEGIU'
leur a plu de raconter. Gelait bien peu, on le i naitra, pour prononcer une condamnation ï^ans appel, surtout lorsque tant de révélations successives ont démontré que la valeur morale des né{;ociateurs est trop fragile pour servir de caution à leurs récits, et que, d'autre part, ressort des événements de cette époque l'intérêt puissant qu'avait le Directoire à perdre Pichegru .
Aujourd'hui, nous tenons d'autres éléments de conviction, A une date récente, les archives de Chantilly se Kont ouvertes; elles nous ont livré les papiers de Gondé, et nous y trouvons, ce qui vnut mieux que ce qu'ont écrit ultérieurement, sous l'empire de préoccupations diverses et méprisables, Fauche-Borel et Montgaillard, ce qu'ils écrivaient à l'heure même où la négociation dont ils étaient chargés suivait son cours.
A étudier, dans ces jiages contemporaines de l'événement, leur conduite et leurs allégations, on dislingue plus aisément, entre leurs innombrables mensonges, ceux qu'ils forgeaientalors pour tirer de leur entreprise un profit plus grand de ceux qu'ils ont forges après coup, Montgaillard dans un but de vénalité, Fuuche- Rorel pour se tailler un rôle à son gré.
Il est sans intérêt de recherclier lequel des deux a le plus menti, lequel de;^ deux a occupé la place la plus grande dans la confiance du prince de Gondé et a tenu le principal râle qu'ils se disputent. Leurs contradictions ne sont bonnes ;\ établir qu'autant qu'elles aident à les convaincre de fausseté. Pour le reste, elles ne
PICHEGllU ET LES ÉMISSAIRES FIE CONDÉ
E" détails
son) qui mar irnp
oiseux, puisque, après tout, le premier comme accusateur, le second comme défenseur tendent au même but, c'est-à-dire à prouver que Pichegru a voulu livrer son pays aux Autrichiens et aux Anglais. Au mois de mai 1795, le prince de Condc, qui venait de s'établir avec sa petite armée à la solde de lAngleterre, parmi les troupes autrichiennes, à Mulheim en Brisgnu, pour prendre part avec elles à la campagne contre la France, conçut le projet de sonder le général Pichegru et de l'intéresser au succès de la lauee royale.
L'idée d'acquérir à la monarchie le bras et l'épée d'un général républiciiin était déjà une •ica ■• liirlulaines " favorites des émigrés. Au moment où le prince de Condé jetait les yeux sur Pichegru, un agent royaliste, Tessonnet, écrivait de Lyon où se préparait, sous la direction d'Imbert-Colomés, le soulèvement que 'Otièrent avant l'heure et firent avorter les impruices du marquis de Bésignan :
Nous avons à nous un adjudant général dont nous sommes sûrs. Nous avons des espérances sur le général qui est à la tète de l'élat-major et sur celui qui commande l'armée à la porte de Lyon (l). Ce qui est plus important encore, ce sont les fortes espérances que vous de gagner Kellermann, commandant en if de l'armée des Alpes. L'adjudant général qui est
{1) L'adjudant (léncral donl il en ici quedion •<■ nommaïl Collinrc. et lai |^Dér>ai ëlaienl Lu Poype, Coiar et Clinpial. .linii q\ic le muoitioiinairr *n cbef de l'armie dei Alpei, (ou* comidér^t comme diipoifi à
CONJURATION DE PICIIEGnU
à noire dévotion nous en répond sur sa tête n croit aussi pouvoir compter sur le général Ferrand qui commande à Uesanc;on et qui n'hésite pas, lorsque la partie est perdue, à se faire honneur du prélen<lu refus qu'il a opposé aux propositions qui lui étaient faites. On rêve de séduire Bonaparte. Iloche sera de son coté l'objet de ces tentatives de corruption (1).
On essaye de même auprès de Moreau quand il commande larmée de Rhin-et-Moselle. Au cours des préliminaires de Léoben, le ministre autrichien Thugut envoie le colonel de Vincent au quartier général des alliés en lui recommandant de saisir toutes les occasions de nouer avec Moreau dos liaisons qui, u dans la position où sont les différents partis eu France, pourraient conduire à une intelligence plus ou moins avantageuse pour le cas où il faudrait reprendre les hostilités. Vincent devra aller chez Moreau sans affectation et sans que ces messages excitent de la sensation. » Il n'est donc pas étonnant que Condé ait songé à se mettre en rapport avecPichegru.
Mais pour entamer l'affaire il fallait un homme courageux et habile : courageux, car se faire auprès d'un
(l)Vuir ce que dit La Sicotière, dan* ion livre lur Protié otiet înturrpf lioni normBndci. D'aulreparl, je lirni du marqiiii dei Hoyi, pelil-tiU de Hoche, que M fjrand'mcre , veuve du général ci qui lui lurricut 4oixaate-ileui nni, rscontait aouvcnl a'élre trouvée au quartier gcnénil de S.iml)iv-el-Meu*e qu.-ind t'y présenta un émiiiaire rovaliile chargé de propo^llioai. Elle* cundalaîenl en lionneun et privilè^ea et deux million*. Hiwhe, nprèn avoir éoouli^, montra U porte au viiilenr en le meoaQSDt de le faire fuailler t'A omit revenir. Ce viiiieiu- éconduii, quel qu'il fût, ne l'eit jamaii vanté de la déconvenue.