‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 24 sur 55 · DEBORDEMENT D'INTRIGUES · texte numérisé non relu

DEBORDEMENT D'INTRIGUES

conduite politique, c'est-à-dire l'histoire de ses rapports avec Coudé.

Ce qu'ont été Qujusteces rapports, nous ne le savons que par Fauche-Bore! et ses acolytes, et tant de fois nous les avons surpris en flagrant délit de mensonge qu'aucune de leurs affirmations ne nous inspire confiance. Tout y est louche, suspect et douteux. Quand ils prétendent qu'ils ont vu Pichegru, cause avec lui, reçu 868 déclarations, nous sommes en droit de ne pas les croire, parce que les propos qu'ils lui prêtent et les plans qu'ils lui attribuent sont les propos et les plan» d'un fou, indignes de l'homme de guerre qu'était Pichegru. La volonté de trahir fût-elle démontrée, elle ne parviendrait pas à les rendre vraisemblables.

Le passé de Pichegru, l'idée que nous nous faisons de ses aptitudes professionnelles, l'impraticabilité démontrée des projets qu'on expose en son nom, i^ans apporter ombre de preuve qu'il y a participé, la certitude acquise que les Autrichiens, loin de les favoriser, tex ont repousses (1), encore qu'on leur affirmât qu'ils venaient de lui, les enjolivements apportés de jour en jour par les émissaires à chacune de leurs versions et enfin le détournement des fonds qu'on disait lui être tlestinés et que nous voyons arrêtés en chemin par ceux qu'on chargeaitdeles lui verser, tout concourtà exciter notre incrédulité et nous conduit à penser que depuis

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de la démarche de Condé et des visites de Fauché^ Borel, qui était bien homme à jouer double et même Iriple jeu, comme d'un moyen de coanaitre les projets des émigrés, leurs moyens d'action et les plans des Autrichiens. Mais celle-ci est la plus fragile, et il en est de plus vraisemblables.

Alhcurcoi'i Condé s'adressait à lui, Pichegru, comme tous les hommes prévoyants, ne pouvait pas n'être pus pénétré des innombrables périls auxquels l'impéritic (les gouvernants, la guerre civile déchaiiiée,le désarnii des esprits, la désorganisation générale et les incertiludes, quant à l'avenir, exposaient la France. La restauration des Bourbons n'était pas alors considérée comme impossible. Elle l'était si peu qu'il est admis aujourd'hui que si les émigrés n'eussent, par leurs folies, découragé les dispositions d'un grand nombre de citoyens résidant à l'intérieur, elle se fût opérée.

En ces conditions, on peut supposer que Pichegru, en écoutant les émissaires de Condé, en ne les repoussant pas avec indiguatiun, n'a peut-être voulu que se ménager en vue du lendemain. S'il a vu pour son pays en danger une chance de salut dans le rétablissement de la monarchie, il est compréhensible qu'il ne se soit pas jeté au travers des efforts royalistes et qu'il se soit même déclaré prêt à les seconder.

Rien ne tenait plus ; tout était compromis et menacé ; c'eût été son droit de citoyen d'appeler de ses vœux un régime nouveau et réparateur, à la condition cependant de ne pas en favoriser le triomplie par la violation

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DÉBORDEMENT D'INTRIGUES iiirs mililaircs et en oui

en ouvrant a 1 étranger sa patrie. Or, à cela, il s'est toujours refusé. La preuve en est non seulement dans sa conduite militaire, mais eDCore dans tous ses propos, dans ceux même rjuc lui prêtent Montgaîllard et Fauche-Borel.

- Je ne veux pas être le second tome de Dumouriez, dit-il et rèpète-l-il, à les en croire; rien de partiel. Qu'on ne fiasse rien Je décousu, ou on perdra la chose. Qu'on entreprenne l'esprit public autant que possible jusqu'à ce que j'aie trouvé le moment favorable d'éclater. J'ai mon plan; il comprend tout, je l'exécuterai; qu'oD me laisse Faire et qu'on soit sans inquiétude sur les moyens que je croirai, d'après les circonstances, devoir prendre, malgré qu'ils paraîtront ne pas coïncider avec les vuesqu'on a de l'autre côté. " t^es idées le hantent; il y revient sans cesse : « Qu'on ne se presse pas, qu'on ménage l'opinion; qu'on ne parle que d'oubli, ni de punir personne. Une fois le roi en France, il sera le maître de faire ce qu'il voudra, et je ne me mêlerai plus de rien. i> Enfin, d'après le rapport de Fttuche-Borel d'où ces paroles sont tirées, il dit une autre fois : ■ Le roi, le prince et les émigrés ne pourront jamais me faire un reproche fondé. J'ai défendu le territoire français ;ye le rendrai intact à Sa Majesté. Je ne désire ni grâces, ni récompense... Jespêre que La Fayette et Dujnouriez ne sont point dans ce que vous êtes charge de me dire, »

Si Kauche-Borel a été plus véridique ici qu'il ne l'a élé ailleurs, ce qu'il n'est pas en notre pouvoir d'affir-

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LA CONJUKATIOH DE HICHEGRO

mer, nous voilà bien loin des piojels qu on prélait à Picliegru au mois tl'aoùt. Les inventions calouinieuses qui ont suivi les premières entrevues se sont effondrées. On ne parle plus de livrer à l'Autriclie les places fortes de l'Alsace, ni de passer le Rhin. Nous entendons le langage d'un homme politique fatigué du régime qui pèse sur son pays et menace de le perdre, mais non celui d'un traître. Qu'il soit disposé à faire défection à la république, c'est possible. Mais qu'il veuillcy employer la trahison, ses paroles le démentent comme sa conduite. Objectera-t'Kin que ses premiers projets ont réellement existé et que s'il y a renoncé, c'est après la journée du l'A vendémiaire (5 octobre) durant laquelle Bonaparte u défendu la Convention expirante, écrasé les sections royalistes, assuré la mise en train de la constitution nouvelle et l'avènement du Directoire? Alors, nous rappellerons que Pichegru n'a pas attendu ce jour pour marquer sa volonté de remplir tout son devoir de soldat. Dès le mois de septembre, ses actes militaires ont été tels qu'ils rendaient inexécutables les plans que l-'auche-Borel et Courant prétendaient tenir de lui, alors même que la surveillance de son entourage et des représentants du peuple ne l'eût pas empêché de les exécuter. Sans doute, Montgaillard a prétendu, à propos des représentants, que Pichegru ne s'en inquiétait guère, et qu'au besoin il les a f... dans le Hhtn f . Mais c'est encore ici un mensonge, une gasconnade de Montgaillard, et, de son propre aveu, Picliegru, lorsque Condé lui a demandé de lui livrer ces hauts

DEBOHDEMEÎIT D INTBIGUES lia

personnages, a implicilemeot refusé en condamnant tout le plan où figurait celte exigence.

A l'appui des considérations qui précèdent, voici une lettre confidentielle de Picbegru à Moreau (1), qui ne laisse guère de doute sur ses dispositions. Un journal ayant écrit contre lui le 15 septembre pour contester ses talents de général, il répond le I!» octobre : » Je n'avais pas eu la moindre connaissance, mon cher ami, de ia diatribe insérée sur mon compte dans la Gazette française du 15 septembre que je me suis procurée sur les indications de la lettre. S'il était possible d'ajouter à l'atlachement que je t'ai voué, la démarche que tu as bien voulu faire à ce sujet ne pourrait manquer de produire cet effet. Mais, depuis longtemps, je comptais sur ton amitié, et le nouveau témoignage que tu viens de m'en donner n'a fait qu'ajouter à ma reconnaissance. Veuille, je te prie, la faire partager à tous les généraux qui ont bien voulu joindre leurs attestations à la tienne. Elles me sont infiniment précieuses, quoique je sois Lien décide à n'en pas faire usage. Celle circonstance. non plus que toute autre de cette espèce qui pourrait se présenter à l'avenir, ne me fera point sortir de mon caractère, et je ne répondrai jamais à aucun article des journaux, .le me persuade que le compère Gaspard du 'i* régiment d'artillerie est un être imaginaire. Mais, fùt-il existant, je ne lui ferai la grâce de lui répondre

((,' L«i IrUrea conKdFntîelUi de Pichcgru il ion ami toal conaervéc* ■ti DcpAl de la guerre, où e11e4 furenl lani doute envoyéei en 1804, tf*i» J'arreiUUoa de Moreau, iiiÎTie de U laiile de aei papien.

lU LA CONJUIIATION DE PIGHEGRU

que d'une manière palpable. S'il savait combien peu je" tiens à une futile renommée, il ne se donnerait pas la peine de l'attaquer. Que mon nom soit tout à l'heure enseveli sous la poussière, et qu'enfin ma patrie soit tranquille et heureuse. "

Elle est éloquente, cette lettre qui met si vivement en lumière l'ingratitude dont, deux ans plus tard, fit preuve Moreau lorsqu'au lendemain de fructidor, passant du côté du vainqueur, il osait écrire en parlant de Pichegru : " Depuis longtemps, je ne l'estimais plus. ■ Gomment douter de la sincérité des accents de Pichegru quand elle est confirmée par tant d'autres faits et d'autres paroles si propres à prouver qu'il n'a jamais voulu trahir son pays ni se déshonorer? Il n'en a pas moins fourni lui-même des armes à la calomnie par une imprudence coupable, laquelle laisse planer une ombre sur sa conduite et oblige l'historien de ces heures obscures et troublées ù s'entourer, pour le justifier, de toute la lumièrede documents irréfutables eld'évoquer, dans un cadre de vérité, le souvenir de ses actes de soldat, abominablement dénaturés par ses calomniateurs.

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