‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 33 sur 55 · DEMISSION HK · texte numérisé non relu

DEMISSION HK

ir^qiie, le fl déc»

lard ; !■ Aujourd'hui, j'adrei'.':"' :

yrii) voire lellre du (J, rpçiie < servira de diret-fion. Croyez fju est bien prononcé et que voii* n infidélité de i^ii pnrl. " Il riienl il ri'prend : ■< Je ne <loule |M>i amie ne s'arriinge pour farilît'-r du contrat rie mariafre. Ln pu n'avez plus rien à craindre «jur roiit venir des parents. "

Tel ne paniit pas élre l'a* i- il bre. il dit à Coudé : >' J'ai TIik Altesse Sérénissime une c('|iii- (Deniougé) vient de m'en*<>* Pichegru donne liuijoiirs de^ isemble que M. Wicklinm doii •■

•■. Il écrit ù Monlgail-

I I ;.dorabIe fille (Piclie-

II ue moment. Elle lui ■ -mi amour pour vous iae/ à craindre aucune eio'orc lorsque, le 12,

ni que notre adorable proiiiptement les termes ■'■•le élant donnée, vous l>'s lougueurs qui pniir-

■ Mi..(;llfi. Le H dêcciuiMf iiid'envoyer j'i Votre d'' l.i lettre que Furet ■f. Vous y verrez ipie |iiTiiiices vagues. Il me k Mit lies certitudes plus

Conilc, il dii : - Sept voy(i([M qucj'av.ii> •oui et «cpieiubre iiaat t'AU«ce, soil. tei Pirlictjru, aviirnt rxcit* à Bill laïuinei rcyordêi comme dti èmùiaimi d'emigrê

t <lïi)> le cournnt de jiitllel.

<■ il» Bâcher

Dan< aei Mémoirti imprl- ^tinibourg un décembre, il veut établir que Monlf)aîllard l'a déiioin'i- ^'i llacli(?r, il dit (oui le conir»irc : ■ Sepl Tuy«çe» ijue j'avii* fsiti. eu-., eti:., n'avaient donné lieu iauciia loupçoii ai à aucun accident firlieui:. - Dr même, en rncontanl c«tte ■rrvAlition. il prëlend qu'averl! par Bidouville, Pieh«||ru vînt de •on 'jua nier général pour le faire rcnieitrc <-ii litierté. Haii il ett enauite obligé de reeonnajlre que (a mîir en libTi'' riait ordonnée déjï loraque Picheftni arriva à Siraibourg, et cjne r'>>l>ii-ri n'y Fui pour rien. Du reile, il eai bien piquant de consuler ce qui- p^-»-;! Condé de cette dont Caiicbe- flore I faîl ^ini à «On prolii cl dont il n eiagérë

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LA CONJURATION DK PlCtlEGRU

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Wickham n'avait pus de certitudes plus prononcéei^ La dépense, il lu faisait à l'instigalion de Fauche-Borel toujours hubile à le duper, en expliquant à sa façon ce qu'il y avait de contradictoire entre la conduite militaire de Pichcgru et les engagements qu'on lui attribuait, l'icliegru combattait, el tous ses actes étaient justement le contraire de ce qu'altcndait Condé et de ce qu'on avait annoncé nux Autrichiens. On était bien loin maintenant des promesses et des pluns du moi^ d'août, si pompeusement exposés par Fauche-BorcI ; on n'en parlait plus ; on ne pouvait rien espérer que du temps et des circonstances. Tout l'art des émissaires consistait à établir la vraisemblance de leurs premiers dires dont aucun n'avait été suivi d'effet.

Quant à Picliegru, s'il s'était montré disposé A favoriser la cause royule, il entendait le faire à son jour et à son heure. Malgré les incitations de Condé, il n y vouhiit pas employer l'étranger, convaincu d'ailleurs que des victoires lui donneraient seules le prestige indispensable à l'accomplissement de ses projets. C'est donc après la victoire qu'il ne cessait de courir. S'il mlui fut pas donné de l'utleindre, ce n'était pas faute de la vouloir. Ou touchait à lu fin de l'année 171)5. Les belligérants restaient sur leurs positions, épuisés les uns et les autres, ayant également besoin de repos, les Français résolus à ne-pas l'avouâr, les Autrichiens plus disposés à le reconnaître, d'autant plus disposés que,

DEMISSION DE PICHEGHU 185

depuis quelques jours, leur adversaire reprenait de> iixaiitages.

En ces circonstances, dans la seconde quinzaine de décembre, surgit de leur pari une proposition d'armislice. Us étaient si visiblement intéressés A la fnire aboutir, et elle devait leur procurer de si sérieuses améliorations que les accusateurs de Pichegru n'ont pas manqué de prétendre que, désireux de seconder l'ennemi, il s'empressa de lui accorder celte suspension d'armes. Mais ici encore, comme pour la capitulation de Manheim , les faits conlredisenl cette afërmaliori. Us établifisent que l'armistice lut d'abord accepté par Jourdan, et que Pichegru se trouva engagé par la conduite de son camarade. Il n'est pas de doute possible à cet égard.

Le 18 décembre, Kray, le général autrichien que le général Marceau a vaincu la veille dans une rencontre, lui envoie un parlemenlaire aux avant-postes de l'armée de Sambre-el-Meuse cl sollicite de lui une conférence. Avant de répondre, Marceau demande à Jourdan des iaslructions et des ordres. Jourdau autorise la conférence. " Puisse-l-elle nous amener des quartiers d'hiver! * s'écrie-t-il. Elle a lieu le lendemain. La cessation immédiate des hostilités y est décidée, en attendant qu'on ail pu s'entendre sur les conditions de l'armistice qui est admis en principe,

Jourdan le même jour prévient à lu fois Pichegru et Kléber. " Les besoins trop urgents de nos deux armées, dit-il à Pichegru, m'engagent, mon camarade, à saisir

186 T,A CONJOKATION DE PICHEGRU

cette occasion pour essayer d'amélioper leur sort i pour leur donner le temps de se refaire. Tu pn sais trop sur cet article pour que je t'en dise davantage. Je l'enpape donc à te dépécher de faire un arrangement pour ton compte el â m'en faire connaitre promplement le résultat pour que je puisse arrêter positivement ce qui me concernera. Cela te sera d'autant plus facile que le {fénéral Marceau est convenu avec le yénérul Krny qu'il ne pouvait exister d'arrangement pour une Kcule armée; qu'au contraire, il devait être commun à toutes celles qui sont sur le Ithin. Je ne peux pas présumer que nous serons blâmés par le gouvernement. 11 connaît notre situation et, par conséquent, notre impoi sibilité absolue d'agir avec avimlnge. «

A Kléber, Joiirdan avoue avec plus de force euci combien la proposition des Aulrichions lui sembli opportune et précieuse pour les armées du Rliin. i> L'ennemi désire ses quartiers d'hiver. Nous eu iivons besoin nous-mêmes au moins autant que hii. Cachons cependant nos désirs afin qu'il n'en tire aucun avantage. Je ne sais si le gouvernement me blâmera. J'aurai du moins la satisfactiond'avoir faille tout pour le bonheur et la eonscrvation de l'armée. Il sera question de l'armée de Ithin-et-MoselIe dans notre Iraitê, Tu sens bien que je ne peu.\ rien faire sims qu'elle y participe. Je t'emhrasse. "

Ainsi, Jourdan souhaite l'armistice el preiul seul la responsabilité du consentement que, dès le 20, il donne à la proposition autrichienne. Deux jours jdus tard.

FIEMISSION DE PICHEGRC 187

doutant encore de celui de Pichegrti, il inslsle pour l'obtenir : « Malgré les propositions du général Kray, je n'ai pas voulu traiter pour rien de ce tiui peut regarder l'armée que tu commandes. Je me suis seulement engagé A faire cesser de ta part toiile hostilité en attendant c[ue tu aies pris des arrangements pour ce qui te concerne, ce que je l'engage à faire promptement parce que ma convention n'est que provisoire en attendant que tu aies définitivement traité. Le bien de l'humanité et le désirqu'on doit avoir de procurer aux soldats du repos dans une saison aussi dure m'ont engagé à prendre ce parti, .le ne peux que t'engager à en faire autant. i

Si pressantes que soient ces incitations, Picbegru, à qui Wurmser transmet au même moment une proposition analogue à celle qu'a reçue Jourdan, refuse d'y répondre avant d'avoir consulté Rivaud, lecommissairc accrédité auprès de son armée. Le 25, Rivaud l'autorise à traiter. " Sans connaître, citoyen général, les moti^ qui ont pu faire suspendre les hostilités entre l'armée de Sambre-et-Meuse et celle fin général Olaîrfayt, je me crois obligé de convenir que dans cet état de choses vous ne devez pas rejeter les propositions du général Wurmser, et que vous pouvez consentir à Tarmigtice qui vous est proposé, comme vous le dites, jusqu'à ce que le gouvernement ait été consulté, et sauf l'obligation de ne recommencer les hostilités qu'après avoir donné avis au général Wurmser de la décision qui aura été prise. ■

188 LA CONJDKATIOS DE PICHEGRO

Le Directoire, en apprenant Ih sigaature de la convention, exprima aux généraux des armées du Hhiii le plus vif mécontentement. Tout en rendant justice aux intentions de Jourdan, il le hlàma et commença par refuser sa ratification. Il ne cé(hi qu'aux instances de Merlin de Thionville et de Itivaud. Ils durent défendre l'armistice et énumérer « les avantages considérables qu'en retireraient les deux armées « .

Barras, dans ses Mémoires, mentionne à ce sujet qu'en annonçant au Directoire In suspension des hostilités, Pichegru allégua qu'il avait été contraint d'y souscrire par ce qui s'était fait à l'armée de Sambtc-et- Meuse, lundis que Jourdan de son côté rejetait sur Pichegrn la responsabilité de su propre conduite. Pour l'honneur de Jourdan, nous aimons à penser que Barras a été trompé par sa mémoire, l'affirmation qu'il attribue au général en chef de l'armée de Sambre-el-Meuse étant le contraire de lu vérité, telle qu'elle résulte des documents que nous venons de

Ils établissent en effet que la responsabilité de l'armislice de décembre appartient tout entière à Jourdai), n'appartient qu'à lui, etque l'ignorance ou la mauvaise foi ont pu seules l'imputer à Pichegru. Il est d'ailleurs remarquable qu'à cette époque, la conclusion de l'armistice fut considérée A l'armée ■ comme un nouveau service rendu par Jourdan à la République " , et que dans le camp autrichien ni Wurinser ni Glairfayt ne voulaient en accepter la responsabilité. Lorsqu'il eut été

DEMISSION DE PICHF.GHO 189

pTouTé que le second en était seul responsable, il fut relevé de son commandement.

Nous voici arrivés au ai décembre 1795, date officielle de l'armistice, et rieii encore dans la conduite mllilaire de Pichegru, examinée à la lumière des documents officiels, n'a révélé des intentions criminelles. Malheureux à la guerre, il se peut que ses talents incontestés jusque-là ne se soient pus élevés à la hauteur des difficultés qui se dressaient devant lui; il se peut aussi que ces difficultés fussent réellement invincibles. Celte excuse invoquée au profit de Jourdan, il n'est que juste d'en faire bénéficier Pichegru. On ne saurait, sans méconnaître la vérité, l'accuser d'avoir trobi pendant la campagne qui finissait.

Ge n'est pas seulement l'opinion de Barras qui triiile d'imposteurs les émissaires de Condé et déclare que le Directoire ne crut pas au bien fondé de l'accusulion, même lorsqu'il l'utilisait en vue de ses desseins politiques. C'est aussi l'opinion de Gouvion Salnt-Cyr. Après avoir raconté les négociations relatives à l'armistice, il écrit ; ■• Jusqu'à présent, j'ai défendu les opérations militaires de Pichegru contre l'inculpation de trahison. " L'afBrmalioii vient d'un adversaire qui va se transfoi-mcr en accusuleur; elle peut être efficacement opposée aux dires de Montfjaillurd et de Fauche-Borel, et en débarrasse le terrain.

Est-ce à partir de ce moment que la trahison a commencét Gouvion Saint-Cyr le croit. Mais su croyance

100 LA CONJUllATION DK PIGHEGRU

se fuiide tiur un fait qu'il éiioucc sans pu fournir 1

preuve et sur des suppositions :

* Quand on voit Piclicgm, sans aucune nécessité, laisser périr son armée de faim el de misère, les faits parlent si liant qu'il est impossible de se refuser à leur évidence. Ne croyant pas pouvoir entraîner son armée dans la révolte, il veut employer l'armistice qu'il s'esl vu oblifjé de consentir pour la détruire par les privations et la mettre hors d'étal de recommencer, au printemps, une nouvelle campagne.»

Quel juge impartial cuudamnerait sur une accusaliuii ainsi formulée? N'est-il pas évident que Gouvion Saint- Cyr subit ici des préventions dont l'origine est postérieure à l'événement? Où est la preuve que Pichegru a laissé son armée périr de faim et de misère?Si l'armistice n'a pas pour e0el immédiat de la faire passer de lu détresse au bieu-étre, la faute en est-elle à lui ? Est-il jusie de lo rendre responsable des maux qu'elle endure après l'armistice, alors qu'il ne l'était pas de ceux qu'elle endurait avant? C'est par Irop oublier qu'elle vil dans un pays ruiné par la guerre, accablé depuis longtemps de réquisitions et d'impôts, et que, continuant à ne rien recevoir dn dehors, elle ne peut du jour au lendemain y voir In disette se trunsformer en abondance. Opérer une telle métamorphose en quelques jours n'est pas au pouvoir du général qui la commande.

Ce qui se passe â l'armée de ilhin-et-Moselle n'est que l'image de ce qui se passe à l'armée de Sambre-et- Meuse. Juurdan ne parvient pas plus promptemcnt que

ihegri

DÉMISSION DE PICHEGllU à assurer le bien-étrc de

troupe

mois de mai i70G seiilemeal, le 7 mai, il uimoDCe au Directoire qu'elles sont toutes défiiiitivemcutcantoniit'es chez les liubitants et commeucent à moins souffrir. Ait même moment, Moreau, qui a pris le commandement devenu vacant par la ilêmiiiKiou du Picliegr», adresse à Paris une déclaration pareille, encore que Uesaix, qui a fait l'inlérim, ail été obligé de formuler les mêmes réclamations et les mêmes plaintes que son prédécesseur. Moreaii peut en outre constater que l'armée n'a pas péri de faim et de misère. Elle est en état de reprendre la campagne.

Itéduisons donc ù ce qu'elle vaut l'aceusatlon de Gouvioii Saiat-Uyr, alors qu'elle est catégoriquement démentie par les faits et par cette formelle déclaration de Barras qu'au moment où l'icbegru allait douner sa démission, le Directoire ne croyait pas plus avoir A se détier de lut que de .lourdan. Les soupçons ne sont nés qu'après la dénonciation de Moiitgaillard en I7i)7. C'est cette déclaration qui les u engendrés. Jusque-U\, on n'a pas accusé Pichegru ; on n'a pas mis en doute sa fidélité au devoir. Ou ue pouvait la mettre en doute, puisque sa conduite militaire en témoignait.

Ce qui est vrai, c'est que des dissentiments s'étaient élevés entre le Directoire et lui comme entre le Directoire et Jourdan. Le nouveau gouvernement en voulait aux généraux de la perle des lignes de Mayence, de la reddition de Manlieim, et surtout de la conclusion de l'arniislice. 11 imputait les revers à leur faiblesse et A

ieiir imprévoyance la sus|>ension J'urmes acceplée au lendemain d'une victoire (le Marceau, quand, de nouveau, la fortune semblait nous sourire.

II avait contre Picbegru un autre grief. Il l'avait mandé à Paris le 3 novembre pour conférer avec lui. Mais Picbegru, empêché de quitter le théâtre de la guerre, s'était contente d'euvoyerà sa pince un de ses lieutenants, le général Abbatucci . Par l'intermédiaire de cet envoyé, il y avail eu échange de propos aigresdoux. Picbegni le conSait à Moreau le li décembre :

« Je vais le parler d'autre chose, de ma destitution par exemple. Tu l'as vue sans doute dans les journaux, qui ont dit un instant après que c'était faux. Eh bien ! pas du tout; je ne l'ai pas encore, mais je suis prévenu qu'elle ne peut me manquer. Peut-être seulement y mettra-l-on des formes dont je les dispenserais volontiers pour plus de célérité. J'ai dit à quelques membres du Directoire des vérités qui u'éliiienl pas de leur georect que, probablement, on ne me pardonnera pas. «

Le 10 janvier, dans un(} lettre à sou ami, il confirmait : «Je ne compte pas être chargé de recommencer les bostitités. J'ai demandé déjà six Fois mon remplacenient. Je le désire de plus en plus, et je ne cesserai pas mes instances à cet égard. La légèreté et l'injustice avec lesquelles j'ai vu traiter le militaire qui n'est pas toujours heureux ont fait iiailre en moi un sentiment qu'il me sera difficile de vaincre : le dégoût. Quoi qu'il en soit, il n'altérera jamais l'amitié que je t'ai vouée, Je t'embrasse. «

DEMISSION DE PICIIEGRU !»3

îette résolution de se retirer ne l'empêchait pas de s'occuper avec sollicitude de ses troupes. A cette même date, l'armistice désapprouvé dans la forme, ayant été ratifié quant au Fond, il entreprenait l'œuvre difficile de leur cantonnement ; « Je ne laisserai sur notre ligne, dont la droite est en avant de Germeslieim sur le Lenguenfeld et la gauche à Ilombourg, qu'un léger cordon. L'armée de Sambre-et-Meuse laisse vingt mille hommes dans le Hunsdruck et s'élablitdu reste dans les cantonnements du pays de Juliers. Son cordon du Hunsdruck appuie sa gauche à Baccharach, son centre sur la Nahe, à KirR, et sa droite A Saint-Vendel, en remontant celle

Au cours de la campagne, pendant que Pichegrii déployait les soins et les sollicitudes dont témoignent les nombreux documents que nous avons cités, les émissaires avaient continué à s'agiter pour prouver à Gondé que le général était dans leurs mains, et que, si peu conformes que fussent ses opérations aux plans et aux engagements qu'ils lui utlribuuienl des le mois d'août, il n'en poursuivait pas moins le grand résultat auquel il avait promis de concourir.

D autres acteurs engagés par eux étaient entrés en scène : Dcmougé, Witlersbach et la baronne de lli'ich, le premier résidant à Strasbourg, les deux autres en terre allemande et tous trois enrôlés comme espions nu service de l'Aulriche, C'est Fauche-Bore! qui avait entraîné Demougé dans l'affaire, et celui-ci s'était empressé d'y introduire ses deux acolytes. Entre tous ces

personnage

avait parlie née

tirer dps fond?'

(les Anglais, par rinlermédiaire de Coodé et à sa recoinmandalion.

Au quartier général de Pichegru, à en croire une accusation dont la preuve n'a janaais été fuite au moins pour certains d'entre eux. ils avaient des complices : le général Lajolais, le chef de brigade de gendarmerie Sainl'Hémond, le major Thugnot, peul-élre d'autres encore, comparses plus ou moins actifs, dont le rôle est assez peu aisé à définir, et enfin le plus remuant de tous, le racoleur de la liande, l'aide de camp badouvillc, dit Coco ou Cupitlon, le seul des militaires impliqués ultérietiremenl dans \es poursuites dont on puisse dire avec certitude qu'il a eu dans ces obscures itilrigues un rôle criminel. Quand on avait besoin de ranimer dans l'àme de Condé la confiance des premiers jours, bien ébranlée par le relard que mettait Pichegru à tenir ses prétendues promesses, on avait recours à Badouville, lequel envoyait aussitôt une lettre réconfor-

Bien significatives ces lettres de Coco et singuhèrenient révélatrices de la vaste escroquerie organisée autour de Condé. « Je peux vous assurer que vous êtes aimé. Mais vous ne devez pas ignorer qu'en amour, il faut le temps nécessaire pour opérer une union qui puisse faire espérer le bonheur du ménage, li me serait trop pénible de vous servir auprès de l'aimable amie si je n'avais la certitude de son amitié pour vous. Je ne suis désolé que de ne pouvoir encore vous fixer t'époque

DÉMISSION DE PICUEGaU

aimable personne consentira à l'union tant désirée; miiis pouv-aot vous assurer de son amitié et de sa sensibilité pour vous, j'aime à me persuader que vous ne serez plus longtemps à soupirer. >

Ceci est du 18 novembre; le 17 décembre, c'est même chanson : * J'atteste que Mademoiselle Zède (Pirhegru). amoureuse au delà de toute expression du Bourgeois (Gondé), ne cherche que son bien réel sans espoir d'intérêt quelconque, quoique bien prouvé. Elle continuera, comme elle lu toujours dil. de toutes ses forces morales et physiques, à seconder les événement» que les seules circonslanccs peuvent amener. Le mariage de Mademoiselle Zèdc et du Bourgeois ne se tera en règle que par les moyens que le Banquier (Pichegru) a expliqués. .

Quel crédit méritent ces assurances puériles, données nu nom de Pichegru, les unes à la veille de la capitulation de Manheim quand on le voit absorbé par les soins que nécesnitc le salut de l'armée qu'il commande, et quand son langage et ses actes témoignent avec tant d'éclat de son désir de vaincre ; les autres alors qu'il a repris l'offensive et vient de déloger les Autrichiens des Deux-Ponts et de llumbourg? N"esl-il pas visible que Budouville a écrit ce verbiage sans avoir consulté son général, dans l'unique but de fournir à ses complices des arguments propres à convaincre Condé de la bonne foi de Pichegru?

En tout cas, il n'y a dans tout ceci que des promesses vagues, des promesses qui ne signifient rien et qui

Lyi CONJURATION DK nCHEGRU

prouvent toul au moins que, jusqu'à ce jour, Pichegpu n'a rien fait de ce qu'on espère de lui, bien qu'à cd croire les émissaires, déjà à cette date, ses exiffences pécuniaires aieni reçu un commencement de satisfaCH tien. V

•1 Chaque fois que je voyais Pichegru, écrit Fauche- Borel dans le résumé où il rend compte au prince de Condé de ses opérations de septembre à janvier, je lui remettais des fonds; très souvent, je lui en envoyais par Badouville. Gel argent dépensé par lui avec ta plus grande intelligence a servi à augmenter la confiance que son armée a en lui et ù mettre dans sn dépendance les personnes qui lui sont nécessaires pour la grande' ■ opération qui se prépare, «

Cette affirmation, extraite dumanuscritdcChantilIyj n'a pas été reproduite dans les mémoires imprimé) écrits trente-quatre ans plus tard. Il n'est pas moiid nécessaired'en démontrer l'invraisemblance. A l'époqUi où elle fut émise, Fauclic-Borel avait reçu de WicklianifJ en réponse à ta lettre de Condé en date du 17 sep> tembre (1), une somme de buît mille louis, destinés | Picbegru, nvait dit Condé, et qui devaient lui être ii dialement versés. Or, il résulte des aveux de notre agent que celte somme, Pichegru ne l'a pas touchée qu'elle a été pour partie employée à d'aulres objets.

Fauche-Borel raconte on eftet qu'après l'avoir réaiiséi ù Lausanne, ii fut autorisé par Condé — et Gourftlri

(!) Voi

|)lui haut. p3|;r lOII.

DEMISSION DE nCHECRU

f fut comme lui

i envoyer deux cents louis j\ sa

famil

narre encore qn'avanl de rentrer en Alsace, il fit » un aclial considérable de montres d'or et d'argent " pour les offrir aux officiers de l'armée, et qu'en passant la frontière, il dut en acquitter les ■droits.

La somme était donc déjà fortement entamée lorsqu'il rejoignit Pichegru à Manheim. Lui temit-il ce qui restait? Nullement : " Je le prévins, écrit-il, que j'avais avec moi les fonds nécessaires aux premiers besoins de son armée. Mais, ajoute-t-il, Pichegru me répondit que le moment n'était pas encore arrivé, qu'il ne fallait pas éclater sans être sur de son fait, et qu'on pouvait, d'ailleurs, compter sur ses efforts pour en accélérer l'époque. " Donc, ce jour-là, Pichegru n'a rien touché, et, porteur de quelques milliers de louis, Fauche- Uorcl en fait librement l'usage qu'il juge utile " au bien de la chose m .

11 répand dans l'armée des brochures écrites et publiées à ses frais; "il cultive les officiers n , il les invite A sa table; il donne vingt-cinq louis à Bndouville, A qui Courant de son côté * fait faire du linge » ; il lui offre un cheval. Il verse A Salomé, rédacteur delà Gazeitedes Deuv-Ponts^ cinquante lonis, premier semestre de l'annuilè qu'il lui a promise pour s'assurer l'appui de ce journal. Après la capitulation de Manheim, il se rend à Strasbourg, et, pour y Justifier sa présence, il s'y donne comme négociant. Il loue un magasin, l'emplit de marchandises, draps, toiles, livres, vins fins. Ces choses

198 I.A CONJUUiTlON DE PICHEGHD

achetées 1res cber, il les vend aux officiers el aux soldats " avec un grand rabais cl il crédit » . Enfin, manifestant rinlonlion de monter une imprimerie, il devient acquéreur d'une muison sur le prix de laquelle il verse un acompte de quatorze mille livres.

C'est de lui que nous tenons ces détails qu'il précise. Ils permettent de penser que ce que Condé etWickham croyaient destiné à Pichegru ne lui est pas arrivé. On peut même en être sur pour la partie des fonds que Fauche-Borel déclare lui avoir envoyés " par l'intermédiaire de Badouville o . Kst-il besoin d'ajouter qu'il n'existe aucune trace de dépenses faites par Pichegru « pour augmenter la confiance de son armée et pour mettre dans sa dépendance " lesauxiliairesdontilavail besoin? Il faut donc conclure de ces contradictions que Fauche-Bprel a menti cette fois encore, ce que ses précédents mensonges rendent singulièrement vraisemblable, et ce que permet de penser une lettre écrite par Demougé, le 21 mai 1706.

A cette date, Demougé annonce à la baronne de Iteicli que le général prêt à partir pour Paris a accepté des fonds. En les atteiidaiil pour les lui remettre, il se réjouit de son acceptation commed'unsuccéset comme si elle se produisait pour la première fois : «J'en suis ravi, car il est probe, et ce n'est pas pour rien faire qu'on ose prendre ainsi. ■ D'autre part, il écrivait à Rlinglin peu de jours avant : i> Il faut se défendre de supposer à Pichegru une extension de moyens qu'il travaille A acquérir, qui ne sont pas encore à lui dans

DÉHISSIOH DE PICUEGRU 199

la pléaitude nécessaire el dont on ne peut, ce me semble, sans un {jrand danger, faire usage avant qu'il lui soit bien connu qu'il peut réussir ou pour mieux dire que le succès ne peut être incertain. »

Toule la correspondance est d'ailleurs dans le même ton que les dires de Fauche-Borel, prometteuse, pleine d'inventions, de suppositions, d'espérances, s<ins pouvoir annoncer jamais rien de définitif.

73 février : « Pichegru a travaillé et travaille toujours à s'attirer une confiance illimitée et aveugle de son armée. Ses soldats disent hautement qu'ils iraient en enfer avec lui. ■•

21 février : r. A Lauterbourg, la garnison a foulé aux pieds la cocarde tricolore, pris la blanche et crié : Vive le roy! Notre affaire peut éclater d'un moment à l'autre. »

1" mars : - J'attends l'argent, car Pichegru va en avoir besoin pour une expédition préparatoire et de haute vue, qu'il m'a confiée dans le plus grand secret. "

3 mars : » J'ai vu Picliegru. 11 m'a mis dans des 9ecreti> qui vous étonneront, tl a demandé un congé d'un mois. Il a allégué de.s affaires dansl'inférieur, chez lui. Je lui ui offert des fonds pour le voyage, et il a accepté. Donc, pour qu'il lésait, il faut que je le revoie. et je le sailli' crai Jusif II' au sang. Que croyez-vous que je doive lui donner pour cette conséquente démarche? Je pense qu'il me l'indiquera lui-même, surtout s'il se propose de répandre de I argent dans Paris. ■

LA CONJDRATION DE PICHEGIIU

" J'ai coulé hier soir une n

1 à fond aveed

mon aimable Poinsinelte (Picbegru), qui enfin s'est décidée à venir dans mon cabinet. Je suis comme vous pensez bien plus savani que je ne l'ai été. Mais la matière est si vaste qu'il est impossible de me résumer. Dites à Fauche de ra'eiivoyer les fonds qu'il a promis liint pour Pichegru qui les accepte et viendra les chercher chez moi si paisible avant son départ, que pour d'autres qui composent mon petit conciliabule quîs'accroil joliment et efficacement. "

iO mars : " Dites au bon Louis de se hâter pour les fonds nécessaires. Poinsinette voudrait partir dans six jours. "

10 mars : ^ Pichegru a dit en pleine table avant-hier qu'il irait à Paris dire franchement aux sots gouvernants qu'il n'est pas possible de faire la guerre sans moyens, et que si son ftrmée n'est pas payée en numéraire bientôt, il ne garantissait plus rien. Jugez si sa démarche est adroite. «

A peine est-il besoin d'observer que tout était mensonge dans ces propos, tout au moins pour ce qu'il est possible iVvn vérifier. La garnison de Lauterbourg ne s'était pas révoltée. Pîcbegru n avait pas demandé de congé. Sa démission, à cette date, était déjà donnée, et le fait que Demougé l'ignorait prouve, contrairement à ce qu'il affirme, qu'il n'était pas en possession de la confiance du général. Il en était réduit au même désarroi que les autres agents, à la même incertitude, et, comme eux, il dissimulait son ignorance sous le men-

DÉMISSION DE riCHEGRC SOI

fionge. On ne saurail Irop insister sur ce point, parce qu'on voit éclater ici dan* son plein toute l'Indélicatesse des émissaires de Coudé.

A la fin de janvier, Fauche-Borel écrit à Condé qu'il a vu Wickham : « Il a élé satisfait de ce que je lui ni dit des dispositions de Pichegru et surtout de ia manière dont S, E. le maréchal comte de Wurmser et Alvinzy les ont accueillies, et de leur intention d'aider de leurs movens les projets de l'homme qui doit rendre la paix et la tranquillité à l'Europe... Je vous invite par tout ce qu'il y a de plus sacré d'avoir conBatice dans le succès de la chose. "

Wickham.de sonc6té,écrità Pichegru. C'est Fauche- Borel qu'il charge de lui remettre sa lettre. Cette lettre, l'ichegru l'a-t-il reçue? Ici encore, nous en sommes réduits aux conjectures, vu l'absence de toute réponse du général aux flatteries de l'agent anglais.

- Je viens de voir le voyageur Louis (Fauche-Horel), disait Wickham; je suis on ne peut plus content du rapport qu il m'a donné et de son voyage et de votre santé; ménagez-la, je vous en prie, pour l'amour de tous et surtout de votre nombreuse et malheureuse famille (votre armée), dont l'état actuel ma vivement affecté. Comptez sur moi pour tous les services que je serai en étatdc leurrendre, du moinsn'auront-ilsrienàcraindre dans les premiers moments; je pourvoirai à tous leurs besoins, ce qui doit vous tranquilliser vous-même dans le cas que votre maison viendrait à suspendre ses enga- [jemenlG actuels.

« Quand mon ami oa le bon vieillard (Coudé) qui vous a fait écrire par Louis trouvera bon de me demander, je me rendrai dans vos cantons, où j'aurai le plaisir le plus sincère à vous voir et à vous témoigner de vive voix tous les sentimenls dont je suis pénétré pour vuus, et mon admiration des efforts généreux et honorables que vous faites pour relever votre famille de l'état étroit et pénible où il a plu à la bonne Providence de la placer, momentanément sans doute, pourla rendre à l'avenir plus digne de ses bénédictions.

" Je dois cependant vous avertir que, comme le voyage est long, les chemins mauvais, et qu'il me faudra peut-être deus jours pour me préparer, vous feroz bien d'avertir le bon vieillard à temps, qui me fera aviser tout de suite.

" On ne me parait pas sans inquiétude du coté de la maison Itougemont et C (les Autrichiens] ; pour moi, je suis entièrement tranquille et parfaitement disposé à. laisser le tout à votre prudence dont vous avez déjà donné tant de preuves. Malgré vos mulheurs et ceux de votre famille qui doivent vous être encore plus sensibles, je ne peux dans ce moment qu'envier votre sort. Dans l'espérance de vous embrasser bientôt, je vous prie de me compter parmi les meilleurs et les plus fidèles de vos amis. — Bluet. "

Le même jour, 30 janvier, Deinougé confirme ces dispositions favorables en attribuant à Pichegru le discours suivant :

" Baptiste i Pichegru) fail dire au bourgeois (Condé)

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