‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 34 sur 55 · DEMISSION DE PICHF.GRU · texte numérisé non relu

DEMISSION DE PICHF.GRU

et à César (Wurmser) que, quoique l'esprit de la troupe soit tourné à la chose, par Ut privation qu'elle endure et le dégoût qui s'eusuit, il lui est impossible de calculer une époque fixe. Une chose surtout peut et doit la hâter: c'est si on ne paye pas bientôt la troupe en numéraire, el il n'y a pas la moindre apparence, dit-il, que cela puisse se faire. L'emprunt forcé en rend fort peu, cl la vente des biens dits nationaux de la Belgique en numéraire est presque une chimère, vu surtout les préparutifs réels ou supposés que fait le roi de Prusse contre la Hollande. En second lieu, le soldat désire la paix; la trêve existe absolument contre le vœu du gouvernement qui, sans vouloir jusqu'à ce moment la rompre, ordonne cependant d'accélérer les mesures pour rentrer en campagne. Voilà donc nos armées déçues dans leurs espérances et persuadées que c'est notre gouvernement qui éloigne cette paix si désirée, tout cela concourt à notre but.

* Ajoutez à cela que la nouvelle organisation qui s'opère fait tomber dans la réforme quantité d'officiers qui font autant de mécontents; que jamais on ne parviendra à avoir des subsistances que pour le plus strict nicestaire courant, et que toutes les denrées resteront à un prix auquel le soldat ne pourra jamais atteindre.

■• C'est par le concours de toutes ces choses que Baptiste dit que nécessairement il doit se faire une réaction qui peut se manifester d'un moment à l'autre, mais dont il est de toute impossibilité de calculer

204 I.A CONJDIIATION DE PICHEGHD

I époque certaine. Il croil qu'il n'est pas encore temps que le bourgeois fnsse un mouvement en avant, et il désire ^u il reste où il est dans ce moment, afin de pouvoir être prêt à se porter sur-le-champ où lui. Baptiste, le trouvera nécessaire ; il est à l'affût du moment et ne le manquera certainement pas; ce sera, dit-il, son plus beau jour. Il réitère au bourgeois son dévouement parfait pour tout ce qu'il est possible de faire et le prie de vouloir bien faire en sorte que les confidences de cette jirande affaire ne se multiplient pas et qu'on observe la plus sévère discrétion. "

Le 27 février, Demougé ajoute : « Badonville vient de me dire de la part du patron arrivé ce matin qu'il est trop extraordinniremenl surveillé pour venir chez moi, mais que demain il s'esquivera exprès pour venir à la campagne, où je dois le rejoindre do grand malin.

II envoie Abbatucci, son second adjndiinl général, A l'aris, où il ne veut pas aller. Cela fera un éclat. ■■

Tout est donc pour le mieux, Coudé reste convaincu que Pichegru, quoique empêché d'agir aussi vite qu'il le voudrait, est bien tout à lui et prépare sa rébellion. .Mais brusquement la situation se modifie. On apprend par Demougé, le 3 mnrs, que Pichegru a demandé un tongé d'un mois sous prétexte d'affaires privées, et qu'il il l'intention d'aller secrètement à Paris pour y étudier l'état des esprits et y provoquer un mouvement propre à seconder celui de son armée. Cette nouvelle consterne Condé, et de sa consternation, de sa surprise, de son dépit, nous avons deux témoignages significatifs.

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^^Tbici d'abord une letlre en date du i mars (|u'il écrit au roi Louis XVIIi à Vérone. Après lui avoir exposé tout l'historicjue de l'affaire, il lui dit :

■' Nous avons cru un moment la chose fort avancée- Baptisle (Pichegru) paraissait décidé à saisir le momeiil où il serait appeléà Paris pour éclater. ]1 parait qu'il l'a été. Mais les lettres qu'il a reçues de ses afhdés lui ont fait prendre un parti fort extraordinaire et fort dangereux pour lui et pour nous. Il ne se rend point ù l'appel et y envoie un de ses adjudants. Mais, ayant demandé uu congé d'un mois pour voir sa famille, il me fait dire qu'il va, sous ce prétctte, se rendre incognito à Paris... qu'il sera de retour dans peu de temps etqueje ne sois pas inquiet. Personne de nous ne comprend ce parti, car comment peut-il se flatter qu'un homme aussi marquant, aussi surveillé que lui, puisse être secrètement à Paris? Je suis intimement persuadé que c'est un piège qu'on lui tend, parce qu'on n'ose le destituer ni l'arrêter à la tète de son armée qui lui reste entièrement dévouée, et qu'il va être lu victime de sou imprudent courage. Si nous le perdons, tout notre espoir s'évanouit. Je lui ai donc écrit la lettre la plus Forte pour le détourner de cette dangereuse et funeste idée. Nous en sommes là. Je ferai part des suites. ■

Nous n'avons pas la lettre de Condé à Pichegru. Uiis nous possédons celle qu'il a écrite ik Demougé. Elle est également du -i mars :

" Comment est-il possible que Baptiste iPiclicgru) ne

LA CONJDHATION DE l'ICHEGHU

voie pas le piège qu'on lui tend et qu'il aille lui-même livrer sa tète au fer des scélérats? Comment peut-il croire qu'il trompera le gouvernement français sur le lieu de son séjour, alors qu'il sait lui-même à quel point il est surveillé? L'incroyable parti qu'il prend, sans altérer encore la confiance que j'ai diins sa loyauté, passe les bornes de mon intelligence. Fauche, qui était ici hier et que j'ai chargé de vous faire passer cinq cents louis, ne le comprend pas plus que moi. Faites remettre promptement cette lettre au banquier (Piche- (;ru) et joignez-vous à moi pour le détourner par tous les moyens possibles de ce dangereux dessein, qui va engloutir tontes nos espérances dans le lunibeau qu'il va chercher. "

Demougé a-t-il remis à Pichegru la lettre de Condé dont il est question dans celle-ci? Nous l'ignorons, aucune réponse écrite à cette lettre n'existant dans les papiers de Chantilly. Pichegru, c'est Demougé qui l'assure, y a répondu verbalement. Il n'a, déclare-t-îl, aucun motif raisonnable pour ne pas aller à Paris; il aurait l'air de craindre " ces gueux « , ce qui donnerait prise sur lui. Il ne sera pas plus en danger à Paris qu'à sou armée, » qui saurait bien le réclamer, ainsi que d'autres amis. Il est convaincu qu'il n'a rien à craindre. « El Demougé d'ajouter que l'on ne doit pas s'alarmer sur ce voyage de Pichegru, » qui est un homme bien extraordinaire par la prudence n .

Malgré tout, le prince de Condé n'est pas convaincu. Toute sa correspondance témoigne des Inquiétudes el

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