‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 35 sur 55 · DÉMISSION DE PICHEGRU SOT · texte numérisé non relu

DÉMISSION DE PICHEGRU SOT

ïïtéfîaiiccs que lui cause le voyage auquel s'apprête Pichcgru :

» Je me flatte que plus Baptiste y aura réfléchi, plus il y renoncera, car en vérité ce serait se perdre à plaisir: et s'il compte assez sur son armée pour espérer qu'elle se révoltera à cent lieues de lui, à la première nouvelle de son arreslution, il doit encore ca être bien plus le maitre quand il est au milieu dV!lo. Il n'a donc qu'unmotà dire pourqu'ellese déclare en me livrant en même temps Slrasbourg. Je ne vous cache pas que tous ces retards, toutes ces variations font le plus mauvais effet sur les Autrichiens, et que j'ai toutes les peines du monde à persuader Wurmser et ses lieutenants que Baptiste est de bonne foi, quoique j en sois toujours entièrement persuadé moi-même (I)... Je voudrais bien

(1) CoDdé pnrlaït loujourt de ce p de boane foi ca Bccueïllant Ici ouvei en (uloriianl Wurniier à y réponHn Noui a«oiii déjà ÎDdic|ui que la coui Boorboni, ne cherchai

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de Vie [rifiue

ichieni avaient éii Piche|;ruel

au •érieui.

Iioilile 3UI iuLiata a

geui pour elle. Dnni lei Alemoim (t. II, p. H'^, FAuche-Borel e>t obligé decoofeiter ■ que Wurmser, cbercham i te rendre agréable i ta cour, aurait voulu iloaneri la maiioii d'Autriche TAlaiice el [a Lorraine; qu'il ne voyait aucun autre mnyen d'obtenir la reconnaît (an ce de la monarchie Fran^iie qu'en dêlcrminaul le roi, qui ne voulait entendre à aucun abandon de territoire, à ne pai repomier h seule concoaion qui pât aiturer ion M>rt politique >• . — Aveu qui, loit dit en paitanl, réduit aux proportion! d'une ma ni fellation platonique et d'une comédie dealinée a tromper Condj lei lellrea que, aoua le» vem de ro prince, le in*me Fauehe- Borcl écrivait i Wurmaer et qa'oo lira no rhapilrr^ luiv.inl. Cne autre preuve non moini éclatante de l'erreur dana laquelle lei mentonf^a de Paoche-Borel entretenaient Condé quant aux vi-ritablea diapoiilion* de l'Autriche réiulle encore de cette déclaration de l'hiiiurien SybetI ;>De> aclei du miniitère de la guerre autrichien aintï qae de la corretpondance de Wickham retiort la preuve que Hicliegru avait eu peut-être

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que BaplLsle à qui je marque tant de confiance en pit un peu plus avec moi. Que ne m'envoie-t-il un de ses agents pour me dire tout ce qu'il ne peut pa* m'écrireî «

La question ne laissait pas d'être offensante pour les émissaires de Condé. Ils auraient pu répondre que ce que Pichegru ne pouvait écrire, ils étaient eux-mêmes chargés de le répéter au prince, et que leur parole devait avoir la même autorité que celle d'un envoyé du général. Mais ils avaient mieux â faire que de trahir des susceptibilités. Ils ne s'attachaient qu'à calmer les impatiences de Condé.

'I Si Baptiste ne fait pas dans ce moment un coup d'éclat, écrivait Fauche-Borel, c'est qu'il est persuadé que l'époque n'est pas arrivée, que les choses tournent de plus en plus au but que nous souhaitons, et il risquerait de compromettre les grands intérêts en aventurant un éclat quelconque avant d'être plus sur encore qu'il ne l'est des autres chefs et officiers. »

De son côté, Demougé attribuait au général les propos suivants :

" On ne peut croire que je ne fasse pas ce qu'on désire de moi, quand même mon opinion ne m'y porterait pas en plein. Vous savez que le gouvernement nie déteste sans oser me le montrer et me craint. Vous sae je me suis prononcé et me pr<

e prince de Coudé,

ulea mcnjea de(énii(]rciqu'dTci:

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les jours, même trop, contre lesgueuxqui, aufond, sonl les seuls qui soutiennent opiniâtrement leur gageure et qui seuls tiendront toujours les rênes. Que dois-je espérer par [a suite, si ce n'est d'abord des inculpations, puis des persécutions, et à la suite de cela pis peul-élre encore? Vous voyez donc que je suis personnellement intéressé à une chose que ma raison prescrit et que mon cœur désire. Qu'on soit bien persuadé qu'avant conduit la ciiose aussi loin qu'elle l'est, je saurai sans doute aussi saisir le moment favorable te! qu'il le faut pour ne pas manquer le coup. "

Il résullc de ces lettres, des affirmations qu'elles contiennent et des projets qu'elles attribuent à Picliegru que ces projets ne sont pas ceux qu'est au momeni d'exécuter le général. II a fait mieux que de demander un congé; il a envoyé sa démission, et ill'asi bien considérée comme définitive que, ne comptant pas reprendre son commandement, il rédige dès ce moineril des instructions pour Desaix, à qui il va le transmettre et qui l'exercera jusqu'à l'arrivée de Moreau, que Pitliegru a déjà demandé comme successeur. Par conséquent, Demougé n'a pas reçu, comme il s'en vante, les conBdences de Picliegru. Mais il n'est pas homme à être embarrassé pour si peu. Ne sachant rien, d a inventé. Sa correspondance, en celte occasion, n'est qu'une supercherie ajoutée à tant d'autres.

Les lettres de la baronne de Reich présentent le même caractère et attestent, avec plus d'évidence encore, la cupidité des agents, la misère noire dans

laquelle ils se débattent, les procédés indélicate auxquels ils recourent pour en sortir. Parlant de Faurhe- Borel, elle nous apprend au mois de mars que « cette honnête créature a eu une fatifjue inconcevable pour aller trouver Crawfurd, s'emparer d'une vigoureuse capricieuse (forte somme) et revenir vers nous comme une fertile rosée " . Mais Fauche-Borel est rentré les mains vides. Crawfurd n'avait pas d'argent. « Fauche a couru chez le prince de Gondé pour le conjurer d'une avance. Il m'a laissé vingt-cinq louis pour la correspondance, ■■

Toute mélancolique de sa déconvenue, la baronne envoie <^ Klinglin le compte de ses dépenses d'espionnage et lui avoue que, pour se payer d'un déjeuner qu'elle a offerte Fauche-Borel, elle a majoré ce compte dun louis en l'imputant au ferrage d'une mnle qui n'a pas élé ferrée.

Le lendemain, elle apprend que quatre cent cinquante livres vont arriver. Elle est ragaillardie par l'espoir de « cette petite rosée n et avoue " que si on pouvait se séparer des angoisses que donne le silence de Pichegru, tout serait pour le mieux » , puisqu'il est évident que la machine républicaine se détraque. EnSn, lorsqu'elle apprend que Condé n'approuve pas le vovage que Pichegru doit faire à Paris et qu'il ne croit pas à son retour, elle s'écrie : " Cette opinion est fâcheuse en ce qu'elle éloignera le prince de Condé de donner cours à l'argent qui nous est si nécessaire. «

Du reste, toute la correspondance de cette insipide

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phniseuse n'est qu'un aveu de misère, un cri de détresse, et nous la montre toujours réduite aux expédients pour se procurer de l'argent à elle et à ses associés.

Le 21 février, elle avoue qu'elle n'a plus le sou : " Je comptais sur Targent de l'AnglcIerre que Louis (Fauche- Borel) devait m'avoir accaparé. Il faul le voir et lui parler pour savoir à quoi s'en tenir. J'en suis bien iinpatiente. «

Le '2i février, elle constate que Demougé est au désespoir du retard de l'arrivée de Fauche-Borel. « Les quatre mille louis qu'il devait acquitter à Bàle à jour fixe ne l'ont pas été. et, moyennantcela, il a été obligé de faire le remboursement et se trouve sans moyens dans un moment où Pichegru pense qu'il serait urgent d'avoir une somme à sa disposition. "

Le 26 février, son impatience nest pas calmée : « J'attends Louis chez moi ce soïr avecdeux mille louis que je suis chargée de faire passer A Demougé pour Pichegru, et ceci n'est qu'un acompte des cinq cent mille francs (1) qu'on destine A la grande œuvre. " Elle est pleine d'inquiétude pour ce transport qu'un bâte-

1 1 1 A rapprocher ce rhitfrede rette phraae de» Mtmoirtt de Fauchei Borel 1 ■ Puur ilonner une idée de l'étenilue Je ni» rciiouroei et nioyrni, je drrni que M. Wïckham nvait Écrit auiii «ii prince de Condê <]ae rien ne devait plui arrêter le moment libér.ileur, ([u'on était réiolu 1 T employer juiqu'ï doute millioni. > 11 est dîHirile ile uicltri? cette afiir^ nialion de Panche-Borel d'accord avec un fra|;intnl d'une lettre de Wickbnm A Condé en date du 30 mai ; ■ J'ai accordé encore de rargent k Looi» (Fnuche-Borel;. N'admlrei-voui pat, Monieigneur, In pcn«rénnce de l'un et la facilita de l'aiilreT Je n'oie plua dire que c'elt pour la dernière Un», de peur que Votre AUcite n'en conclue, comme à ton oi~ dinaire, que cela veut dire ', J'en donnerai encore. •

LA COMJURATION DE PICHEGR

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lier peut s approprier e dans le Rhin. Dans la même lettre, elle invite Klitigiin li augmenter le traitement de Demougé pour le rendre égal A celui de Wittersbnch.

Le 27 février, elle n'a encore rien reçu. Mais la perspective de voir arriver cinquante mille francs donne du cœur il tout le monde. " 11 me semble que la machine se monte bien. "

Le 5 mars, attendant toujours, elle reçoit de Klinglin le montant de ses dépenses d'espionnage. « En ce moment, m'arrive votre argent. Je commencerai par faire la part de Demougé pour le mois dernier. Adoptez-vous ce que je vous ai marqué pour l'augmentalioii de son traitement, el le porlerez-vousàl'inslar decelui de Witlersbacli* ■

Nous pourrions multiplier indéfinimeni ces citations : mais en faut-il davantage pour prouver que toutes les questions d'argent ont été agitées en dehors de l'ichegru, par-dessus sa tête, et pour avoir de bonnes raisons de supposer qu'il n'a rien reçu des sommes qu'on prétend lui avoir versées?

Où saisit-on, dans sa conduite, l'influence de l'argent? S'il s'est vendu, comme on l'en accuse, s'il a été payé, qu'a-t-il livré en retour? Pas plus après l'armistice qu'avant, on ne le voit travailler au profil des Bourbons et des Autrichiens. Ceux-ci notanunent ont toujours refusé de seconder les projets de Condé, soit qu'ils les aient trouvés trop pleins de périls pour eux, soit qu'ils n'aient pas ajouté foi i\ ce qu'on leur disait des dispo-

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sitions de Pichegru. Wurmser, plus crédule que sa cour, élalt prêta laisser Condé passer le Ithin. Il le lui a dit. Mais, désavoué parle cabinet de Vieune, il a dû retirer sa promesse. Condé a même reçu l'ordre de s'éloigner des bords du (leuve et de passer sur les derrières de l'armée aulrichienne. Il a dû se remuer comme ua diable, crier, protester pour faire rapporter celte décision, ijui, en l'éloignant de Pichegru, anéantissait ses espérances.

Les Autrichiens n'ont pas cessé de se défier de lui et Ac ses agents. <■ Ayez soin, écrit le 18 février le général d'Alvinzy à Klinglin, à propos d'un voyage de Fuuche- Itorel au camp autrichien, qu'an ne se fie pas trop ù tous ces émissaires. " Avec le temps, ces devances ne feront que s'aecroitre, ainsi qu'en témoigne cette lettre du général de hellegarde au même Klinglin, en date du 16 mai : " Vous me demandez si la correspondance avec Pichegru (tj pourra devenir utile à continuer. Si je devais en juger par le passé, je dirais que non, car notii ne lia avansdujunju ici aucune nouvelle intéressante, aucun renseignement utile, aucune donnée sur laquelle nous eussions pu tabler; mais maintenant, comme un joueur en perte, il paratt que nous ne pourrions nous dispenser de courir après notre argent, et que, dans l'espérnuce que cette correspondance pourra conduire à quelque chose un jour, il faudra ne pas l'abandonner, surtout si ce n'est [las ù nous à en porter les frais. »

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