IV INTRODUCTION
ces écrivains déloyaux, si visiblement iatéressés à propager la calomnie.
Puis, à des époques diverses, trois maréchaux de France, Jourdan, Gouvïon S;iint-Cyr et Soult, t|Lii avaient été les compagnons de Pichegrii, sont venus à la rescousse (1). Encore que leurs jugements soient contradictoires, ils tendent cependant, dans leur ensemble, à établir comme des preuves de la trahison du commandant de l'armée de Rhin-et-Moselle ce qu'on a appelé son inaction volontaire devant leiinemi et jusqu'aux revers qu'il éprouva sur le Ithiii.
T/accusation serait grave si elli? n'était dénienlie par les faits eux-mêmes , tels qu'ils apparaissent dans la correspondance officielle des généraux avec le Comité de Salut public et le Directoire. Nous croyons qu'elle ne résiste pas à cet examen et que quelque respectables que soient les appréciations sur lesquelles elle se fonde, elles ne sauraient échapper au reproche de s'être surtout inspirées du souvenir de cette rivalité entre grands chefs, dont l'histoire des guerres de
(t) Voir leun Mrinuir». — - A propoa ilo ceux Je JourJnn, il importe de faire remarquer qu'on n'en s publié que Ica partie) uiitérieiirei et pottérieurea i ■'■nnée 1795, qui eat celle de la prétendue irahlaon de Picliegru. Le manuai'ril Je h pnrlie relative à cette année eat devenu jntrouvalile. Loula Hlioc, lar>qu'il écrivit ion HiiCoire de la «évolution, en avait eu connaiiaancc. Il dëclnre' que la lecture de ce inanuacrit ne laiaae aucun doute quant nu caractère criminel de la conduite de Piche^u. Il c(I fâcheux qu'il n'ait pas entrait dea récita dnnt il parle ee qui pouv.iit faire partager â aes lecteurs [a couviclinn dont il parait animé et qui l'a
avec le* lettre» de Jourdan et de PichfRru m'a perniia de relever.
INTltODDCTION V
la Itévolution et de l'Empire otfie lant d'exemples. On ne saurait, do reste, perdre de vue qu'elles ont été émises vingt, trente et quarante ans après les événements, et que leurs auteurs ont pu subir à leur insu l'influence de cette opinion toute faite, qu'avant eux d'autres avaient subie déjà.
Au surplus, il suffit que de telles objections y aient été opposées et que, par surcroît, preuve ait été fournie de l'effronterie de Montgaillard, des mensonges de Fauche-Borel, de leur véualîté à tous deux et de celle de leurs complices pour que les hommes uoii prévenus ne puissent considérer comme résolue la question de savoir si le général l'icliegru, en I7!)d, lorsqu'il commandait les armées de la République, et eu 1790, lorsqu'il eut quitté ce commaudemeat, a irahi ou voulu trabir son pays ; si, comme on l'en accuse, il s'est volontairement affaibli pour faciliter les victoires des Autrichiens; s U a eu l'iuieutiou de leur livrer l'Alsace; s'il leur a livré Manbeim; s'il leur a signalé les points où il leur serait aisé de le vaincre ; s'il leur a procuré de faciles succès en refusant de porter secours à Jourdaii et retardé leur défaite définitive en consentant à l'armistice de décembre.
Une <'-tude consciencieuse de sa conduite peut seule porter la lumière dans ces obscurités. Si ce u'est pour défendre uue mémoire irréparablement entachée par tant d'autres faits condamuablcs, mais tout au moins
Vï INTnoDnCTION
dans riiitt-rét de la vérité, une telle étude pn'-seiite" encore aujourd'hui un attrait que uul ne contestera, bien qu'on ne puisse espérer qu'elle détruise la légende séculaire d'un Piche{jni traître et parjure, se substituant au Pichegrn conquérant glorieux de la Hollande et rival de Bonaparte. 11 est depuis longtemps di-monln- que la vi-rité, (|uand elle se produit tardivement, ne pent rieu contre la légende, et que presque toujours celle-ci lui survit.
A en croire les dires de Montgaillard, écrits aussitôt par d'Antraigues qui n'en voulait pas perdre le souvenir, le général Picliegru en ] 7ft5, lorsqu'il commandait rarmée de Rhin-et-Moselle, serait entré, par son entremise et par celle d'un sieur Fauclie-Iïorel, sujet prussien, libraire à Neucliàtel fl), en relation avec le prince de Coudé, dont la petite armée à la solde de I Angleterre combattait alors dans les rangs autrichiens. Sur la promesse de récompenses positives, consistant en honneurs, en grades et en argent, Pichegrn, au mépris de ses devoirs de citoyen et de soldat, aurait promis et donné son secoui's effectif à Gondé, consenti à lui livrer une ou plusieurs des places fortes dont la défense lui était conBée et favorisé de tout sou pouvoir les intrigues royalistes dans
(1) Ui,rin,ipiilé.leNiM.cl.â(e
ISTIIODUCTIOS Vil
t de contribuer au rétablissement des Bourbons sur leur trône.
Monlgajilard entrait dans les détails les plus cir- (■oQstanciés, levait tous les voiles, iudi(|uait [lourquoi l'eutreprise avait échoué et appuyait les affirmations riu'il énonçait de plusieurs lettres signées de Coudé et dautres gens mêlés à cette ténébreuse affaire. Si sa relation u'était pas un abominable mensonge, il en résultait claîreuient ()ue Picliegru s'était rendu coupable, au profit des Autrichiens et des Anglais, du crime de trahison envers sa patrie.
Comment d'Antraigues avait-il conservé une pièce aussi compromettante pour le parti royaliste et pour Picbegru 1 Avait-elle été trouvée dans son portefeuille, comme l'assura Bonaparte? La lui avait-il livrée volontairement ou se l'était-il laissé dicter pour payer sa liberté? Avait-elle été fabriquée, ainsi qu'il l'a prétendu après coup, dans les bureaux du jeune conquérant de l'Italie, qui voidait perdre Picbegru en lequel il voyait un rival? Telle mystère que l'histoire n'a pu éclaircir, qu'elle n'éclaircira probablement jamais, et que, pour l'honneur de la mémoire de d'Autraigues, on voudrait qu'elle eût éclairci.
Il ne semble pas que le Directoire ait pris au sérieux ces accusations. Barras, qui se souvenait sans doute qu'il avait été, lui aussi, compromis â sou insu par les bas agents royalistes et atrocement calomnié par
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Fauclie-Borel (I), confesse dans ses Mémoires qu'il ne crut pas à la culpabilité de Pîchegru. « Sans avoir aucune prédilection pour celui (pii est accuse ici, on ne voit contre Pichegru que des assertions de la part d'agents subalternes dont rien ne prouve qu'ils lui aient seulement parlé, et aucune pièce n'est produiic qui soit écrite de sa main ni revêtue de sa signature (2). "
Mais le récitdeMootgaillard certifié par Bonaparte arrivait au Directoire en un moment où entre lui et lu président des Cinq-Cents s'était engagée une lutte à mort. Il ne se préoccupa ni de l'Iudignité de l'accusateur initial Montgaillard, homme taré, cupide, toujours à vendre au plus offrant et accoutumé au rôle de délateur, ni de l'invraisemblance de l'accusation, bien qu clic transformât en un traître vulgaire et maladroit un général comblé des faveurs de la fortune, encore à la tète d'un grand parti, entouré d'une estime voisine de l'admiration, et qui pouvait tout attendre de sa fidélité au devoir, ni enfin de I niiérêi qu'avait Bonaparte à perdre le plus redoutable de ses rivaux. Il n'hésita pas à se servir des documents que lui envoyait le général eu chef de l'armée d'Italie pour porter à Picbegru un coup irréparable et légjli-
■t -. Lti imhrés c( la letomlc conlilion.
a) Voir m
(1) Cetle nFtiniiatiuii ie Bnrr lu 18 fruclidor, Ui^uelle n'aurni le I3 culpnbilité Uc l'icheeru.
IHTRODtïCTEOS
olen
'ilr
Hêrae temps l'acte c en prouvant à la France la rivalité de la [jrande conspiration royaliste qn'il lui dénonçait tous iL'sjonrs.
I^e 18 fructidor, après l'écrasante victoire qu'il venait de remporter sur les factions coalisées en arrêtant leurs chefs principaux, les murs de Paris, par ses ordres, furent couverts d'afficbes. L'une d'elles reproduisait intégralement, comme trouvée dans le portefeuille de d'Aniraigues, une lettre de Pichegru, " écrite de sa main " , était-il dit, lettre accablante I pour lui, puisqu'en répondant an\ propositions que I lui avait apportées rauclie-Bore! delà part du prince de Condé, elle le montrait y souscrivant avec un eni- I pressement iutéressé.
^^^Kje oe ferai rien d'incomplet, écrivait-il, je ne ^^^^Bc pas être le troisième tome de I.a Fayette et I d« Dumourîcz. .le connais mes moyens. Ils sont aussi sûrs que vastes. Ils ont leurs racines non seulement dans mon armée, mais a Paris, dans la Convention, dans les départements, dans les années de eeu.\ des ({énéraux mes collègues qui pensent comme moi. Je ne veux rien faire de partiel. Il faut eu finir. La France ne peut exister en république; il faut un roij il faut Louis XVILI. Mais il ne faut commencer la contrerévolution que lorsqu'on sera sûr de l'opérer sûrement et promptt?nient; voilà quelle est ma devise. « Le plan du prince ne mène à rien ; il serait cbassé
X INTUOOnCTION
de Huuingue en quatre jours, et je me perdrais en (|uinze jours. Mon armée est composée de braves {jens et de coquins; il faut séparer les uns des autres, et aider tellement les premiers, par une [fraude démarche, qu'ils n'aient plus possibilité de reculer, et ne voient plus leur salut que dans le succès.
" Pour y parvenir, j'offre de passer le Rhin où Ion me désijjnera, le jour et à l'heure fixés, et avec la quantité de soldats et de toutes les armes qu'on me désignera. Avant, je placerai dans les places fortes des officiers sûrs, pensant comme moi; j'éloignerai les coquins et les placerai dans les lieux où ils ne peuvent nuire, et où leur position sera telle qu'ils ne pourront se réunir. Cela fait, dès que je serai de l'autre côté du Rhin, je proclame le roi, j'arbore le drapeau htanc; le corps de Coudé et l'armée de l'Empereur s'unissent à nous. Aussitôt je passe le Rhin et je rentre en France. Les places fortes seront livrées et gardées, au nom du roi, par les troupes impériales.
u Mais il faut que vous sachiez que pour le soldat français la royauté est au fond du gosier. II faut, en criant : Vive le roi ! lut donner du vin et un écu dans la main; il faut solder mon armée jusqu'à la quatrième ou cinquième marche sur le territoire français... Allez rapporter tout cela au prince, écrit de ma miiin^ et donnez-iuoî ses réponses... u
A peine est-il besoin de faire remarquer tout ce