PITEUX DENOUEMENT
"qïill fut averti que le roi résidait à Bicgel dans un château appartenant au prince de Schwarzenberg.
Il n'était pas homme ù perdre celte occasion de vanter ses services, d'en tirer sinon une récompense positive et immédiate, tout au moins un témoignage de satisfaction qui relevât son crédit aux yeux du parti royaliste et le montrât lui-même à ce parti pleinement investi de la confiance du roi. Le S mai, il rédigeait, 50US forme de lettre à Louis XVIII, un long rapport rendant compte avec les plus minutieux détails de toute sa conduite dans l'affaire, dont, avec une extrême habileté, il faisait honneur plus encore qu'à lui-même ù ceux qui y avaient élé employés et surtout au prince de Condé qui t'avait co»<,i'*'-
» La grâce que nous supplions Votre Majesté de nous accorder, disait-il en terminant, est celle de daigner considérer que nous sommes déchargés, si toutefois il plait ainsi à Votre Majesté, de l'immense reeponsabililé qui existe pour nous aux pieds de Votre Majesté, aux yeux de la France et de l'Europe, rclalivement à un projet et un secret que nous avons heureusement conduits (avec la grâce de l'Être suprême et avec les conseils de S. A. S. Mgr le prince de Condé) jusqu'ù cette époque. Nous ne cesserons d'offrir notre zèle sans bornes et nos vn-ux ardents pour l'e.xécution du projet confié au général Pichegru; et, quant A son secret. Votre Majesté est trop juste pour ne pas daigner considérer que la grande quantité de personnes qui en sont instruites rend chaque jour ce secret plus périlleux et
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entière justification à ce sujet, " Si l'on pouvait mettre en Joule que Montjjaillard préparait déjà les délations auxquelles il se livra quelques mois après, cet avertissement, véritable précaution prise à l'avance en i-up de desseins indclicalu, constituerait une preuve décisive et lumineuse de ces desseins.
Sa lettre écrite, et de peur que Condé, si elle passait par ses mains, ne la remit pas i\ son destinataire. Montgaillard alla lut-mèinc la déposer dans l'antichambre du roi. Le résultat qu'il espérait ne se fit pas attendre. Le 2(ï mai, le roi lui écrivait de Riegel : .< J'ai reçu votre lettre, Monsieur, sans avoir jusqu'ici trouvé le temps d'y répondre. J'étais cependant très pressé de vous témoigner moi-même toute ma satisfaction de la manière dont votis avez rempli l'importante et délicate mission que Mgr le prince de Condé vous a' confiée, l'n jourviendra, et j'es|)ère qu'il n'est pas Ioin,où je pourrai publier hautement vos services. Mais en attendant, c'est un plaisir pour moi de vous dire dans le secret tout ce que je ])ense à cet égard. Soye7^en aussi convaincu. Monsieur, que de tous mes sentiments pour vous, ■ — Louis. « Bicnlôt après avoir reçu cette lettre, Monl{jaillard est à Itiegel, où le roi lui prodigue ses bonnes grâces, i'uis, au lendemain de cette première entrevue, il est rappelé, fréqucmiuent consullé, admis même ù siéger dans le conseil royal, traité, en un mol. comme un serviteur dont on a mis à l'épreuve le dévouement et la fidélité.
PITEUX DESOOEMENT
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Charles atin d'oblciiir qu'on lolcrc sa présence <\ l'iirmée de Coudé. L'archiduc est sensible à eette démarche et consent ù attendre de nouveaux ordres de sa cour, avant d'exiger le départ du roi. C'est alors qu'après avoir reçu de Louis XVIII la promesse d'être nommé pair, dès que la royauté sera rétablie, Mont{;ailIard conçoit le projet de se rapprocher de Bonaparte. !l commence à ne plus croire — il l'avouera lui-même plus lard — à la possibilité d'une restauration monarchique, et s'il veut voir Bonaparte, c'est aiîn de s'assurer sa faveur en lui dénonçant la conjuration de Pichegru.
L'accueil que trouva Fauche-Ilorel auprès de Louis XVIII ne fut pas moins flatteur que celui qui avait été fait à Montgaillard. Plus infatué de lui-même que, perfide et plus intrij^aut que vénal, chatouillé agréablement dans son orgueil par les marques de reconnaissance et les promesses qui lui furent octroyées, ce n'est pas une trahison qu'on pouvait redouter de F^uche-Borel, mais plut/tt les suites de cette infatuation qui Cîiraclérisc tous ses actes, qui le poussait toujours à prendre des initiatives, à se mettre en avant et à faire au delà de ce qu'on lui uvait deniandè. C'était déjà !e même homme, — et tel on l'avait vu depuis que, pour sou malheur, il jouait un rôle de politique et d'intripues, — à qui, bien des années après, eu 1818, alors qu'il cherchait à Londres des iuSuences propres à lui faire obtenir le prix de ses anciens services, un
346 LA CONJURATrON DE PICHEGBU
ami pouvait très justement écrire : « Vous me dites qii<?* vous rendez de nouveaux services au roi. Mais (|iii diable vous a demandé des services en son nom? Je vous avais demandé de ne rien faire que ce qu'on vous dirait nominativement de faire. Ne savez-vous pas qu'il n'y a rien de si terrible que les gens qui veulent nous être utiles malgré nous?... Ne faites donc pas au delà de ce qu'on vous demnnde (1). "
Aumomentoù, au mois de mai 1796, Louis XVIII voyait et recevait Fauche-Borcl pour la première fois, il ne le connaissait pas et ne le jugeait que d'après ce que lui en avait dit Condé, si peu apte lui-même à juger les hommes. Il le croyait désintéressé jusqu'à l'héroïsme, prudent, avisé, d'esprit ferme et rassis. Il ignorait sa versatilité, son étourderie, sa disposition au mensonge, son déséquilibrement intellectuel, sa tendance à prendre les mirages pour la réalité. Il n'hésita donc pas à le charger de deux missions aussi délicates par leur objet que difficiles dans leur exécution.
La première consistait à reprendre avec les généraux autrichiens la négocifilion ouverte par Montgaillard. De nouveau, ils exigeaiutlc départ immédiat du roi et, malgré ses protestations, menaçaient, s'il ne partait pas volontairement, d'employer la contrainte. Il chargea Fauche-Borel de plaider sa cause. Fauclie-Borcl vit l'archiduc Charles et Wurmser. Mais ses démarches furent vaines. Le 30 mai, Demougé ayant écrit A Condé
Ti t*aiii-hc-Bore1, tO