PITEUX DÉNOUEMENT HT
que Pichcgru tenait comme e^&eiiliel que le roi reslAt à l'armée, Coiiilé tuï répondait : ■ Vous prêchei des convertis. Mais l'Empereur envoie dépêches sur dépêches el exige ce départ. Que Baptiste (Pichegru) lâche de persuader aux Autrichiens que c'est leur intérêt que le roi reste avec nous. Dites-lui aussi que le roi opposera la plus grande résistance et ne cédera que contraint et forcé. •
Pichegru, nous l'avons dit, avait déjà quitté Stras* bourg. Il était à Arbois, son pays. On n'avait d'autres nouvelles de lui que celles qu'on recevnit par Deniougé et par Badouville, toujour!^ si prodigues l'un et l'autre de promesses qui ne se réalisnient jamais. Lt-s iiii[u:étudcs que causaicul son inaction, le silence d'un émissaire que Coudé avait invile à se mettre en rapport avec lui, — Bouvenot, l'un'des acteurs de l'affaire de Elesnuçon, — s'étaient encore aggravées par une circonstance qui avait produit au camp de Condé la plus cruelle déception, Invité à s'y rendre pour s'y reiiconlrer et y conférer avec Précy, le maréchal de Castries, Imliort- Colomés et Wickham sous la présidence du roi, Piclicgru non seulement s'était ahstenn de venir, mais encore avait négligé de répondre, bien que tout cùl été préparé pour le recevoir (1). il devenait cependant de plus en plus nécessaire de savoir comment on pourrait accorder ses plans, soit avec les sominntions réitérées de la cour de Vienne, tendant à ce que le rnt K'éloigiiAt
ï'»8 l.A COSJDHATIO.N DE PICHEGRn
de l'arracc de Coiidô. soit avec les revers que subissa L' cl doiU ie conLre-conp
fai-
alors lAulriclio en Italie s;til scnlir sur le Ilhin, où les liosliltlés veiiaienl de sp rouvrir le 1" juin. Le roi sun;;caiL aussi à utiliser les moyens dont disposait Piclicgru dans l'intérieur, en les réunissant à ceux qu'avait créés Wickham, et à organiser une vaste propagande en vue des élections prociiaiues. Picheg:ru persistant à ne pas arriver, il fallait aller à lui. Fauche-Borel parut naturellement désigné pour cette mission. Il avait, au reste, spontanément offert de la remplir, c'est-à-dire de se rendre ti Arbois. auprès de Piehcgru, et de s'arrêter à Berne, afin d'y prendre en passant les avis de Wickham. Pour mieux convaincre l'agent anglais du prix qu'nttacliait Louis XVIII à ces négociations, le duc de la Vauguyon, un de ses conseillers, fut adjoint à l'envoyé royal. Les deux négociateurs quittèrent Riegel le 10 juin. Fauche-Borel était pourvu d'une lettre de Sa Majesté pour Pichogru.
Dans cette lettre, après avoir exprimé le chagrin que lui cauHaicntIcs événemcnli d'Italie, le roi continuait ; <i Lies désastres ajouteraient, s'il était possible, ùla confiance que vous m'avez inspirée. J'ai celle que vous rétablircK la monarchie française, et, soit que la guerre continue, soit que la paix ait lieu cet été, c'est sur vous que je compte pour le succès de ce grand ouvrage. M, Louis F'auche vous remettra celte lettre, .le lui ai donné mes [)ouvoirs, afin que, dans le cas où vous jugerez à propos de faire faire des démarches
PITEDX DÉNOUEMENT ï*«
auprès des généraux de l'arniéc d'Italie, elles n'éprouvent pas le moindre relard. Vous éli's le maître de décider ù cet égard. Je dépose entre vos mains. Monsieur, toule la plénitude de ma puissance et de mes droits... Si les intelligences précieuses que vous avez dans Paris, si vos talents et votre caractère surtout pouvaient vous permettre de craindre que quelque événement impossible à prévoir vous obligeât à sortir du royaume, c'est entre M. le prince de Condé cl moi que vous trouveriez votre place. Si j'en connaissais une plus digne de vous, je vous l'ofFriniis... .le me flatte que M. \Vickliam continuera de fournir, et avec la même générosité, les Fonds que vous pourrez désirer. Je sens combien ils dcvicniicnl nécesstiires, lorsqu il faut plus que jamais former et diriger l'opinion publique... M. de la Vauguyon accompagnera M. Louis Faucbe à Berne, afin de presser les fonds, n Faucbo- Borel était en outre porteur d'un pouvoir rédigé en quatre lignes et d'un billet pour Wickham, le tout signé du roi.
Au vu de CCS pièces, Wickham, nous dit l'auche- Rorel, écrivit ou dessous : « Si Itajitiste, après avoir mûrement réfléchi à lu possibilité du plan dont il esl question dans la note ci-dessu$, se prête à remplir le vœu de Sa Majesté, je promets de le soutenir de tous me» moyens, n Mais, il ne voulut pas remettre un sou i l'émiBsaire de Condé. II se contenta de lui dire que ■ si le généra! Pichegru était à court d'argeni, M. le chevalier de Tessonnet, ayent de la correspondance à
SôO
. CONJtJIlATION DE PICHEGRO
Loiis-Ie-Saunier, remettrail tout celui dont le g pourrait avoir besoin " . Armé de la sorte pour auprès de Pichegru un dernier et suprême Fauche-Borcl poursuivit son voyage.
De ce voyage, nous ne savons rien que ce qu'il nous en à raconté lui-même. Mais ce qu'il en retrace suffit à rendre plus que jamais suspectes ses affirmations et nous le montre, à son habitude, intrigant, peu délicat et inventif jusqu'au mensonge. Le 23 juin, il était à Lons-le-Saunier. Sans s'être informé si Pichegru avait besoin d'argent, oubliant que Wickham n'en voulait donner que si le général l'exigeait, il courut chez Tessonnet pour lui en demander. Tessonnct élait absent; . son amid'HoltelansIc remplaçait. « Ayant eu connaîf^^H sanco de ma mission, tl'Holtelans s'empressa de mtf^^n remettre tout l'argent qui élait dans la caisse, c'est-àdire près de cinq cents louis. » Il eût Été plus véridique s'il avait écrit qu'il le lui extorqua. Telle fut au moins l'accusation formulée contre lui pur Tessonne(, lorisqu'cn rentrant chez, lui, il trouva sa caisse vide. Il alla se plaindre à Wickbnm, qui u ne fit qu'en rire» , déclai prestement Fauchc-Borel. C'est possible, après toutjl depuis qu'il versait des fonds aux innombrables agents royalistes, Wickham devait s'être nccoutimiê à ces façons cavalières, et probablement il ne s'en offensait plus. Toujours est-il que le lendemain, 24, Fauche- Borel arrivait à Arbois. Il écrit nussîlôt à Pichegru pour lui annoncer sa visite, et le 2Ô, à quatre heures du matin, il se présente à sa porte. On lui répond que le
PITEUX DKNOnEMENT iSl
{■énéral a donné iordre de ne laisser entrer personne. Il insiste, et finaienient i! pasïie. A l'en croire, le générnl qui est encore couché l'aurait nccueilli par ces mots ;
— Croyez-vous, mon cher Louis, que je n'ai pas trouvé hier un seul moment qui me permit de faire parvenir à voire adresse un mot en réponse aux deus billets que vous m'avez écrits dnns la journée? Mais j'ai bien supposé que vous trouveriez le moyen de m'aborder, et. en conséquence, j'avais donné l'ordre de ne laisser ealrer personne jusqu'à onze heures du matin, sous prétexte que je voulais me reposer.
Cette explication ajoute une invraisemblance à celle qui résulte déjà de Theuro à laquelle aurait eu lieu l'entretien. Comment admettre, si le général voulait recevoir Fauche-Bore!, qu'il ne lui ait pas fourni luimême les moyens d'arriver jusqu'à lui. et qu'il ait laissé au hasard de décider s'ils se verraient ? Il est plus logique de supposer que Pichegru ne voulait pas le voir et oe l'a pas reçu, ou que. si sa porte a été forcée et si son accueil s'en est ressenti, Fauche-Borel, intéressé à ne pas s'en vanter, a forgé de toutes pièces, après coup, les propos qu il attribue à son interlocuteur. Ce qui donne plus de poids encore à cette supposition, c'est le vide et le décousu de la conversation qui suit, telle que Fauche-Borel nous la répète. On voit Pichegru s'y répandre en considérations générales où l'on retrouve les mêmes idées vagues, et presque en la même forme, qu'on a déjà constatées dans le* lettres précédemment
252 LA CONJURATiaS DE PlCHEGniI
écrites à Coudé par kcb émissaires. Il pose les qu les plus cxiraordiiiaircs : telle celle-ci, qui nous le montre aussi peu réiléclii qu'ignorant :
— Que me direz-vous des Autrichiens ? Je ne conçois rien à leur retraite. Elle me parait dlFHcile à concevoir, d'après tout, ce que vous m'aviez mandé de leurs dispositions à suivre les avis salutaires qu'on leur faisait donner.
Ignorc-t-il donc que, battus en Halle, ils sonten échec sur le Itliin, et qu'ainsi s'explique la retraite dont il s'étonne ? Non, Picbegru n'a pu tenir et a'a pas tenu ce langage qui d'un hoiit il l'autre n'est que sottise, présomption, promesses mêlées de rélicences, et, pour tout dire, incompatible avec ce qu'on sait de son expérience, de sa raison, de son iiitelli(<ence si claire. A signaler encore qu'en reproduisant cet entretien, Faucho-Borel s'y révèle totalement oublieux des motifs pour lesquels il est venu trouver Pichegru. Il n'y est pas dit un mot de l'objet de sh mission, pus un mot de ces moyenu de propagande électorale que voudrait créer le roi dans l'intérieur, A peine est il fait mention des exigences de l'Autriche et de son refus de laisser le prétendant A l'armée de Hondé. Sur ce point, l'icbegru s'en tire^ifl peu de frais. ^|
— Partout où le roi sera, dit-il, les vrais 1-rançats sauront toujours bien le trouver.
Ainsi, tout dans ce récit suc le mensonge et donne lieu de suspecter au même degré- le trait qui le termine. « J'avaie l'enfermé dans ma ceinture l'or que m'avait
PITFnx DKNODRMFNT
) M. d'Huttelaj
Loiis-le-!Miuiiicr,
et, la
détachée, je la glissai adroitiMiiGiit sous la couverture du général, ne voulant pas le blesser par l'offre d'niie somme aussi modique, destinée purement i\ son usnjje. " Gomment, aussi modique, uu? somme de cinq cents louis, douze mille cinq cents francs ! F.t puis, pourquoi ces précautions? Si l'iohcgru a reçu toutes les sommes que les émissaires prétendent lui avoir versées, comment s'offc»serait-iI de ce versement nouveau ? S'cslil offensé lorsque, nu mois de murs, à son départ pour Paris, Demougéluia compté neuf cents louis? Au surplus, c'est Fauche-BorcI lui-même qui, dans ce récit écrit vingt ou vîngl-cinq ans après l'événoraent qu il relate, va nous livrer la preuve de ses mensonges. <■ Avant de le quitter, je lui dis que j'aimerais bien de pouvoir remettre it\x roi un mot de lui qui justiBfit du zèle que j'apportais dans ma mission. C'est alors qu'il écrivit cette courte déclaration signée de sa main : — De grands événements militaires peuvent amener des chances fevorablcs ; je tes saisirai, et le descendant de Henri IV peut compter sur mon dévouement. " Eh bien, non, ce n'est pas vrai. Outre qu'il n'a jamais rien signé, ce n'est pas le 25 juin que l'ichegru, à supposer qu'il ait jamais écrit ces lignes, les a écrites, ainsi que l'affirme Fouche-Uorel. A cette date, il y avait plus d'un mois qu'elles étaient dans les mains de Condé sous la forme de noies de musique et sans signature. Quel qu'en soit l'auteur, et c'est probablement Uadouville, elles ont été transmises nu prince par Demougé le
254 I.A CONJURATION DE PICHEGHU
13 mai. Ln contradiction sur ce point n'est pnspossibi en présence des preuves formelles que donnent les papiers trouvés dans le fourgon de Klinglîn. Victime d'une défaillance de mémoire quant aux dates, Fauche- Borela inventé sans se rappeler la circonstance qui dément son af&rmation.
A peine est-il besoin d'ajouter que la mission sur laquelle il s'est étendu avec tant de complaisance, en appelant à son aide les inépuisables ressources de son esprit inventif, demeura sans effet. Mais il ne semble en ressentir ni dépit ni honte II se contente, après en avoir raconté les péripéties, de couper court aux suites. Il Le roi daifjna me témoigner sa satisfaction. » Et c'est tout. On touchait alors A la roi-juillet. Louis WIII, contraint de céder aux exigences de l'Autriche, partait pour Dlankenberg, et, quoique l'affaire l'ichegru dût donner lieu encore à de nombreux j»ourparler8 auxquels le général allait rester de plus en plus étranger, il apparaissait clairement qu'on n'en pouvait plus rien attendre. C'était une partie manquée. La suite de correspondance ne le prouve que trop.
Au mois de septembre, Pichegru cstcncoreA Arb) Mais on l'attend è Strasbourg. Faucbe-ltorel, qui se trouve alors !\ Bâle auprès de Wickham, avertit Condé de la prochainearrivée du général, et, ajoutant un noii- ^eau mensonge jV tant d'autres, oubliant que lorsqu'il a vu Pichegru, celui-ci lui a recommandé de se défier de Moreau dont il ignore les intentions, il écrit : a Le Bourgeois (Condé) peut se persuader que si la mariée
e la
PITEDX DENOUEMENT
s'est mise où elle est, Zt-dc (Piche{;ru)n'y aura pas peu contribué. Les choses eu sont nu point où les a voulues Baptiste (Pichegru) . « Le 25 octobre, Pichegru est à Strasbourg. Demougé mande : "Baptiste a bu avanthier un verre de Champagne chez moi. L'arrivée d'une partie de l'armée va le décider à partir pour se mettre hors de vue. Il se retire à la campagne, à Bcllcvue {!), pour quatre semaines. Puis il ira à Paris, où Furet (Demougé) doit le suivre. »
A en croire Dcmougê, » d'après l'état actuel de l'armée, et si les Allemands continuent à battre les Français» , Pichegru espère encore reprendre son commandement. Mais on ne l'emploiera qu'à la dernière extrémité, lorsque le gouvernement y sera forcé par le vœu de l'armée. Pichegru alors n'acceptera qu'un pouvoir illimité, il espère, en ce cas, faire tourner l'armée a» proSt de l'armée do Coudé, qui depuis quelque temps s'est fait <les admirateurs et des amis pour les bons trailemenls dont elle a usé à l'égard des patriotes. En quittant Bellevue, Pichegru ira à Paris, où il croit sa
(1) DemoiijjK ne laîl mÉtue pui le nom île la propriûté dont il e>t ici qjMlloQ Et qu'à plusieur* repriteiil oppelle indâmenl Bellevje. Il «'agittoit en réatils <le la ■ ci-devint maitun abbitiale de Bellevaui • que PichegruaTaîtaclieléede l'EtatïuDe date antérieure (.'tpayée eu a«>i|>na(s. Celte propriété, qui conalituait tout (od héritage — on sait qu'il mourut pauTre — et qui était, lou* l'empire, iropotée lur la base d'un revenu île iroi* laille Franci, échut après •■ mort k lun frùre, dueleur en Sorboone, ■l aux eofiinu de la *ieur, Mme Claude JBCi|uel. L'abbaye de Bellc- Mui était dam la llauie-SnOne, i^ominune de Cirey, canton de llioi, arrandiMement de Veioul. Elle eliite encore en partie. On Is déiigiie ■oiu le nom du chùtcau de Bellevaui, bien qu'elle n'ait rien d'un château. La (it^ade leule eti rettée en l'état oik elle était avant la Révolu-
. coNjiiit ATiON nv. ncHEGnu
f licndia
[)Ie partie
[iifscnce necessaiif lier. Il (lemanile des fonds à cet effet. Il n'en a pas un besoin immédiat. Mais il veut savoir où ils seront, u au cas que quelque bonne ocrasioa se présente. Il faut donc voir Wickhjini, qui estimera les fonds à donner, que Baptiste n'a pas voidii fixer. «
Le A novembre, c'est incrae antienne : a Baptiste était parti à neuf heures pour Colmar, quand vos lettres sont arrivées. Coco (Badouvillc) est parti en poste pour les lui porter avec un mot de moi, très pressant. J'ai insisté pour avoir quelques lifjnes de sa moi>t, que je voudrais envoyer au Bourgeois et à Bluet (Wickliam). Je doute que, dans sa position, il envoie de la musique, ni veuille ou puisse fixer la capricieuse [somme) qui, par événement, pourrait être utile ici ou A Paris. Vous connaissez sa manière de faire. 11 ne fixe jamais rien, mais use, d'après les circonstances, de ce qui se trouve sous sa main. »
A la même date, Mme de Roll a vu une lettre de Pichefrru t\ un de ses anciens aides de camp, où il est dit B qu'on l'avait forcé de prendre le commandement Je l'armée, mais qu'il ne Tacceplerait pas, vu l'impossibilité de résister au\ Autrlcbiens avec ai peu de troupes. Il passera l'hiver ii l'abbaye de Bellevue. Il prédit qu'Iluningue sera, au premier jour, au pouvoirdes Autricliiens. "
On peut apprécier combien vide et menteuse cette correspondance il laquelle il serait fastidieux de faire de nouveaux emprunts. Celle de t'aucbe-Borel présente le
PITEOX DÊNOCEMENT 437
B caractère. Le 8 novembre, Fauche en est réduit, n'ayaot, pour son compte, rien de neuf A dire, à envoyer copie d'une lettre de Demougé. Celui-ci prétend avoir un mot autographe de Pichegru. Ce mot est resté dans les mains de Badouville. Mais la princesse de Condé l'a vu; » elle en a été contente et a dit qu'elle l'écrirait au prince » lequel, lui, continue à ne rien voir. Dans ce billet, Picbegru donne à entendre que le mariage est très prochain, quoiqu'en dépil des rapprochements qui sont grands, » la réunion soit encore impossible . Quant au\ Tonds, il dit qu'il en faut, mais sans rien fixer.
Ainsi, c'est toujours demain : il y a pléthore de promesses et disette de réalités. Il n'est donc pas étonnant que le 2D novembre. Condé écrivant à Imbert-Oolomès lui dise : " D'après l'extrême éioignement des espérances que nous donne Baptiste, espérances que, depuis dix-huit mois, il n'a pas rapprochées, ce qui oe m'empêche pas de compter sur la personne, mais, à la vérité, pas sur son pouvoir, je no vois pas autre chose à faire que de prendre patience en entretenant les bons esprits et d'attendre les événements, à moins que vous n'ayez des ordres contraires du roi. »
Tel était donc le dernier mot de la longue et ténébreuse intrigue à travers laquelle nous avons essayé de répandre un peu de lumière, et qu'ont dénaturée odieusement les mensonges et les propos calomnieux des émissaires de Condé. Dans quelle mesure Fichegru t'esl engagé envers eu\, on peut, après les révélations
3uî, ÎI
Ï58 l.A CONJOnATtON DR PICIUXIIU
qui fonl l'objcl de ce livre, s'en rendre compte. Oi a eu le torl tle no pas fermer l'oreille à ces propositions des royulisles, qui lui sont venues eu un moment où l'éltit lamentiibledu pays rendait impérieuse sa reconstitution et où beaucoup de bons Français étaient convaincus que cette reconstitution ne pouvait être efficace et durable qu'autant qu'elle serait tentée par les moyens que détenait la monarcliîe légitime. Mais, en écoulant ces offres, Piclieyru n'en a retenu que ce qui lui permettait d'y répondre sans enfreindre ses devoirs militaires. Il a promis son concours au roi dans le but de favoriser la restauration. Mais, il a toujours entendu — sa conduite en fait foi — qu'il ne le favoriserait que légalement. Il le déclarait lorsqu'il avait sous ses ordres une armée qui l'aimait et l'estimait ; il le déclare encore lorsque, général démissionnaire, dépourvu de tout commandement, une voie nouvelle va lui être ouverte pur les électeurs de la Haute-Saône et du Jura, qui ne veulent pas d'autre représentant que lui au conseil des t^itiq-Cents dont lu formation est proche et qui le lui ont fait savoir. Ce qu'il pense, ce qu'il souhaite, ce qu'il espère, il le précise lui-même, le 20 février n»7 — et ce langage ne diffère en rien de celui qu'il n'a cessé de tenir, quoi qu'en aient dit les émissaires de Gondé — au cours d'une visite que lui fait ù Strasbourg llrocb d'IIotlelans, cet agent royaliste, ami de Tessonnet, que cehii-ci lui a envoyé en attendant de pouvoir venir conférer lui-même avec ie général.
— Écoutez, lui dit Pichegru, avec une vivacité et uiie
PITEDX DÉNOUEMENT Î59
c cœtir dont d'Mottelnns est frappé, el soyez, je vous prie, mon interprète. Il m'est impossible de rien fîiire, de rien dire, de donner ini'me des conseils d'ici à deux ou trois mois. L'affaire de Paris (l)chan{;e tout ; c'est le comble de l'ineptie de la part des ajfcnls, et le inacbiavélisme le pins alrouc de la part de ceux qui les emploient. Je vois bien évidemment qu'ils cherchent à tirer parti de tous ceux qui pourront les servir, mais qu'ils les abandonneront et même les sacrifieront quand ils n'en auront plus besoin; mais ils sont bien aveugles, ils se perdront, et la France entière avec eux. Ce n'est point l'ambition qui me fait agir, je ne demande rien, je n'ai en vue que le lionlieur de ma pairie, et je vous prie de le dire. Si je croyais que la France piit être heureuse sous le ré(;irae républicain, je servirais demain la Itèpubliqne.
D'Hottelnns, étonné de cette sortie, cherche A le calmer. Il lui représente qu'une pareille façon de penser est bien êloijjnée de celle qui anime le conseil du roi.
— Oui, reprend Pichegru, c'est un machiavélisme atroce. Voyez comme on traite Charette et Puisaye.
D'Hollelans l'interrompt de nouveau.
— Soyez convaincu, général, s'écrie-t-il, que parmi les pièces de la conspiration, il y en a de fausses dont le but était d'entretenir la haine que les régicides ont îaoculée dans les esprits contre l'héritier présomptif
(1) La contplratiuii de La Vitlchi^urnoit. <|uc le Direclotrc vennti de ùérjr, gricc à In dêlntiun du primée de Cnrcticy, Hli du due de La V>u-
sno
LA CONJURATiriN DE PlCHECItD
: dù
: la difféi
du trône; mais vous avez i
rèfjne entre Tespril qui a dicté la plupnrL de ces jiièces
et celui qui anime la dernière proclamution du roi.
— Oui, cela est vrai, déclare Fichegru, cette proclamation est parfaite. Qu'oit la suive, et qu'on la suive à lu lettre.
— Quant à M. de Puisiiye, reprend d'Hottelans, j'ignore quelle est lopinion des princes à son sujet. Je me bornerai A vous dire que je crois que ce n'est point d'après leur vœu qu'il a été employé par l'Anglelerre, et que, dans l'esprit de beaucoup de personnes raisonnables, Il n'est point encore lavé de l'affaire de Quiberon. 11 en est tout autrement pour Charette; je puis vous assurer qu'il a été regretté et pleuré, et je pourrais vous faire lire le discours prononcé par Mgr le prince de Coudé, le jour du service qui a été célébri" d rurniée en mémoire de ce héros.
Pichegru revient ensuite sur l'affaire de Paris.
— Je m'attends que mon nom va bientôt paraiti Mais si le Directoire peut éviter de le prononcer, il le-' fera; il ne les servirait pas dans leur projet. Ausurplui je ne les crains pas ; ils ne me peuvent rien ; le mal que cela ferait, c'esl que si je me trouve nommé, les jac< bîns qui ont les yeux sur moi, et qui n'ont pu jusqu'^jj ce moment découvrir mon opinion, ne manqueraienf pas de crier baro. Je serais surveillé et par conséquent dans l'impossibilité de rien faire. Voilà à quoi aboutira la fureur qu'on a d'écrire et de nommer par leur véri table nom les personnes qui se dévouent. Voilà vioj
, illftH plus, I que
iqu'JM
PITECX DÉNOUEMENT 261
: cela arrive, et cela arrivera encore vinjfl fois; l'expérience ne sert donc a rien. Tout mouvement partiel est dangereux, et à Paris il est de plus impossible. C'est l'opinion qui a fait la Révolution, l'opinion doit la délruire. La marche qu'on a suivie jusqu'à ce moment, bien loin de hàler ses progrès, n'a fait que les retarder. Ce dernier événement comprime tout. Les personnes qui m'écrivaient gardent le silence, et le peu de lettres que je reçois laissent apercevoir l'inquiétude et la terreur. Il faut rester tranquille el laisser au temps le soin de réparer celte faule qui est des plus majeures ; puis9C-t-elte être la dernière! D'ailleurs, tout doit être subordonné aux opérations militaires, et ce n'est pas dans ce moment où les arméos ont des succès si brillants qn il faut tenler quelque chose. — Voilà quel est mon plan ; le Direetoire veut bien s'occuper de moi ; il m'offre le commandement du Midi. C'est un os qu'il me donne à ronger; je ne suis pas sa dupe, je vais traîner en longueur, je ne refuse ni n'accepte. Je suis si'ir d'être nommé A la dépntalion par le département de la Haute-Saàne.
— Je crois pouvoir vous assurer, interrompt d'Hotlelans, que vous le serez nussi par le département du Jura.
— Tant mieux, dit l'icbegru, c'est mon département, et je ne balancerai pas d'accepter l'honneur qu'il me fera. Si donc je suis nommé, je vais à Paris, je serai sûrement employé dans le comité de In guerre; peutélrc même aurai-je quelque chose de mieux; alors j'au-
L élrc même aurai
COX.IUKATION DK PICHEGIIU
lat les facilil^s
do pla
jdrui les
personw r dans mes projets, Si je n'étais ■ais le fommiindemeni qu'on me
fju! pourront me ser' pas nommé, j'fitcppti propose.
Ayant ensuilc dcniiimié à d'Iloltrliins ce qu'on disait do l'armée d'Uiilic, et ccini-ci lui îiyfiiil reprcKenlé cjne los succès de celte année nuisaient, à lu vérité, au changement de l'opinion en enlrelcniint l'enthousiasme que produisent toujours les victoires, mais que cependant des revers auraient fait beaucoup plus de tort, en fournissant aux fjouvcrnants le moyen de proclamer la patrie en danjjpr, et, par là, de se perpétuer et d'empéclier les élections, Pioliegni poursuit :
— Oui, ils ont manqué leur but, ot je croisa présent que, malgré eux, les élections se feront et se feront bien.
D'IIotlelmis lui Jiyaiit dit encore que le prince de Gondé désirerai! connaître la mesure de conHancoqu il accordait à Fauche-Borel, Domougc, Fenouillol et Courant, il répond qu'il les croit bien postés pour It chose, mais qu'ils sont très intéressés.
— Comment se fait-il, {jénéral, demande pour d'HottoIans, qu'eu décembre 1 7!)5 tous les mouvements de l'armëe étant combinés d'après les avis qu'on recevait de vous, par l'entremise des agents que je viens de nommer, comment se fait-il que les résultats aient toujours été nuls, et que rien de tout ce qu'on nvaît annoncé ne s'est effectué?
— Oh! c'est bien simple, affirme Pichcgru ; je leui
irl«
riTKDX DENOUEMENT 163
loiijoiii's (lit r[u ils ilonnuienl trop d'espérance, et qii ik disaient plus qu'ils n'étaient chargés de dire.
C'est la constatation du mensonge des émissaires, et la véritable pensée de Picliegru se révèle dans les paroles que, en fonpédiant iDlutlclans, il le charge de répéter an prince de Condé :
— Dites-lui surtout qu'en cas qu'ilsviennent à mettre le pied en France, qu'ils naillent pas se vanter et dire ; » Ah! nous savions bien qnc nous l'emporterions » , et autres projtos semblables. S'ils se présentent ainsi, ils seront écrasés dans le moment.
On aura beiiu tourner et retourner ce langage, on n'y trowvora pas la preuve d'une trahison militaire, ll'cst celui d'un homme politique et non celui d'un traître. Homme politique, Pichegru, depuis dix-huit mois, rêvait de l'élre, et c'est cette préoccupation, incompatible avec celle que doit uniquement avoir en vue un soldat, qui a livré sa conduite A des soupçons immérités, — chfttiment peul-éire excessif d'une faute que les partis adverses' avaient intérêt à exagérer pour le mieux écraser en la rn[)pclant. Mais la postérité, jdus juste que les contemporains, peut et doit lui restituer son véritable caractère et la dégager des calomnies intéressées qui l'ont injustement aggravée.
An surplus, le r6Ie qu'avait souhaité Pichegru était maintenant A sa portée, et jusqu'au 18 fructidor, qui brisa son influence, il n'allait plus être <|u'un politicien, le leader de l'opposition qui s'était formée contre le Directoire. Dans ce rôle, pas plus que dans son rôle
CONJtIHATION DE PICHEGRD
ioldat, et si vive
que c
contre le gouvernement qu'il veut renverser, il n'est rien qui jiisli&c une accusnlion de tnihison, etforce est (Je concinre que, pas plus en ce momcnl que pendant la campagne de 1795, il n'a commis le crime abominable que lui imputèrent ses ennemis politiques, à la faveur des d6Iationl^ de Montguillard.
Ayant laissé cet énif^matique personnage se lançant à la conquête de Bonaparte, il nous faut maintenant le suivre dans son entreprise. Il y pensait depuis la fin de juin. A cette époque, Bonaparte remportait en Italie victoires sur victoires, et Moreau avait passé le Rhin à Kehl. Peu de jours avant ce passage, le 9 juin, Montgaillard écrivait à Mallet du Pan, auprès duquel il jouait la même comédie qu'auprès de Coudé : ■ Tout est consommé. On a perdu et la plus grande occasion et les plus grands moyens qu'on ait eus depuis six ans. On attaquait A la tin sur toute la ligne, de Bàle à Husseldorf; les lignes devaient être abandonnées par tes républicains. Les généraux avaient fait parler à M. l'arcliiduc et A Wurmser (I) ; celui-ci avait reçu les invitations les pins pressantes de plusieurs villes d'Alsace. Mon ami (Pichegru) était là (2), prêt, disposé à tout
(1) C'élnit laujdun miinic «yiLème ilc la pnrt tlci jmitiairoi, (cndnnl A prouver que lu plupart dei ^Pnéraux Fraiiçiii ne ileinanilaicnt >[u'.^ irihir. On a vu Fauche déclarer que Moreau et Doaix clalenl d'urrord atec Pichegru. Ici, Moutgjillard en oiubraiie colIcctivcnieDl pUiiicurt dau« la m£me accuialion, snna en nommer aucun.
(S) CclLe .-iffirmalion esl malfriellement incxacle. Revenu h Slr«»liourg le 1" m.ii, Pichegru en ëtall reparti pour Ârboii nvanE la rnpturc de {'■rmidice qui Fui dénoneé le SI mai.
PITEDX DENOUEMEM 2(15
ébranler, tiul tendant que le moment f!\é par les Autrichiens, ayant les intelligences les plus fortes à Paris. . , Je n'espère obsolumcnt rien. « Après le passage du Rhin, nouvel aveu plus explicite encore : » H me fut alors démontré que la restauration de la monarchie de la maison de Bourbon était bien impossible. »
11 part dans ces dispositions, accompagné d'un certain abbé du Monict, personnage il son image, retors et louche, qiiil s'était adjoint en qualité de secrétaire. Au commencement de septembre, ils arrivent à Venise, Montgaillard apportant avec lui un volumineux portefeuille formé de toute la correspondance à laquelle a donné lieu l'affaire Pichegru. Sa première visite, visite secrète, bien entendu, est pour Lallemant, le représentant de la République française. Il lui demande Ick moyens d'arriver à Bonaparte auquel, déciarc-t-il, il a les plus graves révclalioiis à faire. Désireux de prouver au diplomate français sa bonne foi, il lui confie les secrets • qui intéressaient l'Élat " . Il écrit en outre au ministre des relations extérieures de France une lettre où il est question de ces mêmes secrets et que Lallemant se charge de Faire parvenir. Elle sollicite les moyens d'arriver à Bonaparte, que Lallemant hésite encore à donner sans y être formellement autorisé.
Mais Montgaillard, contraint d attendre, ronge son frein! Il est sans le sou et n'ose confier sa détresse à Lallemant, de peur de s'exposer à faire mettre en doute sa sincérité. H se retourne alors vers le comte d'Aiitralgues, l'agent royaliste à Venise, à la solde de l'Angle-
l.A CONJURATION DK PICHEGUO
'• et protégé de lu Rusa
tlipltimatique. Il lui déclare qu'il veut ga^uor Bonaparte à la cause royale, et, jouant vis-i\-vis de lui le niéinc jeu que vis-d-vig de Lallemaiit, il lui retrace tout le récit de la conjuration de Picliegru, en appuyant ses dires des pièces de son portefeuille. Il failles mêmes confidences à Drake, le ministre de la Gran<lc-Drctagne, le tout A l'effet d'obtenir la somme de dix mille écus, nécessaire à i'aceomplissement de sa mission.
D'Antraipues note par écrit cette conversation révélatrice, qui, tombée un peu plus tard dans les mains de Bonaparte, deviendra la base de l'accusation lancée par le Directoire contre Picliegru. Mais, à la demande dos dix mille écus pour aller chez Uonaparte, il répond : 1' C'est trop peu pour lui, et c'est trop pour vous, « Vainement Montgaillard insiste; d'Antraigues s'obstine dans son refus. Monlginillard reste, la bourse vide, se demandant comment il exécutera ses plans. Plus tard, il écrira que c'est Drakc, mis au courant par Wickham, qui a livré tous les secrets à d'Antraigues; mais c'est pour ne pas convenir qu'il est l'auteur de ces divulgations.
Du reste, toute sa conduite sue déjà la trahison que, dans ses récils ultérieurs, on le verra avouer cyniquement, u Je fus témoin de toutes les manœuvres que MM, Drake et d'Antraigues employèrent pour provoquer dans les Etals vénitiens le massacre général des l-'rançais,.. M. d'Antraigues crut s'apercevoir que je ne me prêterais jamais, non plus que M. du Montet, à favo-
PITBDX DB»OITEMB»T
MT
elleiucat des projets de cette nature, quoique j'eusse l'air de m'y prêter pour en découvrir toute retendue. - Il dit encore : • Le miiiislre de France, voyant qu'auciuie réponse n'arrivait de Paris, m'engagea « me rendre ii Miliin et me donna des lettres pour le command.nutde Legnnno, pour les coiumantlants de plusieurs places et pour le général Bonaparte hii-mènie. •
AecN lettres, Lallemanlajuuttt probablement queliguor: louis, puisque, le 15 décembre, Monl^iùllard était en étal de partir et partit. Il laissait à Venise son portefeuille, trop encombrant pour être emporté, confié ik la [{arde de l'abbé du Moiilol : «J'avais pris avec moi deux lettres originales de M. le prince de Gondé, une lellre originale du prétendant, copie des lettres de M. le prince de Condé, de M. Fauche, de M. Farchidnc à M. Fauche, du major général Klinglin, de plusieurs ajjents. i- On remarquera que. parmi ces documents, il n'y avait aucun autographe de Pichegru. i Celte copie était écrite sur neuf feuilles. Faisant trente-six pages de papier de soie d'une écriture très menue. Mon intention était de la remettre an général Honnpurlo. • Le voi!i\ donc on ronte. Mais il Fallait Iraverser les avant-poste» autrichiens. Il est arrêté par ceux-ci presque nu sortir de Venise el renvoyé au g«?néral d'AlvinKy A Trente. Pendant la route et quoique surveillé, il parvient i\ détruire les lettres de Lallemaul, ne conservant que les papiers qui lui permettent de se présenter A Alvin/.y unicjueluent comme un agent royaliste. Alvln/y s'y laiiiHO prendre et avoue à Monl{;uillard que pour correspondre
MB l,A CONJDRATION DE PlCllEGUn
avec Wurmser assiéjjé dans Mantouc, il en estréduîta se servir de boulettes de cire, dans lesquelles il enferme ses avis. Celte confidence imprudente ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Quelques jours après, Bonaparte secrètement averti faitarrèlerun individu porteur de ces boulettes, apprend ainsi la détresse de Mantoue, les moyens que propose Alvinzy pour secourir la place. 11 dresse ses plans en conséquence, et, les Autrichiens ayant été vaincus à Itivoli. Mantoue ne ttirde pas à succomber. Du reste, Montgaillard n'est pas autorisé par Alvin/.y à continuer son voyage. Il n'est autorisé qu'à se rendre par la route du Tyrol au quartier général de l'arcbiduc Charles, qui raccucillc comme un homme qu'on estime, le garde quelques jours auprès de lui, sans lui dire un mot de Pichegru, et ne consent à le laisser partir qu'après s'être assuré qu'il se rend anprès du prince de Condé.
Celui-ci avait e» vent déjà de tout ce que présentait de suspect la conduite tenue par Montgaillard i Venise, Des avis de d'Antraigues l'avaient mis en garde contre son émissaire, lorsqu'un incident que lui révéla Fauche-Borel vint fortifier ses soupçons. Après le départ de Montgaillard, et d'accord avec lui, du Montet, n'ayant pu arracher il d'Antraigues que de maigres aumônes, iivait recouru à l'auchc-Ilorel en forgeant toute une histoire, à l'effet de sortir de la noire misère dont il élnit la proie. Le 20 décembre, dans une lettre menteuse, il lui racontait comment Drake. après avoir approuvé la démarche à faire auprès de Bunaparte
PITEUX PENOCBlfENT SU
rproutis tous les fonds à cet effet, ^'éUÎt ravisé tout à coup, refusant de iîcd verser itans un avis ullêricur de Wickham. - Itien n'a fait, et l'inaiill ^Montgaillard i enragé est parti le 15 avec ce qu'il avait sur le corps. Je ne sais où il est, ni ce qu'il pourra Mire. Après son départ, le gouvernement vénitien, à qui plainte avait été portée (t), H fait «ai^ir vos papiers et un agenda oublié par Pinauit où se trouvent toutes les affaires de la marquise ;Condé) et de la femme de olmmbrc Mlle Zède, et je n'ai pti les soustraire. Mais j'ai obtenu qu'on laissAt le tout dans les mains du maître de la maison jusqu'à ce que j aie payé. Four payer, j ai fourni sur vous une traite de Eoî.\ante louis. TouU-a les affaires Hépendeni aujourd'hui de Cacqitil prompt de cet effet sans délai : mon honneur et ma liberté, l'bonneur de finoult, le secret de toutes les affaires. Si vous ne payez pas, je seriii arrêté et tous les papiers scrupuleusement examinés. Délivrez-moi de lenfcr où je souffre tous les supplices. •> Au moment où Fauclie-Borcl recevait ù NeucbAlcI celte lettre (30 décembre] , lui en arrivait une de Motil- (jaillard débarqué à Bàle, do retour de sa rapide course en Italie et ayant déjà vu Condé en passant à Mulheim. MontgaillarcI l'invitait à venir le trouver et lui donnait rendez<vous à Berne. 11 lui parlait de la traite et le suppliait de la payer t< non par rainilié que vous avez pour tnoi, mais par les sacrifices que vous faites depuis dix-huit mois pour la marquise et ses intérêts... Je n'ai pas été plus content du bour;;eois qu'à l'ordinaire. Il e^l du plus beau froid du monde, et il m'a renvoyé pour
I tMi uu plus ucu
Î70 LA COSJDHATION DE l'ICriEGnU
l'affaire à Perséc (Klinylin), êloiinéque la yraniie faveur de Perséc n'ait pas levé toutes les diffictillés. Tâchez, mon cher, d'être lundi à Berne, Il est de toute nécessité que je vous voie. Vous me permettrez d'ailleurs d'arranger tous mes comptes avec vous, Maintenant que je suis rayé de la liste des émigrés et que mes biens sont déqucstrés ( 1) , je puis m'acquitter de ce qitc vous avez fait pour moi. Ce que vous avez fait pour mes enfants sera paye par mon ca-ur jusqu'à mon dernier soupir. «
Nous ignorons quels furent les résultîils de ces tenlalives de chantage. Muis elles achevèrent de mettre Condé en défiance (2). Il l'availdéjàmarquéenrecevantMont-
(1) C'éMitfam.ll ncfiilrnyi^qiicplut InrJ. A lail.-ilooù nauoo ict,
il clierutiiiit à rentrer en Kranne ne ne l'aiail. I.et [ireuvi'i ilu lo ilcniarcKei et de »ei crnintn existent nui tiffiiirci clrnn|;èret,ilaTi< ta corrcipondanci^ iln UarlIiclRiny.
(S) La conduite lie Cnadé dnn> ce* circonaliacei acraîl nliiolunienl incompréheDiiblsi'il n'istail ranilatii que, quoique nyani appHi .'■ mépriier Hoalgaillard, il craignait de le pauitcr à bout et le inènagDait. Aînti t'explique que, quoique prévenu dei rapport! que ion iiniatiire iraîl nouéi à Veniie avec Lalleruant et lui ayant avoué qu'il ne Ici iganr:iil pai,ileritreeomniandé au roi lel rJchmatiaoïduMontgaillard etconliinié ik donner a celui-ci ■ l'iiDuraace de ton eitinie ni de ion amiliâ • . Sci i£rilable> iKnlimcnti lont eiprimfi daii* cci propoi qu'il avait lenni au
— Cette affaire a £lé et vu trop bien. On me trompe, on cherche ù m'eo- Iretenir dam celte peDuaiion. Mail je ■n'apcnfui* ipe le* penonncs qui ciËcutcDl celle affaire ne viiicnl qu'à me tromper. Heurauacmcnl, IV nouillot, mon bon Fcnuuillot E>t I& dedaua. Cela me niiaurc cl me tranquilli.cunpcu.
Monlgaillard le prit de Ir^-a haut. Il rcrivit .'i Condé une leUre indignée, dem.-indanl ai, oui uu uuii, c'e*t lui qu'avait vi*ë le prince : • Je n'ni que mon honneur, ma réputation pour loul liïco. • Il offrait d'envoyer l'emploi de (oulea le» aornuica qu'il avait touehéoi. Mni>, Cundc ne lui ayant pa* répondu, il n'envoya rien et n'eu parU plui.
PITEDX nESOUEMEST ÎJl
Ilari], revenu d'Ilalie. Il le lui marqua avec plus <le vivacité dans uue seconde eutrevue où le drùlr, lui ayaat annoucé qu'il voulait se roudre à Blaiikeubert;, lui demanda le payement de eiuq cents louis qu il prétendait lui être dus tant pour ses services personnels que pour s'acquitter envers les divers agents qu'il avait employés.
— Voilà de singulières demandes ! s'écria Gondé. Je ne veux pas donner d'argent, je n'en ai que trop dépensé. Je ne donnerai rien, rien, absolument rien.
Il engagea Montgailtard à s'adresser à Wickbam, au roi, ii qui il voudrait. Mais, pour son compte, il refusait tout, même lu somme modique dont Montgaillard avait besoin pour aller à itlankenberg, trente louis que celuici dut empruntera l« baronne de Reieh, A Blankenbcrg, Monigaillaril fut courtoiseiiienl reçu. Mais il n'obtint ni argent ni confidence quant aux projets futurs. « Il me fut impossible, confessc-t-il, de ne pas apercevoir toute la tléHance que mon vovage en Italie inspirait. «
Irrité et réduit aux expédients, il ne recule plus devant aucune indéliratessc, aucune infamie. Il commence par vendre la voiture qui l'avait amené à Blankenbcrg et qui appartenait à Condé ; il se rend ensuite à Berne, non sans avoir, en deux lettres, envoyé û Lallemant le compte rendu de sa vtsilcau roi. Il tente ensuite une dernière démarche au|>rès de W'ickham. qui refuse de te recevoir. Il s'en plaint à Coudé, et, ayant vainement attendu une réponse satisfaisante, il lui envoie deBàle, le l'A mars midi, cet ultimatum : ■ Monseigneur, il ne
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me reste plus qu'à prier Votre Allesse séroiiiss vouloir bien ne pas oublier que j'ai rempli tous mes devoirs et que Votre Altesse sêiénissime sera seule respoiiEabledes suites qu'ciitraiiicra le parti que je premls en ce moment. »
Celte menace épouvante Gondé, à qui le roi a recommandé d'arranger celte affaire, Il^oitdéjàle Directoire au courant de tous ses secrets. Il mnndeàFauclic-Borel l'ordre de s'attaciicr à prévenir de grands malheurs, de voir Wickham pour en obtenir la somme, de foire inviter Picliegru « A prendre les mesures qu'exige la prudence " , et lorsqu'il sait enfin que Wickham, une fois de plus, est dispose à intervenir, il fait savoir à Montgaillard qu'il est prêt à payer, mais qu'il exige au préalable la restitution de tous les papiers relatifs A l'affaire. Or, c'est justement cette restitution que Montgaillard ne veut pas opérer : « J'honore trop Votre Altesse, répond-il, pour supposer un moment qu'elle ait pu faire dépendre le payement d'une somme qui m'est due d'un sacrifice que je ne dois ni ne veux faire. Ces témoignages d'estime sont ma propriété la plus précieuse. Ils sont une propriété dont aucun événement ne saurait me priver ou me séparer. C'est parce que j'ai mérité ces titres que je n'en ferai jamais d'outre usage que celui qu'exigeront mon honneur et celui des personnes que j'avais appelées à l'exécution du grand projet que Votre Altesse m'avait confié. Mais, en même temps, des titres aussi positifs et une conduite aussi constamment irréprochable, sous tous les rapports, que
riTEDX DENOUEMENT Î73
l'ji étèlii mienne, iii'iraposent la nécessilédc mo juslilier lorsque je n'aurai négligé aucun des moyens (l'obtenir de Voire AUcsse la justice qui m'appartient. "
Ce refus impudent porte !a date du 20 mars. Le lendemain, Fauche-Borel apprend que Montgaillard l'accuse et le calomnie. Il proteste auprès de Condé. 11 ne croit pas avoir à se justifier u de la calomnie que voudrait répandre sur lui le inonslre le plus coupable qui existe sur la terre » , et qui ne lui a juré une haine éternelle que parce qu'il a refusé de détenir pour son compte quoi que ce soit des sommes destinées » à un ol»jet sacré " . Il demande il être mis en sa présence : " Je veu,\ qu'un seul de mes regards l'atterre et le confonde. Si on ne s'ussurc de lui, et quelque argent qu'on lui donne, il en demandera toujours davantage, étant aussi prodigue que scélérat. "
Déchaînées à ce point, les fureurs réciproques des complices désormais brouillés menacent de tourner au tragique. Pour les apaiser, (jondc cède sansconditions. Rendez-vous est pris entre Montgaillard et le comte de Levignac, pour le 24 mars, midi, à Walperswell, près de Berne, et là Montgaillard touche 12,818 livres, t. pour frais et débours pour le service du roi, par ordre de Mgr le prince de Uondé " . Mais il refuse nettement les papiers que, par une lettre courtoise jusqu'à l'invraisemblance, Condé lui a fait remettre par M. de Levignac et 011 il lui renouvelle n ses sentiments d'estime et d'amitié « . Vainement Levignac insiste pour se faire remettre le dossier. Il en est pour ses supplications.
274 I.A CONJOKATION DE PICHEGtlO
Fauche-Borel esl présent, et ce qu'il voit, ce qu'il entend, le délermîne à user de violence. Le lendemain, il se présente vhez Mon t;;ail lard à cinq heures du matin, accompagné d'un de ses cousins. Monl{;aillai'd est couché, son portefeuille sur la ttibic de nuit. Fauche-Borel s'en empare et reraporle. Nous avons deux versions de cette scène : celle de Monfgaiilnrd et celle de Fauche. Naturellement, elles se contredisent; Montgaillard va jusqu'à prétendre que l'autre a voulu l'assassiner. Ce qui esl positif, c'est que le portefeuille fut promptemcnt restitué, l'auteur du rapt ayant constaté qu'il ne contenait rien d'important. Les papiers étaient restés à Bàle en dépôt. Fauche-Borel prévenu parvint à se les faire remettre. Mais Monlyaillard en avait distrait par avance tout ce qu'il avait intérêt A conserver. Le même jour, il adressait à Condé les plaintes les plus vives contre son agresseur. Du reste, feignant de se tenir pour satisfait des satisfactions pécuniaires qu'il avait reçues, il terminait sa lettre en prenant l'engagement « de ne rien publier de ces pièces et de les tenir secrètes n .
En relatant ces incïiients dans ses Mémoires impi mes, Fauche-Borel s'est attribué une conduite chevaleresque et noblement désintéressée. H ne dit mot, notamment, d'une pièce qui existe aux archives de Chantilly, de laquelle il résulte tout au moins qu'il a passé sous silence une part de vérité. Cette pièce signée lie lui, écrite a la même date que le reçu de Montgaillard, 21 mars, donne à penser que celuî-
PITEDX DENOUEMENT ÎT5
ci n'a pas été seul ii toucher. Elle est ainsi conçue : - .l'ongage ma parole d'honni-iir, ainsi (juc c'est mon devoir, dp ne janniis rien dire ni faire dire ni diroctemcnt ni îndireelcmcnl, i\ no rien publier ni faire imprimer d'objets qui peuvent être relatifs aux négociations qui m'ont élé conKées par S. A. II. Mgr le prince de Gondé pour le service du roi, et considérant cojiime 1res coupable celui qui se permettrait pareille démarche (I)."
A propos de quoi celte dêclariilion? Fnl-ellc spontanée et sans autre cause qu'une cause de sentiment? l'aiit-il, au contraire, lui attribuer la valeur d'un reçu? Il citt fâcheux que notre homme ne .s'en soit pa» expliqué et ait également passé sous silence la réclamation que, le lendemain, son acolyte Antoine Courant adressait ;1 Condé à l'cffcl de se faire payer les vingt mille francs qui lui avaient élé promis soleimellement et par écrit le 2!) juillet nU5, au moment où, avec t'auehe- Borel, il entrait en France au péril de sa vie pour communiquer j\ Pieliegru les iulcntions du roi.
Il n'est ainsi que trop vrai que tout, dans cetle aventure, de son début A son dénouement, aura été obscur
(I) En dépil de co Formel cngajfenient, Faiiche-Hori:! ne ceiuîl de bnvardcr el Je cunticr à autrui la miuion doul il ^Uit c)iar[[é. Du re>tc, au cour* même itc ki déoiarcbet nupr^t de l'ielieQru, il en étrivnil toudct d^UlU ù une penonne de Ncochâlel, ce i]u'il te (>*rdv iiien d'avouer I, par mu ordre, celle penoaiie
I dani cette ville. • Voir h c letire Je Tliércie llulitr M. Ladwig Giijicr a cuii>:
, IMl, p. 103).
B la Chuuihre de iioLlcMe, licgeant • hî>(oric)uei, E, une curie UM e Jan* la tiiuiiii|;raphic <fue unie rauiarquulile (S(Ult(;ard,
et contradictoire, bI ce n'est sur un point où la luRiièrC est éclatante, à savoir que les émissaires de Condé s"v sont révélés intrigants et menteurs, vils et méprisables. Quel homme impartial oserait, devant celle constalation, refuser A la mcinoire de Pichegru, pour ce qui dans sa conduite n'a pu élrc cclaircî, le bénéfice des doutes que les mensonges de ses accusateurs sont si propres à lui mériter? C'est sur cette pensée de juslice qu'il faut finir en ce qui le concerne. Au point oii nous en sommes arrivés, il venait d'être élu membre du conseil des Cinq-Cents et président de cette assemblée. Cette phase nouvelle de sa vie appartient à l'histoire du 18 fructidor, dont nous comptons faire l'objet d'un nouveau récit, On y retrouvera ce malheureux soldat victime de cette faiblesse et de celle imprévoyance dont il avait fait preuve dans ses rapports avec les émissaires de Condé.
Au lendemain de son élection, Fauche-Borel se préparait à le rejoindre à Paris, et Montgaillard poursuivait l'œuvre de délation à laquelle il élait désormais voué. Lorsque, six moi»: plus tard, Louis WllI apprenait à Blankenberg le coup d'État du Directoire et l'affichiige de la femeuse lettre attribuée à Pichegru et forgée d'après les dires de Montgaillard à d'Antraigucs, il écrivait à Condé :
«Je suis plus affligé que surpris de ce qui vieatde se passer à Paris. Nous avons toujours vu les scélérats fort alertes et les honnêtes gens très peu sur leurs gardes, Kul doute qu'il ne faille nier tout ce qui regarde Plche-
PlTEl'X DESOCKMENT Î77
cru. Hais si véritnblemeDl il a écrit de sa maiti la lellrc qu'on lui impute, cola sera difficile. Je ne croi^ pas pourtant à cette lettre, car il me semble que Jamais Pichegru n'a rien donné par écrit. Je ne crois pas non plus que, fausse ou vraie, elle se soit trouvée dans te portefeuille de d'Antraigiies. Je crois que tout ceci est une infamie de l'infônie Pinault ou de tout autre, qu'il m en coûte de croire un scélérat, maïs qui l'est, s'il a fait les déclarations dont la proclamation du !) l'accuse," Ainsi s'en allaient en fumée les espérances des émigrés et s'effondraient piteusement les projets qu'avait édifiés le crédule et confiant Condé sur la conviction que le concours militaire de Pichegru lui était acquis. 11 avaitespéré un triomphe, et ses innombrables intrigues dénoncées et révélées par des agents infidèles aboutissaient A un désastre qui devait retarder de dix-)mit ans la restauration des Bourbons.
GHAI'lTltl': X
TED!1S DU DBAHK
Ce qu'il ailTrnt d'eun aprèi le IB fructitior. — MnniQaillaril «iix |;n|!** ^^ BonnparLc. — Lei iiinlheiiri de Fauchc-Rorcl. — Snn tiiicide. — Demougé espion de la polico impfriale. — Fin oliicui's de >p* coinplicei. — Lea linxeMci de BadouTÏMe. — L» iniurgét du Midi. — Lean crïinu. — Le chevalier de L.imollie «t mniiacré. — Le inai~ quÏN de Surrillc reparall. ~— Ce que Coodc peniall de tel a|]viil> dnni Ie* Cdrennei. — Surville c»l arrêté avec Dominique Allier clCIiorbonnellc lie Juoar, — Leur procès et leur coud a ma a lion. — Leur fermeté devant la mort, — Letireg poBlliuniea. — Myitèra de la tin de> aulret relicllci.
Un filècle t?coiilé ii'ii (iiis tlérliiré le vuile doul t'iircnl envclopiHÎcs les circoii s lances de la mort Je I'ielie(;ru. On sait qu'il piiya de su vie sa participation an cDiiipInl de Georges Gadoudal. Mais nul n'a pu dire s'il périt assassiné ou s'il se donna la mort. La deslinée des antres nctenrs des événements tjn'un a vus se dérouler dans ce livre ne présente, à son déelin, pour la plupurt d'entre eux, ni les mêmes péripéties dramatiques ni les mêmes mystères. Loin qu'ils aient disparu dans la mêlée tumultueuse des temps révolutionuiiires, nous pouvons les suivre tous ou presque tons jusqu'au lerme de leur vie aventureuse et constater que les épreuves suprêmes leur lurent épar^jnces, c'est-à-dire les cbùtimeuls rijjou-
riN DES ACTEUItS nO DHAME
Kx t\oal les loi
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pi râleurs.
Placés par lo roi Louis XVUI ;1 lu tête de l'agence dite agence de Souabe, qui sic{;eail à Augsbourg, legcncia! de Précyellnibert-Coloniiïs, aprèsavoirparticipéAmilIc intrigues successivement avortée», furent, sur les plaintes du gouvernement fninçai», arrclés à Itayreulh au commencement de 1801 par le gouvernement prussien et détenus durant dix-huit mois dtms une forteresse. Mis en liberté, ils se séparèrent après avoir acquis la certitude que leur rôle, en tant qu'artisans de complots, était fini. Précy vécut en Allemagne jusqu'en 18H. Il rentra en France avec les Bourbons. Itéinstallc à Lyon, il y fut investi du commandement do la garde naliunnle. Il l'exerça jusfju'en 1820, dale de sa mort. Imbert-Colomés l'avait précédé au louibran. Il ferma len yeux dans l'exil auquel il s'éliiil résigné, à iiath, en Angleterre, en t«09.
Les héros du complol àc llesunçon n'eurent pas une fin moins paisible. Le général Ferrand,aprèK sa disgrâce, avait clé mis à la retraite. Élu aux Cinq-Cents et invalidé, il fut rappelé à raclivité après le 1 8 brumaire, mais pour peu de temps. Il avait définiliveuienl ({uitlé le service depuis deux ans, lorsqu'il mourut en 180t. Tinseau d'Amonduns lui survécut jusqu'en 1817, retiré à Londres, et l'aulenet de Véreux jusqu'en 1830, n'éloiit, l'un el l'autre, revenus dans leur pairie rpi'aprés la chute du régime inipériut. Sur le chevalier de Tcssonnct, cet Ulumiué qui, prenant ses désirs pour des réalités, anuoii-
LA COMURATION DE PICHEGRO
çait comnie chose faite le soulèvement de la moitié o la France en faveur de la cause royale et se croyait assuré d'ouvrir à son roi le chemin du trône, les dôlails nous font défaut. Nous n'avons pu découvr comment il finit.
Nous sommes mieux renseignés en ce qui touci Montgaillard, Kauche-Borel, Badou ville, Demougj Fenouillol, Mme de Reich et autres qu'on a vus 1 l'œuvre sur les bords du Rhin.
N'osant rentrer en France après le 18 fructidor, biei qu'en dénonçant la prétendue conjuralion do Pichegi il eût donné à la République un gage non équivoque (j dévouement, Montgaillard resta en Hollande du plusieurs mois, il ne vint à Paris qu'en 1801, s'y fil arrêter et demeura incarcéré au Temple pendant six mois, 11 en sortit pour entrer au service de BnnaparU dont il fut, pendant toute la durée de l'Empire, le coH seiller secret pour les questions de politique extérieur^ Il existe aux Archives de France un certain nombre d rapports signés de lui el rédigés par ordre de l'empi reur, qui attachait du prix à ses connaissances dîplomd tiques, sans professer d'ailleurs aucune estime pour s caractère. Sous la Restauration, Montgaillard, dod l'audace et l'habileté ne s'étaient pas ralenties, parvin à vendre son dévouement aux Bourbons el en lira quelque profit. Il fut moins heureux sous le gouvernement de Juillet. Ses services ne furent pas agréés. Il mouruL à quatre-vingts ans, en ISil, obscur et misérable.
Il y avait alors douze anaque son complice Faucl
■el n'esisUiit plus. Étatil parvenu A quitter l'aris quelques jours après le 18 fructidor et à se dérober aux recherches de In police, Fauche-Borel s'élait imniédia- (eiiieiit lancé dans une aventure nouvelle avant pour objet de faire croire iV Louis XVIII que Barras élaîl disposé à rétablir la royauté (1). Il exploita la crédulité du souverain proscrit comme il avait exploite celle du prince de Condé, en des conditions qui laissent une fois de plus planer des doutes sur sa bonne foi et obligent à le considérer comme un imbécile ou comme un fripon.
On le retrouve un peu plus tard dans Paris, mêlé aux obscures intrigues qui préparèrent le complot de Gadoudal et dcMoreau. lltombeauxmainsdela police ; il est longtemps détenu. Libéré en 1807 par l'intervention du roi de Prusse dont il était le sujet, il s'agite jusqu'en 1814, évoluant en Allemagne et en Angleterre, véritablement possédé du besoin d'intriguer et de conspirer, soupçonné de vendre à In police impériale les secrets des Bourbons etaux Bourbons les secrets de cette police. Lorsque Louis XVIII remonte sur son trône, ces sou])çons ont acquis une telle force qu'ils effacent le souvenir des services que Fauche-Borel prétend avoir rendus à In cause royale pendant la Révolution el l'Empire. On lui objecte tout ce que son rôle a présenté de suspect.
Pendant quinze ans, il s'efforce de vaincre ces préventions, de dissiper ces soupçons, de se justifier et d'obtenir justice, renié par les hommes d'État anglais
(1) Voir mon livre : Let émigré
m ^i) *oir moi