I.A CONJDBATION DE nCllECUU
iiceneiidiintseiv'
, d6sav(
riacourde [''rnnc^
lie trouvant un peu d'appui qu'nuprés de la Prusse. Sur les recominandtitions de celle-ci, Louis XVIII, de guerre la6se, finit par lui accorder une petite pension. Mais ce n'est qu'une goutte d'eau dans la délresse où de malheureuses spéculations industrielles ont jeté Fauche- Borel. Il ne l'accepte que comme un dédommagement partiel et momentané. Impuissant A ohtenir mieux, et couvert de dettes, il se décide, en 1829, A publier ses Mémoires, destinés, dans sa pensée, à apprendre aux Français ce qu'il a fait pour ces Bourbons qui reconnaissent si mal, à l'en croire, son long dévouement. A la dernière page de son livre où, lanti'it avec une effronterie qui indigne, tantôt avec une candeurquidésarme, il a entassé erreurs sur erreurs et mensonges sur mensonges, il écrit : <■ Trente années de sacrifices de tous les genres, de dévouement de tous les instants, mes établissements anéantis, ma fortune dispersée, le pain de mes enfants engagé, ma liberté compromise, ne me l.iissent d'autre alternative qu'une prompte justice OJ une catastrophe inévitnble. "
Ces paroles étaient propliélupies, et la ealastru| suivit de près. Avant i\iie rannée fût écoulée, ce malheureux, qui s'était retiré A Ncuchàtel, ouvrait un matin sa croisée, se précipitait dans la rue et se brisait le front sur le pavé, donnant, à vingt-cinq ans de distance, une sinistre contre-partie au trépas de Pichegru.
Quant aux autres individus dont les dénonciations de Monigaillard révélaient la participation à l'affaire
FIN DES ACTEURS DU DilAMF.
avaient été
pou,
i Icndei
du 18 fructidor. Ceux sur lesquels ou put lueLtre la maiu furent traduits devant un conseil de {guerre, A Strasbourjj, sons la prévention d'espionnage, acquittés faute de preuves et rendus à la liherlé. De ce nombre était le yéuéral Lajolais, le major Thugnot dit Philippe, les chefs de brigade Badouville et Saint-llémond . Ceux de leurs coaccusés qu'on n'avait pu saisir ren- Irèrent en France après cet (icquitlcmenl sans être inquiètes.
Lu police les tenait donc tous sous sa main lorsqu'elle «lécoiivrit, en 1804, lecouiplot de Cadoudal. .Supposant qu'ils avaient pu y coopérer, elle les arrêta de nouveau, Demougé à Strasbourg où il dirigeait une fabrique de meubles, Fcnouillot i\ Lyon où il exerçait la profession d'avocaf, la baronne de Reich dans l'électorat de Itàle drini les iiutorilés la livrérenl, sons la pression des niL'tiaccs du gouveriicnieut français, Thugnot à Cherbourg, Liijolaisel Badouville ù Paris. (Juoique, i\ l'esception de Lajolais, iU eussent tous prouvé qu'ils étaient ctrungers à cette conspiration nouvelle, ils restèrent détenus plus ou moins longtemps, non en vertu d'un jugement, puisqu'on ne les avait pas jugcsi mais par le bon plaisir de Bonaparte et de Fouchéqui préféraient les savoir dedans que dehors.
Les interrogatoires auxquels ils furent soumis ne jettent aucune lumière sur In conjuration de 1700. Il ]'y est fiiit allusion que dans celui de Fcnouillot. Le commissaire qui 1 interroge lui ayant demandé s'il con-
LA CO^JDRATION DE riCHEGHU
t Pichegn
ond r
tivemcnt, en ajoutant t( tefois :
— Je sais qu'il allait chez le prince de Condé; mais je ne l'y ai pas vu.
— Dites-nous à quelle époque vous avez su que Pichepru allait voir le prince de Condé.
— Après qu'il eul quitté le comniandenienldcl'nrniéc du Rhin, il vint à Strasbourg et ensuite à Paris. A son retour, il passa le Rhin et vint voir le prince.
Cette affirmation est isolée, et elle est unique. Elle ne repose, au surplus, sur aucun fondement, ctla réalité lui inflige un démenti formel. Il est en effet démontré que Pichegru, invité par Coudé, en mai 1 790, à venir auprès de lui pour se rencontrer avec Précy et Wickham, ne crut pas devoir se présenter an rendez-vous, où on l'attendit en vain. Les témoignages des autres détenus ne démentent pas ce fuit, et il reste acquis qu'en cette circonstance Fenouillot avait émis une assertion inexacte. C'est le dernier trait par lequel il se manifeste dans l'affaire. 11 n'est plus parlé de lui jusqu'en 1815. A cette époque, il était conseiller à la cour d'appel de Besançon, où, avant la Révolution, il avait exercé le» fonctions d'avocat du roi aux finances. Il passait pour avoir eu de grands malheurs domestiques. On racontait qu'au cours de ses pérégrinations, sa femme l'avait abandonné pour épouser im prêtre, et que de ce mariage étaient nés plusieurs enfants.
La baronne de Rcich, qu'on avait arrêtée sur une dénonciation anonyme venue de Newviller, daus
Inquellc clic Était traitée d' ■ ancienne concubine <hi cardinal Collier », vit finir sa captivité en I80(j. Elle avait alors soixante-huit ans et la misère en perspective. Internée d'abord à Épinnl, elle obtint ensuite (l'habiter Strasbourg, trouva le moyen de s'en faire renvoyer et n'y revint qu'en 1809. Mais elle y fut l'objet Je la plus ri^joureuse surveillance. On la savait active, remuimte, portée à l'intrigue, toujours en relation avec des gens suspects.
La libération de Demougédale de l'année prccédenle. L'empereur et l'impératrice éUuit venus  Strasbourg, sa femme alla se jeter uux pieds de Joséphine et obtint sa grâce. Pour s'assurer des moyens d'existence, il consentit alors à se faire en Alsace l'espion du conseiller d'État Desmarets, l'un des directeurs de la police impériale. Nous possédons quelques-uns de ses rapports. Ils sont creux, vides, pauvres de renseignements. Il avoue dans l'un d'eux qu'il est sans relations dans une ville où il manque depuis huit ans, et qu'il lui faut quelques mois pour s'en créer de nouvelles. En 1811, réduit à la mendicité, il demandait à passer en Russie.
Le général Lajolaîs, dont il n'est pas aisé, par suite de l'obscurité des documents qui le concernent, de préciser le rôle dans l'affaire de 1195, et qui s'en était, aussi heureusement lire que les autres acteurs, ne put se tirer de même de celle de 1804. Fortement soupçonné d'y avoir participé, il fut condamne à mort, et sa peine commuée en celle de quatre ans de déteii-
S80 I.A CONJURATION DE PICHEGKll
tioii. Il mourut un cliâtcitu d'If eu 1K08, au ti où an captivttc ullail prendre Un.
LenijijoiTliLifjnot, liTsgravemenI eorn|iroinis, trouva parmi sets clioFs ci ses camarades d'ardenU défenseurs. Sa conduite militaire lui avait mérité leur estime. Oit vantait son esprit de discipline et son courage. Quinze jours avant son arrestation, il avait été décoré. Le général Noguès alla plaider sa cause auprès de l'empereur^^ qui se contenta de répondre r ^^Ê
— II se justifiera devant les tribunaux. ^^Ê
Sept mois plus tard, il était encore au Temple sans qu'il fût question de Ini donner des juges. Une intei-vention nouvelle se produisit alors en sa faveur. A la fin de 1805, par considération pour ses senices, Napoléon signait sa mise en liberté et le renvoyait à ses fonctions.
Pendant ce temps, le plus remuant des acteurs de 1795, celui dont les intrigues, la vénalité, les dénnirches avaient le plus contribué li compromettre le général Pichegru, Badouville, toujours détenu, écrivait lettres sur lettres pour obtenir sa délivrance. Lors de sa première arrestation, à la suite du 18 fructidor, Il avait invoqué le souvenir de ses services militaires, produit desattestationsélogieuscsdeschcf^ sons lesquels il avait servi, rendant immmage A sa bravoure, rappelant ses exploits et ses blessures. Puis il avait écrit au premier consul une lettre propre à démontrer qu'il éUiit désormais rallié au régime nouveau qui se fondait sur I ruines de la Révolutioti.
FIN DES ACTEDIIS TiV DUAMK
ni, l<ii
lulail-l
je
il estdii devoir
de tous l(.'S braves de l'armée française, qui ont mérité t'f nom par des actions assez éclatantes et non é({iiivoques, de vous présenter l'expression de leur dévouement. Le mien est égal à l'umour que je porte au bonheur général do ma patrie cl A la gloire de ses armes. Votre personne s'identifie dans mon esprit avec tous ces grands objets. Vous seul, secondé parles vrais amis du bien, pouvez procurer d la grande nation le résultJit brillant et durable que vos victoires et votre rang nous donnent le droit d'espérer. Un jugement solennel va, dans quelques jours, me rendre d la liberté et à l'activité île mon grade, après avoir été dépouillé de l'un et de l'autre par un arbitraire monslrueu.v et sans prétexte. Alors, mon général, si vous voulez vous fiiire rendre comple de ce que jui fait pour mon pays et de ce que je suis capable de faire, vous trouverez en moi un ofEcier dévoué, envers et contre tous, à votre personne, à votre grand caractère et aux vastes conceptions politiques que vous allez développer pour notre commun bonheur. »
On voit ù CCS basses et serviles flatteries que Badouville ne songeait déjà plus aux promesses que naguère encore il faisaità Goiuié. Du reste, sa servilité ne pjirvint pas A vaincre les préventions que le premier consul nourrissait contre lui, au tan ta cause de ce que présentait de louche et de ténébreux sa conduite dans l'affnire Pichcgru qu'en raison des désordres de sa vie privée. Non seulement il n'obtint pas le gnide d'iidjudiint
k non seulement
LA CONJDRATION DE PICHKGRU
lel il s
lit (lei
mais encore J ne fut pus maintenu dans celui de chef de brigade dont il avait porté les intiij^nes à l'arnicc du lihin. On ne voulut le maintenir que comme chef d'escadron, et, bien qu'il eût obtenu de prendre rang a partir du 6 mai I7})3, on ne lui accorda même pas l'arriéré de solde qui aurait dû lui revenir. Pour comble de disgrâce, il fut mis en réforme presque aussitôt, tout en conservant, d'ailleurs, un traitement.
Il était dans cette situation, lorsqu'on l'arrêta de nouveau en 180-i. Cette fois, sa captivité fut plus dure qu'elle n'avait été de 1798 à 1800. Au mois de février 1805, dans la prison du Temple, à la suite d'une altercation avec un de ses codétenus, il reçut un coup de couteau qui lui perfora le ventre. Croyant sa dernière heure arrivée, il se contenta d'observer ■ que s'il avait reçu ça pour l'empereur, ca lui eût été égal » . Les soins qui lui furent prodigués sauvèrent sa vie, mais ne corrigèrent pas ses vices, fiicntùt après, ses grossièretés, ses violences, ses habitudes d'ivrognerie contraignirent le gardien chef du Temple Fauconnier à demander son transfert à la prison de la Force.
11 n'est dit nulle part, à notre connaissance, à quelle époque il en sortit, ni ce qu il devint jusqu'à sa mort, survenue à Dijon en 1815. Nous savons seuletacnt qu'en 181-i, àla rentrée des Bourbons, il avait demandé et obtenu les récompenses qu'il prétendait lui être dues pour sa conduite en 1795 : lu crois de Saînt-Louîs et une pension avec onze années de rappel. Cette pension
FIN UES AGTEDHS DU TIIIAME
Reignit a
n lui. Sa ^
s pni
rviiit nas à se In
faire
attribuer. On lui objecta que lorsqu'elle avait épousé llnilouville, il était déjà retraité, et qu'en conséquence elle n'avait aucun droit à être pensionnée.
Ainsi disparaissaient peu à peu, obscurément et sans bruit, les principaux personnages et les comparses de lu comédie imaginée en 17!)5 par Fauche-Borel et Monlgatllard. Lors(pie, ultérieurement, les deux compères, dans leurs longues querelles sur le rôle qu'ils avaient alors joué, se dépenseront en vantardises cl mentiront à qui mieux mieux, aucun de leurs complices ne sera encore vivant et ne se trouvera li pour les convaincre de mensonge. Pieliegru, qui, avant de mourir, a négligé de se justifier, ou à qui, entre son évasion de Caycune, en 1 80 [, et sa lin, en 1 804, ne s'est pas offerte l'occasion de le faire, a emporté dans la tombe le secretde sa prétendue trahison, secret poignant et douloureux qui y sera & jamais enseveli avec celui de sa mort mystérieuse et tragique.
Le récit qui s'achève serait incomplet si nous ne mentionnions, en le terminant, ce qu'il advint de ces insurgés du Midi dont le prince de Condé avait tenté de faire coïncider le soulèvement avec les effets de la conjuration de Pichegrii et des rébellions qu'on lui promettait dans les départements de l'Est. Nous les avons laiflsés dans la Haule-Luire, principal théâtre de leurs exploits, au commencement de 1796, alors que, résolus à ne pas dépuser les armes, ils venaient d'envoyer ù Vérone le marquis de Surville afin d'ob-
LA CO.NJUIIATION DE PICHEGIHJ
tenir du roi qu'il leur donnât un chef et des
Surville parti, ils avaientimprimé à leur propagande une impulsion plus active. Livrés à eux-mêmes, n'ayant ni général ni plan d'ensemble, ils tenaient, comme l'avaient souhaité le chevalier de Lamothe et Dominique Allier, le pays en haleine. Se dérobant itux poursuites dont ils étaient l'objet, ils parcouraient les communes, entraient dans les maisons, ot|)onr décider les habitants à s'unir à eux, ils employaient tour à tour les promesses et les menaces.
— Le roi nous envoie des chefs ù l'aide desquels nous nous vengerons, disaient-ils. Tout nous assure de prompts succès. Le Directoire périt de ses divisions; les républicains s'égorgent entre eux. Grâce à ces désordres, nous avons pu rallier à nous plusieurs de leurs généraux. Partout les troupes manquent pour défendre le gouvernement; les gendarmes sont à nous; ils nous aideront à nous débarrasser de nos ennemis. Lorsque le roi sera revenu, les propriétés des terroristes seront distribuées entre ceux qui auront embrassé sa cause. Quant à ceux qui refusent de s'y rallier, gare à eux!
L'exaltation des meneurs royalistes ne se traduisait pas seulement pur ces mensonges el ces vantardises. Les exactions reprirent de plus belle. On ne saurait énumérer les coups de main, les attaques, les meurtres que signalent les documents officiels. Un jour, c'est une émeute qui éclate à Toulouse et qui met aux prises In garnison avec ce que compte de plus fiimeux k> per-
FIN DES ACTEDUS DO DIIAME 391
**J«»oneI des rebelles. Un autre jour, cest Luinolhe qui marche sur le l'ont-Saint-Esprit, où il s'est assuré des relations; il s'empare lie la citadelle, ne la garde que quelques heures et l'abandonne, non sans avoir répandu l'épouvante dans la petite ville qui s'esl crue au moment d'être mise à feu et à sang. L'année suivante, c'est un autre partisan, Sainl^Christol, qui ia reprendra et ne s'en laissera déloger qu'A coups <le canon. S'emparer des villes et des faubourgs qu'on sait dépourvus de troupes, et y rester le temps de lever des contributions sur les habitants les plus riches, telle parait être, sans parler des assassinats qui se multiplient, la tactique à t'aide de la(]uelle u on tiendra le pays eu haleine " .
Les généraux attachés aux 9* et 10* divisions militaires que commande Château neuf-Randon sont sur les dents, se plaignent de manquer de troupes. ChàteanncuF- Randun, pour se rapprocher du théâtre le plus ordinaire des émeutes, transporte son quartier général de Montpellier aux Vans dans l'Ardèche. Mais il n'est pas plus heureux que ses lieutenants. Sa présence n'empêche rien. On vient le braver jusque dans la maison qu'U habite. Le général Frégeville l'avertit qu'il aitâ se bien ^^Kttftrder, Dominique Allier ayant déclaré qu'il l'enlc- ^^Berait.
^^^t Encore un bomme terrible, celuî-Iù. Sa tète est mise à prix; trois mille francs sont promis à qui le livrera mort ou vivant. Apprenant qu'un maire a fait proclamer In promesse dans sa commune, il se présente un suirchez lui :
LA CONJUUATIOS DE PICllEtiHU
- Voici mn tète,
; [>ay(
1 Et le mniree
contraiiil de lui compter les trois raille frmics. Dominique Allier se retire en disant : — Tout bîou rûHcclii, je reprends raa tète; mais je garde l'argent.
Le 18 avril 1796, il commet un acte de hnijandiigc bien autrement tragique. Etant parvenu à ri'unir une bande de deux cents hommes, il part le soir avec eux de Saint-Paul-Trois-Chàteaux, où il leur avait donné rendez-vous. Il marche toute la nuit, et le leiidcmain dans la matinée il arrive devant Barjac, commune du Gard. Lo bourg est gardé par une compagnie de volontaires. Il sorame les officiers et les soldats de se rendre, en leur annonçant que Châleauneuf-Haiidon est prisonnier, etque Nîmes, MontpellitT, Toulouse sont en insurrection.
Sur le refus qui lui est opposé, il ordonne à sa troupe d'attaquer, désarme les volontaires, les enferme dans le poste et fait fusiller les deux officiers qui n'ont cédé qu'à la force. Il oblige ensuite les habitants à se cloîtrer chez eu.v, arrête les membres de la municipalité, ordonne le renversement des arbres delà liberté, réquisitionne de l'argent et des vivres, et autorise le pillage. Il tieiiL ainsi la commttne sous la terreur jusqu'au
A onzelicures, averti que, de tous cùlés, des troupes marchent sur lui, armées de canons, il part, gagne Jalés. où il prend des mesures de défense sous les yeux de In petite garnison du château, intimidée par son nudacc. Le lendemain, lorsque arrivent les généraux Château-
^Rif-Raii<lon (!l Moite, qui le poursuivent, il a (lêfjucrpi : sn bande estiiispcrséc, et lui-incme devenu de tioiivean introuvaille.
C'est en vuin que, quelques jours plus tard, un conseil de guerre prononce In peine de mort contre trois insurgés qui sont restes au pouvoir des troupes, les sieurgCroze, Fabregat, Berge, etlcsfull exécuter séance tenante; ce rigoureux et nécessaire exemple, s'il venge ot châtie l'odieux assassinat commis ù Barjnc, ne Fait pas tomber les armes des mains des rebelles. Longtemps encore, ils continueront à résister, à corïibattre, sonvent protégés, aux heures les plus périlleuses de leur vie nomade, par In complicité des communes qui n'osent les dénoncer de peur des représailles dont elles sont menacées.
On a beau multiplier les bultues dans les bois, ces malandrins so dérobent toujours. Si l'un d'eux est pris, il trouve parmi ses jujcs des gens pour atténuer ses torts. Tel cet administrateur du Gard, Troiq»cl, chargé dcprocédci-à une enquête surlea événements de Barjnc. et qui avoue, avec raison d'ailleurs, que » les excès inexcusables des patriotes n'ont que trop contrihné A fitnatiser l'esprit de ces contrées" . L'histoire de l'année 1 7ft(> se résume pour le Midi dans celle de cette longue rébellion et des innombrables épisodes qui In caractérisent et s'v succèdent sans en modifier la physionomie.
Cependant, dès les premiers mois de 1"97, il était visible que le découragement commençait à se répandre parmi les insurgés. Leurs ressources s'épuisaient
ndre ^Ê
S9i LA CONJURATION DE PICTIEGHU
mise en état de siège des départements qui servaient d théâtre à leurs sinistres exploits ne lenr permettait plii de s'en procurer aus^i facilement que les années prfl cédenles. Les secours qu'ils attendaient de l'étrangi sur la foi des promesses de leurs chefs, n'arrivaient pail Le marquis de Siirville n'était pas revenu. Ils restaient sans nouvelles du dehors, plus exposés ijuejamais aux périls du dedans, perdus et dispersés sur le vasle territoire où ils évoluaient, acculés à une résistance dési pérée pour se dérober à un adversaire de qui, ) l'avoir si longtemps bravé et par tant de crimes encoi impunis, ils n'avaient à espérer ni grâce ni clémeacl
Pour comble d'infortune, la division s'était i entre eux. Victimes des mêmes déceptions et des mêni malheurs, Lamothe et Dominique Allier cii étaient a vés à se haïr. Ils s'accusaient réciproquement d'audaCI inutile et d'incapacité. Chacun d'eux rendait l'autre responsable de la triste situation du parti royaliste dai les Cévennes. Leur querelle s'envenima. Lamotbc tcnJ de tuer son complice. Menacé de mort et ayant reçu t coup de fusil. Allier dut se retirer pour sauver s
C'est A cette époque, — 17 avril, — que Tenir nant Lamotbc vit brusquement finir sa carrière i conspirateur. Depuis quoique temps, il évitait de fiiîl parler de lui. A l'instigation de Dominique Allier, i plupart de ses hommes l'avaient abandonne. Livrél lui-même, ne songeant qu'aux moyens de tromper! surveillance exercée partout où était soupçonnée j présence, il vivait au hasard des chemins, n'osant col|
rlier deux foÎ!^ de suite ou même endroit, se suchaiit à la merci d une rencontre ou d'une trahison. Un jour, uux abords du hameau de la Narce, dans la Haute-Loire, ■I 8e trouva à l'improvisle devant le jufje de paix de Coucourun, qui le reconnut et s'attacha à ne pas perdre ses trnces. Quelque diligence qu'il eût mise à fuir, il était arrêté quelques heures plus tard; il fut écroué à la prison du Puy.
Il devait s'attendre à êlre jugé, condamné et fusillé sur-le-champ. Mais il fut sursis A son procès. Le t! octobre suivant, dans la soirée, une émeute éclata au Puy. Elle avait, croit-on, pour objet de le délivrer. Lorsqu'elle eut pris fin, on le trouva égorgé duns son rachot. L'obscurité dont est resté enveloppé ce dramatlfjue épisode ne permet pas de préciser sî Lamothe péril de la main de ses gardes, qui ne voulaient pas se le laisser eiJever, ou si sa mort fut l'œuvre de quelquesuns de ses complices qui rcdoutnîeiil ses révélations.
Il était incarcéré depuis plusieurs mois, lorsque le marquis de Surville reparut dans le Vivarais. C'était à la Rn d'aoAt. Sa longue ubseuce n'avait profité ni à lui ni à SCS compagnons. II rentrait sans avoir pu mener à bonne fin la mission dont ils l'avaient chargé, n'ayant obtenu du roi ni pouvoirs ni secours, ayant dû se résigner, pour ne pas enfreindre la volonté royale, à se mettre sous les ordres du général de Précy, qui ne pensait pas que l'heure d'agir fût venue et qui s'efforçait de paralyser les tentatives isolées, ne croyant qu'il l'efficacilé de celles que seconderaient les armées étran-
latheui
qui oui suivi •and s
! sieye
(le Ly<
lui en font redouter de plus grands encore, êcnva septembre 1795, Imberl-Coloj
11 tremble, non pour lui, mais pour ses compatriotes. Il voudrait différer tout mouvement jusqu'il ce que les armées des puissances combinées aient eu quelques succès, n Telle était encore en 1 797 l'opinion de l'réry.
Dans les rares relations, très înc(>m|dèles d'ailleurs et souvent inexactes, que les historiens, compatriotes de Surville, lui ont consacrées, il esl dit unifurmémenl qu'en revenant dans le 'Vivarais, il rapportait le brevet de commandant suprême dans lu Hauto-Auvergne, le Vivarais et le Velay, qui lui aurait été octroyé par Louis XVIII. C'est le contraire qui est vrai. Comme nous Pavons dit, il revenait les mains vides, victime dune défiance épale à celle dont, peul-étre avec plus de raison, avait été l'objet Bésijjniin, ilc la part des {grands chefs du parti royaliste, et qui durait toujours (1). Le 8 mars 1797, le roi, en envoyant ïSurrille li Condé, lui disait: ■ C'est M. de Survillc qui vous remettra cette lettre, mon cher cousin. Vous connaissez l'homme; ainsi, je n'ai rien à vous en dire. J'espère qu'en 1» mettant de plus en plus, ainsi que j'ai tâché de le faire, dans la main de M. de Précy, sa této n'aura pas d'inconvénients, et que son zèle pourra servir
Lorsque Surville remit ce messa{;e}i Condé. il y
(l) • Si i<
■ ctl exnllée |>lu* que juninii. Il il éd .11 ne beaucnup ( Milenl pot lui donner de l'arjjtiil |i<iiir Miivre te* projeMlj
FIN DES ACTEUHS DU DUAME
2il7
|iréB d'une minée qu'il sollicilaît des pouvoirs. Le roi les lui ayant refusés, Condé ne pouvait les lui donner et se contenta de l'envoyer à Précy. " J'ai fait partir Sun ille ce matin avec les paquets pour Vezel et Précy n . mandait-il au roi, le 18 mars. On doit donc supposer que c'est à dater de ce jour que Surville s'attacha <\ convaincre Précy de l'efficacité des services qu'il se disait en mesure de rendre. Mais la correspondance du général démontre avec la dernière évidence que, pas plus que le roi et Condé, il ne céda aux arguments et nux raisons du marquis. Dans une lettre adressée i\ d'Avaray, en septembre, il disait :
•• Le rapport n'esL pas aussi satisfaisant sur la partie de MM. de Lamothe et Ailier. Il faut que ces messieurs y aient excité de vifs mécontentements, puisque le premier a été arrêté et mis en prison, il y a environ deux mois. On IVccuse de vexations très fortes. Mais on espère cepen.liint le tirer do ce mauvais pas. Il parail ([ue lu division la plus forte s'était établie entre lui et Allier, car il en est venn au point de le faire fusiller. Atteint de plusieurs coups, M. Allier a cependant réussi à 8e sauver. Je crois M, de Survîlle rentré depuis environ quinzo jours. J'ai toujours persisté dans mon refus de lui acforder des pouvoirs, et je crois, d'après cet événement, devoir le faire moins que janinis, «
A la lumière de ces correspondances, il est aisé de se figurer en quel état d'esprit se trouvait Surville, iV son retonr en Vivarnis. On peut même se demander dans quel dessein il rentrait et qticl espoir il conservai)
LA CONJirilATION DE PICHEGK0
a lois
il étaîL s
i mandat pour
prei
idre I
qu'il 179 8.
trao^H
commandement des opérations du Midi. On s'explique mieux son découragement que vint accroître la constatation des malheurs survenus eu son absence : Tarrei lutîon de Lamotlie, les échecs successifs des insurge leurs rivalités et leurs divisions.
En revanche, il est impossible de préciser ce qu'il devint du mois d'août 1797 au mois de juillet 1798. Au cours de cette année, on ne retrouve ses traol qu'une seule fois. £n décembre, les autorités i pales de la Lozère sijjnnlent au Directoire du département sa présence dans le pays, celle de Dominique Allier, et c'est tout. Où se Irouvait-il, lorsque Lamotlie périt au Puy; lorsque fut découverte, à Paris, l'agence royaliste que dirigeaient l'abbé Brottier, Duverne et La Villeheurnoys ; lorsque Bonaparte fit saisir à Venise 'les papiers de d'Antraigues, et lorsque enfin, menacé dans son existence par des complots dont il tenait les preuves, le Directoire recourut à la force, le 18 fructidor, pour se débarrasser de ses ennemis? Le silence des documents enveloppe de mystère l'existence djfl Surville à cette époque. ^H
Avait-il passé ù l'étranger? Ëtait-il à Lausanne, où, durant son séjour de l'année précédente, il avait noué des relations et conquis de précieuses amitiés, celle notamment de la chanoinesse de Polier, directrice d Journal littéraire de Lausanne, à qui, avant de inoiiH H recommandait les poésies de Clotilde de Survîlli Ëtait-il, au contraire, testé dans la Daute-Loire, e
FIN DES ACTEl'IlS HU DUAME 399
-il en se tnchant ù Retournac, chez son amie Mme de Chaimbolle, ou nilletirs, pour se soustraire aux poursuites flirifjécs contrelui et ses compagnous?
Autant de questions auxquelles on ne saurait répondre. I! n'est qu'un fait certain, c'est qu'il ne prit aucune pnrt au coup de main que, quelques jours après le 18 fruclidoret avant de connaître les événements de Paris, tenta le baron de Saint-Christol pour s'emparer du Pout-Saint-Esprit. Intimidé sans doute par le piteux dénouement de cette équipée, ou rendu impuissant par rî'cmsement de son parti, il s'abstint de toute tentative armée.
Il n'avait pas cependant renoncé à une actiun ultérieure. Après qu'il eut été pris, on découvrit dans ses papiers des minutes de lettres et des projets de proclamations, dans lesquelles il se qualifiait " colonel lèfponnttiro et commissaire départi par Sa Majesté Très Chrétienne dons lintérieur du royaume, prés des Françni» nmis du troue et de l'autel n. Il fut également prouve que, depuis son retour, il avait associé sa fortune à celle de Dominique Allier en prenant le nom de Lionne, et son complice celui de Barlatier; qu'ensemble, ils avaient pratiqué l'embauchage et, pour s'assurer les moyens de payer leurs soldats, fabriqué peut-être de la fausse monnaie.
Au commencement de juillet, ils étaient tous deux à Saint-Pal, village perdu dans les montagnes de In Hante-Loire, non loin de Ttranges et de Craponne. Tout ce pays est sillonné de gorges et de précipices.
. COXJIUIATION DE PICHEGHU
Depuis le
nt (le la
■volution, des prôtn
encement
rcfractaires y vivaient réfiigit's, cl rchitivemciit en sùretp, pràce non seulemcnL A la Cfinfifjiiration du sol qui leur offrait des retraites inaccessibles, mais encore à la complicité des habitants que leur prédication ne cessait d'exciler contre In Répui)liquc, et qui se hâtaient de les prévenir toutes les fois qu'opjiaraissaient les gendarmes. Surville et Allier devaient donc s'y croire à l'abri de loul danger, et c'est là qu'ils revenaient toujours de préférence.
Le I" aoùl 1798, le général de brigade Colomb, command.'int la première subdivision de la lî)' division militaire, étuitvenu du Puy à Craponne pour inspecter un cantonnement de troupes qu'on avait formé dans cette commune. A peine arrivé, il fulaverti que quatre inconnus qu'on supposait être des rébelles, et non des moins dangereux, résidaient, do[>uis peu de jours, à Saint-Pal. Ils y avaient passé la dernière nuit dans la maison de Marie Thiouleyre, veuve de Jean-Pierre Brun, qui availconsenti à leur donner asile. Ils devaient encore y passer la nuit suivante. En conséquence, si l'on voulait s'emparer d'eux, il serait facile d"y réussir.
Les documents ne désignent pas le dénonciateur. La tradition locale adoptée par la plupart des narrateurs de l'événement veut que ce fut une femme, ils ne la nomment pas. Mais tons s'accordent A la considérer comme une n Messaline « . Maîtresse du plus jeune de ces suspects, elle aurait reçu de lui, outre des confidences compromettantes, un dépôt d'argent, et ce
FIN DES ACTEUHS DU DIIAME :J0I
fît «fin de s'approprier ce dépôt qu'elle n'aurait pas hésité à trahir le secret arrnché par elle il la confiance de son amant. Au surplus, de quelque cùlo que vint l'avis apporté au {jénéral Colomb, il ne pouvnit n'en pas tenir compte. Il donna des ordres sur l'heure à l'effet de se saisir de ces suspects.
II serait doinma^jc de ne pas tirer de la poussière des archives où il est resté lon{;temps enseveli le rapport dans lequel il racontait à son divisionnaire, le g'éiiéral Pille, commandant à Lyon, les suites qu'il avait données à l'avis si positif qui venait de lui être transmis. Le récit que nous en pourrions faire nous-mème ne saurait avoir la saveur et le [tiquant de celui qu'il adressait à sou chef hiérarchique, quatorze jours après l'arrestation, et rjuî. sous so forme un peu emphatique, possède ce mérite, si rare dans les pièces documentaires relatives i ces temps troublés, de ne pas outraçcr la vérité,
■ Le 15 fructidor, i) huit heures du soir, la {jendurmeriedc Craponne s est mise en marche pour se rendre dans la commune de tiaint-Pal, avec quarante chasseurs de la 16* demi-brigade d'infanterie léjjèrc, en ciintonnemeut à Cruponne, commandée par le lieutenant Meusnier, se dirigeant sur une maison située dans des yoryes indiquées comme repaire de prêtres insermentés. Aquatre heures du mutin, la troupe investit la maison en silence. Au moment où la porte s'ouvre au jour, comme A l'ordinaire, par une femme de l'iotérieur qui ne se doutait de rien, la troupe entre et
I,A CONJUKATION Dli PICIiEGnU
trouve tout le monde iiii lit. Elle entend du bn
sa tète et un mouvement précipité. L'officier demande
de la lumière, qu'il n'obtient qu'îiprés benucoup de
menaces.
Il Dans cet intervalle, le citoyen Delaifjne, brig;idicr de la {jendarnierie, aperçoit par une ouverture In clarté d'une lampe, (pii est éteinte sur-le-champ, et, regardant vers l'endroit où il l'avait aperçue, il remarque un trou par lequel un homme peut passer à peine. Le brave Delaigne entre et se trouve dans une caverne où, aussitôt qu'il a pénétré, un des brigands. — l'ex-marquis de Surville, — le prend par les cheveux et, lui tenant une espingole sur la poitrine, lui dit j^^ u — J... F..., tu es mort, si tu parles! ^^H
n Le brigadier s'écrie : ^^|
1 — Chasseurs, je suis perdu; mais fuites rùtir tous les gueux qui sont ici.
" Dans cette caverne, à l'instant, lofficier Meusnier fait braquer toutes les armes sur l'ouverture et ordonne aux brigands de lâcher le brigadier, s'ils ne veulent tous périr. Enfin, sur sa promesse et celle de Delaigmde leur ménager lu vie, ils sortent, quoique avec beaucoup de peine, uti À un, de leur caverne, au nombre de quatre, et sont enchaînés de même et iimenê» ù Craponne, d'où, le lendemain, ils prennent la route du Puy, escortés par le même détacliemcnt et vingt-cinq hussards du 9" régiment, «
En envoyant au gouvernement le rapport de son subordonné, le général Pille l'annotait en ces termes :
FIN DES ACTEUIIS DU DHAME
■ Le ^\é^
t geiien
t il II bri
eDeli
e est tli
iguc
^^ttWj
(les pins praiids éloges. 11 renouvelle le trait de d'Assas à Clostcrcnmp. Mais, en attendant qu'il reçoive \n récompense qu'il mérite du gouvernement, il faut que d'Assas-Delaigne trouve ici, ainsi que le lieutenant Meuanier, son détachement et les gendarmes, le témoignage public de la satisfaction du général divisionnaire, qui saisit cette occasion pour féliciter de nouveau de leur zèle infatigable toutes les troupes et la gendarmerie de sa division. "
Quoi qu'en pensât le signataire de ces appréciations excessives, la victoire avait été plus facile qu'il ne disait, et, sauf le trait de courage du brigadier, n'avait pas exigé un bien grand héroïsme. Épuisés par les ^ligues de leur vie nomade et les privations de toutes sortes auxquelles ils étaient soumis, victimes d'une truliison cl surpris, comme des loups dans un trou, au moment où ils s'y attendaient le moins, les malheureux qu'on veniiil de sitîsir avaient vu trente fusils braqués sur eux ft compris sur-le-champ l'inutilité de leur résistance. Ils s'étaient rendus sans combattre, après s'être assurés qu'on n'allait pas les massacrer. Quelques heures plus tard, on les incarcérait au Puy, et IX cotte Marie Thiouleyrc, à qui on demandait iple de rbo.«pitalilé qu'elle leur avait accordée (1^.
Interrogés le lendemain, les deux plus jeunes don-
(1) On relÏDl rontrc elle II prévcnlioo Je complicité avec de* faui inonnaycur». L«* docuintnU pertncttent île luppoter ({u'elle fui ac-
lièrent leur veritaDle uoin. L un se liL lecoima: Cbarhoiiiielle de Jiis&ac (1), né à IMonistrol dans la Haule-Loire et résidant ordinairement à Suîiit-Maurice dans la Loire; il avait vingt et un ans; l'autre, pour Jean-Baptiste Robert, âgé de vingt^uatre ans, cultivateur et domicilié dans le même département, à Laborie de Chantecorps. On ne mit pas en doute la sincérité de leur réponse. 11 n'eti Fut pas de même des deux ptu^ âgés.
Lorsqu'ils se furent désignés, le premier sous le de TiiUard, le second sous le nom de Barlatier, natif Lille et marchand forain, le commissaire qui les interrogeait soupçonnant, nprès examen des papiers qu'on avait trouvés en les arrêtant, qu'ils ne disaient pas tn vérité, fit défiler devant eux des paysans qui les recouiiurenl, l'un pour le marquis de Surville, l'autre pour Dominique Allier, Ils n'en persistèrent pas moins à soutenir leur» premiers dires. Mats lu police, convaincue qu'elle tenait les deux principaux meneurs du soulèvement des Cévennes, ne les désigna plus, dans^ les rapports officiels, que sous leur véritable nom.
Comme on pouvait craindre que leurs partisani tentassent de les délivrer, la maison de détcntioti Puy où ils avaient été enfermés fut fortifiée. On mura (1) Oriiii.,
dan»
a au
du Veliv, la famille île Clinrlioiinellede Juiini! renionlc !. Le {icre lie uctui de lea meiiibrei dnnt il e>t ici que*lioQ lit poi'iii: Je rarmëii Je CoDilë. iiû it corn mandait l'arlillcrie de U Ireion de Miralieau. Il fui lue lur >c> picc», 1c IH mai I71t3. Cne de ■et Sllei i-pouta le eamle de Chaliron. De ce miriajje naquit un fili qui fut le général <\f ClinUron '[ue nom «ïoni connu dêpulë républicain « 'e lie 1871 et léDaleur înamovilile.
FIS HES ACTEURS OV DUAME
K croisée» et des p
ulltpliu le«
tripla les postes; on ne pouvait prendre trop de précautions contre des hommes de cette trempe, qui nvflieiit donné tnnt de preuves d'indomptable audace.
Aussitôt après la constatation de leur identité, on s'occupa d'instruire leur procès. Cette instruction n'était pus difficile. Il eût suffi de quelques minutes pour In mènera bonne fin, si l'on eût voulu s'en tenir contre eux à un seul chef d'accusation. Avec leurs papiers, on avait saisi divers instruments dont ils s'étaient, croyaiton, servis pour fabriquer de la fausse monnaie. On pouvait donc les condamner comme faux monnayeum. Mais, soit que les preuves à cet égard ne fussent pas ' positives, soit qu'on voulût donner à l'expiation de loitr» i crimes une solennité exemplaire, on ouvrit une enquête I à l'effet d'établir un dossier complet nii point de vue des cliarj^esqui pouvaient leur être imputées. Le passé de cbacun d'eux fut de la sorte reconstitué.
Ce qu'on prétendit y avoir découvert n'était pas pour
leur attirer la clémence de leurs jti{,'es. Juse[>ii Char-
I iHianelle de Jussac était accusé d'avoir fait partie à
I Lyon d'une bande d'assommeurs. Grief» analofrues
contre Jean-Baptiste Robert, à la charge duquel on
I spécifia, par surcroît, qu'il avait poifjnardé un curé u»-
sermenlé, après avoir obtenu de ce malheureux un
asile pour la nuit, et qu'il était déjA condamné à mort
par contumace. Mais on ne trouve nulle part une prouve
de ces faits.
Quant à Dominique .\IIier, «on dossier était bien au-
306 I.A CONJURATION DE PICIIEGIIU
trement chargé. Non Reniement plusieurs personiïëî" avaientété l'objcldeses vexalions. rançonnées et volées par lui, ou même mises à mort, mais, en outre, il avait figuré dans un grand nombre de rassemblements armés. Il fut prouvé qu'il était aux côtés de Saint-Christol, lors de l'invasion par ec dernier de la ville de Pont-Saint- Esprit ; on lui rappela le tragique épisode de Barjac et l'exécution abominable de deux officiers qui n'étaient coupables que de ne s'être pas rendus à sa première sommation.
Pour l'honneur de la mémoire de Surville, il estcon- Kolant de constaterque les pièces judiciaires ne mettent à sa charge aucun fait analogue à ceux qu'on relevait contre ses compagnons. S'il était coupable d'avoir conspiré contre la République, ainsi que le prouvaient les papiers saisis avec sa personne, on ne découvrait nulle part qu'il eût tué ou volé, ni même que ses projets Il liberticides « eussent reçu un commencement d'exécution. L'affirmation, émise par lui dans des manifestes, qu'il était délépué dans le Midi pur Sa Majesté Louis XVIIl ne prouvait pas que ces manifestes eussent été répandus; de même, les appels aux armes qui devaient être adressés à la « brillante jeunesse " des départements méridionaux n'existaient qu'en minutes et n'avaient jamais été distribués. Assurément, en avoir conçu la pensée et rédigé le texte, c'était assez pour appeler sur sa tétc un arrêt de mort. Il est toutefois remarquable qu'on renonça à se servir de ces moyens. L'accusation d'avoir fabriqué de la fausse
fis DES ACTEUUS \iV DIUME aOT
Fut également abandon née. On non avait pas besoin pour justifier une sentence eapitalo. Le marquis de Sunille était émifjré. Aux termes de la loi (Ui 10 fructidor de l'an V, cela suffisait.
Mais les choses ainsi décidées allaient produire un résultat inattendu. Les faits reprochés à Dominique Aliier, à Charbonnelle de Jussac et à Robert se (rouvèreot n'être pas justiciables de la même juridiction que ceux dont Surville était accusé. En sa qualité d'émifjré, et poursuivi pour avoir contrevenu aux lois sur l'émigration. Surville devait comparaître devant une cummi.tKton mililaire spéciale, siégeant au Puy, tandis que c'est le conseil de guerre permanent de la 19' division militaire, siégeant à Lyon, qui devait connaître des crimes de ses complices. Ainsi en <lécida le tribunal d'Yssingeuux, à qui on avait demandé de Hxcr la compétence.
Si rnpidenient qu'eût été menée l'enquête dont les quatre prévenus étaient l'objet, il fallut plus de deux mois pour aboutir ù cette conclusion. Pendant ce tempe, ils avaient été soumis à une réclusion rijjoureuse. Résigné dès le premier jour à mourir, Surville la supportait avec un cidme stolquc, laissant passer avec une indifférence dédaigneuse les griefs qu'on lui imputait, ne déployant quelque énergie que pour se défendre de s'être associé ù des violences, d'avoir fabriqué de la fausse monnaie, et pour affirmer qu'il s'appelait bien réellement Tallard et non marquis de Surville, Dans son cachot, où il passait seul les heures que lui
LA CONJUBATlOiS tiE PICHEGRU
s fréqiK
'({iieats mierrogatoires, il consncrâît la lecture les loisirs de sa aolrtude. Il écrivait nuRsi. On n raconté qu'il lijoiita, pendant sa captivité, plusieurs pièces de vers aux poésies de Clotilde. L'inventaire des
papiers qunprès sa mort on trouva
dans
i pris
mentionne que trois lettres dont il est question plus loin. Il eu existe une quatrième, adressée A sa f'eiiinie quelques instants avant sa mort(I); main elle ne fut pas saisie. Il était parvenu à In dérober A la surveillance de ses gardiens, ou, tout au moins, à l'expédier grâce à la complicité de l'un d'eux. Sa bonne grâce et l'égalité de son humeur lui avaient conquis les sympathies de tous ceux qui rapprochaient.
Tout autre, Dominique Allier, Jusque dans les fers, il restait l'homme bouillant et ardent qu'il avait toujours été. Loin d'être résigné à mourir, il espérait que les royalistes de la contrée, parmi lesquels il était populaire, parviendraient à le délivrer. Il est certain que In quadruple arrestation de Saint-Pal les avait exaspérés et disposés à de nouveaux coups de main. « Les montagnes de la Haute-Loire sont en feu, écrivait de Lyon au ministre de la guerre le général Pille, en demandant un envoi de troupes; les campagnes sont sans défense, et la protection des prisons est insuffisante. " Ou devait donc craindre qu'ainsi qu'on l'avait déjà vu à plusieurs reprises, les prisonniers ne fussent enlevés.
(1) II noui a été im[io>iible de itétrouvrir uû rfaiilail îi ceUe ôpuqae la marquite de Surville. Quant à la leure qne lui Écrivit loa uinri avant (li* mourir. M. Maoc, qui Ét.iit, il y ■ vingt-quatre >t», prorcsteur d'bUtaint ^ U Faculté de Grenoble, eu poiiédait à celle époque rori);ina1.
FIN DES VCTEU11S TID DIIAME
SlIJ.
L de
unie pour les a
Haute-Loire était sujet d'espoir pour Dominique Allier. Il travaillait sans rclAche à se créer des relations avcc Ic dehors, 11 ne désespérait pas de faire parvenir ses ordres aux nombreux partisans qu'il avait dans le pays, l'ar malheur pour lui, une tentative à laquelle il se livra dans ce dessein échoua.
Il était parvenu à remettre plusieurs lettres à l'nn de SCS codétenus qui, n'étant pas nu secret comme lui, recevait fréquemment an parloir de la prison les visites de sa femme. l'ar les soins de celle-ci, les lettres devaient ctre envoyées au\ destinataires. Volontaircmenlou non, le mari et la femme, en se les passant, les laissèrent voir. On les prit dans leurs mains. Elles ne laissaient aucun doute sur les intentions et les espérances de Dominique Allier.
Dans l'une, adressée à i sa chère cousine n , il ilcmaudait des vêtements, racontait les péripéties de son arrestation et afBrmaitqueses compagnons et luines'êlaient rendusqu'aiin de ne pas attirer un mallienr sur la maison où ils avaient reçu asile. Dans une autre, il invitait ses amis du dehors à se réunir au nombre de cent, A marcher sur lu commune de l'radelle et à s'emparer des notables jacobins qu'elle renfermait. <■ Vous les garderez comme otafjes sans leur fnirc.dc mal. Vous aurez ainsi de l'argent, en même temps que vous obli{jerez la petite {garnison du Puyi secourir l'radelle. VousTenlrainercz dans les bois aussi loin que vous pourrez, et vous viendrez ensuite nous délivrer. •
Ces instructions si précises, tombées îiu poi {Turdiens du prisonnier, enrenl pour effet de rendre sji détention plus rigoureuse et de hâter son transfert à Lyon, déjà décidé. Avant de partir, il comparut devant un représentûnt du peuple qui se trouvait an Puy el qui l'adjura de désigner tous ses complices, en faisant luire il ses yeux, pour pris de ses révélations. In possibilité d'une mesure de grâce. Il commença par désigner trois habitants de la Lozère et un Anglais qu'il ne nomma pas, comme préparant une contre-révohition dans le Bourbonnais. Puis, coupant court brusquement à ses premiers et vagues aveux, il déclara n'en vouloir faire qu'à " ceux qui avaient découvert l'infâme coos^ piration de Robespierre b , et qu'au surplus, faits avaient mérité la mort » .
Arrivé A Lyon, le 23 octobre, avec Itobert et Charbonnelle de Jnssac, il comparut avec eux, le ir> novembre, devant le premier conseil de guerre de la 19* division militaire, réuni au Palais de justice. Ils étaient assistés d'un avocat nommé d'ofSce. Devant l'évidence de leur participation à des rassemblemenU armés, seul faitqu'endéSnitive eût officiellement retenu l'accusation, et en l'absence des témoins, le procès n'exigeait ni débuts, ni longues audiences. En moins de deux heures, tout fut dit.
Le conseil, délibérant à huis clos, prononça à l'unanimité la peine de mort contre Jean-Pierre llarlnUer, reconnu pour être Dominique Allier, et contre ses deux coaccusés. Il ordonnait, en outre, l'impression à deux
FIN DES ACTEURS DO DRAME .m
mille exemplaires et l'affichage du jugement, qui devait être exécuté sans délai, sous la réserve des vingtquatre heures accordées par la loi aux condamnés pour se pourvoir en revision. Quoiqu'ils n'eussent rien à espérer de nouveaux juges, ils interjetèrent appel de cette terrible sentence. Mais le conseil de révision la CQoBrmale lendemain. Dès lors, la loi devait suivre son cours.
Les seuls détails qui nous aient été conserï-és de leur supplice sont très fidèlement résumés dans le rapport qu'expédia au Directoire le général Pille, le 27 brumaire, à quatre heures du soir.
■ Dominique Allier et ses deux complices viennent de tomber sous la hache de la loi, sur la place de la Liberté, eit face de ta maison commune de Lyon. Une foule immense i«'est précipitée sur leur passage, poussée par la seule curiosité. Le nommé Robert, qui a monlé le premier sur l'êcliafaud, et qui, entre autres crimes, a assassiné un curé assermenté qui lui donnait l'hospilalité, s'est écrié qu'il mourait pour son roi et la religion catholique, apostidique et romaine. Ledeuxicmc, Charbonnelle-Jussnc, qui avait salué fort tranquillement de droite et de gauche le long de la roule, s'est écrié aussi: — Vive le roi! Adieu, brigands! Enfin le troisième, Dominique Allier, après le même cri de : Vive le roi! a ajouté : — Un roi est un Dieu sur la terre. ■
Au moment où ces malheureux payaient de leur vie les criminelles représailles auxquelles ils s'étaient livrés eontre des républicains qu'ils rendaient responsables
310 LA C0>iJ0nAT10N DE PICHEGnU ■
Ces instructions si précises, tombées au pouvoir ir^' gardiens du prisonnier, eurent pour effet de rendre sii détention plus rigoureuse et de hâter sou transfert à Lyon, déj décidé. Avant de partir, il comparut devniil un représentant du peuple qui se trouvait au l'uyelqui l'adjura de désigner tous ses complices, en fnisiint luire à ses yeux, pour prix de ses révélations. In possibilité d'une mesure de grâce. Il commença par designer trois habitants de la Lozère et un Anglais qu'il iw nomma pas, comme préparant une contre-révoUitioii dans le Bourbonnais. Puis, coupant court brusquemenl à ses premiers et vagues aveux, il déclara n'en vouloir faire qu'à u ceux qui avaient découvert l'infâme conspiration de Robespierre » , et qu'au surplus, ■ ses forfaits avaient mérité la mort " .
Arrivé à Lyon, le 23 octobre, avec Itobert et Chnrbonnelle de Jussac, il comparut avec eux, le 15 novembre, devant le premier conseil de guerre de lu 19' division militaire, réuni au Palais de justice. Ils étaient assistés d'un avocat nommé d'office. Devsnl l'évidence de leur participation à des russemblemcnl" armés, seul faitqu'en définitive eut officiellement retenu l'accusation, et en l'absence des témoins, ie procès n'exigeait ni débats, ni longues audiences. En moins de deux heures, tout fut dit.
Le conseil, délibérant à buis clos, prononça à l'uaanimité la peine de mort contre Jean-Pierre Ifarlatier. reconnu pour être Dominique Allier, et contre ses deux coaccuâés. Il ordonnait, en outre, l'impression à dcim
nit
mille exemplaires et l'afficbag^e Ju jugement, qui devait élre exécuté sans délai, sous la réserve des vingtquatre heures accordées par la loi aux condamnés pour se pourvoir en revision. Quoiqu'ils n'eussent rien A espérer de nouveaux juges, ils interjetèrent appel de cette terrible sentence. Mais le conseil de revision la confirma le lendemain. Dès lors, la loi devait suivre son cours.
Les seuls détails qui nous aient été conservés de leur supplice sont très Bdèlcment résumés dans le riipporL qu'espéciia au Directoire le général Pille, le 27 brumaire, j'i quatre heures du soir.
• Dominique Allier et ses deux complices viennent de tomber sous la hache de la loi, sur la place de la Liberté, en face de la maison commune de Lyon. Une foule immense s'est précipitée sur leur passage, poussée par la seule euriosité. Le nommé Robert, qui a monté le premier sur l'échafaud, et qui, entre autres crimes, a assassiné un curé assermenté qui lui donnait l'bospilalité, s'est écrié qu'il mourait pour son roi et la religion catholique, apostolique etromainc. Ledeuxième, Charbonnelle-Jussac, qui avait salué fort tranquillement de droite et de gauche le long de la roule, s'est écrié auB&i : — Vive le roi! Adieu, brigands! KnBn le troisième, Dominique Allier, après le même cri de : Vive le roi ! a ajoute i — Un roi est un Dieu sur la terre. «
Au moment où ces malheureux payaient de leur vie les criminelles représailles auxquelles ils s'étaient livrés .'ontre des républicains qu'ils rendaient responsables
3U LA CONJCUATION DE PICIIEGI
(les ciiiiics (le la Terreur, le marquis Je Su tait phis, On veaait d'afficher dans Lyon le jugement en verdi duquel d avait péri. Moins compliquée ou plus rapidement close que celle du procès de Lyon, l'instruction dirigée contre lui avait |icrmis de le traduire, dès le 1 1 octobre, devant la commission militaire du Puy, qui ne fut pas moins expéditive que le conseil de guerre du Rliône.
Il y comparut isous le nom de Jean-Louis-Amand Tallard, qu'il persistait à se donner, mais " présumé être l'ex-mnrquis de Surville, ex-capitîiine au régiment de Pondicliéry, prévenu d'émigration " . Comme il fiillait avant tout établir judlciairemcnl son identité, on avait recruté à Viviers, pays originaire de sa famille, où il s'était marié et résidait souvent avant la Révolution, onze témoins qui devaient être entendus aux débats et confrontés avec lui. Vn seul d'entre eux déclara " n'être point intimement persuadé que ledit prt-venu fût effectivement te marquis de Surville » . Les dix autres, en revanche, déclarèrent que c'était bien lui. Sa figure était charmante, « une figure qu'on n'oublie pas quand on Va vue " . Une cicatrice à lateinpi' droite aida à le faire reconnaître, d'autant plus que Ick huit années qui s'étaient écoulées depuis son émigration ne l'avaient que très peu vieilli. Convaincu d'être l'exmarquis de Surville, il fut condamné.
Pendant que les juges délibérnicnt, on l'avait, l'usage, ramené dans sa prison. Après que, ■enpréseocë" de la garde assemblée sous les armes <• , lecture lui eut
FIN DES ACTEURS DU DRAME 3i:i
été tloniiée du jugement, il se décida li faire l'jiveu de son identité. Il dccinra cju'il avait reçu les pouvoirs du roi à l'effet de soulever trente dêparlemenls et de renverser le gouvernement républicain. Sans désigner ni les lieux ni les personnes, il prétendit avoir des complices parmi les plus hauts fonctionnaires, et qu'il les nommerait à Bnrrns ou à tout autre membre du Directoire, si on voulait le conduire à Paris, Pressé de questions, il refusa d'y répondre. Dans la soirée, il demanda & parler au président de la commission militaire, mais A lui seul. Le président ne crut pns devoir obtempérer nu désir du coudauiné. 11 vint le trouver, accompagné du général Colomb et de deux membres de la municipalité.
— C'est trop de monde, objecta Survillc, En réalité, il n'avait rien à dire. Quand il sut qu'il devait être passé par les armes le lendemain matin, il retomba dans son silence et ne s'en départit plus.
Les renseignements autlienliques sur lu nuitqui précéda sa mort et sur sa mort elle-même font défaut. Un avis du général Pille au ministre de lu juslîcc porte simplement n que l'cx-marquis de Surville a été fusillé A onze lieures du matin, en présence de la garnison et de tous les babitanis du Puy « . Pour le reste, nous en sommes réduits i\ des souvenirs oraux, qui ne tirent quelque autorité que de leor vraisemblance. D'après ces souvenirs, après avoir accepté les secours religieux d'un prêtre assermenté, les seuls qui eussent pu lui être offerts, il alla très crânement à la morl, en culotte.
l,A CÛNJUilATION DE PIGHEGHO
hoiiornblc correspoiiilnntc. Dans iim je vois paraiLrc «u ^raiid tribunal. Je me rccommandf à vos jjriùres, à votre souvenir, à celui de tout i-e (|ui vous est clier, Mme de Surville, qui possédera bienti'it quelques articles de Clolilde, aura l'houneur de vuuk en faire jiarl. Elle uiérite à tous é;jards que vous entreteniez une correspondance avec elle. Recevez mes adieux avec la sensibilité que j'éprouve moi-même. Il m'est bien doux de trouver une âme bonnéte à qui je puisse conSer sans crainte les sentiments de respect, de reconnaissance et d'estime que voiis m'avez inspirés, i-
En transmeltanl cette correspondance au ininisire de ia justice, le générjil Pille ajoutiiil ces trois ligiio» grosses de menaces pour deux des correspondants ùc Surville: <■ Voua verrez quel usage vous en ferez. Quanl i\ moi, je ne puis |)rcndre de renseignements sur le journaliste de Lausanne. .Miiis je charge le commundiuit dv la place de Lyon d'eu recueillir sur les citoyens aiixqucU les deux autres lettres ont été adressées, »
La morl du marquis de Surville et celle de Dominique Allier eurent pour effet de décapiter le parti royalislf du Midi. Mais il fallut deux ans pour en finir avec ces bnndes. Une dernière tentative préparée contre la manufacture d'armes de Saint-Ëtienne fut déjouée par In victoire de Marengo. Dans l'intervalle, les héros des insurrections disparaissaient, s'efforçaient de se faire oublier, ou périssaient, tantôt » sous la Hache de In loi*, tantôt dans quelque trajpque aventure.
Nous avons dît que, dès 1797, le maçou 1
FIN DES ACTEURS DU DIIAME .ard.
^Traïl été pris et exécuté. Deux uns plus tard. Fontanieu, dit Jambe-de-Boîs, subissait le même sort. Delaur, dit Mnrtin Moustache, se laissait surprendre à Saint-Geiiie/. et était aussitôt Fusillé. Fusillé aussi au coin d'un bois, le curé d'Alleyrac, Raymond. Même histoire pour les frères Roche; dans une rencontre avec les troupes, l'ainé était fait prisonnier, tandis que son cadet, quoique [;ravcment blessé, parvenaJtà s'enfuiret à se dérober un an encore o réchnfaudqiii l'attendait.
Le curé Solier, dît Sjms-Peur, en dépit de sou intrépidité cl de ses ruses, n'avait pas meilleure fortune.
I Arrêté, lui aussi, et tondis que sn bande, pour le venger, masencrait vin{ft-huit conscrits qui allaient de Rode/, à Montpellier, Il lomparaissait devant un conseil de {juerre à Avignon, obtenait, à force d'habilelé, son Hcquitteinent, et, redevenu libre, recommençait ses hrîgandajjcs, jusqu au jour oil, traqué de toutes parts, il était assiégé diin^^ un château en ruine qui lui servait de refuge, s'y défendait en désespéré et périssait les armes à lu main. Tel fui aussi le sort de Pelamourque, comte de Cnssngnouze. En janvier 1800, àCavillargues, humble village desCéveunesdu Gard, le P. Chrysostome, dit le Capucin boiteux, était surpris A l'autel, disant sa messe, et arrêté en pleine église. Une note dans un rapport constate » (pi'il n expié ses crimes». Les fils de ceux qui l'avaient loiinit aHirmaient, il y a quarante ans encore, que ce fut i un héros de courage et de zèle apostolique, et qu'il mourut comme un saint « . Oà est la
I ivérté ? Elle oblijjre à dire qu'en cette même année, une
318 l,A COSJUUATION DE rlCflEGRU
commission militnire fonctionnant à Mîlhau rAveyron prononça trente condamnations i\ mort.
Plus heureux, d'autres acteurs de ces évèncmenls étaient parvenus i\ s'enfuir : tels Raymond de Pourqucyrolles, dit Va-de-boii-cceur, que délivraientles hommes de sa bande, alors qu'on le conduisait enchaîné à Itodez: le marquis de Bésiçnan et le baron de Saint-Ohristoi, qui s'étaient dérobés par la fuite au châtiment qu'ils avaient encouru. Saint-Christol passa en Russie. A la recommandation du rui, il obtint un emploi dans l'ar mée avec le grade qu'il avait eu à celle de Condé. En 18li, il obtenait pour prix de ses services ime retraite de lieutenant-colonel. Retiré à Baumes (Vaucluse), il y mourut en 181 !>, à soixante-treize ans. En l'an XI, un de SCS (ils, qu'on accusait d'avoir comploté avec Danican, était venu sottement se jeter dans un piège que la police lui avait tendu. On lui imputait des crimes atroces, comme « d'avoir fait massacrer des Français et joué un rôle actif dans l'odieux guet-apens de Rastadt ■> . Il avoua d'abord, puis se rétracta, ce qui n'empêcha pas une commission militaire de le condamner à la déportjttion. En attendant qu'il fût déporté, on le tint emprisonné à Nancy. Le M messidor an XI, on le trouva mort dans son i-achot. II s'était coupé la gorRC avec un rasoir.
Il ne semble pas que Bésignan ait eu une fin aussi tragique. Elle fut en tout cas plus cachée. Au mois d'avril 1803, on signalait sa présence sur l'ancien théâtre de la capture et de la mort du marquis de Sur-
ville. Puis Tag^ent qui Tavait sig^nalée revenait sur ses dires, n'osant affirmer que ce fût Tancien ag^itateur : u C^est peut-être son fils. Pour lui, il a bien peu de partisans, parait-il, et on croit que, s'il revenait, il serait dénoncé. » L'histoire de ces obscurs comparses de nos guerres civiles abonde en ténèbres, en contradictions, en lacunes. Quand on cherche, en reconstituant leur histoire, à savoir comment ils finirent, on en est réduit le plus souvent aux suppositions et aux conjectures.
Les documenU qui ont étc utilisés dans ce livre sont extraits : 1* Des Archives du Dépôt de la guerre :
Correspondance des années de Rhin-et-Moselle, de Sambre-et- Meuse et du Nord.
2* Des Archives des affaires étrangères :
Correspondance de Barthélémy, Bâcher, Roberjot, Reinbart.
Fonds Bourbon : Papiers d'Antraigues.
3* Des Archives nationales :
Pièces relatives au 18 fructidor.
4* Des Archives de Chantilly :
Papiers du prince de Condé.
5* Des Archives du château de la Grave (duc Decazes} :
Papiers du ministère de la police.
6* Des Archives de Gaillefontaine (marquis des Roys) :
Papierv de Hoche. 7* Des Archives de Bâlc :
Lettres de ou à Mme de Salmon de Florimond.
M. E. Boilley, maire d*Arbois, a fourni d'utiles renseignements à l'auteur, qui lui en exprime ici toute sa gratitude. Ont été également consultés la plupart des ouvrages où il est question de Pichegru.
Général Moreau an directeur Barlliclemy.
Iraurg, T> icptembre tT9T. I
CiTOÏEf
Voua vous rappelez sana doute qu'à mun deraicr voyage If^' Basic, je vous infortnai qu'au pasaagc du Rhin, noua primes u caisse appartenant au général KIinf>liii, dans laquelle noua trouvâmes environ deux i trois cents lettrea de sa correspoi^ dance. Celles de Wittersbacti s'y trouvaient aussi, mats elles étaient moins importantes, plusieurs d'elles sont en chiffres, elles seront toutes déchiffrées, mais ceci demandera beaucoup de temps.
Personne dans cette correspondance n'est désigné sous sou vrai nom, de manière que plusieurs Français qui correspondent avec Klingtin, Gondé, Wickham, d'Enghien et autres, ne pourront être découverts facilement; cependant, nous avons asaeî de renseignements pour avoir la facilité d'en découvrir pliisicui-s.
J'étais déterminé à ne donner aucune publicité ù cette correspondance, parce que, la paix étant sur le point de se conclure, je n'apercevais pas qu'il en pût résulter de danger pour la Hépubbquc, et d'ailleurs personne n'étant uuiiuaé, ob
PIECES HISTOHIQUES
op pouvait retirer de ces lettres que de bien faibles preuves.
Mais voyant à la tête du parti ijui cherche à préparer de nouveiius malheurs à notre pays, uq homme placé dans un poste iinpurtanL et jouUaant de la plus (grande confiance, ijui se ti'ouve priacipalemcnt compromis dans cette correspondauce, et destine à avoir une part prépondérante dans le rétablissement du prétendant, j'ai pensé qu'il était de mon devoir de vous en informer, afin que vous ne soyez pas trompé par son faux républicanisme et que vous puissiez veiller sur sa conduite, et éviter les malheurs qu'il cherche à étendre dans notre pays, puisque b guerre civile est le seul but auquel tendent ses projets.
J'avoue, Citoyen directeur, que i:'eat une chose bien pénible
pour moi I
•■ faire connaître eette trahiso
pUISqUI
l'homme que je démasque était mon ami, et le serait o si je ne l'avais pas connu ; je veu:i parler du représentant Picbegru ; il a été assez prudent pour ne pas écrire lui-même ; il ne s'est ouvert que verbalement avec ceus à qui cette correspondance était confiée, lesquels écoutaient ses projets et recevaient ses réponses ; il y est désigné par plusieurs noms et entre autres par celui de Baptiste. Un chef de brigade appelé Badouville, qui lui était attaché, s'y trouve sous le nom de Ck)co. Cet homme était un des courriers de Pichegru, aussi bien que de ses correspondants, Vous devez vous rappeler l'avoir vu souvent à Basic.
Leur grande opération devait avoir lieu au commencement de la campagne de la quatrième année. Ils cumptaient sur des revers qui arriveraient â mon arrivée à l'armée, qui, indignée de sa défaite, ne manquerait pas de redemander son premier chef, qui alors devait agir d'après les instructions qu'il arait remues.
La somme de neuf cents louis d'or devait lui être payt'c jiour le voyage qu'il fit â Paris à l'époque de sa démission. Ceci coïncide naturellement avec sou refus de l'ambassade de Suide. Je soupçonne aussi la famille de Lajolais d'être implitjaée dans cette intrigue.
'«'a pas fallu moins que la grande confiance que j'ai dans
votre patriotisme et votre sag^esse, pour me déterminer à vous donner cette information. Les preuves sur lesquelles elle est établie, sont aussi claires que le jour, mais je doute qu'elles paraissent telles dans une cour de justice.
Je vous prie, Citoyen directeur, de m'aider de vos conseils dans cette affaire embarrassante ; elle n'est connue, jusqu'ici, que de cinq personnes, nommément, les g[énéraux Desaix et Régnier, un de mes aides de camp, et l'officier chargé du département secret de l'armée, qui est continuellement occupé à prendre des informations dans les lettres qui sont déchiffrées.
Signé : Moreau.
(P.t«9,ill.)
Nous rifuniuons ici ijuclquei noIUB sur \ee i|uis Oe Kéiignaii et lic Dominiijiic Allicc'.
Joseph Duciaux de Béai|;naii était né 1759, et apparleuait à mie
à Miraliel dans la lie famille oiigi'
Drôine,
naiie de Nyons. Ëlabli au château de Bésignan, au centre de ses terres, il avait été longLempit en i[uerellc avec ses vassaux qui lui repradiaienl d'abuser de ses droits de seigneur, lorsque arriva dans la provinee la nouvelle Je ia prise de la Raslille et de la révolution. Celait le 17 ou le 18 juillet. Comprenant alors la néiressité de désarmer de vieilles raneuneg, il rassembla le même jour dans l'église paroissiale les habitants du village, et spontanément il leur déclara qu'il les déliait de toutes servitudes envers lui, « ne voulant prétendre qu'au seul hommage de leurs eieurs » . Mais les cicurs étaient aigris par ses longues exigences. Cette concession volontaire qui avait même le mérite de devancer toutes celles qui allaient Être opérées sur un plus vaste théâtre, dans la fameuse nuit du i août, était tardive et fut eonsidérée par ceux à qui elle était faite comme arrachée à celui qui la faisait.
Il ne tarda pas à le comprendre, l'attitude de ses anciens vasseaux ne lui permettant plus de douter de leurs véritables sentiments. C'était un homme exalte, fougueux et violent. Sa femme était à son image. On les bravait. Ils bravèrent à leur tour, manifestant leurs opinions conire-révolutionnaîres. La guerre entre le châtelain et les paysans devint plus active. Menacé dans sa sûreté, Désifjnan se Fortifia dans son château, ne dissimulant pas son es|>oir de voir bientôt la royauté triompher de ses ennemis grâce aux émigréjt et aux organisateurs de rébellions qui commeneaient à troubler le Midi. Une
PIECES HISTOniQDES
telle altitude devait soulever et souleva d'ardente» colèï 1^ cuminaiidant d'un bataillon de volontaires qui tenait garnison au Buis fut invité par les patriotes à intervenir pour contraindre lié»! gnan à désarmer. Le 5 mai 1792, la femme de Bésignan écrivait à cet officier :
B je viens d'apprendre que, d'après la motion qui en a été faite au club de notre ville, une partie de votre bataillon doll venir dé§armer le château que nous habitons
Il J'ai voulu vous prévenir que mon mari est détermin'^ à résister à toute entreprise illégale, et quoiqu'il y eût peu de générosité à nous attaquer avant que je sois remise de la chute malheureuse que je Rs mardi passé, je vous réponds que je m'aidemi de toutes mes forces à défendre mou mari et mes trois enfants. »
Quarante-huit heures plus tard, quatre cents hommi» se présentaient devant le ehàteau. L'entrée leur ayant été refusée, ils se retirèrent après avoir tiré quelques coups de fusil. Cette manifestation eut pour effet de pousser Bésignan à accroître ses moyens de défense. Bientôt après, il avait réuni tout uu arsenal, vingt-deux fusils, dix pistolets, sept ou huit hommes résolus. Loin d'en foire mystère, il le proclamait, affirmant que s'il était attaqué, il aurait en vin^jt-quatre heures quatre mille défenseurs.
Il On peut bien amener des canons, disait-il ; ils ne feront pas plus que mon c; je me f... de mes agressseurs. J'ai assej: de pain pour résister, et i[uand je n'en aurai plus, nous mangerons de la bouroulettc. «
La situation s'agjfravait, et le général d'Albignac, commandant en chef l'armée de réserve du Midi, décida d'en finir. Dans les derniers jours d'août, un rorps de troupes amenant .cinq pièces d'artillerie vint mettre le siège devant le chât2BU et après sommation ouvrit le feu, vomissant la mitraille sur les vieux murs de Bésignan. La canonnade dura trentesis heures, sans que les assiégés consentissent à se rendre. Bésignan et ses huit défenseurs accomplirent des prodiges, tenant en respect les assiégeants, qui n'osaient aj»procher el continuaient à tirer de loin. Mais, bieutùt, divers ineen-
PIECES HISTOBIOOES 3ÏT
ilies (-clalaient, allumés par les boulets, el au liane île la façade s'ouvrait une Iarj;e brèche. Avant île livrer l'assaul, le général d'Albignac, oliéiaaant à des raisons d'humanité, lit savoir secrètement à Bésignan qu'il lui accordait trois heures pour s'enfuir. Oliligi* de s'avouer vaincu, le manjuis se ri'signa. Le 28 août, au lever du jour, on put constater ijue le château était abandonne. A la faveur de la nuit, les assiégi's avaitrnt disparu.
On a pu lire, en divers passages de ce livi*, ce que fut l'exialence ultérieure de Bési{^an. Quelles qu'en aient été les péripéties si propres à révéler son exaltation et son imprévoyance, on reconnaîtra qu'elle est la suite naturelle du bruyant épisode par lequel s'était ouverte celte vie de conspirateur et d'émigré.
Dominique Allier, mêlé aux mêmes événements que lui, était un homme de même trempe. Dans toutes les insurrections du Midi, on le retrouve, actif, vigilant, audacieux, toujours debout, ne reculant devant aucun excès, passant à tout instant la frontière pour aller en Espagne, en Italie, sur les l>ords du Khin chercher les ordres des princes émigrés et se procurer des ressources à l'effet d'alimenter les complots qu'il ourdit et les coups de maîu qu'il prépare. A Jalès, il csl le bras droit de Saillans; dans la Lozère, il prend jMirt au soulèvement qu'a fomenté Charrier et auquel est mêlé sou frère le curé Claude Allier, qui y perdra laviej à la veille du IK friiclidor, il est le lieutenant du baron de Saint- Chris toi quand celui-ci s'empare de la citadelle du Pont-l^aint-Ësprit.
Quelques traits feront connaître ce que valait cet homme en tant qu'énergie et témérité. En 1 793, après la défaite des relielles de la Lozère et l'arrestatinn de son frère, il s'était enfui, vaincu, désarmé, mais non découragé, et résolu à de nouvelles entreprises que ne facilitaient que trop les rél>ellicms isolées dont les Ce venues étaient le thMilre. Au mois de septembre, tandis que son frère, dont il ignorait le sort, montait sur l'échafaud, lui-même errait aux confins de l'Ardèche, du côté du Gard, dans les bois de Rainl-Floi-eul, cherchant  s'emparer de la citadelle d'Alais. Il avait cummc ■ecund dans celte tentative un individu du oom de Funlanicu, dit Jambe-
3iB
PIECES IIISTORIOCTES
d alu-
(le-Dois, propriétaire du pays, jeté comme lui ilaiis l'insurra lion par ses convictions royalistes. Par mallicur, le Douveau projet procédait du même système que tous ceux qui avaient successivement échoué. C'était toujours des mouvements isolés, commencés sans ordre, en dehors d'un plan d'ensemble, et destinés. Faute de secours estérteurs, à Knir misérablemeni . Mais telle était l'ardeur de Dominique, tel son désir d'attaquer la Révolution, qu'il avait [«rdu toute pâlie chait que les occasions de combattre et de faire du mal i ennemis-
En rôdant fugitif dans les environs d'Alais, il fit la r (le quelque» jeunes gens qui, ce voulant pas servir la Itépublique, s'étaient dérobés à la conscription. 11 n'eut pas de peine à les rallier à ses projets. Ils se réunissaient tous les jours en un endroit désigné sous le nom de ii Chambre verte ». C'est là que les dispositions étaient arrêtées, de là que partaient, à l'adresse d'hommes sur le zèle desquels on comptait, des missives dans le genre de celle-ci :
(I D'après l'arrêté que nous avons pris avec mes associés, tout nous présage le plu* heureux succès. Nous avons donc convenu de prendre les armes au plus tôt, ce qui i>ourra être vers le 7 ou 8 septembre prochain. Je t'ordomie donc, au nom de Louis XVII, de prendre les armes et de préparer tes gens, de l'en procurer le plus grand nombre (|ue tu pourras, de te rendre au moindre signal au lieu indiqué de la Chambre verte. Vous prendrez, outre vos cartouclies, armes et munitions, des vivres pour trois jours; vous ferez, observer à votre troupe le plus grand silence. Vous ne marcherez que la nuit et vous reposerez te jour. Preneji garile de ne pas faii-e des imprudences, car vous feriez manquer notre opération, n 11 fallait une grande audace [mur enli'eprendre une nouvelle levée d'armes au moment oii Cliarricr vaincu et Claude Allier venaient de payer de leur vie l'insurrection de la Lozère. Mais Dominique Allier possédait le robuste tempérament qui fait les conspirateurs intraitables. Le malheur de ses complices n'avait d'autre effet que d'exciter son zèle pour lu cause du l'oï. 11 parcourait les montagnes du Vivarais, renouant des
PIKCES HISTORIQUES
relations avL-c des ancteiis chefs du caroj) itc Jal^s, ceux du moïiis<]ui,surtis gains etsaufsdel'cchauffuuiee, étaient rentr(.'s chez eus, et bientôt il put compter sui un millier d'houimes résolus. Il se proposait d'en grossir le noinbie, en arrêtant des paysans la veille du jour où il voudrait agir, et en les contraignant à marcher. Eu même temps, il envoyait un espion â Aiais pour vérifier fiî les canons du fort élaienl chargés ; il fabriquait des ràhelles pour entrer dans la place, par escalade, iiu milieu de la nuit.
Ce projet n'avait aucune chance de réussir, et eàt-il réussi, il est probable qu'il n'aurait eu d'autre résultai que d'obliger Dominique Allier victorieux à soutenir un siège dont l'issue n'était que trop facile à prévoir. Mais il ne lui fut pas donné dVn faire rexpêricnee. Deux des déserteurs qui connaissaient ses plans allèrent le dénoncer aux autorités d'Alais. Sur les indications qu'ils donnèrent, Dominique fut arrêté dans la commune de Pont-Cèxe par des gardes nationaux, avec deux individus accusés de lui avoir donné l'hospila- Itlc, et conduit le 9 septembre 1703 dans la citadelle dont il avait voulu s'emparer. On saisit sur lui un passeport couvert de (aux visas.
Comment parvint-il il échapper alors au châtiment qu'il avait encouru? Il n'est pas aisé de le préciser. Toujours est-il qu'à force d'habileté, il iiehap|>a à une condamnation et au lioiirrcau, et que bientôt après, sous le nom de l^urcnl, il conspirait à Lyon. Aircté dans cette ville, non reconnu et remis en liberté, il se rendit à Nîmes, à Muntpellier, ailleurs encore, justifiant ses allées et venues par les l>egoin8 d'un prétendu commerce de tabac et de dentelles, et si habile il se fiabriqucr des passeports, qu'il se soustrait it toutes les recherches dont il est l'objet.
Au mois d'aoàt 1795, il résidait, il l'année de Ciindé. Il existe aux archives de Oliantilly une curieuse lettre écrite par ee prince h l'agent anglais Wickliam, le 21 de ce mois, et datée lie Mulheiin dans la forêt Noire, où était iii«tiillé le quartier général des ■■inign-s.
1 Noua vous envoyons, Monsieur, mande Condé, un homme
no
dont }(! croîs pouvoir vous répondre; il m'a élé cnvoyi-, ou il csl venu de lui-même plusieurs fois depuis le eommenccmenl de la révolution me dire des nouvelles de son pays, dont 1rs iiabilants, depuis 1790, n'ont pas varié un seul inslaoL pour la bomie cause. Il se dit aujourd'hui envoyé par ses concitoyens, et je le crois. Le Gévaudan, le Velay, le Roucrgue et le Vivarais ne demandent pas mieux que de se lever pour la bonne cause, cl en ont, dit-il, les moyens. Il vous les expliquera. Ci-s pays se touchent, et le Velay est très près de Saint -Etienne. Ainsi, vous voyez que celte insurrection peut être ti'cs aisément liée avec celle de Lyon, quand il en sera temps.
u Cet homme s'appelle Allier et est, je crois, frère d'un maitre de poste de Pont-Saint-Esprit. II n'en est pas moins brave. U était dans Lyon pendant le sït^e. M. de Précy lui avait donné le commandement d'une compagnie à la tète de laquelle il a été blessé. Il dît qu'en huit jours, on peut mettre sur pied trente mille hommes armés dans ces quatre petite» provinces. Il est chargé de m'asaurer que personne ne bougera
u On y manque île chefs comme partout en France ; il m'p-n demande un, mais Je vous avoue que je suis un peu embarrassé pour le trouver. Ici, je n'en connais pas; mais je pense à un que je sais bien où trouver. Mais avant de me déterminer, je voudrais que vous me mandicï si, en le élisant se rendre directement à Lausanne (car il est en Italie), vous vous chargertcjt de lui. C'est un Ueutenant général qui avait déjà ameute dans son pays, et qui était, je crois, très capable de jouer un r(>le eu Espagne, où il fut forcé de passer. Mais il fut déjoué par les intrigants. Puis-je lui proposer vingt mille francs d'appointements, en l'assurant que d'ailleurs vous lui donnerex tous les secours dont il aura besoin pour sa besogne? J'attendrai votre ré.poDseavant de luiccrire, mais je ne réponds pasqii'il accepte."
Sur le vu de cette lettre, Wickham donna à Dominique Allier les moyens de rentrer en France et de regagner les Cévennes, ou, comme on l'a vu dans les pages de nos récita q| parlent de lui, il devint en peu de temps la terreur du pan l'àme des dernières insurrections des Cévennes.
[l'âge Ï5.)
Le géorral Pirhegru élail né aux Planches, pnx d'Arbois, le 16 février llGl. Il Fut baptisé le lenilemain. Nous donnons ù la (in du volume les notes généalogiques le concemanl, <jui furent dressées en ISIGau moment où on sonfj'enit h lui élever une statue. Elle fut en effet érigée dans sa ville natale, payée par une souscription et détruite en 1830. Il en existe une reproduction en dessin à la Bibliothèque nationale, section drs estampes.
Picbegru avait été cntcn-é à Paris, le Cavril 1804, au cimetiùre des suppliciés, dit cimetière Sainte-Catherine, à Clamart. En 1815, à la place où il reposait, sa famille fit élever un mausolée aver cette double inscription :
Ici nr.POSE (sic) les cexdrks de Cmarles Pichegru, oén(:»al es
CRBFnE.S ARMÉES FRANÇAISES, NÉ A A&BOlï LE KipÉVRlEH 1761,
HOnT A PABIS, LE 5 AVRIL 1804, ÉLEVÉ PAR LA PIÉTÉ FILIALE.
La PREMlÈnE PIERRE A ÉTÉ POSÉE PAR M"' ELISABETH PiCnEGHU
LE 31 ocToniiF. 1815.
En IStiâ, la laniille le fit exhumer et transporter à ÂrlHiis. On savait que, déposé dans la fosse commune, il y avait été placé dans le sens de la larjjeur. Cette particularité, comme de M* héritiers, le fit découvrir. Les clieveux longs et griaonnanta adhéraient encore à la tête. On distinguait trois cadenettes parlai tement tressées qu'il avait portées, confurménient aux modes de l'époque.
lie l'indiacipline qi
P. Eiujclm
suivante pu'nuettenl de par les soldats ilrs armi i rcgiiuil dnnii l'année^.
s du Rhin ci l'étcndm
( citoYcn Merlin de Tliioiwilte, du Cor/}<i Wt/isliilif.
Mon respectable ami, depuis que j'ai le buiiheur di cli-e conuu,JG vous ai loujoureiiarléaveefraiichiae clsiucërîti eL je ne cliercbaîs à profiter de la bonne opinion que vnus m'avcx accordée, que. pour voua dire tout ce que je croyais nécessaire el ulileau bien de la République ou de mon païs. Vous savez que jamais mon intérêt parLiculicr ne m'a fait parler un seul mot devant vous, mais que le bonlicor de l'humanité m'est plus cher que ma vie. Je sais bien qu'il esL souvent dangereux d(! dire des vérités, mais je sais aussi que vous aimez la vérité et ceux qui la disent, et il est tems plus que jamais de la dire. Mon devoir m'oblige, mon cœur me pousse à vous écrire pour vous faire ijuclques observattnns, tristes el accablantes rn vérité, mais qui rc(;ardpnt. de Fort près l'honneur et le salut de ta République, Ob ! que je puisse contribuer parla à foire cesser les abominations qui se commettent vhet nous, qui flétrissent l'honneur des armes réfiublicaines, qui ruinent notre païs culicrement, et qui vont perdre l'armée raûme. L'ami de l'humanité est aei-ablé de voir les babitans de ce pais tourmentés de la manière la plus aFFreuse, de sorte que le nom
■■ PIÈCES HISTOniQUES 333
fiâiaçais sera en hurreur pour jamais ; le vrai paliinte doit être mortifié (le voir ses Frères républicains chaDgés dans une horde de Uuns ou de Vandales. Je ne parlerai pas de l'armée devant MaycQcc, qui, dans sa retraite, s'est livrée à tous les exeî's les plus atroces, qui a pillé, ravage, assassiné partout dans un paîs qui les a nourris et ejitretenus depuis douze mois. De tous côtés, on n'entend parler que de brigandage, de pillage, de misère, de désespoir, des hoiTeurs qu'on a essuyées el qu'on craint encore. Nous avons actuellement plusieurs divisions de l'armée de Sa mbrc-el -Meuse dans notre voisinage, el d'id à Stmmern et plus loin, tout est rempli de troupes. Ces troupes nombreuses sont toutes entretenues et nourries par le paîs. Il n'y a pas de magazins ou de provisions, on prend où l'on trouve. Comment est-il possible que le pals épuisé et pitié, comme il est, puisse remplir toutes les réquisitions énormes des commissaires, fournir toutes les tables luxueuses des généraux et chefs, el nourrir une année nombreuse? Car les généraux et chefs ne sont pas [mes en argent; ils veulent pourtant faire bonne chère, ils mettent doni^ en réj~|uisition tout ce qu'il leur faut, et il leur faut beaucoup ; les officiers, par la même raison, vivent aux dépens des communes ou des particuliers oii ils sont logés; le soldat se croit donc en droit de prendre à son tour ce qu'il lui faut; il se moque de ses supérieurs, pille oii il peut, et rarement est-il puni, et encore ces punitions ne sont-elles pas assez sévères pour contenir les malfaiteurs. Le caractère français est naturellement bon, il faut l'avouer; mais il est gâté par le désordre, le désespoir et l'exemple. Le soldat souffre trop; il est mal vùtu, mal payé, et souvent n'a-t-il pas ses vivres régulièrement. Il maudit donc le gouvernement, ne respecte pas ses chefs et pdic les liabi tans. Desoffîciers di|;nes et i-espectablcs m'ont assuré qu'il est physiquement impossible d'empêcher ces désordres, autant que le soldat ne soit pas mieux payé, et qu'il ne reçoive régulièrement ses vivres. Mon paîs est infiniment malheureux. Les commissaires font des réquisitions, les généraux en chef font des réquisitions, et le soldat prend sans réquisition. On dit I qu'il y a des magazins considérables ù Coblence, maïs qu'on
PIECES HISTORIQOES
isporlcr feule de voitures. La misère sera donc .'omble, et le résultat en sera que l'armée ne sa subsistance daus le païs pille mourra de LTc avec les habitans, ou qu'elle sera forcée à
ne les peut Irai
bientôt à son <
trouvant plus
faim et de misi
abandonner tous les fruits de ses victoires, et de se retirer,
comme on a vu, de l'autre côté du Rhin.
tjicore est-il détestable que les- b'ranirais en général manifestent une haine nationale pour les Allemands, qui est d'autant plus injuste qu'ils ont été traités en frères par eux, que les habitans du païs out déjà lait des sacriBces immenses pour les Français, et que tous les FrancaÏB qui étaient dans mou païs, sont obli(;és d'avouer qu'ils ont reçu des bienfaits et des honnêtetés cliez nous. D'ailleurs, il n'est pas étonnant que les Français dans ee moment ne sont pas aimés cliéa nous, puisqu'ils font tout le possible pour se faire détester. Ils sont regardés comme les auteurs des maux les plus affreux. Le pi)Ia{,'e, le brigandage, les vexations ne sont pas le moyen de gagner les cneurs. Mon vœu le plus ardent était toujours la réuuion de notre païs avec la République ^ mais comment réunir des hommes qui se détestent mutuellement? Tous les vrais républicains, tous les Français dignes de ce nom, et heureusement le nombre en est encore grand, voient avec la plus vive douleur ces mallieurs et ces abominations qu'ils ne peuvent réprimer.
Voules-vous sauver la République et ma patrie, laites cesser l'insubordination elle désordre dans l'armée, laites cesser ces ri'<|uisitions démesurées, qui ruinent le païs, empêchez le désordre dans l'administration des vivi-es, réprimez le pillage par une discipline sévère, laites payer l'ofRcier et le soldat en argent, pour qu'il respecte les propriétés, et que les défenseurs de la République ne commettent plus des injustices des honorantes. Car autant que les généraux et officiers ne seront payés parla République, ils se feront payer par nous, et vivront de réquisitions. Payer l'armée en argent est le seul moyen de faire une campagne d'iiyver, et de conserver la bonne volonté du soldat dans toutes ses fetigues et ses souffrances. Sans cela on ne pouira rebloquer Mayence, i n'y a plus rien à vivre dans ses environs, aussi est-il i