SC
L'indiscrétion de M. de Itësignan renLrant en France contre Tavcu du Rot et de M. AVickbaai, avait parsun itnprudcanuu sa mccbanceté laisse arrùLer ses papiers. Cela avait d'at>or(I doiinc de l'inquiétude aux cliefs du parti lyonnais; qucli|uesunaélaifDtsoi-tisdelaville, M. Imliert lui-mc'nies' était cloi|pio. Mais la chose, plus grave en apparence qu'elle ne l'était réellement, n'aurait retardé que de quelques jours l'esplosîon déjà préparée, sirarméedrCondén'avaiLpaseuuneautredeatinatîon.
L'opération importante de Lyon était liée avec telle de Lonsle-SauInier. Le chef de cette partie subordonnée M. Irabert donnait aussi l'assurance d'ainenei' à M. le prince ile Oop<)é S à 10,000 bimimes et huit piéies de canon.
Ces deux points correspondaient parFailement avec le mouvement qui devait se feire à la môme époque du côté de Pontnrlier, à la tête duquel devaient se trouver le général Malseignc cl M. Je Tinseau ; l'abbé de CliafFoy, chef du clergé dans les montagnes du Jura, se charjjeail, à l'aide des curés, tie faire mouvoir les campagnes.
Cette ligne d'insurrection royale, prolongée vers le Poreiitrui, était combinée de manicre à faciliter le mouvement de M. le prince de Condé ; ce qui l 'aurait rendu plus aisé était u» siiulévement préparé aux environs de Kelfort pour le moment de l'entrée du prince. Tout cela aurait non seulement grossi son armée, mais rendu beaucoup plus facile sa marche en l'randie- Comté.
Lord Grenville aura vu de plusparlcs dépèclH-s deM. Wictbam, qu'indépendamment de cette chaîne de correspondance intérieure depuis le Vclay, Lyon, jusque sur le llaut-itbia, on avait encore l'espoir, peuL-èti-e même la certitude, d'après les dernières lettres reçues, de mettre dans sou parti le général Kcllermann qui commande en Savoie.
Tout cela sans doute s'était préparé d'après la certitude que l'on croyait avoir du passage de l'armée de Condé près de lluningue. Le général Mêlas était venu en causer avec le prince, les ordres étaient donnés, le général Klinghn avait reconnûtes bords du Itbin. Enfin déjà l'ouverture pour la mairbe de trois colonnes était faite.
' ilti Coudé.
PIECES ilISTOniOOES 365
t'est lorsijue l'on atteodait le signal pour agir depui» Lyon jusfju'à Uuainguc iju'est arrivé à l'armëf de Oondt- l'ordre de partir de Mullieirn pour se rendre à Wislodi, avec l'assurance lie passer sur la rive jjaudio du Ilhin.
Cet ordre înaUendu a dû affecter vivement tout le parti royaliste de l'inlérieur, et tout dtilai t[ue l'un proposera, fût-il même raisonnable, ne détruira pas la méiîaiicc qu'a nécessairement fait naître ce départ précipité. Il a prudi{;ieuâemciit affligé l'armée, mais tout a cédé quand elle a su qu'elle se ra]>prochait de l'ennemi...
IV-tÀ reçu la lettre que Voire Altesse a bien voulu m'éuiirt' &tedu lOdecemois, au sujet du voyage prochain de Baptiste dans ces contrées. J'ai le plaisir de voua assurer que j'avais déjà prévenu les désirs du rui et les vùtres à son égard, et que j'avais clioisi. pour m'abouclier avec lui, un homme qui doit i^tre également agréable à Baptiste et à tous les bons serviteurs du roi qui sont aotuellement à ma portée; je veux dire Derly (Précy), Pliililicrt et Tissot. Cet Iiumme est actuellement sur le» frontières, nù il n'attend pour parlir que l'arrivée de Baptiste, dont il sera averti sur-le-nlianip ; il est muni d'une Icttri^ de ma part adressée directement à Baptiste, laquelle, je n'en doute pas, attirera toute la coulianeG nécessaire. Il sera eu outre présenté fi Baptiste par un homme avec qui ce dernier est intimement lié; il aura non seulement toutes les Facibtés nécessaires pour passer cl repasser, mais aussi les préteitcs les plue simples et les plus naturels pour colorer son voyage ; il aura de plus la facilité de ménager une mitrevue entre Baptiste et Derly, ce que ses instruction» portent par-dessus tout l'omme
ickhu
MONSEIGSEUn,
un ubjct très essentiel.
Le Turc {Couranl) est, Je g choisi I
Il peu
fitrlié de c
lie l'ai pas choisi pour cette missioa : en effet, il aurait ét^ très propre à la bien l'eaiplir; mais il est non seulement tiup coDnu pour qu'on osât lui confier pareille cliose ; il est eu outre dénoncé, et il y a des mandats d'arrêt lancés contre lui dans toutes les provinces voisiner : son apparition m^nie lians son propre pays ferait sensation, et Votre Altesse Sérénîssirae sait très bien que la fi{;ure de cet homme est si remarijualilc qu'on crierait parliiut, sinon au Turc, du moins au renégat.
Le véritable renégat dont vous me parlez conviendrait fort mais j'ai tout lieu de croire (ju'il est déjà rentré eu Frauce du reste, je suis bien aise de voir que Votre Altesse ne plus tant les renégats.
J'ai accordé encore de l'urgent à Louis. ?i 'admirez* vous pai Monseigneur, la pcrsévêiance Je l'un et la facilité dt rautre? Je n'ose plus dire que c'est pour la dernière fois, de peur que Votre Altesse n'en conclue, comme à son ordinaire, que cela veut dire : <• J'en donnerai davantage. »
[Papfi 210.)
tasirucliolis données par le r/t'iiértil eit chef Pichei/ru i général ih division Desalx, en luireinr-llanî le c iiienl de Cannée.
Au rjitarlier (lénrnil .'> Ila^utnau, le 15 vcnt^W an IV
Le général Desais emploierait; temps que peat durer l'arinulice à voir les troupes les plus à portée, pour s'assurer i|iic le travail il'orgaDisation a été bit suivant les dispositions de l'arrêté du Directoire exécutif; il rectifiei'a ce qui pourrait avoir été Fait de contraire, eateadra les rocln mations qui lui lerunt présentées et y fera droit, s'il y a lieu. Il rei^ummnndrra aux (;éiiéraus en cbef des corps de ne i]é|;liger aucun moyen de perfectionner l'iuslruclion et la tenue des troupes, d'établir et entretenir ta discipline et la subordination.
tl fera partir successivement les officiers surouméraîres, et prendra tous les muyens qui dépendront de lui pour ])lacL'r tous ct'us r]ui, n'ayant ni Fortune ni domicile, ne sauraient oîi se retirer ; c'est par eux de préférence qu'il fera suppléer les officiers prisonniers de guerre; il fera entrer dans les administrations ceux qui auraient plus d'aptitude à cet état.
Il reraminandera à Tufficier général commandant l'avantgarde et le cordon de faire observer avec une scrupuleuse exactitude les conditions de l'armistice, de punir sévèrement toute la^cUon qui pourrait provoquer de justes plaintes de la part de l'emiani, comme aussi d'empècber que celui-ci y porte la inoindreaUeiiite, sans en demanilcr et exiger prompte réparation .
368 PIECES HISTOniQUES
Il exigera qu'il lui soit remis copies de toutes lettres et c respoiidant-ps que ces rplations pourraient uécesaîter de |>art#t d'autre; il prcudra surtout des mesures puur que l'officier qui sera porteur de l'avis de la rupture de l'armistice lui soit envoyé directementet promptemcnt, afin d'avou- d'autant plus de temps pour Faire les dispositions que cet avis doit nécessiter. Il en donnera aussitôt communication par des coumers extraordinaires au Directoire e:xécutif, au ministre de la guerre et au {■eniiral en chef de l 'armée de Sambrc-et-Meuse, avec qui il devra se concerter pour les opérations ultérieures.
Quoique les conditions de l'armistice assurent encore dix jours de paix après l'avis de sa cessation, il n'en fera pas moins épier les mouvements de l'enneaiî, pour être toujours il temps de Faire ceux d'opposition qu'ils pourraient nécessiter; h cet effet, il activera le service d'espionnage, tant sur la ligne du Rhin, au moyen des fonds métalliques qui restent entre les mains du chef de l'état-major et du payeur de l'armée, dans la caisse duquel il y a encore cinq mille livres â ma disposition, et un milliiia en asiijgnats, dont il |>ourra également disposer pour les dépenses urgentes et imprévues. Lorsqu'il ne pourra se procurer directement quelques renseignements sur les mouvements et la force de l'ennemi, il s'adressera au citoyen Bâcher à Basic, qui est charge de la direction du service secret sur lu rive ilroilc du Bliin.
Il tiendra toujours les troupes assés rapprodiées île la ligne, pour pouvoir y être puftées dans trois ou quatre jours de marclip au plus, et comme la réunion ou le douldement qui vient d'avoir lieu dans les demi-l)ri{;ade9 et divisions nécessite aussi une uouvelle organisation des brigades et divisions, il disposera un petit travail h cet efFel, afin qu'en se remettanl m ligne, s'il est besoin, il puisse indiquer de suite à chaque corps lU- quelle nouvelle brigaile et division il fera partie, et déterminer en con séquence son emplacement. Le nombre des brigades et divisions se trouvant nécessairement ilirainué par le doublement des cadres, il conservera le commandement de celles en ligne aux officiers généraux qu'il en jugera le plus susceptibles par leurs talents militaires ; il conservera les autres
Tu i]uartier (;t;iiêral coiiiine smauméiaiies ou les ciii|iloici-a (tans les places jusqu'au pi-ocbaiii travail amioncë par le ministre de la guerre.
I) ticixlra la main à ce que le résultat du travail d'organïsatisndes demi-brigades, qui a été retnrde jusqu'ici parlalenteur ou la iié{;ligeiice de quelques |>t*uéraux, suit envoyé au ministre le plutôt |K>ssiljle.
Siync : I'iciiegru.
Supph'l:
reiimllant le
;,éncral D,> ■„l de i'nrmée
Les ponts, chemins et cummuuications a l'armée se trouvant la plupart en très mauvais état, le [jênêral prolîtei-a dns premiers moments que jraurront laisser la saison et le mauvais tem[>s, jMur faire travailler à leur réparation; U se concertera h cet effet avec les autorités civiles de chaque arrondissement, et concourra de tous ses moyens pour faire accélérer un travail aussi important.
AussitAl que son tableau de nouvelle organisation des divisions sera préparé, il en enverra copie au général d'artillerie et au commissaire ordonnateur en chef, pour les mettre ù même d'or|;aniser d'après les mêmes bases les divisions du leur service respectif, en les invitant de vouloir bien luï donner connaissance de leurs dîspiisitiorts dès qu'ils les auront faites; s'ily trouvait quelque chose (l'inconvenableauit siennes, il les cngajjcrait A taire les cliangomcnls qu'il jugerait ncivs-
S!.j"d : P.c.iK,
{P-fie 224.) l-auchc-Ilorcl a„ colom-l Crmofvrd.
Je me suis présente à votre liùtel aux dittéifiilcs liei sui^cessivcmcnt vous m'avez indiquées (wur pieu il re les dépêches dont vous avez. dai{;né me promettre que vous me elialuenes pour Francfort; quoique vos domestiques et mou- Mcur votre secrétaire m'aient assuré qu'il n'y avait aucune lettre û me remetti-c pour cette ville, cependant la crainte d'une erreur de leur part et de manquer à vos ordres m'a t'ait retarder mon voyage jusqu'à demain malin, et je viens. Monsieur, vous prier, dans le cas où je puun-ais être porteur de vos dcpèebes, de me faire donner vos ordres à l'auberge des Trois Rois, où je suis logé et où je m'empresserai de les exêeuler, La manière dont vos domestiques et monsieur votre secrétaire viennent de me recevoir m'a fait voir qu'ils me re(;ardaient comme un homme qui importune et qui fali{[uc. Je ne me plains point de leur opinion, ils ignorent sans doute l'objet dont je suis occupe, et qui m'a forcé à me rendi-e aussi souvent à l'bôtel, ce que je n'ai lait d'ailleurs que d'apri-s vos ordres. Je suis bien sûr que M. le colonel, avant de confondre avec l'importunité l'excùs d'un zèle aussi ardent que pur, voudra bien se rappeler qu'étranger aux aflaires de la Trance, j'ai eu Suisse un état honnCte, une fortune médiocre, mais qui me met au-dessus du besoin, et que si j'ai été enlevé à des occupations qui soulTrenL beaucoup de mon absence, que si j'ai consenti à quitter mon épouse que je chéris et quatre
enfaDts qui ont besoin de moo travail et de mes soins, ce n'a été que pour acquiescer aux désirs du prince à qui je dois tous mes respects, que par l'amour du bien général et du rétablissement de Tordre, et que toute autre considération n'aurait pu me faire exposer, pendant six mois, à une mort à laquelle, vous le savez, Monsieur, je n*ai échappé que par une provi* dence bien particulière.
J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien vous rappeler la promesse qui a été faite au prince de lui remettre les cinq cents louis qu'il a d*abord avancés pour Tobjet que vous savez. M. Wickbam m'avait dit que je prendrais cette somme sur ses effets que j'aurais pu être cliarçé de réaliser. Les choses se trouvant arnin{;ées difleremment, vous voudrez bien m*en décharger auprès du prince.
Aux piei-'eB qu on vient iie itre, notii ajoutons, h um ue uocttmentsilcramparaiiuti, la prumiùrc lettre de Mnnt|;aillanl » Pidicgrii et les rdcits manUKCrila de Faiiclie-Borel suuvunl si diffiircnls ilc
Comte (h MoHiijnUtiirtl à PicUegrn.
<( tT95. ^^1
Vos talcDls, vos lumières, vos expluits ont place votre nom parmi eeux des plus grands capilainea; vous avez aequts toute ta gloire que peuvent donner les armes, maïs il en est une plus pri'iieuse et plus durable, et il vous appartient de l'oliLcnir.
Le nom dea bommes <{ui renversent les i!)tals se transmet avec etTroi aux générations ; le nom des bommes {{ui sauvent les empires arrive aus générations les plus reculées, aecom|iagné des bénédictions éternelles des bommes.
Général, après avoir fait trembler l'Europe, vous pouvez lui donner la paix. Après avoir arracbc la France à la rapacité des puissances, vous pouvez la sauver des malbeurs qui vonl Fondre sur elle de toutes paris; après vous être rendu aussi illustre (jue le maréchal de Saxe, vous pouvez vous montrer aussi grand (|uole mari;cha! de Turenne.
Ces généraux forcèrent comme vous la fortune à se ranger sous leurs drapeaux, mais elle semble vous avoir réservé plus baut degré de gloire auquel il soit permis à un hoi d'aspirer.
Par un concours de circonstances telles que les annales monde n'en olVrent point d'exemple, l'action la plus noble et la plus magnanime que l'on puisse jamais entreprendre doit rendre le bonbeur 3 une nation, le repos au monde, et action est en votre pouvoir.
Général, ce n'est point au vainqueur de la coalitiaa, c'
M Jlî^
l'IÉGES HISTORIQUES
au pacificateur du globe que j'écris dans ce moment, c'est au grand lioinine que a'adresse avec confiance un prince magnanime, plus {;rand encore igue son num, le vainqueur, cnRn, de six années de revers; il s'adresse à voua {wur que vous partagiez avec lui la gloire de sauver la France, pour que vous Taidiez à empccher le sang frani;at8 de couler plus longtemps, piiur que vous préveniez ce déluge de maux prêts à fondre sur la patrie.
Des laclions la divisent, dos guerres civiles la déchirent, la paix ne se présente plus sur une frontière que pour être aussitôt l>antiie de l'autre; et tel est aujourd'hui le sort de l'empire français, que ses propres enfauts sont foicés d'ensanglanter son sein pour retrouver une patrie et se dévouer à la mort pour arracher leurs concitoyens à la tyrannie.
Des dissensions intérieures menacent de toutes jNirts cet empire épuisé |>ar ses victoires, écrasé sous )e poids de leurs lauriers; les puissances étrangères ont renoncé, peut'étre, à le conquérir, mais elles espèrent le voir détruire |>ar ses propres mains; des guerres interminables, un demi-siècle de malheurs vont fondre sur ce peuple déjà si malheureux, et la révolution franaùae est à peine commencée, s'il ne se hile pas de se reposer dans le soin de ce gouvernement qui fit si longtemps sa {;lnire et sa prospérité.
Général, vous seul pouvez aider il mettre un terme à ttnt (le malheurs; vous pouvez n-ndi-c à la France sa liberté, son bonheur, sun roi. La Fi-anie vous im|dure, elle est à vos genoux, elle vous crie : Arrache£-iHoi à la politique dea puissances de riîurope, préservei-moi de l'aveuglement et du courage de mes propres enbnts, ralliez tous les partis, fitiles cesser toutes les divisions, réconciliez toutes les haines, proclamer, votre souverain.
Général, votre âme est trop grande, une entreprise qui doit étonner et consoler te monde est trop digne d'elle pour que je me permette de vous [larler de votre intérêt, lorsijue, vuusincme, vous ne vouh jKirlex i[ue de votre propre gloire. Jr tf vous dirai liouc |«»inl que di-m liommc» (La l'ayetle et Dumouriez) que vous laissâtes ti loin derrière vous sont au
3T4 PIECES HISTOKIQUKS
moment d'usurper vos lauriers, et que la faction qui IriompJ aujourd'hui en France no cherche qu'à les en couvrir; il en serait bientôt ainsi, sans doute; mais, à l'abri de l'ingratitude républicaine, en la nuiprisanl, enveloppé de votre propre renommée, vous n'en seriez pas moins 3Ûr d'être juge par la postérité comme vous avet mérité déjà de l'êlre par l'histoire.
Votre ûoie généreuse, ptus digne i.>ncore de sauver sa patrie que de conquérir des royaumes, vous appelle à de plus hautes destinées. Votre propre {[loîre ne veut pas que vous ensevelissiez dans la reli'aite et dans l'inaction auxquelles vous seriez bientôt dévoué des jours qui doivent briller d'un éclat si grand et si pur.
L'armée que vous commandes, général, vous l'aveu lassée à force de victoires; elle vous demande chaque jour la fin de ses maux, vous possédez sa confiance, et jamais général ne mérita mieux celle de ses troupes. L'année que vous commandez a conservé cet honneur qui dislingue le nom Français, et vous le lui eussiez inspiré, si elle avait pu y renoncer; l'armée que vous commandez est composée de ces mêmes français qui triomphaient sous Turenne et Luxembourg, sous le graw' Coudé et sous Henri IV. Cette armée ainsi que toute la Pr« désire un roi, et c'est à vous, général, à le lui présenter.
Ce ne sont point des trahisons, ce ne sont point des désertions dont je vous entretiens; il est au-dessous des princes dont je suis l'organe de vous les proposer, il est au-dessous de vous de les entendre. C'est un plan vaste, magnanime, digl d'un sujet fidèle et d'un grand homme dont on veut v confierl'exécution.
En donnant ainsi un roi à votie armée, la guerre étrangère" et la gtierrc civile cessent au mâme instant ; vous donnez à la Fi'ance ce bonheur qu'on lui promet depuis six années et qui, chaque jour, s'éloigno davanlufje. Toutes les divisions cessent, l'abondance renait, le commerce se rélabht, vingt millions d'hommes bénissent votre nom, l'Europe le consacre avec respect, et les rois de l'Europe en recevant la ]>atx de votre bouche vous doivent la tranquillité de leurs Elals cl l'aFtVrmissement de leui-s couronnes.
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DUS de
t VtM^H
PIECES HrSTOBlQUES
3TÎ
Général, vous pouvez exécuter de si grnndes cLoses, si vous le voulez, et vous le voulez; votre gloire, voire cœur en sont un garant infaillible.
Qu'il m'est doux, général, qu'il m'est glorieux de pouvoir être dans ce moment auprès de vous l'orgauc d'un souverain dont le cœur paternel conGe aujourd'liui entre vos mains les deslîni'.es de la France, le sort du monde entier! De quel attendrissement je me sens prnéfrc lorsiiu'il m'est permis de vous dire, général, qu'un prince, dont la calomnie a respecté constamment les vertus, l'héroïsme, veut se rallier à vous, et confondre sous le même drapeau tous les enfants d'une même famille! Quelle haute confiance n'inspirent pas les principes d'humanité, de générosité, de grandeur d'âme que vous avez développés dans les jours de la plus harhare tyrannie! Avec quels transports je voua apprends que tous les pleins pouvoirs nécessaires pour exécuter une entreprise si magnanime seront communiqués aux personnes que vous invesUi-ez de volie confiance !
L'entreprise peut présenter quelques difficultés; c'est ù TOUS, général, qu'elle est confiée, et les difficultés s'évanouissent.
Je joins ici, général, sur une feuille séparée, les mesures oéc'essaires à prendre pour parvenir à un résultat digne de vous, et les intentions du souverain h cet égard.
Je suis avec l'estime et l'admiration que m'inspirent vus talents, vos vertus, général, votre très humble et très ob 'issant 8cr\iteur.
Sii/nd : Le comte uv. MoNTOAti.Mnn.
P.-S, — J'ose vous affirmer, général, que les émigrés faisant partie de l'année du prince étonneront l'armée que vous commanderez eu s'y ralliant, par la cordialité et l'union avec lesquelles ils se confondront avec vos officiers. Ce sont des larmes de tendresse que vous verrez répandre par tous les
migii^
Sign.
: Corale DE MoNTOAlU.Ai
PIECES HlSTOniQDES
MANDSCBITS DE fACCHE-iionEl, .
MÉMOinSS IMPHIMÉ
COMPAREn AVBO |
Détails lie niùii dernier ooya' tembre jusi/u'au IZ jaiwie me rendre chez le Bourgeoi
I Alsace depuis le 2S tèf ; j'ai passé le Rhin poi
Sept voyages que j'avais faits dans le courant de juillet, août cl septembre dans l'Alsace, soit seul, soit avee C...I, pour voir Baptiste, lui porter des lettres du Itourgcois, en rappurlt-r les réponses, avaient excité à Basic la surveillance de Bac-iier <|ui uous avait regardés comme des émissaires d'émigrés chargés de leur faire passer de l'argent ; nos signalements furent donnés aux frontières, ainsi i[ue celui du sieur Fenouillot avi-iletjucl nous correspondions à Basic, et le sieur Courant, ayanl voulu retourner au Magaitin n' 1 , vers la mi-septemlire, il fut arrêté à Bourg libre. Quoiqu'on n'eût rien trouvédc suspect ni dans sa voiture, ni dans son portefeuille, Baciier voulut le laîre accompagner dans sa route, sous garde, ce qui le força û revenir, et ce qui m'obligea à user de différentes précautions pour pénétrer dans l'Alsace et y porter les fonds qui devenaient indispensables.
Je partis le 25 septembre de N..., après avoir pris les deruiers ordres de Rluet ; je passai avec toute la circonspection possible par Besançon ; en passant par le Villaire et Besançon, j'acquittai sur la frontière les droits d'un trentaine démontres d'or et d'argent que j'avais achetées et dont j'ai tiré un très giaiid parti, soit pour couvrir mes vues, soit pour attacher les prrMoniies dont ou a besoin, ayant toujours eu soin de tes donner aux officiers delà part du Bourgeois, etcommeungagc de son affection pour leur dévouement k la cause générale.
l-'orcé de faire viser mon passeport à Besançon, je m'annonçai comme allant à Paris, mais, ayant pris ensuite des dievaux de poste, je revins sur Belfort et j'arrivai à Strasbouq ayant évité par cette marche tous les bureaux où les Bâcher avaient pu être donnes.
PIECES IIISTOIUQUES 377
BaptUlt^ u'était poiiit alors au n° 1, je fus le chercher à Maiiheim, où j'arrivai le 10 oclobre. Au moment de mon airivée, j'écrivis à Baptiste et lui demandai uq readez-voua, et il m'écrivit ces roots : Demain à six heures dit matin. Je me rendis chez lui à l'heure nidi<{uée et lui fis part de l'empressement du Bour(,'eoîsà voir réah'ser ses promesses, en lui auooul'ant que je portais des fouds pour les premiers préparatifs ; il me protestadenouvcaudeson attachement aux intérêts du Bourgeois, de son dévouement au rétablisse ment de la monarchie et (le l'ordre; mais il me dit que l'instant n'était point encore arrive, qu'il s'en occupait constamment, mais que ce n'était point une affaire â essayer et qu'on pouvait se reposer sur ses efforts et son icie pour en accélérer l'époquo. l'cndant Iniis semaines que j'ai resté à Manheim, j'ai vu cinq fois Haptiste et lui ai écrit sept k huit fuis, je lut communiquais toutes les lettres que je recevais de la part du Buurceuis, et je faisais part des réponses vi^rbales i{u'il me donnait ou me faisait donner par Cupidon, et je les Inisais passer au Itourgcuis un les adressant sous le couvert d'un négociant de Basic au sieur Fenouillot qui y demeurait secrètement pour cet objet. — Cliaque fois que je voyais le Banquier, je lui remettais des fonda; très souvent je lui en envoyais par Cupidon; cet argent dépensé par lui avec la plus grande intelligence a servi à augmenter lu confiance que sa grande l^mille a en lui, et ù mettre dans sa dépendance les personnes i[ui lui sont nécessaires pour la grande opération qui se prépare — Peudant mon séjour â Manheim, J'ai constamment mangé avec leti officiers, et c'est par les liaisons que j'avais formées avec les clieb, aoitpardes dis tri hut ion s adroites de vin, argent, bottes, souliers à des soldats malheureux, malades ou qui manquaient ■Je tout, distriliutions que j'avais l'air de faire uniquement par compassion, en me récriant sur les torts de la Convention de les laisser manquer de tout, que j'étais parvenu à propager de grands murmures dans les troupes et ù lairc éclater contre la Convention de grands mécontente monts. Je répandis également dans la ville des lirochiires failcH pour éclairer les soldais, et je Fua témoin que ce moyen produisit de grands effets. —
: 1res
latureltc et r
Pour iciiouvpIoi- d'une manière pecte, je fis connaissance du rédacteur de la Gazelle Jet Deitx-Ponls, le sieur Sal..., homme d'esprit et dont la façon de penser est très bonne. J'esigeai de lui qu'il rédigerait sa feuille qui parait chaque jour dans le sens le plus conrenahle, qu'il y avilirait le plus possible la Convention, qu'il ferait ressortir les vexations et les injustices dont chaque jour elle se rendait coupable, qu'enfin il y ferait chérir les principes qui doivent rappeler le peuple français à l'amour de sa rdigîon et de ses rois. Je lui ai promis à cet effet cent louis par an, pourquoi je lui ai fait mon engagement.
Lorsque l'on vit que Manli... allait être cerné, Ba| s'occupa de la (jarnison qu'il voulait y laisser des troupes dont l'esprit était le plus mauvais, de celles sur lesquelles il pouvait le moins compter; il confia ensuite la place au (l'énéral Muntaigu auquel il donna ses instructions. Le 29 octobre, Baptiste quitta Mauheim sur les 5 heures du soir; il me fit dire par Cupidon d'en sortir pour me rendre au magasin ii° 1 où je serais plus en sûreté. N'ayant pu obtenir des chevaux de poste qui m'avaient été promis pour le 31) au matin, parce que dans ce moment le mattre de poste craignait de les voir périr par la quantité de balles et de boulets qui commençaient à tomber dans la ville, Gupidon me donna ses chevaux qui me conduisirent juqu'à Spire, et je crois avoir été le dernier qui ait pu sortir et passer le pont. — En quittant Manheim, llaptiste fut trouver Jourdan, avec lequel il eut nue longue conférence; il en cat l'ami particulier, et c'est ensuite des déterminations priscfl dans cette convci-sation que la déroute de l'armée de Sanibrc-et-Meuso a eu lieu, ainsi que la perte du grand parc d'artillerie sous Mayenee. J'ai su ces détails par Cupidon, j'ai su même que Baptiste s'attendait à lïlre [Mursuivi jusque sous les murs du magasin n' I, et que si cela fut arrivé, tout était arrangé pour réunir à cette époque la famille ilc Baptiste à celle du Bourgeois. Arrivé nu magasin n" I, je fis la connaissance de Puret, homme très intelligent qui était déjà eu relation depuis plusieurs années avec Diogéne et Persée; il me facilita les moyens de communiquer parle Rhin
PIKCES HISTOBIOOKS
(lircclcniPiit avoL- le ll<iur|;eDis, ce <iui se fiiil avvti sûii-li' aujuurd'liui liciix ou Irois fois («r 9finn!»c vt Mir ilifFércnl» points.
Arrivé dans le n* I, où j'étais A poste lïxc, j'envoyaU Jk Itaptisle d'apiès ses ordres toutes les lettres rjur je recevain ile la p;irt du [{our(;euis, je fus iloux fois à son quartier |;ciicrii1 k Stirxheim et Cauilellc, pour lui remettre moi-mâmc des lettres sur Iesi|uellcs le [lour{;eois demandait de promptes réponses. Au dernier de ces voyages, Baptiste me Rt sentir ipic i-c serait ilre imprudent que île liauirdrr moi-même de nouveaux voyages prîs de lui, que ce serait le compromettre ainsi que la chose, et que je devais nie bonier à lui écrire, puisque mes lettres lui parvenaient sans aucune espî'ce de ilauger; il me donna alors quatre lignes de sa main, propres ù tranquilliner le Bourgeois et le convaincre '|u'il s'occupait sans relâche de l'afliiire; je fis passer cet écrit au sieur 1-'. à llasle qui le remit au Bourgeois.
Après cette époque, ayant reçu de nouveau du l)our|;ruis des lettres qu'il exigeait que je remis en mains propres, dans la crainte de compromettre Baptiste ainsi qu'il le redoutait lui-même, je les lui fil porter par Kuret, qui de là porta la réponse au Bourgeois en passant lu Rhin, et il fut ensuite envoyé par le Bourgeois ft Gelsar pour lui faire eonnailrrrexaclc situation des choses. — Dans tous les voyages que j'ai faits pr^s de Baptiste, je lui ai toujours remis des fonds pour le service de la chose, et je savais qu'il en faisait l'usage le phu utile et le mieux entendu ; je lui en ai lait i'{;alemcnt |>orler par Furet loTvqu'ily est allé, ainsi que pnrCupiiIun lorsque je le chargeais de quelque commission prés de lui} indcjM'ntlammenl de l'utile emploi de ces sommes, ellen servaient à convaincre Baplisle que sa grande famille serait proti'ig*^ et secourue, qu'il (Muvait compter à cet égard qu'il y aurait de grands moy^-ns, car il ne m'x tcmuigne de irrainte qu'à cet égnrd, et s'il doutait qu'au moment de l'éclat, il ne fritj>aHnecoui-u et ijue sa grande famille maDqilât, la prudence le forcerait ù i-loigner <!et instant, mal» gr^ le luepi'JK profond qu'il |)orte il )a (^invention, et la néc^tsitë dout U regarde sa ilestruclîon pour le hien de sa patrie,
car il m'a réputé dix fois ces mots ijue j'ai reiitlus de même : H Dites l/ien OH Bourgenia que je suis aussi bon Fraiiçait tjiie lui, je t'i'Hx fra/iper un granti coup, mais je ne veux rien hazarcirr, ce ii'eUpnx une chose à essayer; quand je frapperai, je veux que (a France soit sauvée; je ne veux pas faire le scconil lome île Ditnwurier. n
Au inagasiu ii" 1, j'aifaitcooDaissaiicede l'officier Philippe, commandant de ]>ataillon, intelligent et brave ; il réunit à In prudence uu dévouement entier à la cause du Itoi; chéri de son Ijataillon, il peut eu disposer à son {;rë, et s'il était nécessaire, on pourrait avec sûreté se servir de ce corps pour donner l'impulsion iiu reste de la ijrande famille. Après m'i-lrc parfaitement assuré de ses sentiments et de l'utililc dont il jiouvait être ài'aftaire, je lui ai Fourni des secours dont il avait besoin, je l'ai approché de BaplislCt et sur le rapport que je lui ai (ait de ses sentiments et des circonstances ijue je viens de rapjiortci', Baptiste l'a Fait sonaïdc de camp, ce riuï dans ix montent est d'autant plus heureux (|ue Cupidon est netuellernent au lit d'une chiite de cheval et *|ue Philippe peut le remplacer pour les détails de l'aiïaii-e. — On sent ({u'indépcndammint des promesses d'avancement que j'ai Fait de la part du Itourgeuis aux adjudants et aides de camp, avancement qu'ils méritent par leur Kèle et leur dévouement, je leur ai de plus Fourni des chevaux et des moyens pécuniaires pour disposer des autres sous-ordres dont ils ont hesoin; ils dispo.senl é|;alement d'une partie marqiiaule de souliers et de hottes dont j'ai fait cmptctle, «t la municrc adroite dont ces objets ont été distribués par les chefs dévoués, les ont Fait regarder comme les vrais pères du soldat en augmentant dans ceux-ci la haine qu'ils portent à la Convention et qu'ils expriment sans ménagements. Au magasin n' 1, j'ai fait de plus connaissance de trois personnes intelligentes et dévouées, Crocodille, Legros et le Beau-frère ; ces trois personnes sont chargées de travailler la campagne et le magazin, ce qu'elles Font avec beaucoup de succès. Je leuiai donné suceessivemenL !n cet é^jard tons les Fonda néec^ saircs, et c'est avec Baptiste que tontes ces mesures ont éWprises et concertées. — Je sentais que mon séjour au maga-
PIÈCES lllSTORlQrTES 3B1
un 11* I puuvail paraître suspect aux inlrijjauU cl aux espions de la ConveDtion, je fis tout ce qui était vu mon |)ouvoir jHiur masquer mes véritables vues, et faire prendre le i'lianj;e sur les vrais ini)lifs Je mou séjour. Je fis itc ma ehambre une es|K!ce de magasin, il y avait des indiennes et loiles, des livics, une jji-ande <|uaulité de bottes et souliers ; étant propriétaire des derniers manuscrits de J.-J. Rousseau qui m'ont été Icgui'fl par M' Dupeyroux de Neuclialel et qui pourront former i volumes in-8', j'avais porté avee moi ces objets précieux, ([ui m'ont servi do prétexte pour aborder Baptiste j j'annonçais que je voulais les imprimer en France, montera cet effet une imprimcrir au magazin n* I ; en consc<|uence, j'examinais les grandes maisons qu'il y avait â vendre, souvent je les marchandais, surtout les nationales, et j'en offrais des prix que je savais qui ne seraient pas acceptés, j'avais grand soin do ne rien garder qui pût me compromettre et de conserver au contraire tout ce ijul pouvait conduire à la certitude que mon commerce seul m'attirait dans oe pays ; c'est ;\ celte grande circonspection que je dois aujourd'bui la vie.
Malgré toutes les précautions que j'avais pu prendre pour en imposer sur les véritables motifs de mon déplacement, mes liaisons avec beaucoup d'officiers, et en genéi-al avec les gens connus pour être bien pensants, ont fini par me rendre suspect aux (adieux et ageiil« de l'autorité. Je fus dénonce le 30 frimaire, qui répond au 20 décembre, par un étranger que je rrois être de Maymeo, pir un nommé Colla, qui avec tous les factieux de l'Europe a couru la Prance lors de sa iléjtorganisation. Cet Lommo demeure depuis plusieurs années à ittrabourg; il se dit bomme de lettres, mais son vrai métier est celui de dénonciateur. Sous le règne de Robesp!ei-ro, il a feit massacrer une foule d'Iionnëtes gens, et il est l'organe connu de tous les monstres qui font la guerre à l'honnête. Sa dénonciation eut pour iKiae une lettre anonyme écrite en alleinand, qu'il assure avoir rprae «l'un tiomme dévoué h la république. Je soupi-onne que celte lettre a été rédigw pur de» Jacubins de Neucliâtel i[ue je sais être en relation avec
PIECES HISTORlQDEa
Colta, i[ui ftit une Ji-k f-azflles de Strasbourg. Quelques de ces factieux <|ui conaaiiisenL mes seuliments depuis longtemps pour l'ordre et sea lutx, et le bon usage que j'ai Eitit do inLS presses depuis la révolution, oui pu me voir à Mauli... ri m'y espionner; deux dana ce iiioineut sont à Strasbourg : ee qui me confirme que ma tiénoncialiou vient de là, c'est que d'un autre côté, ils ont su au moment même mon arrestation et qu'ils se sont donné des repas de félicitations et aiiaon<^nt qu'à la première poste, on apprendrait mon exécution. Quoi qu'il en soit, CoLta m'accusa d'avoir corrompu l'esprit ile$ armées du Rhiu-et-Moselte, d'avoir contribue eu répandant de Fargent aux revers que la république avait essuyés, d'avoir deâ douilles intelligences soit en Allemagne, soit en France, et par ces moyens d'avoir eu le pouvoir de sortir de Manli. . , lorsqu'il se trouvait bloqué. II prétendait également que t'arment que je distribuais venait de l'Aiiglelerre (voyez lous ers détails dans l'extrait en forme de mon procès). Celte dénonciation qui, comme on le voit, portait sur des faits, fut faite en mènip temps aux généraux des armées de S.-el-M., du R., aux ministres des relations extérieures, aux commissaires du Directoire près les administrateurs du département du Doubs, de la Moselle et du canton de Landau, comme aussi à l'administration de la police [le Strasbourg.
Ce Jour-là un malheureux émigré nommé Cbevalicr fut guilloUaé sous les fenêtres de ma chambre qui donnaient sur la place, et j'iîtaîs singulièrement affecté du massacre de cet iimuceiit, lorsqu'à minuit du même jour, un oFfîrier et quatre fusilliera vinrent dana ma chambre me saisir au moment ou j'allais me mettre au lit; on mil les scellés sur mon secrétaire, où se trouvait mou pnrte-feuille, et j'eus beaucoup de peine à obtenir qu'on me laissât prendre un sac où se trouvait cinq cent louis que j'avais réalisés en or, il y avait deux jours, puur les faire passer à Baptiste.
Je fus conduit à la prison du Pont-couvert, et la première nuit, je fus jeté dans un cachot, livré à des réflexions d'autant plus affreuses que j'ignorais le texte de ma dénonciation et les preuves qu'on pouvait administrer contre moi. Je erai(;nai5
PIECES HISTOltlODES
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Burlout i|u'on ae me transfère à la inaisou RoiigeniaiiL cL G'", ce qui m'aurait enlevé toute csporanoc soit de ni'Rvader, soit (l'être secouru par Baptiste sur le zèle duquel j'étais bien sûr que je pouvais compter. Dés le premier moment de mon arrestatioD, iléddë à tout, je crus ilevoir montrer la plus grande fermcti; et je puis ré[}onctre qu'elle m'a singulièrement servi. Je criai contre rillé{;alilc de mou arrestation, contre l'infraction de la loi, qui défendait il 'arrêter la nuit, j'esaltai les préjudices qu'on portait à mon commerce et à mon crédit, et je sollicitai avec chaleur un prompt ju{;ement.
En distribuant au guichetiei' et au geôlier quelqu 'argent j'en dispusiii bientôt d'autant mieux qu'à mon langage de fermeté, ils avaient la conviction que j'étais innocent, ce qui ne les étonnait guère après la multitude des victimes qu'ils avaient vu enfermer. Le sieur Itouville, geôlier de ma prison, avait été commandant de bataill'iii et avait eu huit mille hommes sous ses ordres au siège de Luxembourg. Ayant mangé sa petite fortune au service de la République, ayant perdu ses cbevaus et n'ayant pu obtenir d'indemnités, pour ne pas mourir de laim, il avait pris la place de geôlier, qui lui valait 1,200 francs en assignats par an et quelques toui-s de hàlon. Il me conta ses malheurs, j'affectai d'y prendre part, de lesejtagérer, et trouvant l'occasion de m'attai'her cet homme, je lut dis que voulant monter une imprimerie au magasin n' 1, j'avais besoin d'un directeur pour cet é La blis.se ment, que s'il voulait je lui donnerais celte place avec cent louis d'apiwinlemenls en numéraire. Cette offre lui tourna la tète; il l'accepta avec grand empressement ; je passai avec lui un marché par écrit et je lui donnai 25 louis ]>our le premier quartier de ses appointements (voyez ce marché). Dès cette époque, je fis ce que je vuulus de ce geôlier, je lui demandai de m'accompagner chez le commandant, chez mes juges, ebez mes amis; il le fit, je sortais tous les jours avec lui, je soupai avec lui un soir chez Kurct, et j'avais à peu près la certitude d'échapper même de son consentement, si j'avais été condamné; s'il eût été nécessaire, j'aurais pu occasionner pour me sauver uue très grande commotion, soit par 130 sol-
SU PIKCES HISTOniQnES
(lais qui se tiouvaioiit dans ma pi-isuii, c ilëvouiis à cause île lVau-{lc-vie ijue je leur taisais distribuer; soit surtout au moyen di-s ji'unes gens de la villp, (]ui élaient travaillés par Crocodile et Le{;ros et qui seraient venus ^ délivrer de vive force s'il eilt été iiêfessaire.
Mes sollicita Lions accélérèrent la décision de b on m'interrogea, on leva mes scellés et on visita mes pap! Hais par les grandes précautions que j'avais prises, loin d'y trouver quelque cliosc qui pfl me compromettre, on n'y vit au contraire que des objets à ma décharge. Je tremlilais qa'uu ne reçut des renseîguemculs du département du Doubs, qui m'avait lait poursuivre en 1795, pour des écrits royalistes que je taisais împi-imor et répandre, et bien sûrement, il aurait aggravé ma dénonciation.
Mais je craignais surtout d'être conduit à la maison Rougemont et C*. Le lendemain de mon arrestation, j'avais tait écrire par Furet il Baptiste qui élaitalors ik Ilirsheim, et l'avais prié d'envoyer Cupiilnn pour aider à ma délivrance. Cet homme respectable ne se borna pas à acquiescer à ma demande : il monta lui-même à cheval et arriva au magasin le siiième jour de mon arrestation. Le jour de l'arrivée de Baptiste fut celui Je ma mise en liberté. Je fus remercier le vnmmaoïlant du magasin ; il in'accueilht, m'invita h souper en me (Usant que Uaptiste y serait et ({u'il voulait me faire connaître ce brave honmie.Nous eûmes l'air de ne point nous connaître, et ({uand on parla de ce (]ui m'intéressait comme de la nouvelle du jour, il se borna à se plaindre de la manière dont les loix avaient été blessées clans les formes de mon arrestation. On me sotlk'îta beaucoup à poursuivre le département et niun accusateur en dommages et intérêts; mais j'affectai de In géacrosîté et me bornai à dire que ces personnes m'ayant témoigné, comme il était vrai, leur regret de ce qui m'était arrivé, je croyais (jue je devais m'en contenter, et d'autant mieux que je m'étais toujours proposé, ainsi que je l'avais assuré dans mon interrogatoire, de m' établir dans la ville. Dis cette époque, je fus très lié avec le commandant; pour faire plaisir à l'épouse, j'ai aciieté d'elle une petite bibliutlièque, et
PIECES liiSTOUIQUES
J'ai laissé au mari un dievul qu'il itésirait, et tju'ii ii'avail |>as les moyens d'aclieter ; je lui ai dit ((u'il me \e reiiili-uit A mon retour, s'il n'en était pas content, et (jite dans It; cas coulraii-e nous nous arrangerions.
11 m^inaporlait pour la chose qu'après uia mise en liWi'tê, je ne quitte pas sur le champ le magasin, ce qui aurait éveill^ [es soupçons sur mon compte et donné du crédit h la déuunciation; eu couséquence. j'ai resté encore 18 jours dans cette ville, et pour faire évanouir toute espèce de suspicion, ijuî, |>ar contre-coup, aurait pût rejaiUir sur Baptiste cl autres, j'ai regardé comme indispensable de Faire ai'quisitiou d'une maison ije particulier, qui vaut au-delà de la valeur que j'eu al donnée, qu'on peut trouver à revendre quand ou voudra, et du prix de laquelle J'ai payé sur le champ le tiers, c'est-à-dire douze mille francs, indépendamment des droits de mutation et autres accessoires. [Voyez le contrat d'accjuisitiuu.)
La prudence, a près ces dis-huit jours, exigeait impérieusement mon départ; je craignais (rétro arrêté de nouveau sur de unu— vellesdénuuciatious du département du Uouhs, auquel un avait demandé des renseignements sur mon compte. — Je lus voir Ilaptisle ù Skirch avec Cupidun et. Furet, et il m'engagea à jtartirsans d(^Iai, après m'avoir donné ses ordres pourleBouri;euis, qui lurent mis par écrit sous ses yeux. Il me chargea de dire au Bourgeois : Qu'enfin la poire l't'iit inùre, ifue laiit clait prit pour le ijrand évènetnenl, rjue ta yhut fielile circoinlUHce te iltHeriuinerait, et i/iic miiu en fixer encore l'instant il lie pouvait être étoiijnil ; ft it fallait tenir tout prêt pour ce gran l moment, ifuit ne convenait point qu'on cherctitit à s' emparer par force ou par adresse du ntaya^in n° I (Straslionrg), qnc cette mesure atiénerait le snrplut de la famille, et que ton projet était de la donner toute entière au floiirifeoix, et cela sans répandre Je tang. — Ilm'ordonna i-ipifeuutnt de m'assurer par moi-in^mc des dispositions de lit HUtison y. Je voir César ainsi tjue Bluet, car, me dit Itapveux pas avoir dans eet événement la famille de mijalire; it importe qu'il protéye une opération ■e le banitcur général. El ta paix exiitant de re
liste, je ne
César à co
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3K« nrXES HISTORIQUES
coic, la fiimiUr ■!« Ilourgeoi^ renmeà la mk droit et ians obstacles à la maison Rougcinont et O', Il t chargea également de voir Bluet, espi/ritnt f/un sa i sauverait la France en fournissanl les moyeu» ni!ces$ail% à un ohjel aussi intéressant, voulant s'assurer qu'indéfia damaient ilea moyen.i préparatoires, la grande famille, leA lie l'événement, aurait île ce c6té des sci Ljiiin il m'ajouta t/iie la position du Bourgeois était boni et qa^ il devait lu conserver. — Muni de ces instructioEU,'] 13 janvier, je passai le Rhin et rendis compte de tout au Dot {;eois. il allait rerevoir l'urdre de ijuitter la position poiif] rendre sur les derrières ù Itotlienbourg. Je partissi pour voir César et l'instruire des dispositions de Baptiste. Céll apprit ces [aits avec très gt'and coq teste ment ; il m'a dit i témoigner à Baptiste toute son estime, 'lu'il seconderait m honoraliles vues de tout son pouvoir, ipie de son cité \ accorderait les munitions, vivres et hommes i/u'on désirert que Baptiste disposerait et de In position du Bourgeois et m ce qu'il devait faire, que le lieu oit était le BonrgenitM trouvant Iri^s resserré, si cela convenait mieux, on pourt le placer à W. et Sp., et il a envoyé pour cet effet à M. I Ct...t; enfin César m'a ajouté que c'était à Bluet et à sa n son à seconder de tout i:i:itê un événement aussi beau, et i; espérail qu'il fournirait les secours qui devenaient i: sables pour accriérer el cunsominer une aussi grandf tiun, que je devais me rendre sur le cliamp auprès de lui. ' En conséquence ayant fait part sans délai il Haptiste de c première partie de ma mission, je me suis rendu près de B ;'■ L...,et luiai rendu compte autanlijuepoMible, et de l'e des fonds remis, delà position actuelle des choses, et du désir - de Baptiste de connailte si sa famille [Mïuvait compter lors de
^^^K révénement sur des secours de sa maison. — J'ai été pénétre
^^^M des marques de senaibditeque Blueta données aux dangers que
^^^1 j'ai couru, de la satisfattion «[u'il a bien voulu me témoigner
^^^H sur les olijets de mi mission, m'ayant dunni
^^^B assurer Baptiste qu d seconderait seselTorts de tous les mon
^^^^ convenables, qu d tooperciait de tout son pouvoir h làvori
PIÈCES HlSTOillQDES
UD évfnemctit qui doit rétablir la tranr^uilliti: (jëtiëralc; je lui ai lait passer cette lettre, i^oat «laiis peu j'aurai rëpouse. J'ai ilëjà (les nouvelles ijue Daptiste a reçu celle tjue je lui ai adressée sur les dispositions de César, et ou me inauilc '[ue coïKrainou de In nécessité d'a|;tr, il visite la famille pour tout (Usposeï- à (?et ê{;airl. Jr vais me rendre aux avanl-puslea puur cuininunii|uer plus aisément ave*.' Ilupidoii, Pliilippt?, Lc^gros et autres, et coiilriltuer de tout mon iv\e au sueci-a de cetle grande enfrepriat".
Sii/né i Louis.
cniretiens de Bajiiiiic [Pichegrn) il {fauclir-liorcl).
Je vis le général Baptiste à Ellopslieim, le 1(> ao&t, j'eus à p«'ine dit à ce général que je venais lui parler de la part de Mgr le prince de Gondë iju'il me serra vivement le hras, et rae dit aussitôt : u Parlex bas, queme veut le prince detiondé? Je ne puis aller à Uasic, on ne peut venir ici, allez et rapporteimoi par écrit tout ce qu'on désire de mui, « Il ajouta : " Je vais partir à cinq heures; je resterai ici jusiju'à (letnain cinr| tieures après-midi A vous attendre; en conséquence, faites diligence. n
A mou troisième voyage au quartici* i;éncral de Picli..., le iDi août, il me dit : 'i J'ai bien réHéclii depuis six jours, à ce que Son Àllesïr délire ; le seul moyen sûr et prompt ilc l'eséfUler est celui-ci : je [>asscrai le Rhin (d'autant que les i-epi-é- ■enlants du peuple veulent qu'on le passe] avec six, huit ou dis mille liummes, la quantité, en un mut, (|ue Sou Altesse Rxera, le jour, l'heure, le lieu et la manière qu'elle le désirera, (ilanl maitri- de toute ma ligne depuis ^Lrasliourg à llnmuguc. Je laisserai dniis les plai'es les ufHcJcrs et bataillons dont je suis le plus sûr. Le Ithin passé, «t la jonction faite avec l'armée de Son Altesse, le serment de fidélité prèle au ruî, nouii repasserouj k- lleuve avec les Condé; nous rejoindrons le