‹ La conjuration de Pichegru: et les complots royalistes du midi et de l'est, 1795-1797, d'apre?sChapitre 8 sur 55 · LA FRANCE ES 1T · texte numérisé non relu

LA FRANCE ES 1T

la réaction thermidorienne répond aux crimes de la Terreur.

Aiosi. au lieu et place du rôgime abominable qui s'est effondre, s'en élève un autre dont la justice n'est ni moins sommaire, ni moins expéditive. Des villes où elle a frappé ses premiers coups, celte terreur nouvelle, à la faveur du désarroi des pouvoirs publics qui vainement lenlenl de la détruire, se répand dans les communes rurales, v porte le fer et le feu, confondant bientôt innocents et coupables, jetant diins les pays dont elle s'est emparée de tels ferments d'indiscipline, de révolte et de r<;sistancc, que bientôt ils ne sont plus qu'un champ de {[Lierres civiles aux multiples théâtres.

De ta frontière suisse à Marseille, les campagnes se sont couvertes d'insurgés, de malfaiteurs et de pillards, La paix avec l'Espagne, récemment conclue, a fait refluer vers (es régions riveraines du Rbànc un grand nombre de gens sans aveu. Déjà, sous la Terreur, ils pillaient ou nom de la loi; depuis, ils se sont fnuSIés à \a suite des armées. Ils viennent grossir les rangs des méconlenls. Ils s'enrôlent sous les ordres de quelqu'un des terribles chefs que la réaction s'est donnés.

Ce n'est plus, comme au temps des insurrections de Saîllans et de Charrier, des troupes de rebelles à peu prés organisées, obéissant aux ordres de personnages qui «'affublent, autorisés ou non, du litre de lieutenants du Iloi, mais des bandes, de vingt, trente, cinquante hommes, qui, quoique toujours prêtes  se réunir pour frapper un grand coup, opèrent isolémenl, sans

e LA COSJORATION DE PICHEGRU

frein nidiscipline. A côté de royalistes sincères, paysans, prêtres insermentés, émigrés rentrés, fanatisés par l'ardeur de leurs convictions ou par celle de leurs ressentiments, on trouve dans ces bandes la lie de la population des villes et surtout des déserteurs.

Depuis les premières guerres soutenues par la Convention, il y a des déserteurs partout, dans le Midi plus qu'ailleurs. Us sont la plaie de ce temps, C'est par milliers qu'on les compte, bien avant Thermidor. Après, ce sera pire, malgré les rigueurs exercées contre eux. A Bollènc, dans le département de Vaucluse, ils assassinent en plein jour un vieux soldat de l'ancien régime, rallié à la Révolution, le général d'Ours, qui s'était offert, au lendemain de \n reddition de Lyon, il laquelle il avait contribué, pour les ramener au devoir. Partout où sont commis des excès, on est sur de les rencontrer. Aux insurrections, ils fournissent des complices : assommeurs, égorgeurs, chauffeurs, Compagnons de Jésus, Barbets, Compagnons du Soleil, Ganses noires. Vengeurs de la nature outragée, ils contribuent adonner aux royalistes révoltés des mœurs de brigands.

C'est eux et les malheureux que leur exemple a promptement pervertis qu'on voit envahir les petites communes, le visage masqué ou barbouillé de suie, arracher les arbres de la liberté, piller les fermes dont ils assassinent les habiltinls; c'est eux qui pénètrent la nuit chez les anciens terroristes, les attachent au pied d'un lit, allument du feu entre leurs jnnibes ou promènent sur leur ventre une pelle rougie à la flamme

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