CHAPITRE PREMIER
ce que nous eprouvons en presence du beau et du laid : l'Émotion esthétique
Nous établirons d'abord la définition du beau. Cette définition établie, nous en ferons des applications et ces applications contribueront à montrer la vérité de notre définition.
Nous procéderons par voie d'analyse. — Qu'est-ce donc que le beau envisaf^é de la façon la plus large et la plus simple, et comme il est compris par tous? Le beau est ce qui plaît soit dans les objets ou les »Ç spectacles de la nature, soit dans les œuvres d'art. ^(»*
Quel effet la vue de la beauté produit-elle en nous? 7 [Elle nous fait éprouver une ^inotiou a^i^réablg (1).
Ce point de départ est assurément incontestable et il sera accepté de tous.
Mais déterminons jin ii£ii l£s— cajaûtàcfi^^ïfl—fleitfl
Cette jouissance est dans l'âme. Je vois un beau paysage, j'entends une belle mélodie, la jouissance que j'éprouve n'est point dans mes yeux, n'est point dans mon oreille, elle appartient à mon âme,
(1) Pulchra dicuntur quœ visu placent. S. Thomaa,
Kl?® plus cette jouissance est désintéressée. - Ce tableau est beau a mes yeux non parce qu'il n "est mile Il ne m appartient pas et peut-être que fe ne TerV verrai jamais Je suis "ravi 'par la vue du siîeH qui se plon.ye dans les flots de la mer en les colorant de ses derniers feux Assurément je ne retire de ce spectadl aucun autre bénéfice qu'une jouissance intîme peut! bene^oTrnée" ^"""^^ ''^^ ''' ' ^^ S^^ ^^ fin d^ne Ajoutons encore cette observation très caractéris - tique. - L'utihté matérielle de l'objet profite à celunà seulement qui est le propriétaire de Tob et et ou a droit de s'en servir. Sans doute le même ob.et ?eut être utile a un grand nombre: c'est ainsi que tout! une armée peut se désaltérer au cours d'Ùn^fleu e et que nous jouissons tous delà lumière du soldl Mais Il est vrai aussi que l'utile est un domaine que chacun exploite a son profit, et le sentiment qu' provoque es égoïste. Au contraire, non seulement la ouTssance du beau n est pas égoïste et exclusive, mais elle est désin teressee, généreuse et communicative. Ce ui qui ioS"t d unbeau spectacle aime à faire partager sonadm" a fon
l'utmirdSXt''. 'elf "1 r"^ vient'S;n" p^s'de iii 7-«' "^^^^ ' ^'^^ ^st desintéressée et de nln* elle diffère complètement de la sensation ^
Cette émotion que le beau excite en nos âmes ;, reçu une dénomination qui n'est pas b"en Zi'ie mais dont nous devons nous servir parce u'elirêst
donne et nous appellerons émotion esthétique l'émo
- tre ZSe?aFJ.T'/' \' •'®^"- ^J°"^°"^ tZefois p"ou eire complet que le déplaisir que nous cause l-i ImVlo,,,^ sera aussi une émotion esthétique ; seulement la nre
"rdisiigr^bî!^^^^^'^®' '^^"^^^ '^ seiolJ:z;
Nous avons maintenant à reconnaître ce qui dans
LA CÛNNAISSA.NCK DU BEAU 9
les objets nous fait jouir agréablement ou nous déplaît, ce qui constitue le beau et le laid.
Ces premières observations peuvent sembler arides mais elles étaient nécessaires pour déblayer le terrain. Que le lecteur veuille bien nous suivre et nous arriverons promptemeut à la notion vraie et précise du beau.