I. — Ce qu'il y a dans les animaux
Il y a l'expression de la vie physique qui nous est révélée par leurs formes et leurs mouvements. Cette vie est. pleine, abondante, active dans un grand nombre. ISous la voyous décroître à mesure que nous descendons vers des espèces qui semblent se rapprocher davantage du règne végétal.
Dans un grand nombre les formes et les mouvements révèlent une vie qui, de prime abord, semble être un diminutif de la vie intellectuelle et morale de l'homme, mais en diffère essentiellement Etablissons clairement ce (ju'elle esi et ce qu'elle n'est pas, ce qui appartient en propre aux animaux ; nous verrons ensuite ce que nous leur prêtons. Cette constatation est indispensable pour la suite de notre théorie.
Les animaux n'ont pas le libre arbitre ; ils ne raisonnent pas. Pour raisonner, il faut que l'esprit se replie sur lui-même, considère ses pensées, les discute et les enchaîne. Les animaux voient, mais ne discutent pas ce qu'ils voient.
Si les animaux réfléchissaient, ils se rendraient compte de leurs procédés, les analyseraient, en contrôleraient la valeur, et par là même seraient, un jour ou l'autre, portés à les perfectionner. Or, dans les travaux qu'ils exécutent, et dont nous sommes étonnés, ils sont enchaînés à des habitudes dont ils ne sauraient s'affranchir ; ils n'ont jamais rien perfectionné, rien inventé ; ils n'ont rien ajouté à ce que la nature leur adonné. Les castors en façonnant leurs retraites, les abeilles en construisant leurs cellules, les hirondelles en bâtissant leurs nids ont toujours procédé et procéderont toujours de la même manière.
Il y a donc de l'intelligence dans ce que font les ani- ) maux, mais cette intelligence tient aux lois de leuror- 'i ganisation et la gloire en revient à Dieu.
Nous obtenons des animaux, surtout de certains, des choses qui nous étonnent; c'est que nous les dressons comme nous accordons un instrument ; nous mettons la corde au point que nous désirons.
L'homme, contre tous ses instincts et par raison, se précipite vers une mort certaine : cet acte me fait reconnaître en lui un principe supérieur à la vie animale. Rien de semblable ne m'apparaît dans les animaux : ils se précipiteront vers le péril, mais seulement pour satisfaire leurs appétits naturels, ou conduits par la volonté de l'homme.
Les animaux sont privés de cette liberté sans laquelle la moralité des actes n'existe pas. Ils ne sauraient arriver à la connaissance d'une loi. Or c'est l'observation ou la violation de la loi qui rend un acte bon ou mauvais. Privés de raison, ils nont pas la responsabilité de leurs actes, ils ne goûteront jamais ces joies de la conscience qui sont pour lame une fête délicieuse (1), et ne connaîtront pas non plus les déchirements du remords.
(1) Secura mens oiiasi Juge coniivium. (Prot?., xv, 15.)
LA CONNAISSANCE DU BEAU 2b
De là, on voit à quoi se réduit ce semblant d'intelligence auquel on a donné le nom d'instinct, et qui paraît dans les animaux à ditîérenis degrés.
Avec l'instinct, nous pouvons reconnaître dans les animaux des habitudes diverses, des tempéraments, des caractères diflérents, qui leur donnent, à nos yeux, une [ihysionomie spéciale : le lion est plein de vif,'ueur et de force ; le cheval est à la fois souple et agile, il a été bien doué par la nature pour soutenir les fatigues d'une course prolongée ; le bœuf est plus lent ; le tigre a besoin de carnage, il est avide de sang; le porc ne semble fait que pour absorber de la nourriture et se vautrer dans la fange.
Les animaux tiennent d'ailleurs complètement de la nature ces habitudes, ces tempéraments particuliers qui sont en rapport avec leur constitution.
Voilà donc ce qui appartient aux animaux ; mais il est aussi des qualités et des défauts que nous leur prêtons.