CHAPITRE V
ement de l’individu dans la iture et la société.
rps de ses parents, l’organisme :e une vie personnellfe. Il n’apporte un certain nombre de réactions nt l’aider dans les premières nécesl’il adapte cet apport à son milieu nodille et qu’il l’augmente, il aclence. il devient une individualité physique et psychique. L’enfant se comporte comme le petit perdreau qui sort de sa coquille et qui becquète. Seulement, l’enfant est moins mûr et moins richement doué quand il se sépare de sa mère, dont l’assistance physique et psychique lui est nécessaire longtemps encore.
Les animaux accumulent des expériences individuelles de la môme façon que l'homme. La biologie et l’histoire de la civilisation sont, pour la psychologie et la théorie de la connaissance, des
84 LA CONNAISSANCE ET l’ERREVR
sources qui s’équivalent et se complètent ré quement.
Il peut être très difficile de pénétrer p pensée dans la vie psychique des insectes exemple, dont les conditions de vie et dont le nous sont si peu connus, et on peut être ter les étudier comme de pures machines, et de n< aucune conclusion relative à leur vie psycl mais, les autres moyens de recherche n’étan suffisants, on devrait d’autant moius laisser l'utiliser le fil précieux de l'analogie.
Nous sommes à l’occasion très portés à exi l’abime entre l’homme elles animaux. Nousou trop facilement combien de phénomènes se p; mécaniquement dans notre propre vie psycl
En partant de l’élude des animaux les plu sins de l’homme, pour arriver progressiv à ceux qui en sont le plus éloignés, nous une sérieuse étude de psychologie comparé éclairera pour nous les phénomènes de psychique la plus élevée et la plus simp; concordances et les différences entre ces extrêmes.
Nous pouvons faire comprendre, par qu' exemples les rapports de l’âme de l’animal celle de l’homme. Un chien prenait par son une canne à lourd pommeau, ce qui lui d beaucoup de mal. Après de nombreuses tenfc il apprit à la prendre près du pommeau, a' sinage de son centre de gravité (Morgan).
.Deux jeunes chiens portaient des bâtons t
l’individu dans la nature et la société 85
vers, et les extrémités des bâtons se heurtaient aux piliers d’un étroit passage pour piétons. Les chiens laissèrent tomber les bâtons et se sauvèrent sans eux. On les renvoya, l’un deux saisit le bâton par un bout et le traîna sans difficultés, tandis que l’autre, continuant à prendre le bâton par son milieu et se heurtant toujours, le laissa tomber. En revenant au même endroit une heure après, le chien apparemment le plus habile avait oublié l’avantage que le hasard lui avait vraisemblablement offert. Des chevaux et des chiens, qui ont à traîner un fardeau sur une colline escarpée, préfèrent à la ligne droite le chemin en lacet dont la pente est moindre.
De ces exemples on peut déduire les règles suivantes :
1° Les animaux savent se servir à leur avantage d’associations que le hasard leur enseigne.
2 a A cause de la complication des faits, ils peuvent associer des caractères qui ne sont pas très intimement liés. Par exemple, un chien peut attribuer la brûlure à la canne qui attire son attention, tandis qu’il ne remarque pas les orties du chemin.
3° Seules persistent les associations souvent renouvelées et biologiquement importantes.
On reconnaîtra que la conduite de la plupart des hommes peut s’expliquer d’après les mêmes règles.
Morgan rapporte des traits d’incroyable bêtise d’une vache dont le veau mourut bientôt après sa naissance. Comme la vache ne se laissait traire qu’en présence du veau, celui qui la soignait rem-
LA. CONNAISSANCE ET l’eRREUR
de foin la peau du veau sans tête ni pattes. La lie flaira et lécha avec tendresse le simulacre, dant qu’on commençait à la traire. Mais plus I, grâce à ces caresses incessantes, le foin appaet la vache le mangea tout tranquillement. Dans sieurs de ses nouvelles, Maupassant raconte en tre des traits de stupidité humaine qui ne sont re exagérés.
uand, par nécessité biologique, la vie psychia atteint un certain développement, elle conie à se manifester, même lorsqu’elle n’est plus essaire : la curiosité nous montre cette suradancc de la vie psychique. En voici un exemple : s un jardin zoologique, un singe prit un ssum, l'examina, trouva la poche, en sortit les ts et les y replaça après les avoir-examinés attenment. Ici, l’intérêt du petit zoologiste dépasse i notablement la nécessité biologique, a vie psychique de l’animal est encore essenement enrichie par l’observation de la conduite ses congénères, par leurs exemples et par le iment de langage, que forme déjà chez eux les sxes d’avertissement et d’invitation. La vie d’une ice éprouve ainsi des modifications dans le rs du temps. Si ces modifications se produisent ;ment aussi vite que celles qui surviennent s la vie de l’homme civilisé à cause dès invens, les procédés sont pourtant ici et là de même ice, et, dans les deux cas, nous pouvons parler ie histoire.
es différences que l’homme présente par rap-
l’individu DANS LA NATUftE ET LA SOCIÉTÉ 87
port aux animaux, au point de vue psychique, ne sont pas qualitatives ; elles sont seulement quantitatives. Par suite des conditions plus compliquées de son existence : v
1° Il a une vie psychique plus intensive et plus riche.
2° Il a un cercle d’intérêts plus grand et plus étendu.
3° Il est capable, pour atteindre ses buts biologiques, d’employer un plus long détour.
4° A cause des communications orales et écrites plus complètes, la vie des contemporains et des devanciers exerce une influence plus forte et plus directe sur l’individu.
5° Il se produit, pendant la vie de chaque individu, une modification plus rapide de sa vie psychique.
L’homme conquiert les bienfaits de la civilisation dans la voie des expériences primitives, comme les animaux. Quand il n’y a plus de fruits aux arbres, il épie le gibier comme une bête de proie et emploie des artifices comme celle-ci. D’ailleurs, dans le choix des moyens, se montre la force plus grande de son imagination, soutenue par une expérience plus riche. L’Indien se déguise en renne pour atteindre un troupeau de rennes, et l’Egyptien cache sa tète dans une calebasse pour prendre des oiseaux. Il se peut bien que des expériences fortuites aient conduit à appliquer ces moyens. La construction extrêmement ingénieuse des différents pièges témoigne
88 LA CONNAISSANCE ET l’eBREUR
de l'astuce de l'homme, et aussi de cel animaux, qui connaissent bientôt ces p apprennent à les éviter et imposent à l’homi nouveaux problèmes.
L’homme primitif s’installe dans des i entrelacés, comme les oiseaux et les sing« se loge dans une caverne comme les carna:
Le besoin d’un espace plus grand transform à peu. en une longue hutte rectangulaire la ronde des Indiens, formée d’arbustes liés ense Les conditions climatériques et la nature des riaux disponibles ont fait remplacer des con tions de bois par des constructions de p brutes ou taillées. L’usage du vêtement dis l’homme des animaux d’une façon tout ; frappante. Il est vrai que certains crabes m< glissent dans des coquilles pour s’y abriter ces cas sont relativement très rares et, la p du temps, l’enveloppe (peau, carapace, etc.) d par la nature constitué une protection sufß Par quelle suite de circonstances l’homme totalement perdu le vêtement de poils q avaient transmis ses ancêtres? Poussé des c plus chauds vers le Nord, l’homme a-t-il per« poils à cause des vêtements? Ou bien a-t amené à l’état présent par des phénomène:
historiques compliqués? L’homme cherch s'abriter* prit d’abord comme vêtements des de bêtes et des écorces d’arbres. Il les plaça, à l’occasion, par des herbes tresséi fut un progrès de faire des tresses en tir
l’individu dans la nature et la société 89
en tordant les fibres des plantes, les poils et la laine. On fila , on tressa ces fils : on tissa . Et la nécessité de rattacher, pour en faire un vêtement, les peaux et les étoffes tissées, enseigna la couture .
L’animal et l’homme ne peuvent se mettre en rapport avec les corps qui les environnent que par les muscles de leur propre corps. Mais, tandis que l’animal s’efforce, la plupart du temps, de saisir immédiatement ce qu’il lui faut ou d’écarter ce qui le gêne, l’homme, avec une force psychique plus grande, voit, en outre, les chemins détournés et, parmi ceux-ci, choisit le plus commode.
L’homme a déjà trouvé le loisir d’observer l’action des corps sur les corps, quoique cela ne le touche guère immédiatement, et il sait, à l’occasion, utiliser celte observation. 11 sait que les animaux ne craignent pas leurs compagnons, ni les oiseaux la calebasse, et, d’après cela, il choisit son masque. Le singe poursuit en vain un oiseau; l’homme atteint l’oiseau avec le projectile qu’il a déjà essayé et dont il a éprouvé l’efficacité en en frappant d’autres corps d’une façon méthodique. Le singe s’enveloppe volontiers dans une couverture, quand il en a une ; mais il ne sait se procurer ni peau ni écorce pour en faire une. Le singe jette, à l’occasion, quelque chose à son ennemi, et peut même abattre des fruits avec une pierre. Mais l’homme fixe tous les procédés avantageux ; par sa nature, il est plus économe , et, en dirigeant son attention sur les moyens intermédiaires , il
invente des armes et des outils, qui lui rendent des services inappréciables.
Si un feu est allumé par un coup de tonnerre, les singes en profitent aussi volontiers queThomme pour se chauffer. Seul, l'homme remarque que le bois qu'on y ajoute entretient le feu. Seul, il utilise cette observation, soigne, conserve et transporte le feu pour réaliser ses différents buts. Il se procure une matière facile à enflammer et continuant à couver sous la cendre, l'amadou; et les nouvelles expériences, qu'il acquiert ainsi, le mettent en état de refaire du feu. Une fois qu’il est en possession du feu, son regard, qui s’étend au delà du besoin le plus pressant, lui fait découvrir, à l'occasion, la fabrication du verre et la fusion des métaux. L'utilisation du feu est la clef de la technique chimique , comme l'utilisation des outils et des armes est celle de la technique mécanique.
Tout homme, qui a expérimenté, sent combien il est plus facile d’exécuter avec la main un mouvement convenable, correspondant presque . de lui-même à ses desseins, que d'observer exactement la façon dont des corps se comportent Vun par rapport à Vautre, et de reproduire ces phénomènes par la pensée. La première chose est un effet des fonctions vitales qui s’exercent en nous d'une façon ininterrompue ; la seconde, n'ayant pas pour nous d'intérêt immédiat, n'en peut prendre que moyennant une surabondance d’activité sensorielle et psychique. ( Jeu .)
L'observation et l’imagination inventive sup-
l’individu dans la nature et la société 9i
posent déjà un certain bien-être et quelques loisirs. Pour les exercer, l’homme primitif devait déjà vivre dans des conditions relativement favorables. D’ailleurs, il y a peu d’hommes qui fassent des inventions. La plupart prennent et emploient ce qui a été trouvé par quelques inventeurs:
c’est en cela que consiste l’éducation, qui peut suppléer au manque d’aptitude, et, tout au moins, conserver les conquêtes de la civilisation.
Comme on peut s’en rendre compte, si on réfléchit attentivement à ce que je viens de dire, ce n’est que très difficilement et très lentement que l’homme primitif a acquis une certaine supériorité sur les animaux, puis, à partir d’une certaine époque, la vitesse du progrès a pu s’accroître. La civilisation se développe beaucoup par la formation de la société, la division en classes, [professions et métiers. Ainsi une partie du souci de son entretien est enlevée à chacun, et un champ d’activité 'plus étroit est assigné à l’individu, qui pourra, dès lors, le dominer plus complètement.
L’association des hommes produit des inventions particulières, qui ne sont possibles que, par elle. C’est le travail rhythmique, et organisé dans l’espace et le temps, d’hommes ayant un but commun : nousde trouvons dans le maniement d’armes des soldats, dans la manœuvre de grosses charges, comme chez les Égyptiens, et en partie dans le travail des fabriques d’aujourd’hui. Les classes sociales, que favorisent les circonstances historiques, ne manquent pas de faire tourner à leur
propre avantage le travail des autres cl ne consentant que des sacrifices insi Mais quand les premières ont de nouveau:
elles cherchent de nouveaux moyens de tion plus facilë, et souvent le progrès de sation apporte indirectement aux trava qu’on ne leur donnait pas, aussi bien, avantages matériels que pour les prol lectuels.
L’homme apprend à se servir des anin les buts qu’il se propose, et par là sa puissance d’une façon peu commu l’association, il fait l’expérience de la haï du travail de l’homme, ce qui le conduit tuer les prisonniers de guerre, mais à lei travailler. Voilà l’origine de l’esclavage, p civilisation antique, qui se continue sous d formes jusque dans les temps modernes d’hui, en Europe et en Amérique, l’escl supprimé de nom et dans la forme, mais beaucoup d’hommes sont toujours emp quelques-uns. L’homme n’est d’ailleurs j asservir des êtres de son espèce ou d’esp rente ; cela se retrouve, par exemple, dans milière.
A côté du travail de l’animal et du i l’homme, on a cherché peu à peu à utiliser de la nature « inanimée »; c’estainsi qu’on a les moulins à eau et les moulins à travaux de plus en plus nombreux, qui étaient exécutés par des animaux ou
l’individu DANS la nature et la société 93
hommes, sont maintenant confiés à l’eau ou à l’air
en mouvement. Cela n’exige que l’installation de machines, que l’on n’a pas à nourrir et qui, en général, sont moins récalcitrantes que des animaux et des hommes. Après l’invention de la machine à vapeur, on recourut à la riche provision d’énergie que la végétation du monde préhistorique avait emmagasinée dans les profondeurs du sol, pendant des milliers d’années, sous forme de houille. Les progrès récents de l’électro-technique élargissent constamment, par le transport électrique de l'énergie, les applications de la machine à vapeur aussi bien que celles des forces de l’eau et du vent, captées dans des endroits écartés.
On pouvait penser que, par une telle augmentation de forces, la partie laborieuse de l’humanité, qui n’a plus à employer que des machines, verrait sa tâche sensiblement allégée. Mais, si l’on y regarde de près, on voit que ce n’est pas le cas. Le travail demeure aussi épuisant qu’au trefois. Aristote parlait d’un âge £utur avec des machines et sans esclaves : son rêve ne s’est pas réalisé., et la tâche colossale des machines sert beaucoup moins à faciliter la vie des hommes qu’à satisfaire les besoins de luxe de la classe dominante.
En face de la vie civilisée intensive s’éveillent encore d’autres pensées. Les tramways assourdissants, les roues bourdonnantes des fabriques, les éblouissements de la lumière électrique dans nos villes ne sont plus contemplés par nous avec un plaisir sans mélange, si nous pensons à la masse,
de charbon consumée en une heure. Nous nous approchons avec une vitesse ’ inquiétante du moment où la terre, comme un organisme vieilli, aura épuisé ses trésors. Qu’arrivera-t-il alors ? Serons-nous replongés dans la barbarie. ? ou bien, d’ici là, l’humanité aura-t-elle acquis la sagesse de l’âge mûr et appris à gérer ses biens ?
Les progrès de la civilisation ne peuvent être atteints que par des hommes partiellement déchargés de soucis. Cela est vrai du bien-être matériel, comme de la culture intellectuelle. Mais cette dernière a une propriété précieuse : on ne peut l’empêcher de s'étendre à la partie accablée de l’humanité. Et un jour, forcément, cette partie des hommes, se rendant un compte exact de l’état des choses, se tournera vers la partie dominante pour exiger un emploi plus économique et plus ordonné du fonds commun .
Aux inventions qui naissent de la vie sociale de l’homme, appartiennent aussi la parole et l’ écriture. Les cris réflexes, éveillés par certains états, se traùsforment d’eux-mêmes et involontai-* rement en souvenirs et en signes de ces états et de ces émotions ; ils deviennent compréhensibles pour des individus de même espèce, vivant dans les mêmes circonstances. Si peu spécialisés que puissent être les cris des animaux, le langage humain n’est cependant qu’un développement plus parfait du langage des bêtes. Les cris se sont modifiés et spécialisés, se sont répandus par l’imitation et së sont conservés par tradition. L’élément émotif qui
l’individu dans la nature et la société 95
a fait naître le cri se reproduit toujours, et le cri s’associe de plus en plus étroitement aux. représentations correspondantes. Nous pouvons, dans une certaine mesure, observer les modifications progressives du langage chez nos enfants, mais la comparaison des langues chez les peuples de même origine nous fournit un plus grand nombre de faits. Nous y voyons comment, avec la division d’un peuple en plusieurs branches vivant dans des conditions différentes, la langue se divise elle aussi. Les mots se modifient : le même mot acquiert dans des langues parentes des significations qui arrivent parfois peu à peu à différer beaucoup l’une de l’autre. C’est pour cela que la lecture des affiches dans les rues d’une ville hollandaise peut amuser un Allemand. On a déjà signalé plus haut l’importance du mot comme centre des associations. Nous ^reviendrons plus tard sur l’importance du langage pour l’abstraction.
La mimique que tous les peuples étrangers emploient pour, se comprendre, ou la mimique des sourds-muets (par opposition avec le langage artificiel des doigts) fait l’usage le plus fécond du geste pour représenter les choses qui se voient, quand on ne peut pas les montrer elles-mêmes.
Par la substitution de signes qui demeurent à des signes qu'on n’entend qu’un moment, l’écriture prend naissance : elle a l’avantage de la permanence. D’abord, on a donné des renseignements sur des événements en en fixant l’image. Le tatouage représente le début de l’écriture, et le
dessin sur la peau se transforme peu à peu en signes de race, eu « totems». Les marques conventionnelles du souvenir, les nœuds, les encoches, sur des baguettes qui sont ensuite fendues dans leur longueur et conservées par chacune des parties contractantes, les cordons noués des Péruviens ou « Quipos »», représentent également des commencements d'écritures.
L'écriture peut ensuite se développer de deux façons différentes : soit que les images des choses se fondent rapidement en une écriture simplificative, en signes d f abstraction conventionnels, comme dans l’écriture chinoise, soit que les images deviennent une sorte de rébus et ne soient plus que des signes phonétiques comme dans les Ateroglyphes des Égyptiens. La tendance à la pensée abstraite et le désir d’y faire servir l'écriture ont conduit aux premiers moyens. Par contre, la nécessité d’écrire des noms de personnes, des noms propres, a mené au second moyen dont le développement a donné Yécriture alphabétique . Chacune de ces méthodes a des avantages particuliers. La seconde, avec des moyens très réduits, peut suivre facilement toutes les modifications * d’une langue phonétique et abstraite. La première est tout à fait indépendante de la phonétique ; c’est ainsi que le chinois peut être lu par les Japonais, dont la langue phonétique est toute différente 1 .
1. Actuellement, on se remet à étudier théoriquement les anciens problèmes philosophiques de la pasigraphie et de la
l’individu dans la nature et la société 97
Le langage et l’écriture, produits de la société civilisée, agissent à leur tour sur celle-ci pour l’élever. On se représente facilement que la vie des hommes ne différerait p^s essentiellement de celle des animaux, s’il n’y avait pas chez les hommes, d’individu à individu, communication plus complète des expériences, et si chaque individu devait toujours rester limité à sa propre expérience. L’allégement partiel et matériel que la société procure à l’individu, et le soutien intellectuel, que lui donne la communication avec ses contemporains et ses ancêtres, rendent seuls possible la formation de ce prodûit de la vie sociale qu’on appelle la science .
Le sauvage est en possession des expériences les plus variées. Il connaît les plantes vénéneuses et comestibles' il suit les traces du gibier, il sait se garer des bêtes, de proie et des serpents venimeux. Il sait employer le feu et l’eau, il sait choisir des pierres et du bois pour ses armes, il apprend à fondre et à travailler les métaux. Il apprend à compter et à calculer sur ses doigts, à mesurer à l’aide dé ses mains et de ses pieds. 11 voit, comme un enfant, la voûte céleste, il en observe la rotation, il connaît les mouvements propres du soleil et des planètes# Toutes, ou au moins la plupart de ses observations, sont faites accidentellement pour une application immédiatement utile, mais ces expériences primitives forment le germe des diverses sciences ^
langue internationale, et à en chercher uné solution pratique, qui serait un des plus importants progrès de là civilisation.
ience ne peut se constituer avant que ait gagné, grâce à la facilité matérielle de n peu de liberté et de loisir, et que l’intelsouvent mise à contribution, se soit assez pour que l’observation en elle-même, indénent de ses applications, ait acquis l’intérêt :e. Alors on accumule les observations des orains et des ancêtres ; on les ordonne et irifîe. On supprime les erreurs dues à des inces fortuites et qn découvre le lien des )lidement établies. Un cas remarquable a îtré ce que peut l’écriture : au xvi* et au le, quand l’Europe, après des siècles de , renoua le fil de la science antique, elle dement atteindre et dépasser l’antiquité.
3 historique de la formation des sciences llectionetlamise en ordre des expériences s offre beaucoup d’attrait. Quelques brana science, la mécanique et la théorie de la par exemple sont, sous ce rapport, particut instructives, parce que le développement ience, à partir du travail de l’ouvrier, •e d’une façon particulièrement nette. On comment le besoin matériel, le besoin , qui, au début, dirigeait les actions de , fait place peu à peu à l’intérêt puretellectuel : la technique instinctive se le en une technique scientifique consciente ut. Celle-ci n’est plus limitée à des expéjrtuites; elle peut, suivant un plan méthoattacher à la solution de ses problèmes.
l’individu dans la nature et la société 99
Ainsi, la pensée théorique et la pensée pratique, l’expérience scientifique et l’expérience technique demeurent en contact permanent et se favorisent réciproquement.
Comme la Sfcience, l’Art est un produit accessoire, qui se développe quand les besoins sont satisfaits. On cherche d’abord ce qui est nécessaire, utile, approprié au but. Plus tard, on perfectionne le résultat obtenu. La tresse et le retour régulier de ses formes nous conduit à . Y ornement ; le rythme, utile dans certains cas, nous fait prendre goût à la mesure.
La prospérité de toute civilisation morale et intellectuelle un peu élevée ne peut se produire que dans le , cas où une partie de la société rend plus facile la vie des autres citoyens. Puissent « les dix mille qui dirigent » reconnaître clairement ce qu’ils doivent au peuple qui travaille ! Puissent les artistes et les savants comprendre que c’est une grande propriété commune et acquise en commun qu’ils administrent et augmentent pour Yhumanité !
La complication et la diversité des influences, qui naissent de la nature et de la société, assurent à l’homme un ensemble d’expériences, d’associations et d’intérêts beaucoup plus étendu que ce que peut acquérir n’importe quel animal. C’est à cela que correspond la culture intellectuelle plus élevée. Mais comparons entre eux les hommes d’une môme classe sociale ou d’une même profession : ils présenteront naturellement des traits
yJ -J J J
communs, correspondant à la classe ou à la profession. Pourtant, selon la différence de ce qu’il a reçu de ses ancêtres et de ce qu’il a appris par lui-même, chacun de ces hommes aura -une individualité psychique unique, qu’on ne retrouvera pas ailleurs. La différence des individualités intellectuelles augmentera naturellement beaucoup si nous ne nous limitons plus à une classe et à une profession. Imaginons maintenant qu’entre ces intelligences si différentes s’établissent des relations libres, imaginons que ces intelligences se stimulent réciproquement et qu’elles entrent les unes avec les autres en contact plus intime dans des entreprises, qui, comme la science, la technique, l’art, etc., sont des œuvres communes. Alors nous pouvons estimer l’énorme puissance intellectuelle de l’humanité, puissance qui est presque inutilisée encore à l’heure qu'il est. Par la coopération de beaucoup d’individualités différentes, l’expérience s’enrichit considérablement et ses résultats se classent, sans que s’émoussent son acuité et sa vivacité. Un enseignement convenablement organisé peut suppléer en partie à ce libre commerce, mais une organisation trop stricte de l’enseignement et l’établissement de barrières entre les classes peuvent de nouveau tout gâter. Gardonsnous des cadres rigides trop fixes !