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CHAPITRE IV

Réflexe, Instinct, Volonté, Moi

Avant de poursuivre nos considérations psychophysiologiques , remarquons qu’aucune des sciences particulières, dont nous avons besoin, n’a atteint le degré de développement désirable pour servir de base sûre aux autres sciences. La psychologie d’observation doit s’appuyer sur la physiologie ou la biologie. Mais, pour le moment, cette dernière ne peut être expliquée que très imparfaitement par la physique et la chimie. Dans ces conditions, nous devons regarder toutes nos considérations comme provisoires, et leurs résultats comme problématiques, et devant être corrigés de maintes façons par des recherches ultérieures.

La Vie consiste en phénomènes qui se continuent effectivement, se répètent de proche en proche et s'étendent , c’est-à-dire englobent successivement des quantités de « matière » de plus en plus grandes. Les phénomènes de la vie ressemblent ainsi à une combustion ; bien qu’ils ne soient pas

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aussi simples* que la combustion, ils ont avec elle quelque parenté. Par contre, la plupart des processus physicochimiques, s’ils ne sont point constamment éveillés à nouveau, ou entretenus dans lèur marche par des circonstances extérieures spéciales, aboutissent bientôt à un état d’équilibre.

En conformité avec le caractère fondamental de Y auto- conservation, nous devons supposer que les parties d’un organisme plus compliqué, d’une symbiose d’organes, sont agencées pour la conservation du tout , autrement celle-ci ne s’en suivrait pas. Et nous ne serons pas surpris de trouver aussi celte orienlation en vue de la conservation de l’organisme dans les phénomènes psychiques, qui représentent la partie des phénomènes vitaux se passant dans le cerveau et arrivant ainsi à la conscience.

Une grenouille saine, sans lésions se comporte de telle façon qu’il faut lui attribuer une certaine intelligence, et une certaine motilité volontaire. Elle se meut spontanément d’une manière qu’on ne peut prévoir, échappe à son ennemi, cherche une nouvelle mare, si l’ancienne se dessèche, se sauve par un trou du réservoir où elle est prisonnière, etc. Son intelligence est d’ailleurs très limitée, si on la compare à celle de l’homme. La . grenouille gobe très adroitement les mouches qui passent à sa portée. Mais, à l’occasion, elle happe aussi un morceau d’étoffe rouge ; elle répète sans succès la manœuvre pour les cornes d’un escargot, et se laissera mourir de faim plutôt que d’ac-

cepter des mouches fraîchement tuées. La conduite de la grenouille est adaptée à des circonstances de vie étroitement limitées.

Si on lui enlève le cerveau, elle ne se meut plus qu’à la suite, d'excitations extérieures, autrement elle reste immobile. Elle ne «happe plus les mouches ni 1’éloffe rouge, elle ne réagit plus au bruit. Elle secoue simplement une mouche qui marche sur elle, et pourtant elle avale la mouche qu’on met dans sa bouche. Pour une excitation cutanée faible, elle fait un pas; une excitation plus forte la fait sauter et elle évite ainsi un obstacle qu’elle voit par conséquent. Si on attache une patte, elle réussit pourtant à. éviter l’obstacle en se traînant. La grenouille sans cerveau placée sur un disque tournant horizontal, cherche à compenser la rotation qu’on lui communique. Si on la place sur une planche dont on soulève une extrémité, elle grimpe dessus pour ne pas tomber, et franchit le bord supérieur, si on continue à tourner la planche dans le même sens. Les grenouilles intactes dont un saut lors de cette expérience. Ainsi, l’ablation d’une partie du cerveau réduit le domaine de ce qu’on pourrait nommer âme ou intelligence. La grenouille n’ayant plus que la moelle èt placée sur le dos ne sait pas se redresser. L’Ame, dit Goltz, n'est pas quelque chose de simple ; elle est dioisih le comme les organes .

Une grenouille sans cerveau se comporte comme un mécanisme. Goltz a. montré par des recherches détaillées combien sont nombreuses les fonctions

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vitales importantes, qui, comme raccouplement, sont assurées par des réflexes.

Considérons maintenant d'autres êtres vivants auxquels personne n’attribue, du moins instinctivement, d’intelligence et de volonté, les plantes. Ici aussi, nous trouvons des réactions motrices adaptées à leur but et assurant la conservation de l’ensemble. Parmi celles-ci, nous remarquons d’abord que la lumière et la température déterminent pour les feuilles et les fleurs des mouvements de sommeil, et que des ébranlements produisent des mouvements d’excitation chez les plantes insectivores. Mais ces mouvements pourraient paraître exceptionnels. Au contraire, c’est une loi générale que le tronc des plantes s’accroît vers le haut , en sens inverse de la pesanteur, où la lumière et l’air lui rendent possible l’assimilation, tandis que la racine s’enfonce dans le sol pour y chercher l’eau et les substances qui s’y trouvent dissoutes. La façon opposée dont se comportent la tige et la racine est un exemple de division du travail dans l’intérêt du tout. La représentation de finalité intentionnelle doit s’effacer pour faire place à celle de circonstances physicochimiques déterminant un fait.

Dans une série de travaux, Loeb a montré que les notions de géotropisme, héliotropisme, etc., ayant pris naissance en physiologie végétale, se laissent transporter à la physiologie animale. Naturellement, les circonstances en question se manifesteront le plus simplement et le plus claire-

ment là où les animaux vivent dans des conditions si simples qu’une vie psychique très développée ne leur est pas encore nécessaire, et, par suite, ne peut amener de complications.

Le papillon sortant de la chrysalide se dirige vers le haut, et, sur la paroi verticale qu’il choisit de préférence, s’oriente la tête' en haut. De jeunes chenilles qui viennent d’éclore rampent sans tarder vers le haut. Si on veut vider une éprouvette qui contient des chenilles, il faut la tenir l’ouverture en haut, comme si elle contenait de l’hydrogène.

Il en est de même de l f héliotropisme. Four les

animaux comme pour les plantes, c’est la direction de la lumière qui est déterminante. Sous l’influence d’une excitation lumineuse asymétrique, l’animal modifie son orientation, et ne bouge plus dès qu’il s’est placé de manière à ce que son plan de symétrie soit parallèle à la direction de la lumière.

Sans entrer dans des détails plus étendus, remarquons que, relativement aux tropismes, il y a accord complet entre les études de J.-V. Sachs pour la physiologie végétale et celles de Loeb pour la physiologie animale.

Beaucoup de savants ne veulent voir dans les insectes que de pures machines réflexes tandis que d’autres leur attribuent une vie psychique richement douée. Ce contraste repose sur le goût ou la

répulsion qu’on a pour le mysticisme : tenant pour mystique tout ce qui est psychique, on cherche autant que possible à l’éliminer ou à le conserver complètement. A notre point de vue, le psychique

LA CONNAISSANCE ET l’eRRBUR

it ni plus ni moins mystérieux que le physique, iurtout n’eu est pas essentiellement différent, is n’avons absolument aucune raison d’être liaux dans cette question et nous prenons une ilion neutre qui correspond à peu près à celle forai. Si nous pouvons très souvent tromper une ignée en touchant sa toile avec un diapason en ration, cela prouve la force de son mécanisme exe ; mais si enfin elle remarque la supercherie, s ne pouvons plus lui refuser le souvenir. Forel tend avoir drossé à manger hors de l’eau un que, qui ne mange d'ordinaire que dans l’eau. Le que ne peut donc être un pur automate au s étroit et ordinaire du mot. Dans ses ouvrages, el a montré que les guêpes .et les abeilles .dis— ;uent tes couleurs et les saveurs el en gardent ouvenir.

n’est pas inutile de poursuivre à la fois dans ègne animal et dans le règne végétal les grands ts communs delà vie organique. Chez les plantes t est plus simple, plus accessible à la recherche; phénomènes s’offrenià l'observation d’une ma- •e plus directe, et s’accomplissent p/u.« 'lentement. que nous apercevons chez l’animal comme jvemenl, manifestation de l’instinct, actevolone, nous apparaît chez les plantes comme un nomène de croissance faisant partie d’une suite •phologique, ou nous semble fixé sous les formes ’euilles, fleurs, fruits, semences se prêtant à une ervaliou prolongée. La différence ne lient en ude partie qu’à la subjectivité de notre unité de

temps. Figurons-nous les mouvements 1 lents du caméléon plus ralentis encore et, par contre, les mouvements de préhension des lianes très accélérés : la différence pour l'observateur s’effacerait très notablement entre ces deux processus, mouvements des animaux et phénomènes de croissance des plan les.

Si nous ne pouvons interpréter psychologique- , ment que d’une façon très limitée les phénomènes du monde végétal, nous n’en réussirons que mieux à les comprendre au point de vue physique. C’est exactement l’imerse qui nous arrive avec les animaux. Mais l’étroite parenté des deux ordres de phénomènes rend très instructif et très fécond le rapprochement de ces diverses considérations. Enfin la relation mutuelle des plantes et des animaux tant au point de vue physicochimique qu’au point de vue morphohiologique est, elle aussi, d’une inépuisable richesse de suggestion. Qu’on songe, par exemple, aux découvertes faites par Sprengel en 1787, touchant l’adaptation réciproque des fleurs et des insectes, découvertes auxquelles Darwin a donné une vie nouvelle dans son travail sur les orchidées. Voilà des êtres vivants, en apparence indépendants les uns des autres, qui pourtant, dans leurs manifestations vitales, sont aussi étroitement déterminés l’un par l’autre et affectés l’un à l’autre que les parties A'un seul animal ou d'une seule plante.

Les mouvements qui ge reproduisent à la suite d’une excitation déterminée, sans que le cerveau

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entre en jeu, sont appelés par nous mouvements réflexes . Ils sont préparés à l'avance parles liaisons et la disposition des organes. Les animaux accomplissent des fonctions, même très compliquées, qui semblent tendre vers un but déterminé, vers une fin dont nous ne pouvons absolument pas leur attribuer là connaissance ou la poursuite intentionnelle, Nous nommons ces fonctions instinctives. Nous ne pouvons mieux comprendre ces actions instip clives qu'en les envisageant comme une chaîne de mouvements réflexes , dont chaque élément est mis en jeu par le précédent. En voici un exemple simple. La grenouille saisit une mouche qui bourdonne autour d'elle et l’avale. Ici, le premier acte est évidemment déclanché par l’excitation optique ou acoustique. De ce que la grenouille, privée de cerveau et qui ne happe plus, avale pourtant la mouche dès qu'on la lui met dans la bouche, nous concluons que le mouvement de déglutition est une suite de l’acte de happer. Sous l'influence de l’intellect, un développement psychique plus élevé peut modifier l’acte instinctif ou en provoquer la répétition. Le principe de l'enchaînement des réflexes nous fera bien mieux comprendre certains actes instinctifs, même extraordinairement compliqués. Nous nous attendrons à voir apparaître des variations de l’instinct produites par des circonstances accidentelles, aussi bien pour l’espèce, dans le cours du temps, que pour les individus de même espèce, vivant à la même époque.

L’enfant âgé de quelques mois saisit tout ce qui frappe ses sens, et porte généralement â sa bouche ce qu’il a saisi, comme le poussin becquète tout. De même que là grenouille, il touche la place de la peau où une mouche s’est posée; seulement, le mécanisme réflexe est encore moins mûr et moins développé chez l’enfant nouveau-né que chez ces animaux.

Les mouvements involontaires de nos membres sont liés à des sensations, spécialement à des sensations optiques et tactiles, comme les phénomènes qui se passent aulour de nous. Ils laissent après eux des images motrices optiques et tactiles. Ces traces de mouvements dans la mémoire se rattachent par association à d’autres sensations simultanées, agréables ou désagréables. Nous remarquons que lécher du sucre est lié à la sensation de <c douceur » ; toucher une flamme, nous heurter contre un corps dur ou contre notre propre corps, à celle de « douleur)). Ainsi nous accumulons des expériences aussi bien sur des phénomènes qui se passent autour de nous, que sur ceux qui se passent dans notre propre corps, et en particulier snr ses mouvements. Ces derniers phénomènes nous touchent de plus près et s’offrent à notre observation d’une façon constante : ils* ont pour nous une importance prédominante et nous deviennent bientôt les plus familiers. Par action réflexe, un enfant a saisi un morceau de sucre et l’a mis dans sa bouche ; une autre fois, il a touché une flamme et, toujours par action réflexe, a retiré

sa main. Quand, plus tard, l’enfant revoit le sucre ou la flamme, sa conduite est déjà modifiée par le souvenir. Dans le premier cas, le mouvement de saisir se produit; dans le second, il est arrêté par le souven.r de la douleur, qui ‘agit, en effet, tout comme la douleur elle-même. Le mouvement volontaire est un mouvement réflexe influencé par le souvenir . Il nous est impossible d’effectuer aucun mouvement volontaire qui ne se produise, dans son ensemble ou dans ses parties, comme un mouvement réflexe ou comme un acte instinctif qui ne puisse être reconnu par nous comme tel. Si nous nous observons pendant que nous exécutons un mouvement, nous remarquons que nous nous rappelons vivement un mouvement déjà produit antérieurement, et que par là ce mouvement se réalisé; nous nous représentons le corps à saisir ou à écarter, et avec lui sa place et les sensationsoptiques et tactiles qui s'attachent à l’action de Cij saisir, et ces représentations entraînent tout de suite après elles le mouvement lui-même. De certains mouvements très familiers, nous ne prenons guère plus conscience que de représentations particulières. Pendant que nous pensons au son d’un mol, ce mot est déjà prononcé ; pendant que nous nous représentons son image écrite, il est déjà écrit, sans que les mouvements intermédiaires du langage et de l’écriture se soient nettement présentés à nous. La représentation vive du but ou du résultat d’un mouvement provoque ici la succession rapide d’une série de processus psycho-

physiologiques aboutissant au mouvement luimême.

Ce que nous nommons volonté n’est qu’une façon particulière de faire entrer les associations temporairement acquises dans le mécanisme fixe du corps antérieurement formé. Dans des conditions de vie simple, le mécanisme congénital du corps suffit, à lui seul, pour assurer la coopération des organes à la conservation de la vie. Mais, si les conditions de la vie varient davantage dans le temps et l’espace, les mécanismes réflexes ne sont plus suffisants. Il faut alors que leurs fonctions aient un peu de jeu et puissent se modifier pour chaque cas. Les phénomènes réflexes sont modifiés par les traces des souvenirs qui viennent' à la conscience : c’est cette modification que nous appelons volonté. Sans réflexe, ni instinct, il n'y aurait pas de volonté. Réflexes et instincts demeurent toujours le noyau des manifestations vitales. C’est seulement quand ils ne suffisent plus à la conservation de la vie qu’intervient la modification, ou même que ces actes naturels sont momentanément supprimés, et un détour, souvent long, permet d’atteindre ce qui ne pouvait être immédiatement obtenu. C’est le cas d’un animal qui s'approche furtivement d’une proie et s’en empare en sautant dessus, alors qu’il n'aurait pas pu la prendre autrement. C’est le cas de l’homme qui bâtit des huttes et fait du feu pour se protéger contre le froid, que son organisation ne lui permettrait pas de supporter sans artifice. Ce qui assure un avan-

tage à l’homme sur Panimal et à l’homme civilisé

sur le sauvage, c’est simplement la longueur des

détours qu’ils font pour atteindre le même but i

la capacité d’inventer ces détours et de les suivre.

On peut ainsi considérer toute la culture technique

et scientifique comme une voie détournée. Il peut

arriver que, mise au service de la civilisation, la *

force de l’intellect (de la vie de représentation) augmente assez pour que l’intellect se crée ses besoins propres et s’occupe de la science pour elle-même, On voit néanmoins que ce phénomène ne peut être qu’un produit de la culture sociale, N qui rend possible une division du travail aussi avancée. Le chercheur, entièrement absorbé dans ses pensées, serait en dehors de la société un phénomène pathologique qui, biologiquement, ne pourrait subsister.

Müller a encore admis que les impulsions motrices, innervations, allant du cerveau aux muscles, pouvaient être ressenties immédiatement comme telles, de même que les excitations nerveuses périphériques, se propageant au cerveau, produisaient des sensations. Cette opinion a eu des partisans jusque dans ces derniers temps. Mais James et Münsterberg ont fait une étude excellente et plus serrée de la question de la volonté au point de vue psychologique, et Hering en a travaillé tout spécialement le côté physiologique. L’opinion de Müller n’est plus soutenable. L’observateur attentif est obligé de reconnaître que ses sensations d'innervation ne sont pas perceptibles ; on ne sait

pas comment un mouvement s'effectue, quels muscles il met en jeu, avec quelle tension ils y participent, etc. Tout cela est conditionné par l'organisme. Nous nous représentons seulement le but du mouvement, et nous ne sommes renseignés sur le mouvement effectué que par les impressions périphériques de la peau, des muscles, des tendons. Certaines représentations se complètent dans la conscience en s'associant à d'autres représentations ; de même les souvenirs d'impressions ^sensibles se complètent en s'associant aux processus moteurs correspondants, mais ces derniers ne tombent plus dans le domaine de la conscience, qu'atteignent seules leurs conséquences. Ce sont des relations nerveuses spéciales avec le cerveau qui font que certains anneaux de la chaîné d'associations parviennent à la conscience. Comme exemple de mise en branle de divers processus physiques par des représentations, rappelons que l'idée seule du vomissement suffit à faire vomir les personnes sensibles. Les personnes dont les mains transpirent facilement et celles qui rou- # gissent quand elles sont confuses, ne peuvent songer à ces phénomènes sans qu'ils se produisent immédiatement. Les glandes salivaires du gourmet réagissent promptement aux images gustatives. D'autres faits confirment encore les vues exprimées ici. Si une contraction musculaire n'est pas d’origine centrale, si elle n'est pas produite par la volonté, mais si elle est due à un courant d'induction, nous la ressentons comme un effort,

tout comme la contraction volontaire : la sen-

sation de contraction volontaire est ainsi d’origine périphérique.

Mouvements, sensations et représentations sont en somme, très étroitement liés. Quand un chat sauvage, mis en éveil par un bruit léger, se rappelle Tanimal qui peut faire ce bruit, il dirige les yeux vers l’endroit où il se produit, et se tient prêt à sauter. L’association des idées a provoqué ici des . mouvements qui rendent possible une impression optique plus nette de l’objet attendu, intéressant et pouvant servir de nourriture : celui-ci pourra alors être attaqué par un saut bien mesuré. Par contre, les yeux du chat sont maintenant tout à fait occupés' de la proie. Par cela même, ils se trouvent bien moins disposés à recevoir des impressions venant d’ailleurs, ét l’animal aux aguets devient facilement la victime du chasseur. Nous voyons comment ici sensations, représentations et mouvements, se pénètrent l’un l’autre pour réaliser l’état que nous nommons attention .

* Nous faisons comme ce chat, quand nous réflé~ chissons à quelque chose qui concerne immédiatement la conservation de notre vie ou qui nous intéresse pour toute autre raison. Nous ne nous laissons pas aller à des idées quelconques. Immédiatement, nous négligeons toutes les affaires indifférentes, nous ne prêtons pas d’attention aux bruits qui nous environnent, ou nous cherchons à les empêcher. Nous nous installons à notre table de travail, nous esquissons une construction

géométrique, ou nous commençons à développer une formule. Nous jetons les yeux à plusieurs reprises sur la construction ou sur la formule. Les associations en rapport avec notre tâche se montrent seules. Si d'autres apparaissent, elles sont bientôt étouffées par les premières. Mouvements, sensations et associations coopèrent, quand nous réfléchissons, à produire l’état d'attention intellectuelle comme ils ont produit chez le chat l'attention sensible. Notre pensée, que nous croyons diriger « volontairement », est en réalité déterminée par l’idée du problème qui revient toujours. Dans le cas de l’attention sensible, les sens étant dirigés vers un objet déterminé, l’animal devient relativement aveugle ou sourd pour tout autre objet; de même, les associations concernant le problème barrent la route aux autres. Le chat ne remarque pas l’approche du chasseur, et Archimède, absorbé par une construction géométrique, paie de la vie une adaptation biologique insuffisante dans les circonstances du moment.

Il n’y a ni volonté ni attention en temps que forces psychiques spéciales. La même force qui forme le corps, dirige aussi les modes particuliers de la collaboration des parties du corps, pour lesquels nous avons adopté les noms collectifs de « volonté » et d’ « attention ». Volonté et attention sont si proches parentes, qu’il est difficile de tracer leurs limites respectives. Dans la volonté, et dans l’attention, il y a un choix , comme dans le géotropisme et l’héliotropisme des plantes,

COXKAISSANCE ET I-'eRRECR

comme dans la chute de la pierre vers Toutes ces choses sont au même titri rieuses ou compréhensibles. La volonté dans la subordination des actes réflexi importants, ou n’avant qu’une important gère, aux processus qui mènent les fonct logiques. Mais ces processus conducteur!

sensations et les représentations qui en les conditions de la vie.

Bien des mouvements, dont la con ininterrompue est nécessaire à la conser la vie, comme les contractions du c mouvements respiratoires, les contractio taltiques de l’intestin, sont indépendan volonté ou tout au moins sont influent manière très limitée par les phénomènes ps (émotions'!. La limite entre mouvement taires et involontaires n’est pas absoluir elle varie un peu selon les individus. 11 muscles qui sont soumis à la volonté ehe:

hommes, et qui chez d’autres lui échappent complètement. Il (tarait que Fontana pouvait, à sa guise, rétrécir ses pupilles, et E.-F. Weber retenir les battements de sou ctvur. Si l'innervation d’un muscle réussit (»ar hasard, et si on peut reproduire l*ar le souvenir les sensations qui interviennent alors, ta contraction du muscle peut généralement se reproduire et le muscle reste désormais sons la dépendance de ta volonté. Oes tentatives heureuses et l'exercice peuvent aiu'i recaler la limite de ce qui est mouvement volontaire. Th. de Quincey.

par suite de l'usage de l'opium, éprouva un grand affaiblissement de la volonté. D'autre part, de simples idées peuvent devenir si impulsives, qu’elles menacent de se traduire en actions. Par exemple, un homme est dominé par la pensée de tuer une certaine personne, ou de se tuer luimême, et se fait volontairement 1 attacher pour se mettre à l'abri de cette terrible impulsion.

A cause de son intensité et de sa clarté, la vie intellectuelle apparaît à l'homme adulte qui analyse son Moi, comme le contenu le plus important du Moi. Il en est autrement pour un individu en train de se développer. L'enfant de quelques mois est encore dominé par ses sensations organiques . Le besoin de nourriture est le plus puissant et le plus actif. La vie des sens et plus tard la vie de représentation ne se développent que peu à peu. Ce n'est que tardivement qu'apparaît le besoin sexuel , et l’augmentation de la vie intellectuelle vient modifier toute la personnalité. Ainsi se développe une image du monde, au centre de laquelle notre propre corps se détache d’une façon nette et bien limitée comme l'élément le plus important. L’élément central de cette image du monde est commun à l'homme et aux animaux supérieurs. Mais la vie intellectuelle diminue d’autant plus que nous considérons des organismes plus simples. Chez l'homme civilisé, dont la vie est partiellement allégée, les idées, qui dépendent de sa profession et de sa situation, peuvent acquérir une force et une valeur telles que tout le reste paraît insignifiant à côté

d’elles ; mais elles n’étaient d’abord que des moyens de satisfaire les besoins proprement dits.

Les sensations organiques contribuant pour une part importante à la formation du Moi, on conçoit que des troubles de ces sensations organiques altèrent aussi le Moi. Ribot a décrit des cas très intéressants de ce genre.

Les jumeaux, qui ont une partie du corps commune, les frères Siamois par exemple, ont aussi un Moi en partie commun et présentent, comme c’est naturel à cause de leur ressemblance, un caractère identique. Cela va si loin que, dans la. conversation, la phrase commencée par l’un est achevée par l’autre. D’ailleurs les jumeaux à liaison organique ne font que présenter, à un degré plus élevé la ressemblance physique et psychique des jumeaux organiquement séparés, ressemblance qui, dans les temps anciens et modernes, a fourni d’inépuisables sujets de comédie.

Les cas, où deux personnalités distinctes se manifestent à la fois dans un seul corps, méritent d’être remarqués. Un homme, que le typhus avait privé de connaissance, se réveille enfin, mais croit avoir deux corps couchés dans deux lits différents, l’un malade, l’autre guéri.

11 faut en rapprocher les cas de soi-disant possession, où, dans le corps d’un individu, une autre personne semble en prendre à son aise, en exerçant un contrôle, en donnant des ordres, et souvent en criant avec une voix étrangère. 11 ne faut pas s’étonner que l’impression d’angoisse et de ter-

T1NCT, VOLONTÉ, MOI 81

es faits ait poussé à y voir moniaques.

personnalités différentes se corps l'une après l’autre, ou prostituée, convertie et reçue iba dans une folie religieuse int un certain temps, elle se nonne et prostituée et se ince. On a même observé des iis personnalités différentes, i cas une idée scientifique, en i les éléments qui contribuent u vw »»., on doit s'imaginer que, aux sensations organiques changeantes se rattachent des cercles d’associations qui leur sont solidement liés et qui sont* indépendants les uns des autres. Quand les sensations organiques changent, comme cela arrive dans la maladie, les souvenirs changent aussi avec toute la personnalité. La double personnalité se montre dans l’état de passage, s’il se prolonge suffisamment longtemps. Ces états ne sont pas complètement étrangers à celui qui est capable de s’observer pendant le rêve, et il peut arriver à se. les représenter.

Les parties du corps humain sont très étroitement liées, et presque tous les processus vitaux atteignent de quelque façon le cerveau et parviennent ainsi à la conscience. Il n’en est nullement ainsi pour tous les organismes. Si un ver de terre coupé en deux continue à ramper, presque comme s’il était intact, après qu’on a lié les deux tron-

avec un fil, nous devons admettre que. chez mimai, les parties, qui ne se touchent pas édiatement, ne sont pas dans une relation intime que chez l’homme : un anneau agit le suivant par excitation, et c’est pour cela e ver continue à ramper si l’anneau précédent e le suivant par l’intermédiaire du fil ; mais e peut guère parler de la centralisation de i la vie dans un cerveau, ni de la formation :spondante d’un Moi.

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